2007-09-24
Démonologie étatsunienne
Le monstre a parlé! À New York! Dans un amphi de l'auguste Université Columbia!
L'hystérie était à son comble durant la visite du président iranien. La diabolisation de Mahmoud Ahmadinejad est telle que le président de l'université a été obligé d'insulter son invité en public (et de déformer la vérité) en le traitant de dictateur mesquin et cruel. S'il est exact à la rigueur qu'Ahmadinejad soit mesquin et cruel (ayant toléré et couvert de nombreuses exactions dans les prisons iraniennes), il est inexact de dire qu'il soit un dictateur. Il est aussi bien élu que George Bush, sinon mieux.
Quant à ses prises de position relativement à Israël, elles sont encore aujourd'hui déformées par les médias. J'entendais tout à l'heure Lloyd Robertson affirmer sur CTV Newsnet qu'Ahmadinejad avait souhaité qu'Israël soit effacé de la carte (sous-entendu : par le pays qu'il gouverne), ce que l'on retrouve dans ce reportage de CTV, alors que cela fait longtemps qu'on devrait savoir qu'une traduction approximative a fait disparaître les nuances de la déclaration originelle. La question du nucléaire iranien a favorisé les interprétations les plus alarmistes, alors qu'il faut adopter les interprétations les plus alarmistes du programme nucléaire iranien pour croire que l'Iran cherche à tout prix à se doter de l'arme nucléaire. Quand l'alarmisme alimente l'alarmisme, il est clair qu'on ne peut plus s'en sortir...
Évidemment, on ne peut pas s'attendre à ce que les journalistes fassent plus que le minimum syndical (et si ce minimum diffère de zéro, je n'en ai pas encore vu la preuve). Dans un reportage entendu à la radio aujourd'hui sur le dénouement de l'affaire du plagiat par Marie-Pier Côté, la journaliste culturelle affirmait que le roman de Frédéric Jeorge s'inspirait du film Highlander alors qu'il devait tout autant à la série télé. Soupir....
Bref, en traitant comme des crimes les déclarations controversées d'Ahmadinejad, on finit par perdre de vue la réalité. De l'Iran ou des États-Unis, ou de l'Iran et Israël, ce n'est pas l'Iran qui a attaqué, au cours des cinq dernières années, un pays étranger en faisant des centaines ou des milliers de victimes. Pour inquiétants que soient les discours d'Ahmadinejad, il faudrait peut-être se rappeler qu'il existe des réalités bien plus tragiques.
L'hystérie était à son comble durant la visite du président iranien. La diabolisation de Mahmoud Ahmadinejad est telle que le président de l'université a été obligé d'insulter son invité en public (et de déformer la vérité) en le traitant de dictateur mesquin et cruel. S'il est exact à la rigueur qu'Ahmadinejad soit mesquin et cruel (ayant toléré et couvert de nombreuses exactions dans les prisons iraniennes), il est inexact de dire qu'il soit un dictateur. Il est aussi bien élu que George Bush, sinon mieux.
Quant à ses prises de position relativement à Israël, elles sont encore aujourd'hui déformées par les médias. J'entendais tout à l'heure Lloyd Robertson affirmer sur CTV Newsnet qu'Ahmadinejad avait souhaité qu'Israël soit effacé de la carte (sous-entendu : par le pays qu'il gouverne), ce que l'on retrouve dans ce reportage de CTV, alors que cela fait longtemps qu'on devrait savoir qu'une traduction approximative a fait disparaître les nuances de la déclaration originelle. La question du nucléaire iranien a favorisé les interprétations les plus alarmistes, alors qu'il faut adopter les interprétations les plus alarmistes du programme nucléaire iranien pour croire que l'Iran cherche à tout prix à se doter de l'arme nucléaire. Quand l'alarmisme alimente l'alarmisme, il est clair qu'on ne peut plus s'en sortir...
Évidemment, on ne peut pas s'attendre à ce que les journalistes fassent plus que le minimum syndical (et si ce minimum diffère de zéro, je n'en ai pas encore vu la preuve). Dans un reportage entendu à la radio aujourd'hui sur le dénouement de l'affaire du plagiat par Marie-Pier Côté, la journaliste culturelle affirmait que le roman de Frédéric Jeorge s'inspirait du film Highlander alors qu'il devait tout autant à la série télé. Soupir....
