2022-09-05
La prochaine échéance du prix Jamie Bishop
L'association internationale pour le fantastique dans les arts (International Association for the Fantastic in the Arts — IAFA) organise pour la dix-septième fois le Prix commémoratif Jamie Bishop, qui sera remis à un article ou essai à teneur critique sur le fantastique au sens large, rédigé dans une langue autre que l'anglais. Le « fantastique dans les arts » désigne ici la science-fiction, le fantastique, la fantasy, le merveilleux, le folklore et les sous-genres connexes en littérature, au théâtre, au cinéma, dans les arts visuels et dans le design graphique, ainsi que dans les champs apparentés. Comme j'ai eu l'honneur d'avoir été finaliste l'an dernier, je tiens à diffuser cette annonce pendant qu'il en est encore temps puisque l'échéance est fixée à la mi-octobre.
L'article ou essai doit compter de 3 à 10 000 mots, bibliographie et notes comprises. Il doit s'agir d'un article rigoureux, conforme aux critères de publication d'une revue savante. Il n'a pas besoin d'avoir été publié et il peut être soumis par son auteurice (ou ses auteurices), ou par une tierce personne ayant obtenu l'assentiment du ou des auteurice(s). L'article doit avoir été écrit ou publié au cours des trois dernières années. On ne peut soumettre qu'un seul article par auteurice.
Il faut inclure un résumé en anglais ainsi qu'une traduction en anglais du titre de l'essai ou article. Il faut soumettre l'article ou essai sous forme électronique (fichier PDF ou Word) à l'adresse de courriel fournie ci-dessous.
L'article ou essai primé sera annoncé au congrès international sur le fantastique dans les arts prévu pour les 15-18 mars, 2023. Un prix de 250 $US et une adhésion d'un an à l'IAFA seront remis à l'auteurice ou aux auteurices. L'essai en question pourrait être diffusé en version originale sur le site de l'IAFA et/ou publié dans le Journal of the Fantastic in the Arts, advenant une traduction en anglais.
Pour en savoir plus, il suffit de consulter le site du Prix Jamie Bishop.
Il est aussi possible de contacter son organisateur : Terry Harpold, à l'adrelle suivante :
iafa.bishopaward@fantastic-arts.org
Libellés : Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2016-12-17
Historique du Prix Jacques-Brossard (1984-2016)
Dans un commentaire, je rappelle que, depuis 2005, L'Empire bleu sang est bien le seul roman relevant de près ou de loin de la science-fiction à avoir obtenu le Prix Jacques-Brossard, avatar du Grand Prix de la Science-Fiction et du Fantastique québécois lancé en 1984. Et je note qu'en faisant abstraction des nouvelles individuelles, le fantastique prédomine dans les ouvrages finalistes ou distingués depuis 2006 inclusivement (64% environ) et encore plus nettement dans les ouvrages primés (92%). Faut-il s'en inquiéter ou s'en scandaliser ?
J'ai donc repris les données disponibles depuis les débuts, en remontant jusqu'en 1984. À première vue, les résultats sont rassurants pour les amateurs de science-fiction : je compte 22 ouvrages primés relevant de la science-fiction (pour 60 ouvrages en lice) et 23 ouvrages primés relevant du fantastique ou de la fantasy (pour 58 ouvrages en lice). Une quasi-égalité.
Toutefois, toujours en écartant les nouvelles individuelles, cela signifie que le prix est allé à un livre de science-fiction (ou plusieurs) douze fois (40%), qu'il a été accordé à un livre (ou plusieurs) de fantastique ou de fantasy seize fois (53%) et qu'il a récompensé des ouvrages relevant de science-fiction et de fantastique ou de fantasy deux fois (7%). Le fantastique prend la tête. Ceci s'explique par le fait que le prix récompense l'ensemble de la production annuelle et que des auteurs de science-fiction très productifs ont eu le prix assez souvent pour peser sur le décompte final et redresser le déséquilibre initial. En revanche, si on inclut les nouvelles ainsi que les deux prix accordés uniquement aux nouvelles, on se rend compte qu'une production science-fictive a gagné quinze fois (43%), qu'une production constituée uniquement de fantastique ou de fantasy a gagné treize fois (37%) et qu'une production mixte a gagné sept fois (20%). La différence entre les deux palmarès souligne l'importance passée de la nouvelle de science-fiction, qui a suffi à mériter des prix à ses auteurs et qui a sans doute renforcé les candidatures de certains auteurs d'ouvrages fantastiques.
Des titres de science-fiction retenus parmi les finalistes, 36,7% ont eu un prix. (Notons que je considère ici que les mentions spéciales valent un classement parmi les finalistes, mais non un prix.) Des titres de fantastique ou de fantasy retenus parmi les finalistes, 39,7% ont eu un prix. Il y a donc un léger désavantage pour les titres de science-fiction.
La montée récente du fantastique apparaît alors comme un rattrapage, ce qui se constate dans la figure ci-dessous qui tient compte de tous les ouvrages primés, finalistes ou récipiendaires d'une mention officielle. Si la science-fiction avait fait jeu égal avec les autres genres avant 1990, elle avait dominé jusqu'en 2009.
La même tendance, soit un rattrapage récent, s'observe si on ne considère que les volumes en fonction de leur appartenance à la science-fiction (SF) ou au fantastique et à la fantasy (F). Dans la figure ci-dessous, l'avance prise par la science-fiction jusqu'en 2005 est patente (mais rappelons qu'elle repose en fait sur des prix obtenus par des auteurs de plusieurs livres récompensés en même temps).
Comme le petit encadré en jaune le rappelle toutefois, toute analyse de ce type dépend de la classification des ouvrages. Pour obtenir les chiffres cités ci-dessus, j'ai accepté le classement habituel (par Claude Janelle, par exemple) des romans d'Esther Rochon dans la science-fiction — et j'ai aussi accordé le bénéfice du doute à des ouvrages comme Pourquoi Bologne d'Alain Farah en les assimilant à la science-fiction. Néanmoins, l'éditeur même de Rochon a hésité à classer sa production dans la science-fiction et il serait possible de classer ses ouvrages comme relevant d'une forme de merveilleux. Or, à elle seule, Esther Rochon peut changer de manière significative les résultats ci-dessus.
En changeant le classement en science-fiction de trois des romans primés de Rochon (mais pas de Coquillage, que j'ai laissé dans la colonne de la sf), on obtient alors 19 volumes de science-fiction primés (42,2%) au fil des ans alors que ce sont désormais 26 volumes de fantastique ou de fantasy qui ont triomphé (57,8%). Du coup, la première figure ci-dessus prend une autre allure. La science-fiction fait jeu égal avec le fantastique jusqu'en 2005 environ et le fantastique l'emporte désormais.
De même, pour les seuls volumes primés, on obtient une seconde figure modifiée où la divergence depuis 2005 environ est on ne peut plus claire.
