2006-03-11

 

Moment d'existence

L'objet d'un party, c'est de ne pas en avoir. La nuit dernière, Grimmwire célébrait son anniversaire et il avait invité ses amis en utilisant Evite. Ainsi, il y avait là A. J., Kino Kid, Yves, Claude et Elise, Emru, Jo et Sasha... Même si j'ai un peu parlé de Boréal, c'était surtout le moment de goûter du vin (j'avais apporté du vin garanti bio et un ami de Grimmwire avait apporté un cru suisse), d'écouter les copains toujours intéressants du héros de la fête, de dire des bêtises, d'admirer les trois écrans affichant des animations abstraites au fond de la pièce plongée dans la pénombre... Rien de mémorable n'a été dit. C'est mieux ainsi.

Après tout, je fêtais un peu aussi pour ma paroisse, si je puis dire. Avais-je déjà imaginé très particulièrement le moment de la remise de mon doctorat? Non, et je n'avais pas vraiment essayé. À défaut, j'imaginais une cérémonie officielle, comme à Convocation Hall à l'Université de Toronto. Mais quand je suis revenu d'Ottawa la nuit dernière, j'ai trouvé une note sur ma porte. Les concierges avaient gardé un paquet pour moi. Quand je me suis présenté le matin venu, ils m'ont dit que le commissionnaire avait tenté de laisser cette grande enveloppe rigide devant ma porte. Brillante idée : mon diplôme aurait passé la nuit et le reste de la journée dans un corridor fréquenté. Il aurait pu se faire ramasser ou piétiner... Mais je l'ai reçu en fin de compte des mains de ma concierge. Petite ironie de la vie... mais mon bonheur était inentamable hier.

Il y a des moments de notre existence qu'il faut savoir vivre sans songer à ce qui lui manque.

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2006-03-10

 

Un Salon verglacé

Verglas à Ottawa, hier : Le plus dur en sortant de chez soi, c'était les six ou sept premiers mètres sous une pluie battante, sur l'ancienne glace, sur la neige croûtée de glace plus ou moins neuve et sur le verglas en formation à même l'asphalte — toutes ces surfaces s'avérant excessivement glissantes une fois détrempées. (Si les Inuit n'ont pas autant de mots pour désigner la glace et la neige qu'on l'a prétendu, il n'est pas douteux qu'ils pourraient fort bien en avoir besoin...) Une fois dans la rue, j'ai pu atteindre l'arrêt d'autobus sans encombre et me rendre au Salon du Livre de l'Outaouais sans avoir à parcourir un autre mètre sur des trottoirs glacés ou sous l'averse.

Bien au chaud dans le Palais des Congrès, le Salon du Livre a pourtant été frappé par le verglas. Selon la rumeur, des annulations de sorties scolaires par les conseils idoines expliqueraient l'absence des hordes habituelles de jeunes collectionneurs de numéros d'Archie et de marque-pages dédicacés par les auteurs présents. Mes deux heures de présence au Salon en après-midi ont donc été des plus tranquilles et j'ai pu réfléchir à de nouvelles horreurs pour le quatrième roman jeunesse de Laurent McAllister. En revanche, j'ai revu les copains et les collègues. Pour la plupart, il s'agissait des gens de la région : Claude Bolduc, Colette Michaud, Christ Oliver, Jean-François Somain, Monique Bertoli, sans parler de ceux que j'ai simplement salués de loin ou au passage. Mais j'ai aussi fait escale au stand d'Alire, toujours animé par la dynamique Louise Alain, acheté le premier roman jeunesse de Michel J. Lévesque, Samuel de la chasse-galerie (Médiaspaul), et parlé un peu affaires çà et là.

La grande visite, ce sera pour la fin de semaine, paraît-il.

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2006-03-09

 

Iconographie de la SFCF (6)

Commençons par un rappel des livraisons précédentes : (1) l'iconographie de Surréal 3000; (2) l'iconographie du merveilleux pour les jeunes; (3) le motif de la soucoupe; (4) les couvertures de sf d'avant la constitution du milieu de la «SFQ»; et (5) les aventures de Volpek.

Pour un certain nombre de connaisseurs de la SFCF, l'époque moderne de la science-fiction commence en 1974 au Canada francophone. L'argument principal concerne moins la présence de nouveaux ouvrages ou une accélération du nombre de parutions, mais la fondation du fanzine Requiem qui allait devenir une pépinière de talents et un carrefour incontournable avant de changer de peau et de devenir la revue Solaris. C'est la thèse des institutions structurantes, disons, même si ce critère fait de 1979 une année encore plus importante puisque c'est alors le lancement d'imagine..., l'acte de naissance de Solaris, le premier congrès Boréal et le départ de l'expérience PTBGDA. En revanche, le critère des publications idoines ne fait pas de 1974 un moment unique. Après tout, j'ai déjà souligné l'existence de nombreux ouvrages antérieurs à 1974, et même à 1960 (date retenue de préférence par les universitaires qui veulent faire le lien entre la modernité de la science-fiction et la modernité du Québec qui abordait la Révolution tranquille). Mais si 1974 n'est pas l'année d'une percée sans précédente, c'est quand même une année particulièrement féconde en publications relevant de la science-fiction ou du fantastique. Une quinzaine d'ouvrages — romans ou recueils ou romans pour jeunes — sont édités en 1974 dans ces genres et offerts à la vente.

Ainsi, dans la collection L'Actuelle/Jeunesse, la jeune Suzanne Beauchamp, qui fréquente l'école secondaire Saint-Luc, signe à l'âge de seize ans un roman pour jeunes intitulé Une chance sur trois. On peut voir ci-dessus la couverture très abîmée de mon exemplaire de ce livre. Loin des audaces de Charles Montpetit, Beauchamp imagine une histoire d'amour entre une jeune Montréalaise et un jeune garçon de son âge qui est originaire, en fin de compte, d'une autre planète. L'illustration est de Célyne Fortin. Le nombre de récits de science-fiction parus dans cette collection est très révélateur de l'intérêt des jeunes de l'époque pour ce genre puisque cette collection publiait avant tout des textes rédigés par de jeunes auteurs.

Dans un genre beaucoup plus adulte, le roman Loona ou Autrefois le ciel était bleu d'André-Jean Bonelli a malgré tout une certaine importance historique, si ce n'est qu'en raison de son rattachement à une collection intitulée « Demain aujourd'hui », qui est sûrement une des plus anciennes tentatives de fonder une collection de sf au Québec. L'inclusion d'un autre titre dans la même collection, Yann ou La condition inhumaine, était promise, tandis que Les clés de la cinquième dimension et Les Hybrides devaient paraître dans la collection « Les portes de l'impossible ». Comme Bonelli est né à Marseille et a longtemps vécu en Ardèche, où il était maire d'un petit village en 1974, son rapport avec le Québec n'est pas clair. La maison d'édition de Loona, Helios, était basée à Kénogami et disposait d'une boîte postale à Jonquière. Le directeur, Gaétan Thibeault, porte un nom qui se retrouve dans la région (c'est celui d'un spécialiste de l'éthique et de la bioéthique à l'UQAC à une époque), mais l'illustrateur, Alain Bonnand, est sans doute celui qui exposait au Musée de l'Érotisme de Paris en 2001, car certains dessins du livre se rapprochent du sado-masochisme. Loona a été réimprimé en France en 1977; il semble donc que Bonelli n'ait publié ce roman au Québec que par hasard.

Par contre, on ne mettra pas en doute la québécitude de Jean Côté, auteur du roman Échec au président. Les Éditions Point de Mire sont basées à Repentigny et annoncent, entre autres parutions, un Dictionnaire des expressions québécoises. On peut espérer que Jean Côté n'en était pas l'auteur, à en juger par les qualités douteuses d'Échec au président... Dans cette histoire qui défie la compréhension, la prose est inimitablement mauvaise. Qu'on en juge par le début du résumé en quatrième de couverture : « Il était devenu un amalgame de puissance surhumaine, quelque chose comme une bombe H sur deux pattes ou un Hercule renaissant de la mythologie. » Soupir... L'identité de l'illustrateur n'est pas fournie.

On peut se consoler en songeant ici à des livres de 1974 dont je n'inclus pas la couverture (faute d'avoir une édition originale sous la main). Par exemple, Jacques Brossard, mieux connu ultérieurement pour L'Oiseau de feu, réunit en cette même année un recueil composée de nouvelles des plus agréables, Le Métamorfaux (Hurtubise HMH). Également de bonne facture, le recueil Contes pour hydrocéphales adultes (CLF) de Claudette Charbonneau-Tissot offre de très bons textes.

L'ouvrage le plus singulier de 1974 est sans conteste Reliefs de l'arsenal de Roger Des Roches. Le jeune auteur et poète avait alors 24 ans et il offrait un livre monté comme certains manga. Ce qui est normalement la couverture présentait une simple illustration — une photo de Lois Siegel selon le péritexte, rendue troublante par l'absence de nez — tandis que le quatrième de couverture fournissait le titre, le nom de l'auteur, le nom de l'éditeur et la catégorie dans laquelle tombait l'œuvre : «Récit».

La présentation du livre précise (et avertit) : « Il devient aisé (à la lecture) de comprendre que ce texte n'est plus une narration linéaire, uniforme, monothématique, sa structure étant ce qu'elle est, et, non plus, une "prose poétique", terme qu'on voudrait et qu'on a utilisé à toutes les sauces. Une recherche calculée, pensée et préparée depuis un certain temps, de quelques aspects du récit, et plus précisément celui de "science-fiction" dont elle emprunte quelques-uns de ses aspects les plus usuels.» De fait, longtemps avant Dans une galaxie près de chez vous, Des Roches déconstruit une certaine science-fiction. Si je choisis un passage parmi les plus cohérents et lisibles (car, franchement, le reste du texte...), cela peut donner ceci : « Pendant que je discute, ferme, avec sa jeune fille, le vent porte les dernières paroles de notre héroïque commandant prenant possession, au nom de la Fédération, de la planète que les indigènes désignent par Seycherrahz'zium ("Petit Couple de Dieux Forniquant au Lever") (nom auquel il préférera évidemment le sien, comme c'est coutume, c'est-à-dire Lapointe, ce qui fera, dans les registres, plus plausible et surtout plus facile à prononcer. »

Avec Contes ardents du pays mauve de Jean Ferguson, on retombe de plusieurs crans dans le poncif. Recueil de huit nouvelles, l'ouvrage est doté d'un titre qui pique la curiosité et d'une maquette d'une sobriété respectable (mais qui n'est pas créditée). Les choses se gâtent quand on se met à lire... Loin de la déconstruction littéraire de la science-fiction pratiquée par Roger Des Roches, Ferguson est plutôt de ceux pour qui la science-fiction est voisine de l'ufologie. Autrement dit, il était de son temps et ses textes de science-fiction ne transcendent nullement les clichés de son époque. Les personnages portent des numéros dans « Le petit numéro deux mille quarante », des primitifs vivent dans un monde post-apocalyptique dans « Ker, le tueur de dieu » (avec une de ces chutes à saveur biblique qui semblait le comble de l'audace à l'époque), une société future se penche sur les vestiges du vingtième siècle et juge inconcevables les bizarreries de ces sociétés disparues... Comme la langue est souvent quelconque, il n'y a franchement pas grand-chose pour racheter l'ensemble.