Bref, en traitant comme des crimes les déclarations controversées d'Ahmadinejad, on finit par perdre de vue la réalité. De l'Iran ou des États-Unis, ou de l'Iran et Israël, ce n'est pas l'Iran qui a attaqué, au cours des cinq dernières années, un pays étranger en faisant des centaines ou des milliers de victimes. Pour inquiétants que soient les discours d'Ahmadinejad, il faudrait peut-être se rappeler qu'il existe des réalités bien plus tragiques.
Libellés : États-Unis, Iran, Politique
2006-08-02
Il ne faut pas croire...
Dans son édito vidéo hebdomadaire, Denis Jeambar de L'Express affirme qu'il faut croire les extrémistes — nommément Ahmadinejad et Nasrallah — lorsqu'ils affirment que l'État israélien doit disparaître. Et certes, la rengaine antisémite (Delenda est Carthago!) de l'ultra-conservateur Caton l'Ancien a fini en son temps par produire, à force d'insistance, l'effet voulu. (Antisémite? Mais oui, puisque les Carthaginois d'origine phénicienne parlaient une langue sémitique, le punique...)
Mais Jeambar, qui a le don de s'exciter facilement comme tous les éditorialistes de métier, se contredit aussitôt en soutenant que la guerre au Liban a été commencée (et il faut clairement entendre : voulue) par le Hezbollah. Dans ce cas, il refuse de prendre au mot Nasrallah lui-même qui, dans une entrevue, refuse explicitement de considérer l'enlèvement des soldats israéliens comme un casus belli, qui avoue ne pas s'être attendu à une guerre et qui affirme qu'elle a été commencée par les Israéliens. (Le Hezbollah semble avoir surestimé l'effet dissuasif de son arsenal, comme je le disais.) Alors, il faut croire ou il ne faut pas croire?
Jeambar conclut en invoquant la survie d'Israël. Cette justification de la guerre actuelle revient souvent dans les propos des apologistes occidentaux, mais elle est rarement assortie d'une démonstration satisfaisante. Un État pourvu d'une centaine de bombes nucléaires, minimum, peut-il raisonnablement craindre pour sa survie? Ce ne sont pas les milliers de roquettes du Hezbollah qui constituent une menace réelle; au rythme actuel, l'utilisation de l'arsenal complet du Hezbollah produirait moins de victimes que les attentats de Madrid. Personne n'a craint alors pour la survie de l'Espagne...
Reste le spectre d'une bombe nucléaire iranienne, qui n'existe pas encore, qui n'existera pas avant deux ou trois ans au plus tôt selon les experts et qui ne représenterait une menace que si on croit que les dirigeants iraniens largueraient leur première bombe sur Tel-Aviv (on peut douter qu'ils viseraient Jérusalem, qui est aussi une ville sainte pour les Musulmans) en sachant que les missiles israéliens détruiraient ensuite des dizaines de villes iraniennes, en commençant par Téhéran. Pour crédibiliser une telle éventualité, on fait souvent allusion aux haines inexpiables du monde musulman ou de l'Orient, mais quand l'Inde et le Pakistan ont envisagé la possibilité d'un échange de bombes nucléaires (et il s'agit de deux pays populeux, qui pourrait tolérer des pertes plus élevées que l'Iran, si on va par là), des esprits plus sages l'ont emporté, malgré l'ancienneté et l'intensité des ressentiments qui les opposent. Et contre tout ennemi ne disposant que d'armes conventionnelles, Israël disposerait toujours de l'argument ultime en cas de défaite sur le terrain de ses forces armées.
Bref, c'est une obsession de la sécurité totale qui anime Israël. C'est une nouvelle forme de la poursuite du zéro mort, qui tient pour intolérable la moindre perte causée par un ennemi, terroriste ou non. C'est donc une nouvelle utopie, qui pourrait entraîner les mêmes dégâts que plusieurs autres utopies...
Mais Jeambar, qui a le don de s'exciter facilement comme tous les éditorialistes de métier, se contredit aussitôt en soutenant que la guerre au Liban a été commencée (et il faut clairement entendre : voulue) par le Hezbollah. Dans ce cas, il refuse de prendre au mot Nasrallah lui-même qui, dans une entrevue, refuse explicitement de considérer l'enlèvement des soldats israéliens comme un casus belli, qui avoue ne pas s'être attendu à une guerre et qui affirme qu'elle a été commencée par les Israéliens. (Le Hezbollah semble avoir surestimé l'effet dissuasif de son arsenal, comme je le disais.) Alors, il faut croire ou il ne faut pas croire?