Bref, il me resterait à intégrer les nouvelles indépendantes et à régler quelques autres mystères, entre autres concernant la classification des textes, mais ceci permet déjà de comprendre les sources de la perplexité de certains observateurs du Prix Jacques-Brossard et de son rapport avec la science-fiction.
Libellés : Canada, Fantastique, Fantasy, Québec, Science-fiction, Statistiques
2016-01-16
Mon premier atelier d'écriture en 2016
Ainsi, c'est un atelier qui s'adresse à tous : jeunes et moins jeunes, néophytes et auteurs publiés, écrivains littéraires ou des autres médias. Dans une certaine mesure, les thèmes abordés dépendront des textes soumis par les participants. En principe, nous accepterons un maximum de 8 personnes.
Cette fois, ce sera à la Maison de la littérature de Québec (40, rue Saint-Stanislas) et l'atelier se déroulera de 10 h à 17 h (parce que l'édifice n'ouvre pas avant 10 h). Pour s'inscrire, il faut contacter Émilie Turmel à la Maison de la littérature, soit au numéro de téléphone 418-641-6788p602 soit à l'adrelle emilie.turmel@institutcanadien.qc.ca
(Selon le site de la Maison de la littérature, les auteurs admissibles peuvent bénéficier d'une subvention qui remboursera une partie des frais d'inscription de 60 $. C'est sans doute limité aux résidents de l'agglomération de Québec, toutefois.)
Mon argumentaire personnel comme animateur d'atelier : en tant qu'auteur de science-fiction et de fantastique à l'œuvre depuis 1984, je suis
- le seul triple lauréat du Prix Solaris
- l'auteur de trois romans, trois recueils et 27 livres pour jeunes
- l'auteur de plus de 100 nouvelles en français, publiées plus de 200 fois
- l'auteur d’une dizaine de nouvelles publiées en anglais
- un écrivain qui a pratiqué la science-fiction, le fantastique, la fantasy et même l’horreur, pour adultes et pour jeunes
- les participants doivent fournir un texte complet (nouvelle, chapitre ou scénario) d’une dizaine de pages (entre 3 000 et 8 000 mots), qui doit relever de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy ou de l’horreur, en l'envoyant à l'adresse indiquée par Émilie Turmel au plus tard le 1er mai 2016
- accepter de lire et critiquer les textes des autres avant la tenue de l'atelier
- accepter les autres modalités du fonctionnement de l’atelier
- en ce qui concerne l'hébergement à bas prix, la Maison de la littérature est à deux pas de l'auberge de jeunesse internationale de Québec et à distance de marche de la gare et du terminus des autobus Orléans Express
Libellés : Écriture, Fantastique, Fantasy, Horreur, Québec, Science-fiction
2015-11-23
Un petit dépouillement de Brins d'éternité
Selon ce dépouillement préliminaire, 221 fictions (dont deux extraits de romans) ont été publiées dans ces 43 numéros par 106 auteurs. De ce nombre, environ 160 sont l'œuvre d'auteurs canadiens et 50 environ d'auteurs français (l'origine de quelques auteurs est indéterminée et quelques-uns détiennent probablement plus d'une nationalité). Même si ces chiffres restent indicatifs, ils suggèrent que plus des trois quarts des fictions sont attribuables à des auteurs canadiens.
Plus de la moitié de ces textes (114) ont été signés par les vingt-deux auteurs qui ont trois parutions et plus à leur crédit. En ordre de productivité, ce sont les auteurs suivants qui se classent en tête du palmarès :
| April, Jean-Pierre : | 9 |
| Lafrance, Pierre-Luc : | 9 |
| Lévesque, Michel J. : | 8 |
| Reynolds, Jonathan : | 8 |
| Gélinas, Ariane : | 6 |
| Lacroix, Caroline : | 6 |
| Élyyse | 6 |
| Saint-Aubin Émard, Vincent : | 6 |
| Trudel, Jean-Louis : | 6 |
| Voisine, Guillaume : | 6 |
| Lemieux, Alexandre : | 5 |
| Becker, Phil : | 4 |
| Blouin, Geneviève : | 4 |
| Bolduc, Claude : | 4 |
| Fortin, Mathieu : | 4 |
| Lessard, Martin : | 4 |
| Sernine, Daniel : | 4 |
| Côté, Dave : | 3 |
| Isabelle, Pat : | 3 |
| Luciani, Annette : | 3 |
| Narbonne, Yves : | 3 |
| Valev, V. K. : | 3 |
On ne retrouve ici que cinq femmes (Ariane Gélinas, Caroline Lacroix, Élyyse, Geneviève Blouin et Annette Luciani), sauf erreur sur la personne, soit un peu moins du quart de l'ensemble. Pour l'instant, pas moins de dix auteurs se partagent les honneurs des trois premières places pour ce qui est du nombre de textes parus dans les pages de Brins d'éternité. Si on retrouve dans le lot deux vétérans (Jean-Pierre April et moi-même), la plupart des fictions ont été signées par de nouveaux ou jeunes auteurs, ce qui confirme le rôle de la revue comme pépinière de talents. Des romanciers très en vue, comme Michel J. Lévesque et Ariane Gélinas, sont d'ailleurs au nombre des contributeurs les plus assidus. Les onze auteurs les plus prolifiques sont canadiens; il faut passer à la catégorie des signataires de quatre nouvelles pour trouver un auteur européen, Phil Becker.
Il y aurait peut-être d'autres tendances ou données intéressantes à extraire de ce dépouillement, mais je vais m'en tenir là en attendant d'avoir analysé quelques numéros supplémentaires.
Libellés : Fantastique, Fantasy, Québec, Science-fiction
2014-10-12
Un anniversaire, une anthologie et plusieurs lancements
Outre cette nouvelle inédite, Ariane Gélinas et son équipe composée de Carmélie Jacob, Alamo St-Jean et Guillaume Voisine, ont retenu ma nouvelle parue dans le numéro 24 de la revue en 2009, « Les terrasses de Brera », pour ouvrir l'anthologie Dix ans d'éternité publié par Les Six Brumes.
Il s'agit d'un ouvrage impressionnant et même monumental : presque 400 pages, des illustrations en couleurs, deux préfaces (une par Mathieu Fortin et une par Guillaume Voisine), vingt nouvelles (par des auteurs qui incluent Geneviève Blouin, Claude Bolduc, David Côté, Jean-Pierre April, Frédérick Durand, Martin Lessard, V. K. Valev et Pierre-Luc Lafrance) et une postface signée Claude Janelle. J'espère qu'il obtiendra l'attention qu'il mérite de la part de la critique.
Fait marquant, cette anthologie est à peu près la première depuis le début du vingt-et-unième siècle à proposer une sélection d'auteurs importants de cette période. J'avais signalé ce manque dans mon analyse des anthologies et collectifs parus au siècle dernier. Du coup, si je refais l'exercice que j'avais fait précédemment, les résultats risquent de changer un peu — mais pas beaucoup, puisqu'une seule anthologie ne peut pas rivaliser avec le nombre d'anthologies et collectifs publiés au siècle dernier.