On se demande alors si ces interférences de la science-fiction, de ses lieux communs et de certaines croyances mutantes (aux OVNIs, par exemple) peuvent expliquer la défaveur graduelle que la sf a connu depuis 1974. La science-fiction repose sur les mêmes principes qui sous-tendent les lieux communs les plus éculés et les croyances les plus loufoques : distanciation, conjecture, expérience de pensée conjuguant conjecture et déduction... Pour certains, ces choses ont un caractère difficilement séparable, qu'il s'agisse des critiques observant le phénomène de l'extérieur ou de certains des artisans eux-mêmes œuvrant à l'intérieur du genre. Dans le monde francophone, il me semble que la confusion a été entretenue avec beaucoup plus d'insistance qu'ailleurs, la faute à des sous-produits de la pensée comme la revue Planète ou Le Matin des magiciens. Ce qui donne encore aujourd'hui une certaine coloration à la science-fiction francophone qui accueille, dans le meilleur des cas, des auteurs comme Maurice Dantec ou Éric Vincent ou qui doit admettre, dans le pire des cas, des scories ésotérico-illuminées comme celles d'un certain nombre d'auteurs québécois souvent édités à leurs frais...

Heureusement, le niveau est un peu relevé en 1974 par la science-fiction pour jeunes. Le titre phare est sans doute Titralak, cadet de l'espace (Éditions Héritage), de Suzanne Martel. La couverture de Bernard Beaudry aurait pu être rattachée à mon exploration du thème de la soucoupe (voir ci-dessus), mais elle n'en vaut franchement pas la peine. Le dessin est assez maladroit, en particulier en ce qui concerne le personnage au premier plan (qui peut rappeler un jeune Luc Pomerleau...). Le roman est bien meilleur. Certes, Martel recourt à certaines des stratégies employées par Ferguson pour mettre en scène le choc des perspectives, mais ce qui est difficilement supportable dans un recueil destiné à des lecteurs adultes passe beaucoup mieux dans un ouvrage pour les jeunes. De plus, Martel fait montre d'une habileté certaine en mêlant la réalité d'un visiteur extraterrestre à un jeu imaginé par des enfants qui s'amusent à faire semblant qu'ils sont... des explorateurs spatiaux. Le pauvre Titralak, cadet naufragé sur Terre, est abusé par leurs prétentions innocentes et c'est le point de départ d'aventures relativement bien informées du point de vue scientifique. (Martel s'était renseignée auprès de chercheurs de l'École Polytechnique. Et ce qu'elle décrit du moteur nucléaire de l'engin de Titralak correspond effectivement à certaines conceptions très sérieuses dans le domaine.)

Parmi les romans pour jeunes, il faut aussi noter L'Héritage de Bhor (Paulines, collection « Jeunesse-Pop ») de Jean-Pierre Charland, Révolte secrète (Paulines, collection « Jeunesse-Pop ») de Louis Sutal (Normand Côté de son vrai nom) et Les farfelus du cosmos (Paulines, collection « Jeunesse-Pop ») d'Henri Laflamme. Dans ce dernier roman, des OVNIs visitent Solaris (!), une petite ville apparemment située dans la région du Saguenay...

Outre ces parutions, on note aussi la sortie en 1974 du roman Les Patenteux (Éditions du Jour) de l'archéologue Marcel Moussette, dont la part de science-fiction est modeste et réside surtout dans les machines incongrues des protagonistes. Passons sur un court volume illustré de Robert Hénen, Le grand silence : Sharade, aventurière de l'espace (Éditions Héritage), et il ne reste plus qu'à mentionner le premier roman d'Esther Rochon, En hommage aux araignées. La couverture de Léo Côté (qu'il est difficile de retracer) a l'avantage d'illustrer le sujet du roman, mais on ne saurait dire qu'elle est particulièrement attirante. (Un de ces jours, je la comparerai aux couvertures des autres éditions de ce roman.) La Citadelle de Frulken et sa situation sur les hauteurs de l'île sont suggérées par une illustration en forme de mosaïque multicolore. La toile d'araignée accrochée aux nuages, et surplombant la Citadelle, évoque assez bien le personnage de Jouskilliant Green, dont la présence souterraine jette une ombre sur la vie des habitants de Frulken, et aussi celui la jeune Anar Vranengal, un peu dans les nuages puisqu'elle est un peu rêveuse...

Contrairement aux jeunes auteurs publiés sous l'étiquette L'Actuelle/Jeunesse, Rochon était en 1974 une jeune femme de 26 ans en pleine rédaction de thèse de doctorat en mathématiques. Le roman reflète cette maturité. En fait, il suffit de lire quelques lignes pour comprendre pourquoi c'est l'ouvrage qui surnage de l'année 1974. À tout le moins, il se classe avec les recueils de Brossard et de Charbonneau-Tissot pour la finesse des descriptions et le sang-froid d'une imagination que l'altérité n'effraie pas.

Comme Rochon a fait une longue carrière depuis, participant à toutes les instances et institutions de la SFCF, remportant tous les prix et signant de nombreux textes, on se souvient en partie de 1974 parce que c'est l'année qui marque le début de cette carrière. Évidemment, on s'en souvient aussi en raison de la fondation du fanzine Requiem au CEGEP Édouard-Montpetit. Je reproduis ci-dessous la couverture d'un numéro assez typique de la première année de publication (on y retrouve des textes de Daniel Sernine, Élisabeth Vonarburg et... Esther Rochon). C'est donc un numéro de 1975, mais je n'ai pas de numéro plus ancien dans ma collection, puisque je ne fais pas partie du premier cercle... En 1975, Requiem comptait 24 pages, couvertures comprises. On était loin des 164 pages (couvertures comprises) atteintes par le nouveau Solaris. Il faut admirer en tout cas une couverture qui réussit à combiner dans la même maquette la science (la plaque de Pioneer 10 conçue par Carl Sagan et Frank Drake), la science-fiction ou le fantastique (sous la forme de ce personnage serpentiforme) et le salace...

2006-03-08

 

Les voyageurs masqués

Dans l'autobus rempli, je suis seul et je bous,
consumé par la rage, la frustration,
la tristesse, le deuil, ces noires passions,
qui m'enlisent et qui m'entravent comme une boue.

Je suis de ceux qui fuient un souvenir tabou,
un rappel honni, et non de la nation
des gens absorbés, heureux, que nous lassions
par nos plaintifs récits de victimes à bout

Fuite en silence qui oublie de quémander
la vérité de ceux qui n'ont pas demandé
ces inquiétudes, ces angoisses et tourments

qui creusent au-dedans l'abîme inconnu d'autrui.
Car tous les passagers de la nef aux déments
peuvent s'ignorer avant de sombrer dans la nuit.

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2006-03-07

 

Les retailles du critique

J'ai fini par compléter mes critiques d'Agnès Guitard (Le Moyne Picoté) et Annick Perrot-Bishop (Les maisons de cristal) pour le Dictionnaire des Œuvres littéraires du Québec. Malgré sa relative minceur, c'est encore Les maisons de cristal qui m'a coûté le plus de temps. Il a fallu que je relise ce roman-recueil une plume à la main pour en suivre les méandres et détours, et pour noter les détails pertinents, souvent noyés dans les considérations sentimentales et le flou d'une narration plus soucieuse du symbole que du détail concret.

Je crois d'ailleurs que les critiques se sont trompées qui ont affirmé qu'Annick Perrot-Bishop avait interverti deux des sœurs dans la seconde partie du livre. Il se peut que cela soit dû à l'emploi, correct mais rare, que fait l'autrice des termes «cadette» et «benjamine». Mais l'erreur est pardonnable, car l'écriture est si fuyante qu'elle offre peu de prise autre que les voix des personnages, voix elles-mêmes déconstruites à l'excès par les exercices formels de Perrot-Bishop, qui enchaîne les changements de point de vue, parfois d'un paragraphe à l'autre comme dans l'histoire d'Obul, les expériences avec des conjugaisons différentes (il y a une narration au conditionnel!) et les alternances de personnes grammaticales pour la narration. Et que dire de la multiplicité de noms monosyllabiques, ou bisyllabiques dans le meilleur des cas. Ou de l'absence de détails concrets ou historiques — quand ils viennent, c'est souvent longtemps après-coup, alors qu'ils sont devenus superfétatoires, bref, inutiles!

J'aurais d'ailleurs aimé m'interroger sur les rapports entre les mythologies de Perrot-Bishop et Vonarburg. Perrot-Bishop a non seulement un œil de la nuit («œil unique de la nuit», «œil de feu. Qui brille comme l'astre solitaire de la nuit.»), comme dans la nouvelle du même nom de Vonarburg, mais aussi des rêveurs qui voyagent par la pensée pour visiter d'autres réalités. Et il y a même la mer (la «Grande Bête», le «Monstre») qui a amené le Tilbû «dans cet univers, d'un temps à un autre. C'est elle qui l'a repris, au sein de ses flots, pour l'emporter vers un monde intangible.» Ce qui n'est pas sans rappeler la mer vagabonde de Tyranaël... Sans parler de la statue géante habitée par les Ourlandines, qui a son équivalent dans la gigantesque tête sculptée de Tyranaël.

En revanche, j'aimerais bien savoir ce que plusieurs critiques ont cru voir d'amérindien dans les mythologies de Perrot-Bishop... À la rigueur, la hutte de guérison a eu ses équivalents, je crois, dans certaines tribus, mais ce n'est qu'un élément mineur du livre. Je me demande si toute description de croyances primitives de tribus vivant en harmonie avec la nature passe automatiquement pour une référence aux mythes autochtones...

Le cas d'Agnès Guitard n'est pas inintéressant non plus. Voici quelqu'un qui avait signé des textes de science-fiction originaux, y compris un premier roman frappant, Les Corps communicants (1981), que je classe toujours parmi les meilleurs du genre au Québec. (Mais il faudrait que je le relise un de ces jours, au lieu de m'appuyer sur mon souvenir d'il y a plus de dix ans...) En 1987, elle livre un roman à cent, mille, dix mille lieues de tout ce qu'elle avait publié auparavant : une reconstitution d'un épisode de l'histoire de la Nouvelle-France, avec pour héros (et anti-héros) un des personnages les plus célèbres du temps, Pierre Le Moyne d'Iberville. Se fondant sur la poursuite entièrement historique intentée contre lui pour rapt et séduction (authentique!), Guitard avait signé une analyse psychologique et même stratégico-historienne des acteurs de cette histoire.

Mais elle arrivait soit trop tôt soit trop tard. Larguant par le fait même les critiques de sf qui avaient commencé à s'intéresser à sa prose, elle n'avait pas conquis pour autant la critique ou même la faveur du public. La vogue du roman historique au Québec était encore à venir (ou revenir). Et si la déconstruction (féministe sur les bords) de Pierre Le Moyne d'Iberville aurait pu intéresser au sortir de la Révolution tranquille, ce n'était plus le cas dans un Québec qui se croyait loin de la « Grande Noirceur ». Depuis, Guitard se consacre à la traduction, obtenant le succès et la reconnaissance (dont le Prix du Gouverneur-général) que sa fiction n'avait pas obtenus.

Faudrait-il conclure que la sf mène à tout... à condition d'en sortir? Au contraire, la tentative de Guitard d'en sortir ne lui a pas réussi, mais elle n'est pas non plus revenue à la sf ensuite. Je dirais plutôt que le Québec y a perdu un talent prometteur.

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2006-03-06

 

Pluie rouge inexpliquée...

Dans Les Débrouillards, Daniel Sernine a publié en septembre-octobre 1999 une étrange histoire intitulée « La pluie rouge », ensuite reprise dans un recueil du même titre. Il mettait en scène le phénomène en question, mais sans l'expliquer, dans le cadre du monde de Neubourg et Granverger. Dans La Nef dans les nuages (Paulines, 1989), Sernine a établi un lien entre cet univers, d'ordinaire consacré aux intrusions fantastiques, et le monde des Éryméens et de l'organisation Argus, évoqué dans Chronoreg, etc. Ceci peut laisser croire que Sernine avait en tête une explication, mais les Éryméens ne jouent pas, en fin de compte, le rôle de deus ex machina, car la nouvelle s'achève sur le départ d'un aéronaute qui ne revient pas rendre compte de ce qu'il a trouvé...