Jeambar conclut en invoquant la survie d'Israël. Cette justification de la guerre actuelle revient souvent dans les propos des apologistes occidentaux, mais elle est rarement assortie d'une démonstration satisfaisante. Un État pourvu d'une centaine de bombes nucléaires, minimum, peut-il raisonnablement craindre pour sa survie? Ce ne sont pas les milliers de roquettes du Hezbollah qui constituent une menace réelle; au rythme actuel, l'utilisation de l'arsenal complet du Hezbollah produirait moins de victimes que les attentats de Madrid. Personne n'a craint alors pour la survie de l'Espagne...
Reste le spectre d'une bombe nucléaire iranienne, qui n'existe pas encore, qui n'existera pas avant deux ou trois ans au plus tôt selon les experts et qui ne représenterait une menace que si on croit que les dirigeants iraniens largueraient leur première bombe sur Tel-Aviv (on peut douter qu'ils viseraient Jérusalem, qui est aussi une ville sainte pour les Musulmans) en sachant que les missiles israéliens détruiraient ensuite des dizaines de villes iraniennes, en commençant par Téhéran. Pour crédibiliser une telle éventualité, on fait souvent allusion aux haines inexpiables du monde musulman ou de l'Orient, mais quand l'Inde et le Pakistan ont envisagé la possibilité d'un échange de bombes nucléaires (et il s'agit de deux pays populeux, qui pourrait tolérer des pertes plus élevées que l'Iran, si on va par là), des esprits plus sages l'ont emporté, malgré l'ancienneté et l'intensité des ressentiments qui les opposent. Et contre tout ennemi ne disposant que d'armes conventionnelles, Israël disposerait toujours de l'argument ultime en cas de défaite sur le terrain de ses forces armées.
Bref, c'est une obsession de la sécurité totale qui anime Israël. C'est une nouvelle forme de la poursuite du zéro mort, qui tient pour intolérable la moindre perte causée par un ennemi, terroriste ou non. C'est donc une nouvelle utopie, qui pourrait entraîner les mêmes dégâts que plusieurs autres utopies...
Libellés : Iran, Liban, Monde, Politique
2006-04-26
Le bluff nucléaire
La guerre d'Irak n'aura-t-elle été que la répétition générale?
De toutes les ressemblances qui crèvent les yeux et qui rapprochent la crise iranienne actuelle de la crise irakienne qui avait précédé l'invasion par les forces étatsuniennes, l'étalement dans le temps n'est pas la moindre. Les nombreux parallèles entre les deux mises en scène me permettaient de parler précédemment d'un bluff parfait, mais le déroulement du scénario compte au moins autant que les circonstances ponctuelles. Dans le cas de l'Irak, la guerre proprement dite a été précédée d'une série de préparatifs médiatiques, politiques, diplomatiques et, enfin, logistiques. L'enchaînement actuel rappelle l'engrenage de l'époque, mis en branle assez ouvertement au printemps 2002, même si nous savons maintenant que les plans étatsuniens étaient ourdis depuis le jour même du 11 septembre 2001.
Que faut-il retenir des chuchotements voulant que les États-Unis méditent maintenant l'emploi d'armes nucléaires pour empêcher, ironiquement, le développement par l'Iran... d'armes nucléaires? S'agit-il d'une réelle possibilité dont les conséquences (.PDF) et les effets sont sciemment passées sous silence? On peut en douter, dans la mesure où les bombes nucléaires anti-bunkers dont il est question sont loin d'avoir fait leurs preuves.
S'agit-il d'une tentative de bluffer l'Iran? De nombreux commentateurs ont proposé leur interprétation de ces annonces, légitimes ou non... L'objection la plus communément avancée consiste à dire que les menaces étatsuniennes, y compris la rumeur d'une frappe nucléaire, tendent plutôt à conforter le pouvoir du président iranien Ahmadinejad. Cependant, le bluff en question pourrait cibler d'autres factions du gouvernement iranien, plus enclines à transiger selon les stratèges étatsuniens (qui pourraient fort bien se tromper).