Cette anthologie ne peut d'ailleurs être comparée, à strictement parler, qu'à l'anthologie Escales sur Solaris (1995) réunie par Joël Champetier et Yves Meynard, qui s'affichait comme une sélection représentative des auteurs parus dans les pages de Requiem et Solaris depuis les débuts de celle-là. Dans ce cas, toutefois, l'anthologie voulait marquer le coup à l'occasion du vingtième anniversaire de Requiem/Solaris.
On pourrait trouver ambitieux de compiler une anthologie qui couvre moins de dix ans de la vie d'une revue (en général, les textes publiés à l'époque de Mathieu Fortin n'ont pas été considérés par les anthologistes de Dix ans d'éternité), mais on peut faire remarquer qu'en 1983, Aurores boréales 1 et Les Années-lumière représentaient pour l'essentiel un échantillonnage des numéros parus depuis 1979 de Solaris et imagine... respectivement. À peine quatre ans, donc... Même si ces deux revues respectaient à l'époque un rythme de publication plus soutenu que celui de Brins d'éternité, les anthologies correspondantes s'apparentaient plutôt à des compilations instantanées qu'à des sommes susceptibles d'offrir un bilan d'une période conséquente.
Hier samedi, Brins d'éternité et Les Six Brumes ont donc lancé Dix ans d'éternité, le numéro 39 de Brins d'éternité, Jardin de chair, un roman d'horreur de Frédéric Raymond, 6, chalet des brumes et Petits démons, un recueil de nouvelles de Daniel Sernine. Le numéro 12 de la revue Clair/Obscur était également lancé. Le tout se passait au troisième étage de L'Amère à boire, sur Saint-Denis à Montréal, et la cinquantaine de personnes sur place ont été à l'étroit (à un moment donné, j'en ai compté 48 ou 49, et c'était sans compter les personnes qui étaient déjà parties, comme Gaëtan Picard ou Christo Datso). Dans la photo brute ci-dessous, on reconnaît plusieurs des personnes présentes à qui j'ai eu l'occasion de dire bonjour, dont Hugues Morin (dans le miroir), Marianne Cayer, Claude Janelle, Alain Ducharme, Carmélie Jacob, Richard Tremblay, Dave Côté et Emmanuel Trotobas.
Enfin, dans cette photo brute (ce qui explique les yeux injectés de sang des protagonistes, à moins que ce soit leur véritable nature qui ressort...), on voit deux des héros de la fête, Ariane Gélinas et Guillaume Voisine, en pleine action au moment des discours.
Libellés : Fantastique, Fantasy, Horreur, Livres, Québec, Science-fiction
2014-09-29
Un atelier d'écriture à Québec en novembre
Il s'agira d'un atelier de deux jours, de 9 h à 17 h, avec une pause pour le dîner, à l'auberge L'Autre Jardin sur le boulevard Charest, dans le quartier St-Roch. L'inscription est fixée à 50$ (+ taxes, soit 57.49$, le tout non remboursable), pour un maximum de 8 participants. Si un nombre suffisant de personnes désirent une pause café (ou plusieurs), un paiement supplémentaire sera exigé sur place au début de l'atelier.
Les conditions de participation sont les suivantes : chaque participant ou participante doit soumettre par courriel un texte inédit et complet (sous la forme d'une nouvelle ou d'un chapitre de livre), relevant de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy ou de l'horreur, au plus tard le 1er novembre. Ce texte devra compter au moins 3 000 mots et au plus 8 000 mots. Il faudra le faire parvenir par courriel au plus tard le 1er novembre (format : seulement RTF, DOC ou TXT). Les participants devront lire les textes des autres participants, noter au moins trois critiques ou problèmes et se plier au fonctionnement prescrit sur place.
Par contre, il faut me faire parvenir le paiement par chèque ou mandat postal (libellé à mon nom) le plus tôt possible à l'adresse que je fournirai aux personnes qui me contacteront par courriel ou par Facebook. J'accepterai les 8 premières inscriptions reçues.
Libellés : Écriture, Fantastique, Fantasy, Horreur, Science-fiction
2013-03-29
Les prix Aurora/Boréal de cette année (2)
Il fut un temps où L'Année de la science-fiction et du fantastique québécois offrait un classement des meilleures nouvelles de l'année, en fonction des notes attribuées par des critiques triés sur le volet. Depuis la disparition des anthologies, collectifs et recueils, le nombre de nouvelles de SFFFHCF est devenu si réduit que la tâche est plus facile, mais que le cercle des amateurs et créateurs évite difficilement les conflits d'intérêt. Comme je ne recule devant rien, je livre quand même (dans le désordre) mon top 10 approximatif, même s'il me reste encore une poignée de nouvelles à lire.
On notera tout d'abord que ce fut une bonne année pour le clan des Côté. La nouvelle « Tout à la fois » de David Côté dans Solaris abordait le thème rebattu de l'invasion extraterrestre de manière originale, à la fois par le ton de la narration et par la description de son déroulement. Les nouvelles « Le Disséminateur » et « Le fantôme dans le mécha » — également dans Solaris — de Philippe-Aubert Côté ont confirmé l'émergence d'un écrivain en pleine possession de ses moyens. En tant qu'amateur de bonne science-fiction, je ne pouvais qu'être sensible à ces efforts, mais j'ai aussi apprécié, quoique dans une moindre mesure, « La danse de Jasmine » dans la revue Zinc.
Même si on n'est jamais loin du pastiche avec Alain Bergeron, sa nouvelle « Aurores à venir » dans Solaris jouait habilement avec la thématique asimovienne en évoquant la nostalgie de la science-fiction optimiste d'une époque de plus en plus lointaine.
Si ses textes relèvent un peu aussi du pastiche, Luc Dagenais mise en revanche sur un ton beaucoup plus personnel dans ses nouvelles « Les dieux pure-laine » et « 514 YIH-OOPI », parus respectivement dans Solaris et Exodes. Son exploitation et son détournement de mythes québécois rappellent un peu la démarche de Claude Lalumière, mais les excès de la narration en font quelque chose de plus trash et de plus jouissif à la fois.
Également dans la veine du pastiche, Carlo Lavoie a fait se rencontrer le noir et le fantastique dans « Les adorateurs de sorcières » (une nouvelle parue dans Solaris) en optant plutôt pour la justesse de ton. Le résultat, sans être véritablement original, procurait un plaisir de lecture décalé aux amateurs des fictions d'hier.
Du coup, dans une année apparemment vouée aux hommages frisant le pastiche (et vice-versa), la nouvelle « Quand les pierres rêvent » d'Ariane Gélinas dans Solaris n'en paraît que plus singulière. Un peu énigmatique, mais certainement émouvante.
Deux vieux routiers, Hugues Morin et Francine Pelletier, ont signé en 2012 des nouvelles plus ou moins asimoviennes, « i-Robot » (dans Solaris) et « Trois fenêtres ouvertes sur l'humain » (dans L'Écrit primal). La maîtrise de l'écriture était au rendez-vous, mais l'intérêt du lecteur se perdait un peu dans les nuances et les demi-teintes de la narration.