Dans la réalité, les pluies rouges sont des phénomènes observés de temps en temps, et expliqués par la chute d'eau de pluie mêlées à des poussières en suspension pouvant provenir de lieux fort éloignés, comme le Sahara. On les retrouve dans les Forteana, ces événements insolites recensés par Charles Fort (1874-1932). Une pluie rouge récente serait tombée dans l'État indien du Kerala en 2001 et elle a inspiré une hypothèse assez audacieuse, disons. Selon un scientifique, cette série de pluies rouges serait due non à la retombée de poussières d'origine terrestre, mais à l'injection dans l'atmosphère de notre planète d'une provision de poussières extraterrestres par un impact cométaire. De poussières, ou même de fragments pré-biotiques, voire de débris d'organismes vivants... On verra bien ce que les tests révèleront, mais ceci m'a rappelé une observation récente que j'évoquais dans un billet précédent : la désintégration d'une météorite dans l'atmosphère terrestre, dans l'hémisphère austral, et la dispersion d'une grande quantité de poussières susceptibles de donner naissance à des nuages.

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2006-03-05

 

Aux origines de l'intelligence

Le numéro de février de Scientific American offre un article fort stimulant, dont on peut lire les premiers paragraphes ici. Illustrations à l'appui, l'auteur explique comment les chercheurs ont réussi à observer les interactions des petits soldats du système immunitaire humain (lymphocytes et autres cellules protectrices) et des cellules ordinaires soumises à des contrôles répétés — et détruites en cas d'infection ou de maladie. Ce qui m'a frappé, c'est que la ressemblance avec le fonctionnement des synapses du cerveau et du système nerveux n'est pas uniquement d'ordre général, car elle repose sur la présence de protéines identiques qui interviennent dans des processus semblables gouvernant le dialogue synaptique. Au moins un récepteur intervient aussi dans les deux cas, ainsi qu'une molécule qui stimule la communication et des membranes nanotubulaires qui permettraient de transporter des transmetteurs d'une cellule à l'autre.

L'auteur — Daniel M. Davis — se contente de relever ces points communs entre le système immunitaire et le système nerveux, mais je ne peux pas m'empêcher de poser la question de l'antériorité. Lequel a précédé l'autre? A priori, dans la mesure où le système immunitaire relève de rapports de prédation, il me semble que le système immunitaire doit être plus ancien. Et pourtant, s'il repose à l'origine sur un mécanisme de prédation, il est devenu une forme de pastoralisme. Les cellules immunitaires jouent quelque chose comme le rôle de bergers veillant sur le troupeau; la population des cellules ordinaires constitue le milieu de vie des cellules immunitaires et celles-ci détruisent les cellules infectées ou malades qui menacent la survie de la collectivité. Ces synapses temporaires semblent avoir servi d'abord à tester ou diagnostiquer l'état des cellules contactées; peut-on imaginer que ces signaux moléculaires ont ensuite été détournés pour transmettre des messages et des ordres au service du système nerveux? Puis de transmettre du sens, des unités d'information circulant ainsi et permettant à la pensée et à la conscience d'émerger de l'activité synaptique continue des neurones du cerveau?

La nature parasitaire (ou dérivée) de l'intelligence apparaîtrait alors dans toute sa vertigineuse insignifiance.

Évidemment, je suis également impressionné par l'exploit technique qui permet d'observer et de photographier les interactions fugitives et subtiles entre des cellules qui se rencontrent pendant quelques instants. L'accumulation incessante de découvertes que permet la démultiplication des combinaisons d'inventions techniques et d'objets me ramène à la Singularité de Vinge. En apparence, nous sommes en plein dans cette argumentation. Pourtant, nous sommes ici dans un progrès purement scientifique, et non technologique. Des retombées pratiques seront envisageables un jour, on peut l'espérer, mais l'échéancier des progrès techniques ne se laisse pas fixer si facilement. Parlez-en à ceux qui tentent de maîtriser la fusion nucléaire à grande échelle ou de vaincre tous les cancers...

L'accroissement des connaissances est au moins aussi rapide que le progrès technique et on se prend à rêver sur ses limites. Je fréquente un certain nombre de domaines de la connaissance, mais je ne suis un vrai spécialiste que de deux ou trois sujets. Et il y a de plus en plus de spécialités. Jusqu'à maintenant, l'accroissement des connaissances a pu être maîtrisé par un nombre croissant de spécialistes tirés d'une population de plus en plus nombreuse et de plus en plus éduquée. Mais on annonce pour 2050 un plafonnement de la population humaine et le nombre de spécialistes ne pourrait être supérieur au nombre de la population. Passera-t-on la main à des intelligences artificielles? C'est possible. Mais il y a aussi une autre limite au nombre de spécialistes. Pour que la connaissance progresse, il faut aussi un minimum de généralistes, ou du moins de spécialistes incomplets (sous-optimaux, disons), avec un pied dans un autre domaine. Davis évoque dans son article l'isolement réciproque des neurologues et des immunologues qui ont mis un certain temps à se parler de phénomènes avec des traits en commun. Sans des personnes capables d'établir des liens entre des domaines différents, les différents spécialisations seraient-elles condamnées à ne croître que linéairement, et non exponentiellement?

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Anticipons un peu...

Pendant qu'on parle ailleurs de la convention mondiale de science-fiction de Los Angeles, il ne faudrait pas oublier que Montréal pourrait accueillir la convention mondiale en 2009 si tout se passe bien.

La candidature de Montréal est appelée Anticipation et c'est un peu comme une lotterie. Si on participe, on ne sait pas si on va gagner. Mais si on ne participe pas, on sait qu'on ne gagnera pas.

Autrement dit, si les fans québécois de science-fiction s'abstiennent, c'est certain que la convention mondiale n'aura pas lieu à Montréal en 2009. Mais il n'y a pas de garantie même si on participe. Cela dit, il suffit de songer à tout l'argent qu'on épargnera en frais de voyage si la convention mondiale a bel et bien lieu à Montréal pour se dire que ce n'est pas si coûteux d'adhérer à la candidature du groupe Anticipation ou d'acheter une adhésion de soutien à la convention mondiale de Yokohama au Japon en 2007. (Le premier rapport d'étape de Nippon 2007 vient d'ailleurs de sortir...) C'est cette adhésion de soutien qui permet de voter pour choisir le lieu de la convention mondiale en 2009 — Montréal, voyons! Les tarifs d'adhésion à Nippon 2007 sont valables jusqu'au 30 juin 2006, et on peut payer par carte de crédit...

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2006-03-03

 

La misère des riches, le bonheur des pauvres

Les riches sont-ils trop riches pour leur propre bien?

Pas si on se fie aux statistiques sur la santé ou la longévité. Mais, dans un sens, ce sont des définitions de la richesse. La richesse — et un minimum de sagesse — achète en moyenne une santé meilleure et une longévité supérieure. Mais achète-t-elle le bonheur? Depuis quelques décennies, les économistes ont abordé la question afin de déterminer de quelle manière exactement la richesse (ou l'enrichissement) procure le bonheur, ou du moins un sentiment de satisfaction suffisamment fort pour être déclaré à des enquêteurs.

Un survol (.PDF) récent de la question signé par Bruno Frey et Alois Stutzer a posé les termes du problème. (Une autre version PDF est disponible ici, mais il est préférable de sauvegarder le fichier avant de l'ouvrir avec Acrobat.) Quelques conclusions sont tirées de ce travail par le journaliste australien Ross Gittins. D'autres chercheurs, y compris le pionnier Richard A. Easterlin (.PDF), invitent toutefois à une certaine prudence.

Comme d'autres, Frey et Stutzer s'appuient sur une constatation des plus frappantes : dans certains pays, le revenu individuel a augmenté de manière dramatique depuis un demi-siècle sans que la satisfaction individuelle ait augmenté dans les mêmes proportions. En fait, au Japon, l'indice de satisfaction est resté relativement stable tout au long de ce qu'on a parfois appelé le miracle japonais. L'enrichissement de la collectivité ne fait donc pas forcément le bonheur des particuliers. Et s'il le fait, c'est toujours relatif à la position de chacun dans l'échelle des revenus. Au terme de savantes analyses, Frey et Stutzer concluent donc : « Individuals anticipate substantial gains in terms of satisfaction from higher income, but in retrospect are often disappointed about the small size of the effect of the gains. »

Il ne s'agit pas d'affirmer que l'argent ne fait pas le bonheur, mais plutôt qu'il procure moins de bonheur qu'escompté. Et, globalement, que l'argent des riches ne fait pas autant le bonheur des riches que l'argent des pauvres réjouit ceux-ci. En effet, que l'on compare des individus dans un pays donné ou des pays entre eux, il semble bien qu'au-delà d'un certain revenu (un peu plus que minimal), la satisfaction individuelle plafonne ou fluctue de manière si désordonnée qu'il devient impossible de la relier au revenu des individus.

Tout ceci me rappelle ce roman de James Michener, Hawaii, qui nous apprenait que certains Chinois s'attendaient à l'alternance des périodes fastes et néfastes dans la vie, les périodes de chance et de bonne fortune succédant aux périodes de malchance et de pénurie. L'Ancien Testament a conservé le souvenir d'une croyance semblable dans l'Antiquité, les années de vaches maigres succédant aux années de vaches grasses. Si l'Ancien Testament évoquait des périodes d'égale durée, je crois que Michener faisait de ses personnages des optimistes : dix années de prospérité devaient suivre sept années d'infortune.

Il y avait dans cette ancienne sagesse populaire un fond de vérité. La condition humaine inclut sans doute quelque chose comme l'expérience de cette alternance, quelle que soit la richesse collective, parce qu'il faut du temps pour modifier ses attentes. Quand la pauvreté finit par devenir une habitude, les attentes sont révisées à la baisse et on retirera une satisfaction subjective du moindre mieux, voire de la persistance des mêmes conditions si on a appris à s'en contenter. Puis, si on s'est accoutumé à la stabilité ou à un certain enrichissement, on sera consterné dès que les choses changeront le moindrement pour le pire.

Autrement dit, sans l'expérience des périodes de vaches maigres, il est difficile de connaître l'euphorie des années de vaches grasses. Du coup, j'ai envie de faire le lien avec les politiques françaises qui misent beaucoup sur la stabilité économique; elles ont atteint leur objectif — et ce serait exactement pour cette raison que les Français seraient si malheureux. Faute d'une période de vaches maigres de temps en temps, pour remettre les compteurs à zéro, c'est toujours le temps des vaches maigres! Ce qui est vrai pour les collectivités pourrait l'être aussi pour les particuliers...

Alors, que faudrait-il aux riches pour qu'ils soient réellement plus heureux? Si je pose d'une part que l'enrichissement de la collectivité dans plusieurs pays a été plus ou moins accaparé par les riches, une solution gagnante pour tout le monde s'offre à moi. On sait que les professeurs universitaires jouissent d'une année sabbatique tous les sept ans (par exemple) pour se consacrer à la recherche. Imaginons donc que, tous les sept ans, les riches aient droit à une année sabbatique durant laquelle tous leurs revenus excédant le seuil de pauvreté seraient retenus par le fisc. Ceci renflouerait les coffres de l'État et une année de misère ferait assurément le bonheur des riches puisque retrouver leur aisance antérieure l'année suivante leur apporterait beaucoup plus de satisfaction que s'ils étaient demeurés riches.

Je laisse à de plus sages que moi le soin de définir le seuil de la richesse...