Si ce n'était l'Iran, toutefois, qui serait donc la cible du bluff? L'opinion publique des pays occidentaux, selon certains, serait dans la ligne de mire. On se souviendra qu'il avait été question d'utiliser des armes nucléaires contre l'Irak si Saddam Hussein avait la présomption d'employer des armes chimiques (ou nucléaires!) contre les forces militaires de la coalition qui envahissait son pays en 2003. Comme les scénarios du pire (emploi d'armes chimiques ou nucléaires, guérilla urbaine à outrance dans les rues de Bagdad, hécatombes de civils fauchés par les bombardements) n'avaient pas eu lieu en 2003, la réaction d'une partie de l'opinion publique occidentale (et peut-être même ailleurs) avait été émoussée par le soulagement ressenti. En laissant filtrer dès maintenant qu'une frappe nucléaire serait possible, l'administration Bush, selon cette idée, désamorceraient d'avance l'indignation d'une partie de l'opinion publique domestique si elle ne procédait qu'à une frappe conventionnelle...
Reste une dernière possibilité : que l'Europe soit la cible de ce bluff nucléaire. En cas de frappe, les Européens savent sans doute que les retombées radioactives de bombes nucléaires anti-bunkers seraient rapidement transportées par les vents au-dessus de leur continent, comme après Tchernobyl. Les coûts des mesures de précaution et de décontamination — et aussi les coûts des gestes associés aux psychoses paranoïdes des écolos — seraient pharamineux. L'administration Bush pourrait espérer que la perspective d'une telle frappe motiverait les Européens à tout mettre en œuvre pour l'empêcher, y compris en faisant pression sur Téhéran pour faire céder le gouvernement iranien. L'hypothèse vaut ce qu'elle vaut, et rien ne dit que cette manœuvre ne puisse chercher à obtenir tous ces résultats en même temps!
On en vient même à se demander si la coïncidence de dates avec le vingtième anniversaire de Tchernobyl est entièrement un hasard...
De toutes les ressemblances qui crèvent les yeux et qui rapprochent la crise iranienne actuelle de la crise irakienne qui avait précédé l'invasion par les forces étatsuniennes, l'étalement dans le temps n'est pas la moindre. Les nombreux parallèles entre les deux mises en scène me permettaient de parler précédemment d'un bluff parfait, mais le déroulement du scénario compte au moins autant que les circonstances ponctuelles. Dans le cas de l'Irak, la guerre proprement dite a été précédée d'une série de préparatifs médiatiques, politiques, diplomatiques et, enfin, logistiques. L'enchaînement actuel rappelle l'engrenage de l'époque, mis en branle assez ouvertement au printemps 2002, même si nous savons maintenant que les plans étatsuniens étaient ourdis depuis le jour même du 11 septembre 2001.
Que faut-il retenir des chuchotements voulant que les États-Unis méditent maintenant l'emploi d'armes nucléaires pour empêcher, ironiquement, le développement par l'Iran... d'armes nucléaires? S'agit-il d'une réelle possibilité dont les conséquences (.PDF) et les effets sont sciemment passées sous silence? On peut en douter, dans la mesure où les bombes nucléaires anti-bunkers dont il est question sont loin d'avoir fait leurs preuves.
S'agit-il d'une tentative de bluffer l'Iran? De nombreux commentateurs ont proposé leur interprétation de ces annonces, légitimes ou non... L'objection la plus communément avancée consiste à dire que les menaces étatsuniennes, y compris la rumeur d'une frappe nucléaire, tendent plutôt à conforter le pouvoir du président iranien Ahmadinejad. Cependant, le bluff en question pourrait cibler d'autres factions du gouvernement iranien, plus enclines à transiger selon les stratèges étatsuniens (qui pourraient fort bien se tromper).
Si ce n'était l'Iran, toutefois, qui serait donc la cible du bluff? L'opinion publique des pays occidentaux, selon certains, serait dans la ligne de mire. On se souviendra qu'il avait été question d'utiliser des armes nucléaires contre l'Irak si Saddam Hussein avait la présomption d'employer des armes chimiques (ou nucléaires!) contre les forces militaires de la coalition qui envahissait son pays en 2003. Comme les scénarios du pire (emploi d'armes chimiques ou nucléaires, guérilla urbaine à outrance dans les rues de Bagdad, hécatombes de civils fauchés par les bombardements) n'avaient pas eu lieu en 2003, la réaction d'une partie de l'opinion publique occidentale (et peut-être même ailleurs) avait été émoussée par le soulagement ressenti. En laissant filtrer dès maintenant qu'une frappe nucléaire serait possible, l'administration Bush, selon cette idée, désamorceraient d'avance l'indignation d'une partie de l'opinion publique domestique si elle ne procédait qu'à une frappe conventionnelle...