Comme cela se fait aussi, j'accorderais volontiers des mentions honorables à quelques textes qui ressortent de l'abondante catégorie des nouvelles de bonne tenue, tout à fait abouties, mais peut-être un peu trop sages. Toutefois, plus je regarde la liste, plus j'ai tendance à croire que si certaines nouvelles sont restées en mémoire, c'était peut-être pour des raisons avant tout subjectives. Par conséquent, je vais m'en tenir à la liste ci-dessous, en espérant stimuler la lecture, la réflexion ou la participation aux prix Aurora/Boréal de cette année.
Libellés : Boréal, Canada, Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2013-03-27
Les prix Aurora/Boréal de cette année (1)
Mais il ne faut pas nécessairement se dépêcher de faire les mises en nomination. Il reste encore plusieurs jours jusqu'au 5 avril et il demeure possible de lire encore quelques livres avant d'effectuer ses choix. Quels sont les livres marquants de l'année 2012 ? Je n'ai pas tout lu, en particulier dans le secteur jeunesse, mais il y a quelques ouvrages qui ressortent du lot. Et ce n'est pas parce qu'Alire n'a presque rien publié dans le domaine en 2012 qu'il faut s'empêcher de lire ce qui s'est bel et bien écrit l'an dernier.
Pour stimuler la discussion, voici quelque chose comme mon top 10, mais pas nécessairement dans l'ordre exact que j'adopterais.
Chez Coups de tête, je retiens surtout Universel Coiffure de Caroline Allard. Faire de l'humour avec de la science-fiction, sans tomber dans la pantalonnade juvénile à la Dans une galaxie près de chez vous, c'est rare. Sans rivaliser pour autant avec Douglas Adams, Allard signe un texte où se rencontrent efficacement culture québécoise, allusions philosophiques, réflexion, science-fiction et humour. J'ai souri plusieurs fois et je crois bien que j'ai même ri.
Chez VLB Éditeur, Stéphane Dompierre a signé Corax, une histoire de fantôme qui s'inscrit dans l'univers partagé de « L'Orphéon ». Rien de très original dans la conception, mais l'écriture vaut le détour, car Dompierre parvient à distiller le suspense qui s'impose dans ce genre de récit fantastique, tout en l'agrémentant d'un dénouement à double détente. Le tout est un peu télégraphié, mais l'ouvrage reste un bon moment de lecture, que je recommande aux amateurs.
Chez les Six Brumes, dans la catégorie de la novella ou du très court roman, on a Le Chasseur de Geneviève Blouin. Cette dernière exploite des thèmes qui lui sont chers — la voie du sabre concerne ici un ancien spécialiste des arts martiaux qui doit affronter un avatar de la Vénus d'Ille. Le résultat est efficace et même un peu émouvant.
Anne Robillard et Bryan Perro ont donné naissance à un flot intarissable de fantasy québécoise. Dans les romans pour adultes, le premier tome du Choc des couronnes d'Yves Dupéré chez Hurtubise m'a semblé nettement supérieur au premier tome des Chroniques d'Ériande de Robusquet chez Michel Quintin. Si l'univers de Robusquet est plus développé, voire plus baroque, Dupéré maîtrise mieux la matière du romanesque. Surtout, Dupéré s'est permis de camper des personnages principaux suffisamment sympathiques pour que le lecteur s'identifie à ceux-ci. Ce qui lui donne un avantage indû sur la galerie de personnages trop souvent imbuvables de Robusquet.
C'est par la qualité de sa langue et de sa recherche historique que le roman Les laboureurs du ciel d'Isabelle Forest s'impose, car l'expérience de lecture est parfois ennuyeuse, voire pénible. Forest mise beaucoup sur la mise en scène soignée de chaque incident dans l'Europe du XVIIe siècle, mais elle a oublié d'élaborer une intrigue véritablement suivie. La chute sauve toutefois le roman, tout en mettant fin à l'histoire au moment où celle-ci donnait signe de devenir réellement intéressante.
Il faudrait glisser ici au moins un des romans jeunesse de Michèle Laframboise. J'ai déjà donné mon opinion du Labyrinthe de Luurdu, peut-être moins convaincant que certains des tomes précédents, de sorte que j'aurais tendance à favoriser Mica, fille de Transyl qui combine l'exotisme, le Bildungsroman, une construction de monde soignée et une héroïne dont la personnalité a plusieurs facettes. Le tout dans un cadre parfaitement science-fictif malgré la présence de vampires.
J'ai déjà parlé de Transtaïga d'Ariane Gélinas, un court roman publié par le Marchand de feuilles. Il peut sembler étrange de le rapprocher du recueil Enraciné de Mathieu Fortin chez les Six Brumes, car Gélinas se démarque par l'aisance de l'écriture et l'originalité de son récit aux rebondissements cruels. Pourtant, l'ensemble des nouvelles proposées par Fortin dans Enraciné compose une mosaïque qui évoque un terroir québécois diamétralement opposé au moyen Nord de Transtaïga, mais non moins authentique. Le désir de s'ancrer dans la réalité québécoise tranche sur le fantastique de la génération précédente (l'univers du cycle des Davard de Sernine habite un curieux entre-deux à mi-chemin entre l'Europe et le Québec). Le résultat, dans le cas de Fortin, est un recueil qui est bel et bien plus grand que la somme de ses parties. En revanche, le maniérisme de Gélinas dans la mise en scène de rebondissements de plus en plus gothiques tend à distancer le lecteur de ce qu'elle relate, de même que le choix d'une narratrice peu fiable, alors que la conviction pleine et entière de Fortin (qui rappelle un élément essentiel de la narration dans le réalisme magique sud-américain) joue sur le même registre faussement naïf que les conteurs traditionnels du Québec (à l'instar de la grand-mère de Gabriel García Márquez).
Mon goût pour la science-fiction m'incline à citer un dernier titre que j'ai apprécié, même s'il déborde sans doute le cadre strict de la science-fiction. Les limbes des immortels de Dominic Bellavance fait partie de la série des Clowns vengeurs lancée par Michel J. Lévesque chez les éditions Porte-Bonheur. Est-il absolument fidèle à l'univers partagé de la série? Je n'en suis pas absolument sûr, mais il l'exploite avec maestria pour imaginer l'évolution de deux personnages qui semblent préparer une suite où on ne s'ennuiera pas. C'est un peu injuste pour les autres auteurs de la série, dont certains volumes sont effectivement excellents, mais s'il ne fallait qu'en choisir un, ce serait celui de Bellavance.
La suite au prochain numéro.
Libellés : Boréal, Canada, Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2011-02-11
L'écrivain de fantasy comme prédateur
Passons sur le fait que l'inverse soit franchement plus fréquent...