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2006-03-02

 

La SF à l'écran... en 1976

En 1976, les films de science-fiction de 1954 ou 1955 étaient loin. Et Star Wars sortirait l'année suivante... (À la rigueur, on pouvait trouver à la télévision Space: 1999, mais... passons.) Ce qu'il y avait de plus récent, c'était 2001 (1968) ou encore Solaris (1972). Mais si ces films sortaient du lot, c'est parce qu'il existait bel et bien un corpus d'autres films de science-fiction, produits dans plusieurs pays.

Ainsi, en Allemagne de l'Est, le film de science-fiction de 1976 est une production internationale intitulée Im Staub der Sterne, ce qui se traduit par « Dans la poussière des étoiles ». (Cependant, la première image du film est une photo de galaxie. La véritable traduction serait-elle « Dans la poussière d'étoiles »? Ce qui serait une façon poétique de dire « Dans une galaxie près de chez vous » (!), car l'éloignement des lieux dans l'espace n'exclut pas un scénario qu'il était facile de décrypter à la lumière de l'affrontement Est-Ouest de l'époque.)

Il ne s'agissait que du plus récent film de science-fiction de la DEFA, la Deutsche Film Aktiengesellschaft de l'ancienne Allemagne de l'Est. Cette société fondée après la Seconde Guerre mondiale a produit de nombreux films et certains de ses films sont maintenant disponibles et même étudiés... Des films de SF de la DEFA, deux ont été dirigés par Gottfried Kolditz (1922-1982), soit Signale — Ein Weltraumabenteuer (1970), parfois décrit comme la réponse du monde communiste à 2001, et Im Staub der Sterne.

Ce dernier film n'est pas dénué d'intérêt, mais il faut arriver à le détacher de son époque, ce qui n'est pas facile. Car il est l'expression sinon de son époque du moins du bloc communiste. Filmé en Roumanie, autour des fameux volcans de boue de Berca, et en Allemagne de l'Est, dans les non moins fameux studios de Babelsberg, le film compte non seulement sur des acteurs est-allemands et roumains, mais aussi sur l'actrice tchécoslovaque Jana Brejchová (splendide dans le rôle de la commandante Akala), l'acteur yougoslave Milan Beli et une représentation polonaise.

Le scénario de base est si familier qu'il est difficile d'identifier une source spécifique qui l'aurait inspiré. Un astronef venu de Cynro se pose sur la planète Tem 4, répondant à un appel à l'aide. Mais les habitants de ce monde nient avoir besoin d'aide. Les visiteurs venus de Cynro sont sur le point de repartir lorsque l'un d'eux, Suko, découvre que les véritables natifs de Tem, le peuple Turi, a été réduit en esclavage afin de travailler à l'extraction d'un minerai précieux dans une immense mine souterraine. Les représentants de ce peuple opprimé réclament des armes pour se révolter, mais ce serait engager Cynro et Tem dans une escalade guerrière d'envergure galactique.

Même en 1976, on pouvait se demander pourquoi une civilisation maîtrisant le voyage interstellaire aurait besoin d'une main-d'œuvre primitive travaillant avec des pelles et des pioches. Cela dit, c'est le reste du film qui retient (ou non) l'attention. La musique est en partie électronique (ce qui comprend la dose obligatoire de thérémine?) et pourrait avoir imposé l'addition de plusieurs numéros de danse, en groupe ou non, par des jeunes femmes plus ou moins vêtues, histoire de mettre en valeur la composition de Karl-Ernst Sasse. C'est encore durant la fête organisée par les Temiens pour tromper la vigilance des émissaires de Cynro que leurs performances s'inscrivent avec le plus de naturel. Mais le choix de vêtements fait de l'ensemble une sorte d'hybride d'un épisode de Star Trek (première mouture), d'une soirée de disco des années 1970 et d'art contemporain plus ou moins réussi.

Qu'est-ce qui distingue le film d'un épisode de Star Trek, dix ans plus tôt? Pas grand-chose, en un sens, car si les Temiens sont censés être des oppresseurs vaguement capitalistes et fascistes (les séides du chef militaire ont des uniformes partiellement noirs, ce qui peut rappeler la mise des SS), qui sont coupables d'esclavagisme et de l'occupation d'une planète aux dépens de la population indigène (allusion transparente aux États-Unis dans l'imaginaire communiste), il était parfaitement possible d'inverser la parabole. Dans l'épisode « A Private Little War » de Star Trek, diffusé en 1968, Kirk doit décider d'aider ou non une peuplade primitive sur une planète où les Klingons sont en train d'armer leurs ennemis villageois. Contrairement à Suko qui plaide pour la non-intervention, Kirk décide de fournir les mêmes armes à ce peuple, mais sans leur fournir de meilleures armes afin de préserver l'équilibre des forces. La solution est-allemande est différente, et fidèle à la vulgate marxiste. L'astronef Cynro 19/4 décolle, mais Akala demeure pour nourrir l'espoir d'une révolution par le peuple opprimé Turi, qui a désormais son martyr, Suko — qui peut figurer Marx, Lénine ou même Che Guevara. (Même si j'ai mis un peu d'ironie dans ce paragraphe, il faut noter que j'ai moi aussi eu à prendre partie dans un roman où j'abordais une situation semblable, Fièvres sur Serendib, en 1996. L'héroïne finit par décider d'œuvrer pour la révolution...)

Certains éléments du film sont intéressants. La production a travaillé la gestuelle des Temiens, par exemple, et ceux-ci utilisent des aérosols qui sont peut-être nutritifs. Les vêtements, par contre, relèvent pour la plupart de l'idée qu'on se faisait à l'époque du futurisme vestimentaire : rien que des combinaisons moulantes à perte de vue... Les principales exceptions concernent les esclaves en guenilles grises ou brunes.

La passerelle (baptisée le pilotron) du Cynro 19/4 se distingue surtout de la passerelle de l'Enterprise de Kirk par son utilisation de couchettes pour les membres d'équipage. L'astronef a la forme d'une fusée qui, franchement, fait très vieux-jeu. Les drones de l'astronef, par contre, sont un peu plus intéressants, rappelant un peu le LEM d'Apollo.

Les Temiens aiment aussi les serpents, qui se promènent entre les mets du banquet offert aux émissaires de Cynro. Le dirigeant suprême des Temiens joue avec un serpent lorsqu'il reçoit la commandante Akala. Le symbolisme est un peu appuyé, non?

De fait, ce qui frappe le plus par rapport à Star Trek ou Space: 1999 ou 2001, c'est le rôle des femmes. Alors que les seules femmes présentes dans le camp temien sont des danseuses réduites à exhiber leurs charmes ou des servantes du peuple Turi, le gros de l'équipage du Cynro 19/4 est féminin. Outre la commandante Akala, il compte trois autres femmes et seulement deux hommes. Si l'un de ces derniers est l'héroïque savant, Suko, l'autre est un personnage plus bouffon, Thob, qui, parfois habillé d'une sorte de salopette bleue, incarne alors le bon sens de l'homme du peuple. Quand on pense qu'il a fallu des décennies à l'entreprise Star Trek pour se glorifier d'avoir nommé une femme aux commandes d'un vaisseau dans Voyager... Ce souci d'égalité n'exclut pas un étalage de nudité féminine qui aurait été impensable à la télévision nord-américaine.

Bref, il s'agit d'un film qui aborde un des principaux problèmes de la modernité technologique, l'asymétrie du pouvoir conféré aux uns par la technique et nié aux autres, et les conflits qui en découlent. En 1976, Kolditz connaissait peut-être le roman Il est difficile d'être un dieu des frères Strougatski sur le sujet de l'intervention (un film en a été tiré en 1990, Es ist nich leicht ein Gott zu sein). C'est ce qui le rend intéressant encore aujourd'hui alors que la critique de l'Ouest capitaliste et consumériste, affichant des réjouissances de façade alors qu'il repose sur le labeur d'esclaves qui triment sous terre et la spoliation d'un peuple indigène.
Ce qu'on aime, donc : un personnage de scientifique qui n'est ni fou ni même mégalo et plutôt courageux; une problématique toujours d'actualité (Afghanistan, Irak, Balkans); un féminisme audacieux pour son temps; certaines touches du décor (par exemple, les têtes coupées qui ornent des niches vitrées dans les appartements du dirigeant suprême — têtes robotiques ou gardées en vie sous perfusion, ce n'est pas clair). Ce qu'on aime moins : les décors souvent conventionnels ou trop peu convaincants, certains des costumes, le jeu parfois tonitruant ou trop théâtral des acteurs, une violence si peu réaliste (même pour une époque plus mesurée que la nôtre) qu'on croit presque à des représentations mimées vaguement expressionnistes, et une narration au rythme haché, jamais tout à fait fluide.

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Éternel retour

Je n'ai pas exactement passé la journée à l'Université d'Ottawa, mais toute ma journée a été passée dans l'orbite de l'université. Préparation du cours que j'enseigne, récupération des examens de mi-session, passage au bureau que je partage avec plusieurs autres chargés de cours, photocopie du deuxième devoir pour les élèves, retour éclair à la maison pour récupérer des acétates que j'avais oubliées... puis arrivée à l'université à la nuit tombée pour enseigner mon cours, enfin, et en ressortir après 22h.

Il y a longtemps, je passais moi aussi de longues journées à l'Université d'Ottawa. Un bac en physique, c'est déjà accaparant, mais j'étais aussi journaliste étudiant. D'abord, ce fut pour le journal francophone de l'Université, La Rotonde. Plus tard, j'ai collaboré occasionnellement au journal anglophone, The Fulcrum. Tout en signant aussi des textes pour le quotidien de la ville, The Ottawa Citizen, et des périodiques culturels comme Liaison. Sans parler d'imagine... et de Solaris, bien entendu! À l'époque, les bureaux de La Rotonde occupaient un emplacement que le journal a depuis quitté, avant d'y revenir, je crois. Les locaux coiffaient le sommet d'une petite tour creuse tout en ménageant un lieu de passage entre l'édifice de la bibliothèque et une résidence étudiante. La photo à gauche montre la porte principale des bureaux du journal, à l'automne 1987. En zoomant sur la porte, j'ai découvert l'annonce d'un événement sur « le problème de la dette », et j'ai même cru discerner l'annonce d'un concours d'écriture.

Quand on entrait par cette porte, on entrait dans un bureau comme il ne s'en fait sans doute plus. Non que je soupçonne les étudiants actuels d'être plus rangés que nous, en 1987! Mais la technologie a changé. Il y a vingt ans, dans ce petit local affecté à la production, on n'apercevait pas un seul ordinateur... La composition de chaque numéro se faisait, pour autant que je m'en souvienne, avec de minces feuillets de papier badigonné d'une substance suffisamment collante pour qu'ils adhèrent à des cartons. Je crois qu'on voit un tel carton sur le chevalet à gauche dans la photo ci-contre. Et les retailles des versions préliminaires ou les illustrations rejetées finissaient souvent par orner les surfaces disponibles — comme le battant de la porte au centre de cette photo... Mais il ne faut pas trop m'en demander, car je ne participais pas encore à la production du journal. Plus tard, après le déménagement du journal dans un édifice de King Edward, j'ai travaillé comme correcteur, mais la technologie était déjà en train de changer. La mise en page commençait à se faire à l'écran de gros ordinateurs en utilisant, je pense, une version assez ancienne de QuarkXPress.

Je me demande à quoi ressemblent les locaux actuels de La Rotonde. En consultant la liste des journalistes de cette année, j'ai découvert que le chef de pupitre de la section des sports fait partie des étudiants dans le cours que j'enseigne... Décidément, le temps a passé et les rôles ont changé.

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2006-02-26

 

La facture d'une génération

Dans La Presse de Montréal du 24 février, Alain Dubuc évoque un sujet grossier et vulgaire, dont il ne faut absolument pas parler — la dette du Québec.