Reste une dernière possibilité : que l'Europe soit la cible de ce bluff nucléaire. En cas de frappe, les Européens savent sans doute que les retombées radioactives de bombes nucléaires anti-bunkers seraient rapidement transportées par les vents au-dessus de leur continent, comme après Tchernobyl. Les coûts des mesures de précaution et de décontamination — et aussi les coûts des gestes associés aux psychoses paranoïdes des écolos — seraient pharamineux. L'administration Bush pourrait espérer que la perspective d'une telle frappe motiverait les Européens à tout mettre en œuvre pour l'empêcher, y compris en faisant pression sur Téhéran pour faire céder le gouvernement iranien. L'hypothèse vaut ce qu'elle vaut, et rien ne dit que cette manœuvre ne puisse chercher à obtenir tous ces résultats en même temps!
On en vient même à se demander si la coïncidence de dates avec le vingtième anniversaire de Tchernobyl est entièrement un hasard...
Libellés : Iran, Monde, Politique
2006-02-14
Le bluff parfait
Du temps de la guerre froide, c'était un lieu commun que d'opposer les Américains, amateurs de poker, aux Soviétiques, qui préféraient les échecs.
Les Iraniens sont en train de prouver que le poker doit être étonnamment populaire dans leur pays, car ils répondent aux menaces actuelles des États-Unis par un bluff à la hauteur du bluff que tente l'administration Bush.
Revenons d'abord en arrière. Début 2002, l'Irak est dans le collimateur de l'administrateur Bush qui aimerait un changement de régime, et qui ne dirait pas non si Saddam Hussein consentait à vider ses palais et à trouver asile ailleurs. Bush et ses acolytes soufflent le chaud et le froid. D'un jour à l'autre, ils se disent prêts à tout, y compris l'intervention militaire, puis ils se montrent plus conciliants.
À l'époque, je croyais au bluff pur et simple. Les États-Unis avaient fort peu de troupes à proximité de l'Irak et leurs arsenaux avaient été vidés (ou, du moins, sérieusement dégarnis) par la guerre en Afghanistan, qui n'avait pas exactement connu la conclusion voulue, puisque Ben Laden s'était évanoui dans la nature. Attaquer unilatéralement l'Afghanistan après le 11 septembre, c'était une chose. S'en prendre à l'Irak au mépris de la loi et de l'opinion internationales, c'en était une autre. D'ailleurs, selon les sondages, une majorité d'Étatsuniens se montreraient opposés à une guerre contre l'Irak jusqu'à la veille de l'entrée en guerre, après quoi ils se rallièrent au drapeau.
Fin 2002, la situation politique avait changé aux États-Unis. En sollicitant une résolution en faveur de la guerre avant les élections qui concernaient une partie du Congrès, Bush avait non seulement obtenu le soutien désiré mais fait de l'Irak un enjeu qui avait joué contre les Démocrates, donnant aux Républicains le contrôle presque complet des deux Chambres.
Fin 2002, la situation logistique avait aussi changé. Les usines avaient tourné et reconstitué les inventaires des arsenaux des États-Unis. Des troupes étatsuniennes et britanniques commençaient à s'installer au Koweit. Il fallait s'illusionner pour croire qu'une guerre n'était pas prévue, et ne serait pas extraordinairement difficile à éviter.
Et maintenant, que se passe-t-il dans le cas de l'Iran? Bush et ses acolytes soufflent le chaud et le froid. Ils accusent l'Iran de convoiter des armes de destruction massive et ils ont réussi à faire intervenir les Nations-Unies dans ce dossier. De nouvelles élections auront lieu en fin d'année et elles pourraient menacer l'emprise républicaine sur le congrès, ce que l'administration Bush a tout intérêt à éviter de peur que de nouvelles enquêtes mettent au jour de nouveaux scandales. (Quand on pense à la gravité de tout ce qui est déjà sorti, on se demande bien ce qui reste dont la révélation effraie tant l'administration Bush.)
