2021-07-07
Plaidoyer pour l'imagination scientifique
(Il est intéressant de lire en 1924 un plaidoyer pour l'imagination scientifique en pleine page éditoriale du journal libéral de la capitale du Québec. Le court essai inclus ci-dessous n'est pas signé, mais il souligne le rôle de l'imagination dans l'innovation technico-scientifique. Le titre chapeautant ce développement renvoie aux textes signés par des auteurs comme Jules Verne et la conclusion laisse planer une ambiguïté que je trouve plutôt favorable à la pratique de la science-fiction avant la lettre.)
Le Merveilleux Scientifique
Il y a deux espèces de merveilleux : l'imaginaire et le scientifique. Le premier a surtout fleuri aux jours du paganisme. Il suffit de lire les délicieuses légendes d'Homère pour voir jusqu'à quel point les imaginations primitives étaient peuplées de visions stupéfiantes. L'humanité d'alors concevait mille et un phénomènes bien supérieurs aux moyens dont elle disposait ; mais, le fait de les concevoir était déjà un pas vers la réalisation, attendu que le propre de l'intelligence est de voir les relations de cause à effet et de chercher indéfiniment les moyens d'arriver à une fin.
C'est pourquoi, au cours des siècles, on a acquis de surprenantes réalités ; incessamment, on passait de l'imaginaire au fait accompli, car il y a ceci d'étonnant, dans la « folle du logis », que la plupart des milliers de rêves insensés qu'elle bâtit et débâtit sans trêve, sont des faits ou des puissances qui seront tôt ou tard en acte. Et c'est ainsi qu'a lieu le merveilleux scientifique : du mot j'imagine, on passe au mot je sais.
En veut-on un exemple récent ? En voici un : la photographie par téléphone dont on vient de faire une magnifique expérience aux États-Unis. Nous avons devant les yeux deux de ces photos dont l'original s'est imprimé sur la plaque après avoir traversé les 522 milles qui séparent Cleveland de New-York ; l'une d'elles représente le président Coolidge lui-même ; l'autre, un groupe de navires et le pont-levis de Cleveland. L'appareil a enregistré les images avec une parfaite netteté. Qui l'eût dit autrefois ? Seule l'imagination pouvait y atteindre sans aller encore jusqu'à la conception des moyens, qui procèdent de principes assez simples.
On sait en effet que la transmission des images à longues distances vient de ce fait scientifique que la reproduction électrique des ondes lumineuses est praticable. Ce n'est, en somme, que la transposition du domaine des ondes sonores en celui de la lumière, de la loi de communication électrique par vibration. Du moment qu'on avait trouvé le téléphone, la voie était ouverte à la téléphoto, comme elle l'était pour la T.S.F. et le [sic] radio.
Où s'arrêtera-t-on maintenant ? Si vous voulez le savoir, consultez la « folle du logis », imaginez ! Vos visions imaginaires les plus osées non seulement pas invraisemblables, mais peut-être bien près de la réalisation.
(Le Soleil, 11 juin 1924, p. 4.)
2019-10-09
Les limites du suffrage (universel)
Au fil des ans et des révolutions, les restrictions sont tombées. Le droit de vote a été accordé aux hommes de toutes conditions. Puis, il a été accordé aux femmes. Plus l'État a été compris non comme un ordre des choses préservant une hiérarchie sociale mais comme une entité économique productive, plus il est devenu nécessaire de reconnaître ceux et celles qui contribuaient à cette production économique. Néanmoins, malgré le travail des enfants, il a toujours semblé nécessaire de décréter un âge minimal pour voter, afin que les électeurs soient supposés suffisamment raisonnables et bien informés pour voter de manière éclairée. De même, les personnes jugées non compos mentis n'avaient pas le droit de voter.
Ce raisonnement a entraîné certaines dérives. Au nom de la défense d'un vote éclairé et informé, on a parfois imposé des tests de lecture ou d'écriture aux votants pour réserver dans les faits le droit de vote aux personnes capables de lire et d'écrire, ce qui était alors appliqué pour écarter de l'urne certaines minorités plus pauvres ou moins éduquées au moyen de tests particulièrement vicieux. D'autres minorités (religieuses ou ethniques) étaient parfois exclues d'office, parce qu'elles ne pouvaient appartenir à la nation organique dont l'État n'était qu'une émanation.