Où en sont les chiffres? En termes absolus, 116,6 milliards de dollars. En termes relatifs, 44,0% du PIB de la province. En intérêts annuels, 6,9 milliards de dollars, soit presque 13% du budget provincial. Les autres provinces, moins l'Alberta qui est hors-jeu dans ce domaine, ont une dette moyenne d'environ 25% du PIB. (Il est erroné de comparer cette dette à des dettes nationales; le Québec n'est pas encore un pays et il faudrait alors compter la part québécoise de la dette fédérale, et inversement les dettes subsidiaires des autres pays. La comparaison provinciale est celle qui s'impose.)

Ceci n'est toutefois que la dette gouvernementale. La dette totale du secteur public, qui comprend le gouvernement, les réseaux de l'éducation et de la santé (12,3 milliards de plus), Hydro-Québec (33 milliards), les municipalités (17,8 milliards) et les autres entreprises du gouvernement, totalise 183,4 milliards de dollars, soit 68,7% du PIB. Un niveau plus élevé qu'en France même, je crois. La seule bonne nouvelle, c'est que ce pourcentage baisse, car il atteignait 77,2% en 2001. Tandis que la dette gouvernementale augmente continuellement, Hydro-Québec a réduit sa dette de près de 6 milliards depuis 2001 — et la croissance de l'économie a fait le reste. (Je prends mes chiffres du plan (.PDF) budgétaire 2005-2006; ceux d'Alain Dubuc semblent légèrement différents, sans doute parce qu'ils sont plus récents.) Quant au service de la dette, il est passé de presque 18% des dépenses en 1997-1998 à 13% environ, en grande partie grâce à la baisse des taux d'intérêts.

Mais en 1970, le service de la dette ne représentait que 5% des dépenses — et 7,7% en 1980-1981. Nous ne sommes revenus qu'au niveau de 1990-1991 environ.

Et qu'a-t-elle acheté, cette dette, d'aussi durable qu'elle? Eh bien, on estime que le quart environ de cette dette correspond au paiement d'infrastructures — tandis que le tiers correspondrait au financement d'anciennes dépenses courantes. (Le reste correspondrait au passif des régimes de retraite.)

Il ne faudrait pas s'étonner ensuite que les générations d'après le baby-boom trouvent la facture difficile à digérer. Quelle génération aura profité le plus de cette dette? Cherchons un peu.

Depuis le début de la quête du déficit zéro au Québec, les seules dépenses qui ne sont pas essentiellement gelées, ce sont celles de la santé. Or, ce ne sont pas les moins de 40 ans qui sont de gros consommateurs de soins de santé. S'il est permis d'argumenter que l'augmentation des coûts de l'équipement et des médicaments a plus à avoir avec l'augmentation récente des coûts de santé que le vieillissement de la population, il reste que la clientèle la plus coûteuse est la plus âgée et qu'il est permis de se demander ce qu'il arrivera lorsque le baby-boom commencera vraiment à gonfler les classes d'âges les plus avancées... Depuis 1990, alors que le service de la dette atteint des sommets et qu'il est payé en dollars réels (car non empruntés) après l'atteinte du déficit zéro, la génération X a donc payé plus que sa part des intérêts de la dette en atteignant l'âge de payer des impôts conséquents tout en retirant fort peu de bénéfices des dépenses publiques, pour elle ou pour ses enfants.

Cette situation est aggravée par la dénatalité québécoise qui prépare des lendemains tendus. Moins qu'en France, sans doute, mais plus qu'ailleurs au Canada, en particulier à l'ouest du Québec, où la population est plus jeune et l'économie plus dynamique. Le problème de la dénatalité ne sera pas celui d'une crise du système en tant que tel; les chiffres ne justifient pas cette inquiétude. Les caisses sont alimentées (depuis 1998, les jeunes travailleurs paient plus que leurs aînés baby-boomers payaient auparavant, au moment où ceux-ci commencent à partir à la retraite...) et une partie des sommes soustraites au fisc par les REER seront remises en circulation et imposées ou taxées. Mais comme le vieillissement frappera plus fort au Québec qu'ailleurs, le problème en sera un de compétitivité avec les autres juridictions du continent, plus jeunes et soumises à de moindres contraintes fiscales.

On ne souligne pas assez que la dénatalité a été, en soi, un transfert de richesses du futur vers le présent pour les baby-boomers. Les enfants coûtent chers; ne pas avoir d'enfants, c'était plus avantageux dans l'immédiat. Un enfant ou une seconde voiture? Beaucoup de couples ont choisi la seconde voiture. Le voyage sous des cieux exotiques. Etc. Mais les enfants qui ne sont pas là ne pourront pas payer pour une économie caractérisée par un nombre croissant de dépendants ou de pensionnés âgés...

Par rapport à 1960, la dette a aussi aidé à payer pour l'expansion de la fonction publique. Une fonction publique qui a beaucoup profité à qui? Si je me penche sur un rapport récent sur la composition de l'effectif de la fonction publique au Québec, je trouve qu'en mars 2000, l'effectif régulier comptait 6,9% d'employés de moins de 35 ans. Or, au Canada en 2001, 40% de la population active avait moins de 35 ans. Admettons que ce soit un peu plus faible au Québec, province vieillissante, mais le fossé reste énorme. (Depuis 2000, le nombre de moins de 35 ans dans la fonction publique québécoise augmente lentement.) On notera au passage qu'entre 1999 et 2004, le nombre d'anglophones dans cette fonction publique québécoise est passé de 0,6% à 0,7%, restant de loin inférieur à la proportion d'anglophones et d'allophones dans la population. Et on s'étonnera ensuite que ceux-ci ne voient pas l'intérêt de l'indépendantisme québécois! Quant aux autochtones, ils sont un peu mieux représentés (0,3%), mais la fonction publique québécoise est clairement une chasse gardée du baby-boom blanc et francophone.

Faut-il pour autant s'attaquer à la dette? On peut soutenir qu'il aurait fallu le faire il y a dix ans et qu'il n'est plus temps, en raison des besoins croissants dans plusieurs domaines. Mais cela ressemble fort à un prétexte. À tout le moins, comme le soutient Alain Dubuc, il faudrait au moins y consacrer autant d'énergie — ou de rhétorique — qu'au problème (?) du déséquilibre fiscal dont je reparlerai...

Dire qu'il y a dix ans, la CSN (Confédération des syndicats nationaux) pouvait discuter de la réduction, voire de l'élimination, de la dette et proposer, entre autres, un fonds de remboursement de la dette québécoise sans avoir à craindre l'anathème des bien-pensants grisonnants! Je cite : « la CSN évalue qu'un fonds de remboursement de la dette serait un complément utile aux autres stratégies visant à remettre de l'ordre dans nos finances publiques. Ce fonds serait alimenté par une taxe dédiée dont les recettes y seraient versées annuellement.» Certes, la CSN donnait un gage au gouvernement de l'époque tout en noyant cette recommandation dans un ensemble de mesures nettement plus « progressiste », c'est-à-dire redistributif. Mais quand même!

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2006-02-25

 

Plus que 69 jours...

Plus que 69 jours avant le congrès Boréal 23.

Il doit y avoir un sens caché au fait que cet intervalle est le triple du chiffre de ce prochain congrès... Et qu'il reste trois jours pour s'inscrire au tarif spécial qui expire le premier mars. Mais nous ne sommes pas dans un roman de Dan Brown et ce n'est sûrement qu'un hasard numérologique.

Je suis allé à mon premier congrès Boréal en 1986, il y a donc vingt ans. Cela se passait à Longueuil, à l'étage de la bibliothèque municipale. À certains égards, ce fut sans doute un tournant dans ma vie. J'avais la vocation d'écrivain bien accrochée, mais si l'expérience m'avait déçu, j'aurais peut-être pris un certain recul face à l'écriture. Mais j'ai goûté à la célébrité toute relative — et si enivrante — de l'auteur qui rencontre ses premiers lecteurs, c'est-à-dire la poignée de personnes qui m'avaient lu dans imagine.... Et j'ai fait la connaissance de jeunes comme moi qui avaient des projets excitants — un fanzine appelé Samizdat, par exemple ou qui lancerait leur carrière littéraire cette même fin de semaine en gagnant le concours d'écriture sur place.

Le congrès Boréal aura vingt-sept ans cette année. Durera-t-il jusqu'en 2033? Ou jusqu'en 2026? Moins longtemps encore? Je suis tenté d'appliquer l'argument eschatologique de Carter-Leslie et de postuler qu'il serait plus probable de se trouver près de la fin des congrès que de leur début, mais l'argument de Carter-Leslie dépend de l'évolution démographique. Or, aucune tendance particulière n'est associée aux congrès Boréal. Par conséquent, il est sans doute plus probable de se trouver dans une position moyenne relativement à la longévité des congrès et d'en conclure que Boréal peut encore compter sur une décennie ou deux...

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2006-02-24

 

Iconographie de la SFCF (5)

Commençons par un rappel des livraisons précédentes : (1) l'iconographie de Surréal 3000; (2) l'iconographie du merveilleux pour les jeunes; (3) le motif de la soucoupe; et (4) les couvertures de sf d'avant la constitution du milieu de la «SFQ».

S'il existe un milieu constitué de la science-fiction canadienne d'expression française (SFCF), il ne remonte vraiment qu'à 1974. C'est la date de la parution du premier numéro du fanzine Requiem, qui allait devenir la revue Solaris. C'est la date de la parution du premier roman d'Esther Rochon, En hommage aux araignées; Rochon allait participer plus tard à la fondation d'imagine..., la seconde revue d'importance dans l'histoire de la SF d'ici, et signer plusieurs ouvrages marquants. L'année est d'ailleurs fertile en parutions relevant de la science-fiction, et il faudra y revenir. Mais la création de Requiem va créer un pôle d'attraction pour les amateurs et les créateurs de SF au Québec et dans tout le Canada francophone. Cependant, il est possible de faire remonter la science-fiction moderne au Québec à 1960 environ. C'est à compter de 1960 que la science-fiction s'impose, et d'une manière consciente de ses spécificités. Elle est présente dans les « pulps» québécois, c'est-à-dire ces fascicules hebdomadaires offerts à la vente pour servir en pâture des histoires policières, des histoires d'espionnage (dont les aventures du célèbre IXE-13 de Pierre Daigneault), des histoires d'amour, etc. La science-fiction fait aussi son entrée dans la littérature pour jeunes, encore clairsemée, et elle va inspirer de nouvelles initiatives dans la suite de la décennie des années 1960...

Parmi ces initiatives, il faut compter les séries créées par la maison d'édition Lidec pour les jeunes lecteurs. J'ai déjà fait allusion à la série « Unipax » de Maurice Gagnon, qui mettait en scène une organisation secrète vouée à la cause de la paix. Si l'attirail technique reflétait les expériences de Gagnon dans la Marine canadienne, le contexte et les intrigues choisies s'inspiraient plutôt de la vogue des institutions internationales (comme l'ONU) après la Seconde Guerre mondiale et de la popularité des histoires d'espionnage à la télévision. Pour ne pas se sentir lié par l'actualité, Gagnon avait projeté assez loin dans l'avenir le cadre de ses romans, même si, en pratique, ce futur lointain se démarquait assez peu du contexte des années 1960... En revanche, dans la série « Volpek » d'Yves Thériault (mieux connu pour autre chose), l'inspiration est beaucoup plus locale puisque Volpek, désigné comme « l'agent secret canadien » sur la couverture du troisième volume et des suivants, est un digne successeur d'IXE-13. Et le futur retenu est beaucoup moins éloigné : l'action se passe en 1975 ou un peu après.