Les critiques sont partagées, mais surtout négatives. Je suis moi-même partagé... Loin de moi l'idée de défendre la valeur et la qualité de toute la science-fiction et la fantasy. Et je sais bien qu'il arrive aux fans de SF de s'aveugler quant aux qualités de la SF — ou de leurs propres efforts. Mais j'ai quand même l'impression que l'archétype de l'artiste raté dans d'autres domaines (poésie, peinture, sculpture) est équilibré par l'archétype de l'artiste génial — ou, à tout le moins, que la représentation d'artistes pratiquant d'autres arts ou d'autres genres littéraires admet que l'artiste génial puisse être aussi une personne médiocre (ou carrément perturbée).
Hors les romans de SF, quelqu'un a-t-il déjà campé, au cinéma ou en littérature, un auteur de science-fiction présenté comme un artiste génial? Je crois que c'est ce que je vais attendre de voir...
Libellés : Arts, Écriture, Fantasy
2010-12-11
L'avant-dernière sortie de Riquet le Potier au grand écran
C'était la première fois que je voyais un Harry Potter en français (et je n'ai pas non plus lu les romans en français). Même si j'ai été obligé de rectifier mentalement quelques expressions inédites pour moi (Chemin de traverse = Diagon Alley, Chaudron baveur = Leaky Cauldron), ce n'était pas trop compliqué en général, encore qu'il m'ait fallu près de la moitié du film pour comprendre que lorsque les personnages parlaient de transplaner, cela correspondait au terme apparate de la version d'origine. Il y en aurait long à dire sur les aléas de la traduction, les jeux de mots qui se perdent et l'enracinement plus concret de la terminologie anglaise... mais je suis un peu fatigué du sujet.
Quoi qu'il en soit, la langue n'était pas vraiment une barrière puisque je conservais un souvenir assez net (mais pas trop détaillé) du roman. La logique de l'action permet de faire abstraction de la langue qui la véhicule, en particulier dans un contexte extrêmement visuel.
Quant au film, il était fort spectaculaire et très bien mené. Mais tout comme pour les ultimes livres de la série, j'ai eu plus de mal à embarquer, en partie parce que la lutte contre le seigneur des ténèbres, le mal ultime, etc. etc. prend le dessus sur les affres des personnages, qui étaient au centre des premiers romans et qui faisaient de Harry en particulier un personnage exceptionnellement attachant. Creux, à la rigueur, mais n'est-ce pas le mal du siècle d'une génération qui cherche de quoi remplir sa vie? Maintenant que Harry connaît son destin, tout retard suscite l'impatience et c'est ce qui explique sans doute pourquoi on peut avoir l'impression que le film, tout comme le roman, traîne en longueur par moments.
Ce qui ne m'empêchera nullement d'aller voir le dernier film. Si ce n'est que pour tourner la page.
2010-02-09
Un petit réchauffement avant les Prix Boréal
Les Prix Boréal seront remis à l'issue du congrès, le dimanche 16 mai.
Le vote n'est pas encore ouvert, mais on peut se préparer dès maintenant au vote en participant à la sélection des finalistes pour les Prix Aurora. Il s'agit des prix pan-canadiens de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique, dont les catégories francophones devraient fusionner avec les Prix Boréal l'an prochain.
En attendant, on peut proposer sa propre sélection de candidats au moyen de ce formulaire.
Des listes partielles des ouvrages admissibles à une mise en candidature sont disponibles sur cette page.
IMPORTANT : Il convient de noter que les Prix Aurora ne récompensent que les romans, ce qui exclut les recueils et les anthologies. Toutefois, les listes compilées sur le site référencé ci-dessus incluent des recueils, qui ne sont pas admissibles à une candidature.
ENCORE PLUS IMPORTANT : La date limite pour les Prix Aurora est dans une semaine, le 15 février. Il faut donc réagir rapidement si on veut proposer des candidats.
Libellés : Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2010-01-27
Tous au Carnaval Boréal!
De quoi s'agit-il? C'est une tentative de reproduire virtuellement un congrès de SF typique, en faisant intervenir les participants uniquement dans le cyberespace. Des galeries réunies par des artistes peuvent se visiter et les discussions auront lieu sous la forme d'enfilades de commentaires ajoutés au site.
L'horaire préliminaire est en-ligne et fournira à tous les amateurs sevrés de discussions sur ces thèmes l'occasion de s'en donner à cœur joie. Même si mon nom n'apparaît pas au programme pour l'instant, je compte bien en être, si mon ordi tient jusque là et si ma connexion ne me fait pas défaut.
Les avantages sont nombreux. La participation est absolument gratuite pour les abonnés à la Toile : il n'y a pas de frais d'inscription, de voyage, de repas ou de séjour. Et ce sera le premier rassemblement SF d'ici auquel on pourra assister en pyjama — ou de partout sur la planète sans avoir à se déplacer...
Libellés : Congrès, Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2010-01-08
Le retour des dieux
seulement sur le plan de la conjugaison implicite des verbes (le conditionnel vs. le futur) mais sur celui des lignées littéraires. En prenant pour thèmes les grands récits et figures de la mythologie et de l'histoire classique (Ariane, le Minotaure, Alexandre le Grand, Zeus, les Titans), Lenn renoue avec les auteurs européens qui ont, pendant des siècles, ressassé les grands récits de l'Antiquité. Souvent, il s'agissait de raconter une nouvelle fois la guerre de Troie, la fondation de Rome et l'épopée d'Alexandre, ou de piller les dramaturges grecs et romains, mais les dieux de l'Olympe avaient aussi leur place dans l'art pictural et la sculpture, même s'ils étaient moins présents dans la littérature. Le théâtre de Shakespeare et Racine, les fresques et les tapisseries ressuscitaient la culture de l'Antiquité. Quand on a pris le présent comme sujet de drames sérieux, ce fut une petite révolution. Quand on a pris le futur comme cadre de romans, ce fut une nouveauté, jugée excitante par certains et incongrue par d'autres. La science-fiction a conservé une certaine légitimité tant qu'elle a versé dans l'exotisme, s'inscrivant dans le prolongement de la littérature de voyage et des avatars de Bernardin de Saint-Pierre, etc. Mais quand elle a frisé le didactisme en faisant trop souvent à la science, elle a suscité les réserves des esthètes dont les catégories venaient de voler en éclats...Jonas Lenn écrit — avec une plume très sûre et un amusement discret — des histoires qui incluent souvent la découverte et la transgression des frontières. Et de l'autre côté de la frontière, il y a des dieux. D'une part, les dieux nous rappellent qu'il y a des puissances transcendantes dans l'univers. D'autre part, ils offrent une transcendance familière et confortable, à l'aspérité depuis longtemps émoussée par le refus de croire aux antécédents absurdes des Olympiens (dès l'époque des Grecs, en fait). Mais c'est le désenchantement de départ qui fait le charme de ces nouvelles puisqu'on ne risque pas trop d'y croire, ou d'envisager d'y croire. Dans l'Antiquité, la théophanie gagnait à rester exceptionnelle plutôt qu'habituelle et répétée...