Dans nos démocraties, l'âge minimum a été abaissé à 18 ans au siècle dernier, en partant du principe que si on avait le droit de boire et de conduire un véhicule, ainsi que le douteux privilège de se faire tuer à la guerre à partir de 18 ans, on ne pouvait priver un citoyen ou une citoyenne de la possibilité de se prononcer sur le gouvernement qui l'enverrait au front. Et il est maintenant question d'abaisser cet âge à 16 ans, parce que les technologies de l'information et des communications ont donné aux jeunes infiniment plus de moyens de s'informer que jamais auparavant.
En revanche, le vieillissement de la population, assurant une influence prépondérante aux têtes grises, suscite désormais des propositions (qui relèvent pour l'instant de la plaisanterie) de fixer un âge maximum pour voter. Après tout, les électeurs plus âgés cumulent : non seulement ils sont de plus en plus nombreux, mais ils restent aussi de plus en plus nombreux à voter. La question qui se pose, c'est de savoir si les priorités des personnes âgées devraient automatiquement l'emporter sur celles de tous les autres groupes d'âge. De plus, comme il est avéré que les aînés sont de plus en plus influençables, il conviendrait de limiter leur participation électorale au-delà d'un certain âge pour laisser la place à des esprits réellement indépendants. En outre, ce qui a été souligné dans le cas du Brexit, c'est que les retraités britanniques avaient voté pour un choix qui les affecteraient peu, puisqu'il faudrait trois à quatre ans pour en arriver à un nouvel état de fait, tandis que le reste de l'existence des électeurs plus jeunes serait déterminé par ce choix imposé par les plus âgés...
Dans ce débat, il n'y a sans doute pas d'argument définitif, et l'âge est demeuré le critère par défaut parce qu'il est plus objectif que les autres tests qui permettraient de sélectionner l'électeur parfait ou l'électrice idéale. Cela dit, on peut imaginer d'autres voies pour rétablir une certaine équité inter-générationnelle.
Par exemple, il serait possible de pondérer le vote de chacun en fonction du nombre d'années qui lui reste à vivre. Si l'espérance de vie du pays au moment de l'élection était de 84 ans, un électeur de 24 ans disposerait d'un droit de vote doté d'un poids de 60 et une électrice de 64 ans disposerait d'un droit de vote multiplié par 20. Ainsi, il faudrait trois votes gris pour équilibrer un vote de vingtenaire... Comme il existe aussi des calculs de l'espérance de vie à chaque âge, il serait également possible de raffiner la pondération en utilisant l'espérance de vie qui correspond à l'âge du votant, histoire d'éviter des votes dotés d'un poids négatif (pour une personne âgée de 94 ou 104 ans, mettons). Au bureau de scrutin, lorsque la personne qui vote se fait identifier, elle se ferait remettre un bulletin de vote portant le numéro correspondant au poids de son vote afin de conserver l'anonymat du suffrage.
Les conséquences d'un tel système sont assez imprévisibles. Est-ce que la participation électorale des jeunes augmenterait parce qu'ils auraient la certitude d'exercer une influence significative sur le résultat ? Ou diminuerait-elle parce que les jeunes se diraient qu'il était encore moins important de voter ? Mais que se passerait-il dans l'éventualité d'un autre baby boom ?
En attendant, les Canadiens et Canadiennes n'ont qu'une manière de peser sur la suite des choses. En votant d'ici la fin de l'élection.
Libellés : Futurisme, Politique
2019-09-20
Les changements climatiques, le mur de Trump et le Brexit
Même si le mur de Trump à la frontière sud des États-Unis tient du bluff et du prétexte électoraliste, faut-il croire pour autant que tous les électeurs de Trump n'étaient motivés que par la xénophobie et le racisme ? La France a exporté avec un certain succès la théorie du grand remplacement remise au goût du jour par Renaud Camus et l'idée a trouvé des adhérents aux États-Unis. Même si elle profite d'une répugnance viscérale à l'arrivée de personnes d'autres origines chez certains blancs, elle bénéficie aussi d'autres discours. Depuis le temps que les climatologues lancent des avertissements au sujet des réfugiés climatiques, faut-il s'étonner que même les indécis ou les climato-sceptiques qui ne croient pas à la contribution humaine au réchauffement aient intégré que les changements climatiques chasseraient des milliers de personnes de chez eux ? Voire des millions ?