Pourquoi s'intéresser à ces petits romans pour jeunes? D'abord, parce qu'ils ont exercé une influence durable, en partie relayée par un auteur comme Daniel Sernine. En effet, l'organisation Argus de Sernine n'est pas sans avoir quelques points de ressemblance avec Unipax... Et si on se tourne vers les aventures de Volpek, le lecteur observera rapidement que, dans le premier volume, La Montagne creuse (1965), les ressorts de l'intrigue ressemblent fort à ceux du roman Chronoreg de Sernine. Une base secrète ennemie au Labrador, un agent secret canadien, une menace nucléaire, l'utilisation de sous-marins par l'ennemi... Le traitement est fort différent, mais l'influence ne semble pas douteuse.

Si l'extrapolation peut sembler modeste dans la série de Thériault, c'est pourtant ce qui fait des aventures de Volpek de la science-fiction relativement étoffée pour son époque. L'auteur se soucie de la vraisemblance de ce qu'il décrit et il signe un appendice qui explique (et justifie)certains éléments de son intrigue. On notera qu'il croit à la possibilité d'un téléstylo, appareil « trans-récepteur audio-visuel de la grosseur d'un stylo», en 1975. (Il n'avait que trente ans d'avance environ sur les téléphones portables actuels avec caméra intégrée...) Il est également optimiste en ce qui concerne le pistolet-laser : « Cette documentation datée 1965 autorise donc à prévoir pour 1975, un pistolet-laser foudroyant. » Le reste du dossier se cantonne dans la vulgarisation de bon aloi et Thériault montre souvent qu'il est branché sur l'actualité de son temps. Ainsi, la base au Labrador est creusée avec l'aide de bombes atomiques, ce qui correspondait à certains projets du programme Atoms for Peace lancé à la fin des années 1950. Dans Le secret de Mufjarti (1965), il est question de substances cancérigènes — le DDT n'est pas mentionné, car Rachel Carson venait tout juste de faire sortir Silent Spring — et le dossier de Thériault fait état des découvertes récentes en ce qui concerne l'effet cancérigène de la cigarette... Dans Les dauphins de Monsieur Yu (1966), Thériault fait écho aux recherches récentes sur l'intelligence des dauphins — et sur les tentatives de certains militaires de se servir d'eux. Encore une fois, ce savant asiatique qui modifie des animaux pourrait rappeler le personnage éponyme de la nouvelle « Les amis de monsieur Soon » de Sernine.

Les trois premières couvertures de la série restent assez fidèles au registre habituel des histoires d'espionnage. L'illustration de La Montagne creuse peut sembler relativement futuriste, mais l'artiste se borne à représenter un « avion-jet de grande performance », tel que mentionné dans le texte. Or, les avions de chasse à réaction commençaient à essayer les ailes en delta depuis quelques années, comme dans le cas du mythique bombardier canadien Avro Arrow. Par contre, dans les quatrième et cinquième volumes de la série, Thériault opte pour de la science-fiction franche. Du coup, l'artiste André L'Archevêque doit relever un défi différent. Pour Le Château des petits hommes verts (1966), il doit représenter des personnages qui pourraient être les premiers petits hommes verts de l'édition canadienne-française! C'est ce qu'on voit dans l'illustration de droite.

Le père d'André L'Archevêque, Eugène L'Archevêque, avait été le propriétaire du journal humoristique Le Bavard, lancé en novembre 1940. À cet organe de presse et de soutien du maire Camilien Houde avaient succédé une série d'entreprises. En janvier 1941, Eugène publie un premier fascicule vendu au prix modique de 5 cents l'unité. Il sera ensuite au cœur de l'activité éditoriale de ces pulps québécois et il fera appel à son fils plus d'une fois pour l'illustration de couvertures.

André L'Archevêque n'en est donc pas à ses premières armes en la matière. D'où le calme de ses compositions, sans doute. Il ne ressent tout simplement pas le besoin de crier sur tous les toits qu'il illustre un ouvrage de science-fiction. Toutefois, pour illustrer Le dernier rayon (1966), L'Archevêque s'en tient à des explorateurs de l'espace engoncés dans des scaphandres relativement classiques. (On peut les comparer à ceux de Destination Lune.) Le roman correspond à un changement de cap assez soudain dans le parcours de Thériault — ou de Volpek si on veut. À la fin du Château des petits hommes verts, les secrets obtenus des extraterrestres contactés par Volpek ont permis aux humains d'acquérir les principes du vol interstellaire. Mais quand débute Le dernier rayon, il n'est plus question pour Volpek de se balader dans le vaisseau interstellaire MARSTAK 1X et de filer « dans l'orbite d'attraction d'une super-nova située à quarante millions d'années de lumière de la Terre.» Il se met plutôt à chercher un moyen d'atteindre des destinations beaucoup plus modestes, pas nécessairement plus loin que l'orbite terrestre.

Le moyen de propulsion est inusité. Il est question de l'aide apportée par un canon au véhicule spatial de Volpek; ceci pourrait refléter la rumeur des expériences menées par Gerald Bull pour construire des canons gigantesques, capables de propulser des satellites en orbite ou des obus à des centaines de kilomètres de là. L'ensemble de ces couvertures se distingue par la maturité des traits et le travail sur les couleurs. Mais la présence de la science-fiction dans ces illustrations est réduite et c'est surtout la qualité des tableaux qui assurait un degré de vraisemblance rejaillissant sur la science-fiction.

2006-02-23

 

La collection Merril

De passage aujourd'hui à Toronto, j'ai fait don à la collection Merril de deux romans (Les insurgés de Tianjin et Le maître des bourrasques) et de quelques pièces de ma collection dont je n'avais aucun besoin immédiat ou même envisageable. Des exemplaires de fanzines européens, des catalogues de maisons d'édition dans le domaine de la sf, des tirés à part d'extraits de romans à l'occasion de congrès, etc. Bref, il s'agit surtout de ces imprimés du quotidien qu'on appelle parfois des ephemera.

Qu'est-ce que la collection Merril? En plus des informations fournies par le site officiel, il n'est pas inutile de se pencher aussi sur la biographie de Judith Merril, pionnière de la voix des femmes et du féminisme dans la science-fiction nord-américaine. L'histoire de la collection est intimement liée à la guerre du Viêt-Nam dans sa phase étatsunienne dans la mesure où la répression des manifestants pour la paix durant la convention des Démocrates à Chicago (en 1968) convainquit un certain nombre de personnes d'abandonner les États-Unis — dont Judith Josephine Grossman, mieux connue sous son nom de plume de Judith Merril. Le Canada en accueillit plusieurs, en particulier Toronto.

C'est à cette époque qu'un jeune draft dodger du nom de William Gibson errait dans les rues de Toronto, en particulier dans le quartier de Yorkville (depuis devenu ultra-branché). On peut le voir dans un documentaire (très square) de la Canadian Broadcasting Corporation de l'époque, où il offre une introduction en 1967 à la communauté des hippies et conscrits étatsuniens en cavale... (Il y a une certaine ressemblance avec Karl Schroeder, non?)

C'est aussi à cette époque que Judith Merril s'était installée à Toronto après les incidents de Chicago. Elle avait apporté sa volumineuse collection d'ouvrages de SF et elle était rapidement devenue une des personnes-ressources d'une « université hippie » sise aux confins de Yorkville et au nord de l'Université de Toronto — Rochdale College, fondé en 1968. L'expérience d'une université auto-gérée avait tourné au vinaigre, l'édifice principal devenant en quelques années un refuge de consommateurs de drogues douces ou non, entre autres. Des témoins de cette époque m'ont parlé des toilettes qui se déclenchaient dans tout l'édifice dès que se pointait un uniforme sous les fenêtres... Mais ce fut aussi un foyer de la contre-culture à Toronto et une pépinière de talents et d'entreprises artistiques. (Quand j'étudiais à Toronto il y a une dizaine d'années, l'édifice était devenu un foyer de personnages âgées... Sans commentaire.)

La première fois que j'ai rencontré Judith Merril, dans les coulisses de l'amphi principal de l'édifice d'origine du Centre national de recherches à Ottawa, après une réunion de l'Ottawa Science Fiction Society vers 1987, elle fumait... des cigarettes. Mais elle ne dédaignait sans doute pas un petit joint. Un de mes profs au département d'astronomie de l'Université de Toronto, arrivé des États-Unis le 28 juin 1968 avec sa famille, avait trouvé un autre moyen d'échapper à la guerre du Viêt-Nam — les études. Il m'a parlé d'un concert (folk? avec Joan Baez?) sur les îles de Toronto durant lequel un joint circulait; en se retournant pour passer le pétard à la personne suivante, il avait reconnu Judith Merril. (Ou était-ce l'inverse? Judith Merril se retournant pour lui passer le joint?)

Le bref séjour des livres de Judith Merril à Rochdale College lui avait coûté un certain nombre d'ouvrages, prêtés et jamais rendus. Je crois bien que cela explique pourquoi elle avait négocié le don de sa collection dès 1970, qui a fondé la Spaced Out Library, devenue aujourd'hui la collection Merril...

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2006-02-21

 

Futur lointain... très lointain

Lu aujourd'hui sur la route de Toronto : Black Brillion de l'auteur canadien Matt Hughes. Il s'agit d'un roman de science-fiction des plus agréables, coulé dans un moule qui sera déjà familier aux fans et lecteurs de Jack Vance. En effet, l'intrigue se déroule sur notre Terre, mais dans un futur si lointain qu'elle peut facilement passer pour une autre planète. D'ailleurs, j'ai cru qu'il s'agissait d'un autre monde au début.

En évoquant un futur si lointain que le mélange le plus hétérogène de cultures et de technologies se justifie, Hughes peut donner libre cours à son art du dialogue. Les éléments du décor — pistolasers, extraterrestres, paquebots terrestres, manipulations de la gravité, etc. — ne sont que des conventions qu'il serait ridicule d'examiner. Le propos du roman n'est pas de susciter la réflexion ou l'émerveillement, mais d'offrir une aventure palpitante, dans la veine de certains romans de Vance. (Je ne pense pas seulement à ceux qui mettent en scène Cugel sur une Terre à l'agonie, mais aussi aux histoires dont Magnus Ridolph est le héros.) En général, même si le rythme de la narration languit à quelques reprises, Hughes livre la marchandise.

Certes, les personnages secondaires frisent la caricature, mais les personnages principaux, dont le jeune policier inexpérimenté Baro Harkless et même l'escroc Luff Imbry, révèlent des profondeurs insoupçonnées au fil des péripéties. Cette simplification des personnages fait partie des ficelles qui garantissent l'efficacité d'une certaine littérature populaire, tandis que le traitement plus circonstancié des personnages principaux leur donne plus de consistance.

Néanmoins, ce qui avait commencé comme une enquête somme toute banale s'enrichit d'ingrédients nettement plus intéressants. Je ne parle pas de l'appariement assez éculé d'un policier et du criminel qu'il a capturé, mais de l'intervention d'un historien, Guth Bandar, qui explore l'inconscient collectif de l'humanité. Ceci va permettre au jeune Baro d'éclairer des pans presque oubliés de son passé, va l'amener à changer de carrière et va même lui permettre de... sauver l'humanité. C'est très fort!

Bref, de la science-fiction d'aventures à déconseiller aux amateurs de sf dure, mais qui pourrait ravir les connaisseurs d'une science-fiction plus ancienne. (S'ils ne connaissaient pas déjà et s'ils aiment, ils pourront retrouver Guth Bandar dans d'autres textes signés par Hughes.)

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2006-02-20

 

Le nouveau livre de Laurent

Voilà, j'ai reçu dans la même journée le chèque du Droit de prêt public et les quinze exemplaires du nouveau roman jeunesse de Laurent McAllister, Le maître des bourrasques. La journée n'aura pas été entièrement perdue, quoi... Et il y a aussi eu l'arrivage de quelques vieux films de science-fiction dont je reparlerai un de ces jours.