2009-09-09
Pas le bon numéro
C'est sur le plan de l'intrigue que ça se gâte très vite. Le scénario se réduit très vite à l'histoire d'un combat en plusieurs épisodes entre les homoncules constitués avec une parcelle chacun de l'âme d'un savant défunt et une machine dévastatrice animée par le génie du même savant (et une étincelle de mégalomanie prise à un dictateur militaire?). Comme cette machine est responsable de la fin de l'humanité, ce conflit extériorise de manière particulièrement littérale la lutte entre le cœur et l'esprit, entre l'instinct de préservation et l'instinct de domination. L'intellect est clairement classé ici du côté de la domination et de la destruction, sans grande ambiguïté. La science et la technologie aussi... La fable est à tout le moins un peu pénible.
Quant au récit, ponctué du quota syndical d'explosions, de déflagrations et d'actions enchaînées trop rapidement pour être suivies du regard, il se résume à une série d'affrontements suffisamment espacés pour que 9 prêche la résistance et se fasse expliquer par son créateur la solution à tous leurs problèmes. Le créateur en question est humain, mais ses révélations sont fournies par un enregistrement. Donc, c'est à peu de choses près un deus ex machina...
Bref, si on peut admirer la perfection de la création visuelle, on ne peut qu'abandonner au public enfantin ce film auquel manquent néanmoins autant l'inventivité débridée d'un Kung Fu Panda que la beauté et l'émotion d'un dessin animé de Miyazaki.
2009-09-04
Ponyo
En fait, c'est un film sur l'enfance et l'amitié qui sait encore être absolue à cet âge, mais c'est aussi un film sur la vieillesse, car je me demande s'il ne faut pas approcher de la fin pour goûter l'innocence des commencements, toujours gros d'espérances — et de nostalgie... Ponyo, c'est un peu l'histoire d'un père qui doit accepter de renoncer à sa fille, et d'une mère qui doit admettre que son fils grandit et qu'elle peut lui faire confiance.
En apparence, c'est l'histoire d'une fille de la mer, qui ressemble à un poisson rouge doté d'un visage humain (ou d'un poupon habillé d'une chemise de nuit rouge). Son père est un sorcier qui aimerait ressusciter la vie marine d'autrefois dans une mer pillée par les humains. Quand la petite poissonne s'échappe et est jetée à la côte, elle est sauvée par un garçonnet de cinq ans, Sōsuke. En quelques heures, elle est affublée du nom de Ponyo, goûte au sang de son sauveur, déguste du jambon et commence à parler. Dès lors, les deux sont amis malgré les différences — et le film répète plusieurs fois qu'il ne faut pas juger sur la seule foi de l'apparence. Ramenée sous les flots par son père, Ponyo réussit à détourner la magie de son père à son profit, à prendre l'apparence d'une petite fille et à rejoindre Sōsuke, non sans provoquer un soulèvement de la mer qui monte et noie le petit village côtier. Pendant la nuit, la mère de Sōsuke part secourir les pensionnaires de l'hospice. Comme elle tarde à revenir, les deux enfants partent à sa recherche, à bord du bateau que la magie de Ponyo a tiré du jouet favori de son ami Sōsuke...
En apparence, le thème écologique s'efface à la fin, mais il ne faut pas oublier que l'amitié de Sōsuke et Ponyo cache aussi une réconciliation des humains et de la mer, scellée avec un baiser.
Comme film, Ponyo est plus proche de la fable que du récit. Des séquences d'une beauté émouvante concourent à nous plonger dans la tranquillité d'une forêt envahie par la mer et les créatures préhistoriques, dans les profondeurs habitées de l'océan, ou dans la fureur d'une mer déchaînée. Ce n'est pas nécessairement le meilleur film de Miyazaki, qui cherche cette fois à prêcher la bonne parole aux bambins, mais si j'avais des jeunes enfants, je les y amènerais sans hésiter.
2009-04-05
Le Romantisme magique
l'année. Gros pavé lourd de 782 pages dans l'édition que j'ai reçue en cadeau, l'ouvrage renoue avec un rythme d'écriture comme on n'en trouve plus guère. Comme dans les romans anglais du XIXe siècle, on rencontre une série de personnages, dont on présente parfois toute l'histoire familiale, ou parfois non. Leurs aventures nous retiennent un instant, puis l'auteur reprend le fil d'une intrigue antérieure, avant de revenir beaucoup plus tard pour faire le lien et nous montrer la convergence de destins que l'on croyait distincts. Mais, bien entendu, dans les romans de Dickens et des autres écrivains britanniques contemporains, les mondes les plus éloignés sont condamnés à se rencontrer... Malgré l'emploi de personnages historiques et les références littéraires surabondantes, il s'agit toutefois d'une uchronie puisqu'il s'agit d'une Grande-Bretagne dont toute l'histoire porte l'empreinte de la magie.L'uchronie n'est certes pas très rigoureuse. Logiquement, on aurait pu s'attendre à des bouleversements de l'histoire majeurs en raison de l'existence pendant plusieurs siècles d'un royaume d'Angleterre du Nord gouverné par un roi-magicien immortel, John Uskglass, le « Raven-King » qui a également asservi un royaume en terre de féerie et un autre au-delà des enfers... Mais, au début du XIXe siècle, l'Angleterre réunifiée après la disparition du roi-magicien est en guerre avec la France de Napoléon. Comme d'habitude. Un des derniers magiciens anglais, Jonathan Strange, va d'ailleurs participer à la campagne d'Espagne de Wellington et lui donner plusieurs coups de pouce magiques — ainsi qu'à Waterloo, d'ailleurs. (Napoléon ne s'en remettra pas.) De nombreux personnages parfaitement historiques hantent d'ailleurs les pages du roman, y compris Byron, Shelley et quelques autres Romantiques.
Toutefois, c'est la mise en scène de la magie qui est l'ingrédient le plus fascinant du roman. Dans un sens, c'est une version de la magie chez J. K. Rowling, mais pour adultes. C'est-à-dire que les sorts, sortilèges et enchantements se trouvent également dans de vieux livres et manuscrits, signés par des magiciens des siècles passés. Et Norrell convoque un être féerique au moyen d'une incantation latine, composée dans un latin élémentaire mais quand même plus authentique que le pseudo-latin de Rowling. Par contre, Susanna Clarke a travaillé fort pour nous montrer des emplois de la magie plus originaux que la moyenne. Et la magie reste un phénomène plus indiscipliné que dans les romans pour jeunes de Rowling.
Le roman traîne parfois en longueur, malgré toute la verve de Clarke et son génie pour camper des personnages bien typés, et souvent surprenants. Le problème, c'est qu'on trouve difficilement des personnages sympathiques, et tout aussi difficilement des personnages antipathiques. L'ennemi désigné, c'est l'être magique que Norrell appelle pour lui demander de faire revivre une femme morte; en échange, ce seigneur de féerie réclame la moitié de la vie de la ressuscitée et il va en profiter pour lui imposer sa volonté et l'appeler dans son palais ruiné toutes les nuits. (Même si Norrell a été berné, on s'interroge sur le respect des conditions de l'entente puisque la jeune femme sacrifie non seulement ses nuits mais ses jours au plaisir de son maître.) Ce seigneur de la magie tourmentera d'autres victimes, mais sans jamais qu'on sache s'il est tout à fait conscient de les faire souffrir. Clarke semble suggérer que la toute-puissance magique du personnage l'a corrompu jusqu'à la moelle.