En Amérique centrale, la croissance démographique fait partie du problème. Entre 1988 et 2018, la population des États-Unis a augmenté de 33%, celle du Canada de 37%, celle du Mexique de 54% et celle de l'Amérique centrale de 71%. Ou pour le dire autrement, la population du Canada était de 27 millions de personnes en 1988 et celle de l'Amérique centrale de 28 millions, soit presque la même. L'an dernier, la population du Canada atteignait 37 millions de personnes, mais celle de l'Amérique centrale était passée à 48 millions de personnes.
Comme les changements climatiques compliquent l'agriculture de subsistance et l'agriculture commerciale (du café, par exemple), la Banque mondiale évalue que le nombre de migrants climatiques en provenance de l'Amérique centrale pourrait atteindre les 2 à 4 millions de personnes d'ici 2050. Il s'agirait d'un chiffre en soi majeur : ce serait dans le pire des scénarios l'équivalent des réfugiés et migrants qui ont quitté le Vénézuela ces dernières années. Et ce ne serait qu'une part des réfugiés climatiques originaires d'autres régions des Amériques ou du monde.
Tandis que les experts se demandent s'il faudrait traiter les réfugiés climatiques comme des réfugiés politiques et si les mesures humanitaires habituelles, qui présupposent un retour éventuel dans le pays d'origine quand une crise s'apaise, seraient adaptées aux migrations climatiques, les électeurs de Trump se sont opposés à une immigration massive appréhendée... même si, dans les faits, le nombre de personnes interceptées à la frontière des États-Unis baisse depuis le début du siècle. Mais ce sont de moins en moins des travailleurs illégaux qui essaient d'entrer aux États-Unis et de plus en plus des familles qui sollicitent l'asile.
La réaction des États-Unis incorpore-t-elle une inquiétude latente au sujet des migrants climatiques de demain ? Ce n'est pas entièrement clair, mais le vote pro-Trump annonce la couleur pour après-demain. Si on ne réfléchit pas aujourd'hui à la gestion de la migration climatique, la majorité votera pour qu'on ferme la porte et construise des murs.
Ce qui est plus clair, c'est que le vote pour le Brexit au Royaume-Uni a profité amplement d'une campagne de peur orchestrée par les partisans de la sortie de l'Union européenne qui attisait la crainte de l'arrivée de réfugiés syriens. Comme dans le cas de l'Amérique centrale, le réchauffement planétaire n'est qu'un facteur parmi plusieurs autres qui peuvent expliquer l'éclatement de la guerre civile et le départ de millions de réfugiés. (La croissance démographique syrienne n'est qu'approximativement connue, mais on croit que la population syrienne était passée de 12 millions vers 1990 à 22 millions vers 2012, ce qui représenterait une augmentation de 83%.) Pour l'instant, il faut qu'un pays soit fragilisé par la croissance démographique et par des dissensions internes pour que les changements climatiques déclenchent un exode. Dans les années à venir, les événements climatiques extrêmes pourraient l'emporter sur les autres facteurs.
Du coup, la réaction anglaise n'est pas sans rappeler le fantasme présent chez certains milliardaires d'un départ de la Terre pour Mars afin d'échapper à l'effondrement. Ne trouvait-on pas dans les discours britanniques l'idée que le Brexit permettrait à la Grande-Bretagne de larguer les amarres et de voguer vers le grand large ? Quand Johnson soutenait que « Britain thinks it is time to talk about the future. It is time to float this ship down the slipway and on to open seas and get it moving. », c'était bien entendu une métaphore, mais une métaphore révélatrice. Pour échapper aux réfugiés et aux effets du réchauffement climatique, la population britannique aimerait pouvoir se détacher de l'Europe et s'éloigner des sources de migrants climatiques.
Elle ne le pourra pas, bien entendu, mais elle peut compter sur la Manche comme fossé, à défaut d'un mur. En outre, de la même façon que le Canada peut interposer les États-Unis entre lui et les pays du sud, les Brexiteers du Royaume-Uni comptent au fond sur l'Europe continentale pour absorber les flux migratoires. À long terme, ce ne sera qu'un pis-aller et même les pays du nord les plus à l'abri devront réagir. En attendant, les conséquences du réchauffement climatique commencent à nous pendre au nez et il serait temps que l'aveuglement cesse.