Ce nouveau livre de notre avatar virtuel, à Yves Meynard et moi-même, donne une suite aux aventures du jeune Pétrel, entamées dans les deux premiers volumes de la série, soit Le messager des orages et Sur le chemin des tornades. Désormais prisonnier de la Guilde des Nautes, Pétrel devra subir le jugement du Moloch, comme on le voit dans la couverture signée par Laurine Spehner. Mais je ne révèle rien en disant qu'il ne s'agit pas du dernier volume de la série. Il reste à Pétrel encore bien des aventures à vivre dans l'immense ville de Zodiaque bâtie sur les îles de la Lente, la rivière sans berges...

Laurent McAllister sera présent au Salon du livre de l'Outaouais, à Gatineau, le samedi 11 mars 2006. Il vient aussi de publier une nouvelle dans Science-Fiction 2006 des éditions Bragelonne, se rattachant à l'univers d'un roman de space-opéra qu'il prépare de longue date. De son côté, Yves Meynard verra reparaître l'excellente nouvelle « Navices », qu'il avait signée avec Francine Pelletier, dans le troisième numéro de l'anthologie périodique Fiction des Moutons électriques, une nouvelle et fort sympathique maison d'édition française.

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2006-02-19

 

Ode à l'abri Tempo

Ode n'est pas sonnet, mais à l'abri Tempo
Il faut les deux pour que lui soit rendu honneur,
Car d'avoir ou non l'abri Tempo le bonheur
De l'hivernant québécois dépend — et les os!

Maison longue de plastique pour le repos
De l'auto et du pelleteur, ou du mineur
Chargé de sauver le fol orgueil du crâneur,
L'abri est parfois banni — manque de pot!

Faux iglou trop pratique, riant du blizzard
Et, de l'hiver, triomphant de tous les hasards,
L'abri a droit à notre reconnaissance.

Sans lui, combien de cœurs fourbus qui se fêlent?
Combien de membres disloqués? Et quel sens
Aurait l'hiver pour les esclaves de la pelle?

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2006-02-17

 

Iconographie de la SFCF (4)

Dans mes livraisons précédentes sur l'iconographie de la SFCF, j'ai vanté les ouvrages pour jeunes dont les couvertures sont plus souvent illustrées qu'autrement. Souvent, ce sont ses couvertures qui nous permettent de nous faire une certaine idée de la manière dont nos prédécesseurs voyaient le fantastique, la science-fiction, le futur, etc. C'était assez frappant dans le cas du roman Surréal 3000 de Suzanne Martel. L'illustration du merveilleux au Canada francophone a livré aussi quelques couvertures caractéristiques. Il est également possible de suivre les apparitions d'un motif, comme celui de la soucoupe volante... Les ouvrages pour jeunes ont, comme je l'indiquais, l'avantage de viser un public jugé plus sensible à des images primaires, et donc évidentes. Ainsi, Louise Roy-Kerrigan est certes assez fidèle à la description donnée par Henriette Major dans son roman À la conquête du temps (1970). Les deux jeunes héros ont découvert chez leur oncle inventeur « un étrange appareil : c'était tout bonnement un fauteuil de barbier à l'ancienne mode entouré d'une série de plaques de métal qui formaient tout autour comme une espèce de réseau d'où sortaient des dizaines de fils électriques. Ces fils étaient reliés à une sorte d'ordinateur sur lequel un panneau brillait de tous ses cadrans et de toutes ses manettes. La machine semblait en marche car on entendait un léger bourdonnement tandis que des lumières clignotaient par endroits.» (p. 14) Néanmoins, le choix a été fait d'illustrer, un peu comme dans le cas de Surréal 3000, non pas un élément nécessairement caractéristique du roman, mais un élément emblématique des technologies de pointe de l'époque — l'ordinateur (légèrement anthropomorphique dans ce cas-ci).

D'ailleurs, Henriette Major (1933-) fait pratiquement partie de la même génération que Suzanne Martel (1924-) et n'est pas beaucoup plus âgée qu'André Ber (1920-), qui a commencé par se rapprocher de la science-fiction avec un roman d'aventures d'un genre assez rare au Canada français, Le Repaire des loups gris (1962). Un peu comme dans Rocketship Galileo d'Heinlein et de nombreux autres romans d'aventures de l'après-guerre (dans la foulée des textes publiés durant les années de guerre), on trouve des Nazis qui disposent d'une base secrète. Celle-ci a la particularité de se trouver dans une île qui abrite des vestiges de l'Atlantide. L'action se passe durant la Seconde Guerre mondiale, pour l'essentiel. C'est l'existence de ces vestiges de l'Atlantide qui rattache l'ouvrage à la science-fiction, car le reste relève d'une intrigue qui mêle la guerre, l'espionnage et l'amour de manière assez classique. L'illustration de Gabriel de Beney — qui a illustré le premier roman de science-fiction pour jeunes de Daniel Sernine, Organisation Argus (1979) — n'inclut d'ailleurs aucune illusion flagrante à cet élément de l'histoire. L'atmosphère qui se dégage du tableau rappelle plutôt la littérature de voyage et les romans d'aventures exotiques signés par Verne et par ses successeurs. Il faut d'ailleurs souligner que rien n'indique qu'il s'agit de littérature pour jeunes; l'ouvrage est présenté comme faisant partie de la collection « Rêve et Vie », qui comprend des titres de Guermaine Guèvremont, Félix Leclerc (Pieds nus dans l'aube) et Antonine Maillet.

Toutefois, un passage du roman annonce l'ouvrage suivant de Ber. Le narrateur est l'assistant d'un professeur et se passionne pour les religions atlantes après la découverte d'un temple qui se serait dressé au cœur de la capitale de l'Atlantide. Quand il revient du temple ruiné, il livre à sa compagne de voyage ce que son imagination lui dit de la civilisation atlante : « Pour elle, j'essayais de revivre ces sortes de rêves étranges que je faisais parfois tout éveillé dans le silence. Allongé sur les dalles, dans une sorte de transe cataleptique je laissais mon esprit remonter le temps. Et ainsi, des heures durant, j'ai parcouru les plaines de l'Atlantide, j'ai gravi ses montagnes, j'ai vécu dans la Cité aux portes d'or. Une seule explication plausible à ces rappels fulgurants du passé : toutes mes lectures, toutes mes pensées, depuis des années avaient été orientées sur ce sujet. Mon imagination aidant, je reconstituais machinalement dans mon subconscient, des fresques historiques où rien ne manquait, ni la couleur, ni la véracité puisque je puisais mon inspiration à la source même. » (p. 121) Or, dans le roman suivant de Ber, Ségoldiah (1964), une intervention du surnaturel est également expliquée (au moins en partie) par un phénomène semblable d'auto-hypnose, même s'il est plus longuement justifié. Cette fois, il s'agit clairement d'un roman tout ce qu'il y a de plus adulte, même si le personnage de Ségoldiah l'immortelle, esprit immanent capable de prendre possession des cerveaux mortels, pourrait devoir quelque chose à certains personnages de la littérature populaire antérieure (on pense à She de Haggard ou à l'Antinéa de Benoit, toutes proportions gardées).

Le responsable de la couverture n'est pas identifié et ce maquettiste anonyme n'a pas livré quelque chose de très parlant. La maquette d'une autre couverture de 1962 est plus parlante. Trop, peut-être. En effet, tout ce qu'elle offre, c'est la reproduction en transparence d'une page du journal du docteur Jan von Fries. Les Éditions À la page constituaient une petite maison sise à Montréal, qui avait également publié Claude Jasmin et trois autres auteurs à cette date. Le roman n'a d'ailleurs été tiré qu'à 800 exemplaires. Celui que je possède est l'exemplaire numéro 25 et il est dédicacé de la main de Ronald Després à « M. et Mme Claude Aubry ». Claude Aubry (1914-1984), directeur de la Bibliothèque publique d'Ottawa de 1953 à 1979, était lui-même un auteur de quelques ouvrages à saveur fantaisiste. Je l'avais rencontré dans mes jeunes années, quelques années avant sa mort, lors d'une fête quelconque à la bibliothèque de mon quartier à Gloucester, sur le chemin Ogilvie. Comme Ronald Després était en 1962 un traducteur à la Chambre des Communes du Parlement d'Ottawa, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que ses deux hommes de lettres se soient connus dans ce qui devait être un très petit milieu littéraire francophone à cette époque de l'histoire d'Ottawa... La couverture peut passer pour minimaliste, mais elle n'est pas dénuée d'originalité et elle a l'avantage de prêter vie à un texte assez sec et fort difficile à illustrer. (Comment diable plaquer une image sur la relation par un médecin de son entreprise de vivisection de l'humanité entière?)

On ne peut en dire autant de la couverture du roman de Jean Tétreau, Les Nomades (1967). Alors qu'il s'agit, contrairement à la plupart de ces livres, d'un roman de science-fiction pleinement assumé, appartenant même à un sous-genre déjà classique, soit celui du récit post-cataclysmique, la couverture offre la plus désolante vacuité.

Cette maquette créée par le Studio Gagnier, Fleury et Associés semble représenter, de manière épurée, un rivage quelconque. (De fait, le roman commence bien au bord de la Méditerranée.) Alors que Tétreau raconte les aventures de Silvana dans un monde bouleversé par des catastrophes aux origines complexes, la couverture ne laisse rien filtrer du propos. Une couverture « blanche », à la française, aurait tout aussi bien fait l'affaire dans ce cas.

Pourtant, Tétreau fait intervenir des escadres d'astronefs, fait allusion à une émergence de l'Atlantide et promène son héroïne dans plusieurs lieux de la péninsule italienne, voire de l'Europe. Certes, le projet semble vaciller entre le roman d'aventures ou de science-fiction, et le roman philosophique, mais on ne peut que déplorer la timidité de l'éditeur qui avait ici l'occasion de commander une couverture beaucoup plus dramatique. Le flou du positionnement esthétique de la science-fiction a sans doute joué un rôle. Et le désir de respectabilité l'a peut-être emporté...

 

Portrait de l'artiste en jeune homme

Au terme de quelques heures de frustration supplémentaires pour procurer à ma mère le service haute-vitesse de Sympatico (et après trois semaines de promesses sans suite d'une brochette de techniciens sans dessin), j'aurais presque la nostalgie de l'époque d'avant les ordinateurs. (Et d'avant Internet aussi? laissez-moi y réfléchir...) Un peu d'archéologie m'a permis de retrouver ce portrait de l'auteur jeune homme, sans doute tiré par mon père. La date n'est malheureusement pas donnée. Comme j'utilise encore une machine à écrire (électrique, rassurez-vous, ce n'est pas l'âge des ténèbres, quand même!), la photo a dû être prise avant 1989. L'absence de barbe indiquerait a priori une date antérieure à 1987, et d'y voir peut-être une photo des années 1984 ou 1985, quand ma carrière littéraire débutait avec la parution de ma nouvelle «Œuvre de paix» dans imagine... en 1984. Mais je n'en suis pas sûr.

En tout cas, c'est avec cette machine que j'ai tapé un certain nombre de textes, dont la première version du roman Le ressuscité de l'Atlantide, la nouvelle « Les proscrits de Géhenna» (classée pour le Prix Solaris 1987) et plusieurs autres textes de cette période. Or, ce que je remarque dans cette photo, c'est, si on regarde bien, cette constellation de petites taches à la surface du feuillet engagé dans la machine. De quoi s'agit-il? En fait, ce sont des macules de correcteur liquide, que leur opacité supérieure à celle du papier fait apparaître sous la forme de taches sombres à la lumière du Soleil. Parce que c'était le seul moyen de corriger une faute de frappe ou d'orthographe — à condition de la repérer avant d'avoir sorti le papier de la machine, bien sûr! Si on se souvient de la difficulté de corriger proprement un texte tapé à la machine (et de l'impossibilité de le modifier sérieusement), on comprendra qu'on ne peut vouloir revenir en arrière très longtemps.