Or, le fait est, justement, que les deux magiciens du titre trahissent déjà quelques signes de l'arrogance et de la corruption favorisées par les pouvoirs qu'ils maîtrisent et portées à leur comble dans le personnage de leur antagoniste. Du coup, le roman se termine essentiellement par accident, grâce au genre de coïncidences qui caractérisaient d'ailleurs la littérature anglaise du XIXe siècle. Bref, un peu comme dans certains de ces romans, on goûte moins l'ouvrage comme un tout organique et une création artistique en soi, et plus comme un voyage en terre étrangère qui nous a permis de faire la connaissance de personnes intéressantes — tout en sachant qu'on pourra revenir chez soi une fois le livre refermé.
2009-03-05
Chevalier et mage
Dans The Book of Knights, le parcours d'Adelrune est beaucoup plus psychologique. Ses aventures et ses exploits l'amènent à perdre une partie de sa naïveté et à découvrir tant ses origines que ce dont il est capable. L'aventure est pour Adelrune une éducation. En revanche, le parcours d'Able est une carrière; malgré une intrigue en apparence picaresque, Able progresse dans la profession des armes et il accède peu à peu au grade de chevalier. Par contre, le lecteur en apprend beaucoup moins sur le tempérament et les ressorts secrets d'Able, en partie parce qu'il raconte lui-même l'histoire, mais des années plus tard. On ne peut pas toujours se fier à ce qu'il raconte, il cache des choses ou les garde pour plus tard et ce sont souvent les contraintes de la situation qui l'obligent à agir. À l'occasion, on a l'impression qu'il se montre excessivement naïf, ou excessivement sûr de lui. Pire, c'est un favori de la destinée, qui obtient la coopération de puissances qui transcendent le monde du milieu qu'il sillonne.
Bref, les péripéties du roman de Wolfe ont une certaine minceur (qui rappelle effectivement les romans de chevalerie qui l'inspirent) dont la répétition finit par saper l'intérêt du lecteur; Sir Able accumule aussi un entourage de plus en plus nombreux, qui finit par compter un chien qui parle, un chat qui parle encore plus volontiers, deux elfes libidineuses, un ogre et un serviteur, si je n'oublie personne... Cela fait beaucoup et ralentit la narration. Il y a aussi des allusions à la matière de Bretagne et à d'autres mythologies; sans doute faudra-t-il lire le second volet du diptyque pour savoir si celles-ci sont justifiées par les besoins de l'intrigue.
En somme, s'il faut reconnaître la virtuosité de l'écriture, le récit exige un peu trop de patience du lecteur. J'aurais préféré une trajectoire un peu plus lisible et des raisons de me prendre de sympathie pour Sir Able.
2008-08-23
De la fantasy anglo-saxonne
Par contre, Durand, le héros de Keck dans ce livre et dans le précédent, In The Eye of Heaven, évolue dans un monde où la magie et les êtres surnaturels du passé menacent toujours de briser leurs chaînes et de régner de nouveau sur les mortels. Au besoin en se nourrissant des âmes des morts...
Originaire de Winnipeg, Keck signe un roman très sombre et pas très joyeux. Durand est un chevalier de la suite de Lamoric, le fils cadet d'un duc qui, au terme d'un hiver éprouvant dans une place forte mineure, est sommé de se rendre auprès du roi. Durand a juré allégeance à Lamoric, mais ce qui le retient auprès de ce jeune noble sans fortune, c'est aussi son attirance pour Deorwen, la femme de Lamoric. Le sentiment d'être traître et félon le pousse en même temps à se battre comme un fou furieux pour Lamoric.
Si le roman débute un peu lentement, les choses se corsent vite. Le roi n'a convoqué ses grands vassaux que pour les retenir comme otages. Lamoric et sa suite échappent de peu au piège, mais ils se retrouvent à la cour de son père le duc. Le duc Radomor est en visite et il défie l'héritier, qui refuse le combat. Il meurt quand même, gelé dans son propre lit par un acte de sorcellerie, et Lamoric relève le défi. Mais ce n'était que le prélude du plan de Radomor et de ses nécromanciens pour conquérir le duché. Sièges et batailles s'ensuivent, et Durand enchaîne les exploits, souvent pour sauver ou protéger Deorwen.
Tout ce qu'il faut pour composer une épopée de fantasy est là, mais je dirais que Keck ne réussit pas à en faire un tout. Il a soigné la création de monde, témoignant d'une connaissance approfondie du monde scandinave et anglo-saxon du Haut Moyen Âge. Il a soigné la langue, privilégiant les mots anglais d'origine anglo-saxonne et non grecque, latine ou française, ce qui confère une atmosphère aussi fruste qu'authentique au roman. Il a décrit des sièges et des batailles d'une rare intensité. Il a imaginé des monstres, des coutumes et des stratagèmes ingénieux.
Et pourtant... La fureur des sagas est bien présente, mais le roman manque de personnages sympathiques — ou tout simplement compréhensibles. Quand le fils aîné du duc d'Acconel est tué de manière surnaturelle, il n'y a pas de conséquence. Les personnages réagissent comme s'il était mort de mort naturelle, et que le duc Radomor n'était pas un suspect. Et quand Deorwen se déguise pour rejoindre l'armée de son mari, ou bien Durand, on se pose des questions qui ne recevront jamais de vraies réponses. Le roman nous invite à plonger en apnée, mais on aimerait ressentir au moins un peu l'ivresse des profondeurs.
Libellés : Canada, Fantasy, Livres
2008-08-02
Glasgow dans la brume
Néanmoins, il s'agit d'un roman écrit avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité. Mirrlees était une linguiste polyglotte et érudite, la compagne d'une grande classiciste, Jane Harrison, de plusieurs années son aînée. Harrison a d'ailleurs signé les pages suivantes sur les hermai de la Grèce antique, qui ont peut-être inspiré l'utilisation par Mirrlees d'un « herm » dans le roman qui semble curieusement déplacé dans le contexte plutôt anglais du livre et qui joue un rôle crucial comme indicateur de la frontière entre la vie et la mort, sur les terrains d'une ferme qui se drese elle-même à la frontière entre le pays de Dorimare et la terre de Féerie, qui est aussi le pays des morts... Ce n'est qu'un exemple du jeu d'allusions de Mirrlees, outre les utilisations du folklore anglais relevées par l'auteur d'une introduction du roman, Douglas A. Anderson. Ainsi, un personnage appelé Polydore Vigil doit sans doute son nom à un savant de la Renaissance, Polydore Vergil... Et est-ce un hasard si le personnage principal s'appelle Chanticleer, version anglaise du nom de Chantecler donné par le Roman de Renart au coq dont le chant bannissait les ombres et revenants de la nuit, anéantissant les pouvoirs donnés aux esprits malins, fées et démons de subjuguer les mortels? Shakespeare s'en souvenait encore dans Hamlet quand il écrivait : « The cock, that is the trumpet to the morn, / Doth with his lofty and shrill-sounding throat / Awake the god of day; and, at his warning, / Whether in sea or fire, in earth or air, / The extravagant and erring spirit hies ? / To his confine ». Car Nathaniel Chanticleer va se dresser contre les puissances néfastes de la Féerie et, dans un sens, bannir les peurs qu'elles inspirent. Et n'a-t-il pas été hanté toute sa vie par une note musicale d'une puissance évocatrice sans pareille?