Militairement, les États-Unis ne disposent pas des troupes requises pour organiser une invasion en règle de l'Iran, mais ils ont maintenant de grandes bases aériennes au cœur de l'Irak, sans parler des porte-avions dans le golfe. Les arsenaux de bombes intelligentes et de missiles de croisières sont regarnis. Mis à part les cibles relatives aux hypothétiques armes de destruction massive, l'Iran offre trois objectifs possibles pour une opération militaire soigneusement limitée : les infrastructures militaires, le détroit d'Ormuz et le Khouzistan. Qu'est-ce que le Khouzistan? C'est une province iranienne limitrophe de l'Irak qui dispose des principaux gisements de pétrole de l'Iran, à proximité du Golfe. John Pilger a d'ailleurs proposé que les États-Unis pourraient se satisfaire d'une opération qui leur donnerait le contrôle de ces gisements, tout en privant les Iraniens de tout moyen de menacer la navigation dans le Golfe, en particulier dans le détroit d'Ormuz...
Ce scénario trouverait un élément de justification dans l'annonce par l'Iran de son intention (bluff?) de créer une bourse internationale du pétrole qui opterait pour l'euro comme devise de référence. Ceci risquerait de porter un dur coup au dollar US alors que l'économie des États-Unis souffre de problèmes sérieux qui pourraient devenir aussi réellement graves qu'ils le sont déjà selon les pessimistes. Or, comme il n'est pas inutile de le rappeler dans ce contexte, Saddam Hussein avait lui aussi commencé à vendre du pétrole en euros (en 2000) avant de se faire chasser de ses palais par les GIs jusque dans un trou à rats... N'empêche que l'Iran dit : chiche!
Résumons. Les États-Unis ont les moyens militaires d'attaquer l'Iran (ou croient probablement les avoir dans la mesure où ils limitent leurs objectifs) et l'administration Bush a un mobile politique (rallier les électeurs autour du drapeau à temps pour les élections) ainsi qu'un mobile économique (sauver le soldat Greenback). L'enchaînement des événements rappelle étrangement celui qui avait mené à l'invasion de l'Irak. Question : une offensive étatsunienne est-elle vraiment impensable? En 2002, il était impensable que les États-Unis puissent s'en prendre unilatéralement à l'Irak avec le concours d'une coalition de bric et de broc. Maintenant, rien n'est impensable.
Internationalement, l'administration Bush peut croire qu'avec des gouvernements de droite en Allemagne, en Italie, en France et au Canada, sans parler de Tony Blair au Royaume-Uni, elle aurait un soutien plus affirmé qu'en 2003. À l'interne, l'impopularité de l'administration Bush est moins marquée dans tout ce qui concerne la sécurité nationale. Logiquement, cela reste le seul levier que l'administration Bush peut employer.
Néanmoins, c'est parce que c'est entièrement plausible que c'est un bluff parfait...
Les Iraniens sont en train de prouver que le poker doit être étonnamment populaire dans leur pays, car ils répondent aux menaces actuelles des États-Unis par un bluff à la hauteur du bluff que tente l'administration Bush.
Revenons d'abord en arrière. Début 2002, l'Irak est dans le collimateur de l'administrateur Bush qui aimerait un changement de régime, et qui ne dirait pas non si Saddam Hussein consentait à vider ses palais et à trouver asile ailleurs. Bush et ses acolytes soufflent le chaud et le froid. D'un jour à l'autre, ils se disent prêts à tout, y compris l'intervention militaire, puis ils se montrent plus conciliants.
À l'époque, je croyais au bluff pur et simple. Les États-Unis avaient fort peu de troupes à proximité de l'Irak et leurs arsenaux avaient été vidés (ou, du moins, sérieusement dégarnis) par la guerre en Afghanistan, qui n'avait pas exactement connu la conclusion voulue, puisque Ben Laden s'était évanoui dans la nature. Attaquer unilatéralement l'Afghanistan après le 11 septembre, c'était une chose. S'en prendre à l'Irak au mépris de la loi et de l'opinion internationales, c'en était une autre. D'ailleurs, selon les sondages, une majorité d'Étatsuniens se montreraient opposés à une guerre contre l'Irak jusqu'à la veille de l'entrée en guerre, après quoi ils se rallièrent au drapeau.