Même si je me dis parfois que ces contraintes techniques enseignaient une discipline aux écrivains du temps qui manque parfois à la jeune relève...

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2006-02-16

 

Les néo-cons et Platon...

Depuis les débuts de l'équipée étatsunienne en Irak, un nombre grandissant de personnes ont écrit sur les rapports entre les idéologues de l'administration Bush et l'enseignement de Leo Strauss, grand admirateur de Platon et des philosophes de la Cité antique. Même s'il ne faut pas faire de Strauss le concepteur d'un programme politique appliqué en tous points par des disciples nichés dans le corps politique de la République américaine, des rapprochements sont possibles entre l'élitisme de Platon et celui des nouveaux croisés convaincus de pouvoir faire le bonheur des peuples privés de démocratie. (Strauss n'aurait-il été qu'une courroie de transmission?)

Platon avait voulu que le philosophe soit roi pour que la Cité soit juste. D'origine aristocratique, Platon avait même œuvré dans ce sens en visitant trois fois Syracuse, en Sicile. Il espérait d'abord transformer le tyran Denys l'Ancien en philosophe, mais la gouverne du philosophe avait vite déplu au tyran, qui s'était débarrassé de lui. Platon était revenu à la charge après la mort de l'ingrat, dans l'espoir de mieux réussir auprès de son fils, Denys II le Jeune, ou de pousser sur le trône Dion, un parent de Denys qui avait pour qualité principale d'être un disciple attentionné du philosophe. Même si Platon se fit encore une fois renvoyer à Athènes, Dion obtint le pouvoir en fin de compte, par la force, mais il ne régna que fort peu de temps avant d'être assassiné.

Platon avait aussi envisagé non que le roi devienne philosophe, mais que le philosophe devienne roi. Seulement, un philosophe ne pouvait pas s'emparer du pouvoir par la force. Il devait être appelé aux fonctions suprêmes et il ne fallait pas s'attendre à ce qu'un vrai philosophe les désire, au contraire.

Personne n'a jamais accusé George W. Bush d'être un disciple de Leo Strauss, ou de Platon. Mais les héritiers de Strauss ont bel et bien été appelés à exercer des pouvoirs importants dans la Washington impériale. (En clair, ils n'avaient pas sollicité de mandat démocratique, ce qui aurait représenté une sorte de recherche du pouvoir. Ce que c'est que d'être vertueux...) Et ils tentent depuis de procurer un gouvernement éclairé aux États-Unis et aux pays que les États-Unis ont pris sous leur aile. Comme l'Irak.

Espérons que cela finisse mieux pour eux et pour leurs protégés que pour les Syracusains que Platon avait voulu aider de ses conseils...

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2006-02-14

 

Saint-Valentin

Outre la chaîne d'affection des auteurs obtenue par Voir en l'honneur de la Saint-Valentin, j'ai songé à rendre hommage à cette fête en reproduisant quelques vieilles cartes de la Saint-Valentin.

Entre autres raisons pour ce faire, j'ai celle de l'agacement. En effet, certains futuristes comme Kurzweil ont tendance à dire qu'il ne sert à rien de se pencher sur le passé pour pronostiquer l'avenir. Le changement est maintenant exponentiel et on ne peut se fier aux changements survenus depuis dix ou vingt ans pour augurer du monde dans dix ou vingt ans. Toutefois, quand on se penche sur le siècle dernier, on constate rapidement que, dans certains domaines, les choses ne changent pas si vite. Il faut être obnubilé par la vitesse de l'évolution des nouvelles technologies pour croire que l'accélération du changement est un phénomène général. Dans certains cas, c'est la stabilité qui frappe plus que la nouveauté et on peut prendre l'exemple des cartes qui s'échangent pour la Saint-Valentin. Pour l'illustrer, j'ai plongé dans un des vieux albums de cartes postales de la tante de mon grand-père Trudel, Marie-Louise-Valérie Mailhot, née Trudel. Née à Sainte-Scholastique (QC) en juin 1864, elle est morte à Saint-Boniface (MB) en septembre 1950. Elle avait épousé Joseph Émile Mailhot (né à Saint-Didace-de-Maskinongé, mort en 1934) à Saint-Boniface le 7 août 1883. Tout cela ne date pas d'hier, donc, et les cartes que je reproduis ici datent, dans la mesure où je peux le déterminer, des années 1909-1910 environ.

Il ne s'agit donc pas de cartes de la Saint-Valentin envoyées à madame Mailhot par des prétendants fringants ou même par des amoureux transis. En fait, elle collectionnait les cartes et elle semble avoir sollicité de ses correspondants l'envoi de cartes pour constituer sa collection. Dans le cas des cartes reproduites ici, le texte griffonné à l'endos n'a rien à voir avec la Saint-Valentin. Ce sont des nouvelles d'ordre familial ou social qui sont transmises en quelques mots. La carte ci-contre est parmi les rares à porter une date précise — le 4 ou le 7 juillet 1909 — et un lieu, soit Montréal, d'où une certaine Joséphine l'a postée à Selkirk au Manitoba. La carte à droite, il faut le noter, n'est pas non plus une carte de souhaits explicitement destinée à la Saint-Valentin. Malgré l'inclusion d'un cœur brandi comme un trophée par Cupidon, il pourrait s'agir tout simplement d'un échantillon de la vaste sélection de cartes plus ou moins romantiques qui étaient offertes à la vente à cette époque. L'album de madame Mailhot en contient un grand nombre; en fait, elles sont plus nombreuses que les cartes nommément associées à la Saint-Valentin! Ces cartes romantiques, voire pour amoureux, apparaissent dans l'album en français ou en anglais. Beaucoup, j'en ai l'impression, sont plutôt de fabrication française que québécoise, d'ailleurs. En revanche, les cartes de la Saint-Valentin sont toutes en anglais, semble-t-il. La fête de la Saint-Valentin n'était peut-être pas encore entrée dans les mœurs canadiennes-françaises...

L'iconographie de ces cartes ne surprendra guère. Des cupidons, des cœurs, beaucoup de teintes de rose... Ce qui peut surprendre de nos jours, c'est l'utilisation de modèles enfantins ou du moins la reproduction très fidèle de modèles enfantins. Un siècle plus tard, ce qui a le plus changé, c'est peut-être bien la sexualisation des enfants qui nous empêche de porter le même regard candide que nos aïeux sur ces bambins joufflus. Ou plutôt, même si nous n'y voyons nous-mêmes rien de sexuel, nous sommes troublés parce qu'on nous inquiète sans cesse avec de sombres affaires de pédophilie (même si, comme à Outreau, il y a parfois exagération patente ou emballement du système).

Comme on le distingue sans peine, les cartes à droite et à gauche appartiennent à la même série. Il s'agit de cartes anglaises produites par la firme Raphael Tuck & Sons', « Art Publishers to Their Majesties The King and Queen ». Eh oui, la famille royale avait déjà son propre fournisseur de cartes postales, excusez du peu... À droite, la carte est la 137e de la série et porte l'intitulé « In Love's Ambush ». (Ou bien, elle fait partie de la 137e série. En ce qui me concerne, ce n'est pas entièrement clair.) La carte à gauche est la 134e de la série et indique au verso « Love Tactics ». Les gants de boxe sont quand même un peu surprenants...

Dans le cas de ces cartes commercialisées par Raphael Tuck & Sons', les couleurs sont obtenues par photochromie et l'endos des cartes indiquent même que l'opération avait lieu en Saxe. Comme quoi la délocalisation n'est pas nouvelle... (Quand l'original d'une carte postale était une photo en noir et blanc, un tirage du cliché était colorié à la main pour fournir la clé des couleurs au chromiste. Celui-ci utilisait alors des pochoirs pour les encres de couleurs. Dans ce cas-ci, toutefois, les originaux sont sans doute des peintures.)

Une autre paire de cartes sont aussi des réalisations de la firme Raphael Tuck & Sons'. C'est à Londres, en 1866, que Raphael Tuck s'était lancé en affaires en vendant des images et des cadres. En 1871, ses trois fils le rejoignent, justifiant ainsi la raison sociale de la compagnie. En 1893, la reine Victoria leur accorde une première marque de reconnaissance royale. La première série de cartes numérotées remonterait à 1898. En 1900, la firme s'établit aux États-Unis et elle fait d'ailleurs appel à des artistes américains pour dessiner de nombreuses cartes. La carte ci-contre en fait-elle partie? Impossible de le savoir. La carte ne porte aucune indication quant à l'identité de l'artiste — et le gros des archives, de la documentation et des originaux qui appartenaient à la firme a brûlé dans les bureaux de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale lorsque la ville a été bombardée par les Allemands durant le Blitz. Même les cartes dessinées aux États-Unis étaient néanmoins imprimées en Europe pour être ensuite exportées en Amérique du Nord. La grande diffusion de ces cartes explique sans doute que les correspondants de madame Mailhot aient pu s'en servir pour lui adresser de petits mots. La carte ci-contre est vraisemblablement d'inspiration nord-américaine, car la neige est quand même plus fréquente dans le nord des États-Unis en février qu'en Angleterre. Cette carte fait partie de la 153e série, «Cupid at Play », tandis que la carte suivante appartient à la 154e série, « Love's Delight ». (J'hésite toujours, faute de temps pour une recherche plus approfondie, entre l'interprétation qui fait de ce numéro d'ordre celui de la carte ou de la série.)

L'histoire de la fête de Saint Valentin remonte évidemment au saint de ce nom (s'il a vraiment existé), mais l'association de cette fête avec celle des amoureux est soit plus ancienne (renouant avec les Lupercales romaines, le jour du tirage au sort d'un amoureux désigné) soit plus récente (la commercialisation de cartes agrémentées de dentelles étant associée en Amérique du Nord à l'initiative d'Esther Howland vers 1847). Ainsi, certains aspects de la Saint-Valentin remontent à plus de vingt siècles et même une coutume qui peut paraître franchement moderne, comme l'échange de cartes produites en série, a déjà un siècle et demi...

La thèse de Kurzweil et des tenants de la Singularité ne repose pas uniquement sur le rythme des changements et de l'innovation technique, bien entendu. Il y a aussi la possibilité que l'humanité puisse commencer à se modifier soi-même, en altérant son code génétique et donc sa propre chair. Ceci pourrait effectivement changer complètement la donne. Si les coutumes de la Saint-Valentin ont si peu changé depuis deux siècles, ou vingt, c'est parce que l'humanité elle-même n'a pas beaucoup changé. Si l'humanité devenait labile, il se pourrait effectivement que les instincts à la base de la Saint-Valentin soient éliminés...

Mais l'extrapolation est un sport extrême. Il y a aussi des domaines plus spécifiquement techniques, comme les transports, où certains paramètres caractéristiques, comme la vitesse de déplacement, n'ont pas globalement changé depuis des décennies. Si les performances plafonnent ou même reculent (le Concorde ayant disparu de la scène), cela ne peut pas nous encourager à croire que l'avenir offrira infailliblement des progrès sur toute la ligne.

La dernière carte est aussi un produit de la firme Raphael Tuck & Sons'. La série est intitulée « Cupid's Target » et la carte porte le numéro 139. L'intervention d'une jeune femme en robe d'époque rend l'illustration plus exotique, voire dépaysante, un siècle plus tard que les cartes exclusivement consacrées à Cupidon.

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