L'édition publiée par Cold SpringPress en 2005 est malheureusement grevée de plusieurs coquilles et alinéas intempestifs. Pour un roman préfacé par Neil Gaiman, c'est extrêmement irritant. Cela se laisse lire, mais l'ouvrage aurait mérité mieux. (Un exemple : quand Nathaniel Chanticleer visite une boutiquière dans un petit village, celle-ci tient un « shop » qui devient ensuite, à plusieurs reprises, un « ship ». En mai, l'an dernier, au Somail, j'ai bel et bien visité une boutique-épicerie installée dans un bateau sur le canal du Midi, mais je ne crois pas que c'est ce que Mirrlees avait en tête...)
Michael Swanwick reproche à l'autrice, Helen Hope Mirrlees (1887-1978), de n'avoir pas été pauvre, ce qui l'aurait obligé à continuer à écrire. Mais si elle avait été pauvre, elle n'aurait sans doute pas obtenu l'éducation qui lui a permis de signer ce livre. Née en Angleterre, elle avait étudié à l'école pour filles St. Leonards, à St. Andrews en Écosse, avant de fréquenter l'université de Cambridge. L'étendue des intérêts éveillés par sa carrière universitaire explique sans doute la diversité de ses écrits que déplore Swanwick à mots couverts.
La ville de Lud pourrait devoir quelque chose à Glasgow, la ville des aïeux de Hope Mirrlees. En particulier, le cimetière de Gramary Hill rappelle celui du Glasgow Necropolis, également édifié sur une colline et comptant de nombreux caveaux de famille. Comme Glasgow, Lud est un port construit sur un fleuve qui donne accès à la mer. À la rigueur, la rencontre de deux cours d'eau, le Dawl majestueux qui se jette dans la mer et l'humble Dapple descendu des collines de Féerie, peut rappeler que Glasgow est née au confluent du fleuve Clyde et de l'humble Molendinar Burn...
De nos jours, le roman nous frappe par son éloignement des clichés de la fantasy actuelle, ou encore par sa proximité avec les éléments les plus « anglais » de Tolkien : la Comté, les vies trop bien réglées des bourgeois qui ne croient plus aux créatures surnaturelles, la description émue de la vie champêtre, les odes à la nature... J'ignore s'il a lu le livre. En même temps, Mirrlees fait le lien entre des motifs plus anciens, des préraphaélites à Dunsany, et leur résurgence chez Tolkien. Le retour du duc Aubrey (qui cache mal le roi Oberon de Shakespeare) préfigure le retour d'Aragorn à Gondor. On pourrait presque soutenir que le Seigneur des Anneaux est une version élargie du roman de Mirrlees, qui place entre les deux pans d'histoire de la Comté une épopée entière moins anglaise que germanique et scandinave, voire moins domestique et féminine que guerrière et masculine. D'ailleurs, les femmes jouent un grand rôle dans Lud-in-the-Mist alors qu'elles sont essentiellement réduites à de la figuration dans la trilogie de Tolkien, ce qui est relativement naturel puisque l'introduction du registre épique et militaire les exclut d'une grande partie de la narration.
Plutôt que de sacrifier au genre épique, le roman verse dans l'enquête policière, car Chanticleer doit élucider un meurtre vieux de plusieurs années afin de triompher, au moins temporairement, de son principal adversaire. C'est l'élément le plus moderne du livre, qui emprunte au sous-genre littéraire fondé par Conan Doyle et quelques autres auteurs de l'Angleterre victorienne, mais ce n'est qu'un élément parmi d'autres. Et, paradoxalement, c'est peut-être l'élément le plus vieillot du livre puisqu'il le date de la première moitié du vingtième siècle tandis que le reste du roman est beaucoup plus intemporel.
2008-07-15
Fantasy amérindienne
Pourtant, si les souffrances de la Première Guerre mondiale peuvent illuminer le Seigneur des anneaux et sa tragique fin d'un monde sacrifié pour en accoucher d'un
nouveau, les drames de la résistance autochtone à l'envahissement européen doivent aussi pouvoir informer des œuvres de fiction. Un minimum d'empathie devrait permettre aux lecteurs de comprendre, au moins intellectuellement, ce qui s'exprime alors. Ainsi, la petite maison d'édition autochtone de Kegedonce Press, à Neyaashiinigmiing au bord de la baie Géorgienne, en territoire anishnabé, a publié une trilogie de fantasy par Daniel Heath Justice, un auteur de Toronto de la nation cherokee des États-Unis. The Way of Thorn and Thunder (2005-2007) est dans une certaine mesure de la fantasy traditionnelle, avec ses petits peuples humbles et fraternels opprimés par une puissance hégémonique. Des êtres maléfiques rôdent et une guerre menace, mais une poignée d'individus courageux vont se retrouver et faire le voyage jusqu'à la capitale pour le grand conseil qui décidera de l'exil ou de la guerre.... Aussi empreint de spiritualité autochtone qu'un roman comme Cry of Justice l'est de spiritualité chrétienne, ce premier tome, Kynship, n'est pas exempt de longueurs. L'auteur décrit plus souvent les apparences et les sentiments des personnages qu'il ne les fait vivre, mais il signe aussi une description profondément sentie et parfois originale de ce monde de l'aube, qui vivait autrefois en harmonie avec la nature avant l'arrivée des humains.Néanmoins, l'auteur arrive à rendre plus qu'un peu de l'indignation ressentie par les habitants de l'Everland, qui voient leurs traditions et leurs droits bafoués par les envahisseurs. Ceci prépare le moment culminant du roman, quand les peuples assemblés doivent choisir entre l'exil et la résistance, un choix dont les Cherokees avaient été privés avant d'emprunter la Piste des larmes. Pour qui se souvient de cette histoire, la scène est au moins aussi émouvante (quoique moins bien écrite) que les grands conseils de guerre du Seigneur des anneaux. L'ultimatum a une réalité que n'ont pas vraiment les menaces souvent servies aux protagonistes de romans de fantasy signés par les citoyens de pays qui n'ont jamais connu la défaite, l'occupation ou l'humiliation. Mais la suite sera-t-elle à la hauteur? Le pourrait-elle seulement?