Fin 2002, la situation politique avait changé aux États-Unis. En sollicitant une résolution en faveur de la guerre avant les élections qui concernaient une partie du Congrès, Bush avait non seulement obtenu le soutien désiré mais fait de l'Irak un enjeu qui avait joué contre les Démocrates, donnant aux Républicains le contrôle presque complet des deux Chambres.
Fin 2002, la situation logistique avait aussi changé. Les usines avaient tourné et reconstitué les inventaires des arsenaux des États-Unis. Des troupes étatsuniennes et britanniques commençaient à s'installer au Koweit. Il fallait s'illusionner pour croire qu'une guerre n'était pas prévue, et ne serait pas extraordinairement difficile à éviter.
Et maintenant, que se passe-t-il dans le cas de l'Iran? Bush et ses acolytes soufflent le chaud et le froid. Ils accusent l'Iran de convoiter des armes de destruction massive et ils ont réussi à faire intervenir les Nations-Unies dans ce dossier. De nouvelles élections auront lieu en fin d'année et elles pourraient menacer l'emprise républicaine sur le congrès, ce que l'administration Bush a tout intérêt à éviter de peur que de nouvelles enquêtes mettent au jour de nouveaux scandales. (Quand on pense à la gravité de tout ce qui est déjà sorti, on se demande bien ce qui reste dont la révélation effraie tant l'administration Bush.)
Militairement, les États-Unis ne disposent pas des troupes requises pour organiser une invasion en règle de l'Iran, mais ils ont maintenant de grandes bases aériennes au cœur de l'Irak, sans parler des porte-avions dans le golfe. Les arsenaux de bombes intelligentes et de missiles de croisières sont regarnis. Mis à part les cibles relatives aux hypothétiques armes de destruction massive, l'Iran offre trois objectifs possibles pour une opération militaire soigneusement limitée : les infrastructures militaires, le détroit d'Ormuz et le Khouzistan. Qu'est-ce que le Khouzistan? C'est une province iranienne limitrophe de l'Irak qui dispose des principaux gisements de pétrole de l'Iran, à proximité du Golfe. John Pilger a d'ailleurs proposé que les États-Unis pourraient se satisfaire d'une opération qui leur donnerait le contrôle de ces gisements, tout en privant les Iraniens de tout moyen de menacer la navigation dans le Golfe, en particulier dans le détroit d'Ormuz...
Ce scénario trouverait un élément de justification dans l'annonce par l'Iran de son intention (bluff?) de créer une bourse internationale du pétrole qui opterait pour l'euro comme devise de référence. Ceci risquerait de porter un dur coup au dollar US alors que l'économie des États-Unis souffre de problèmes sérieux qui pourraient devenir aussi réellement graves qu'ils le sont déjà selon les pessimistes. Or, comme il n'est pas inutile de le rappeler dans ce contexte, Saddam Hussein avait lui aussi commencé à vendre du pétrole en euros (en 2000) avant de se faire chasser de ses palais par les GIs jusque dans un trou à rats... N'empêche que l'Iran dit : chiche!
Résumons. Les États-Unis ont les moyens militaires d'attaquer l'Iran (ou croient probablement les avoir dans la mesure où ils limitent leurs objectifs) et l'administration Bush a un mobile politique (rallier les électeurs autour du drapeau à temps pour les élections) ainsi qu'un mobile économique (sauver le soldat Greenback). L'enchaînement des événements rappelle étrangement celui qui avait mené à l'invasion de l'Irak. Question : une offensive étatsunienne est-elle vraiment impensable? En 2002, il était impensable que les États-Unis puissent s'en prendre unilatéralement à l'Irak avec le concours d'une coalition de bric et de broc. Maintenant, rien n'est impensable.
Internationalement, l'administration Bush peut croire qu'avec des gouvernements de droite en Allemagne, en Italie, en France et au Canada, sans parler de Tony Blair au Royaume-Uni, elle aurait un soutien plus affirmé qu'en 2003. À l'interne, l'impopularité de l'administration Bush est moins marquée dans tout ce qui concerne la sécurité nationale. Logiquement, cela reste le seul levier que l'administration Bush peut employer.
Néanmoins, c'est parce que c'est entièrement plausible que c'est un bluff parfait...
Libellés : États-Unis, Iran, Politique