Libellés : Effet de serre, Futurisme
2017-10-17
La sidération post-humaine au théâtre québécois
En effet, en octobre 2008, on avait pu voir à Montréal Transhumain. Cette pièce mêlait vulgarisation, anticipation et fiction, tout en laissant filtrer une inquiétude très nette. Neuf ans plus tard, je suis surpris de constater qu'encore une fois, sur scène, les dramaturges québécois hésitent à plonger dans la fiction dès qu'il est question de post-humanité. Si Transhumain représentait une création hybride entre le documentaire et la fiction, Post Humains se situe à l'extrême opposé de la saisissante fiction de La Singularité est proche. Le texte rédigé par Dominique Leclerc met en scène sa quête d'un implant qui l'informerait sur sa glycémie de l'intérieur de son propre corps et sans dépendre des compagnies qui vendent des glucomètres, cette quête l'amenant à frayer avec les rêveurs d'une humanité cyborg. Le compte rendu de sa plongée dans le milieu en question révèle la stupeur grandissante de l'autrice qui découvre les multiples facettes du mouvement transhumaniste — et la critique montréalaise se montre parfois pareillement méfiante, voire éberluée, malgré des exceptions peut-être plus favorables à la forme qu'au fond.
Je me suis absenté de la convention Can-Con à Ottawa afin d'assister à une supplémentaire prévue en après-midi le dernier jour que le spectacle était présenté par l'Espace libre (les ultimes représentations de la pièce jouant à guichets fermés). Les spectateurs ont été invités à entrer dans la salle en passant par les toilettes au sous-sol pour remonter par un escalier donnant sur l'arrière-scène, aménagée de manière à donner un avant-goût des thèmes de la pièce. Des citations de Mary Shelley et d'Eugène Huzar étaient affichées, ainsi qu'un manifeste des mutants (plutôt favorable au transhumanisme) et un appel des chimpanzés du futur (plutôt défavorable). Quarante-cinq boîtes en carton (type Banker's Box) quadrillaient le plancher, dont deux qui étaient ouvertes et abritaient des livres d'Asimov, E. M. Forster et Hervé Fischer, entre autres. Deux babillards permettaient aussi aux spectateurs d'y poser des notocollants en répondant à des questions : quel organe aimeriez-vous améliorer ? quel sens souhaiteriez-vous développer ? quelle est la chose que vous ayez accomplie dont vous êtes le plus fier ? quel a été plus votre grand deuil ou votre plus grande perte ? Enfin, une chronologie dans le désordre affichait les dates de percées et de ruptures modifiant les possibilités humaines : développement du langage, invention de l'horloge portative, premières greffes, implantation d'un stimulateur cardiaque... Quelques objets et photos complètent l'exposition, dont une pyramide de boîtes de soupe Campbell's et une vieille télévision cathodique juchée sur un chariot au milieu de l'avant-scène.
Si Dominique Leclerc joue son propre rôle de diabétique et d'investigatrice, elle est épaulée par son mari, Dennis Kastrup, qui joue également son propre rôle, et par l'acteur Didier Lucien, qui donne la parole à plusieurs personnages invoqués au cours du spectacle, dont Ray Kurzweil, Amar Graafstra, Kevin Warwick et Enno Park, sauf erreur. Quand à Cadie Desbiens, elle assure la régie des effets audiovisuels et techniques, postée à une console à un bout de la scène, ce qui lui permet d'intervenir également de temps à autre.
Après avoir débuté son enquête en Amérique du Nord, Dominique arrive en Allemagne et fait la rencontre d'un club de cyborgs ou d'enthousiastes du transhumanisme. Elle assiste ensuite à une foire du transhumanisme à Düsseldorf en 2015 où elle assiste à des implantations en direct, par exemple d'un petit aimant (et où elle aurait pu croiser l'autrice canadienne Darusha Wehm, invitée pour l'occasion) Elle passe ainsi de la possibilité d'un implant à demeure à l'exploration de nouvelles possibilités — qu'elle acquière de nouveaux sens, par exemple, ou que son identité soit changée par son hybridation avec la technologie. Une tension surgit, qui reste plus ou moins implicite tout au long de la pièce : faut-il pouvoir tout réparer avant d'améliorer ? ou peut-on améliorer l'humain sans pour autant guérir tous les naufrages de son corps ? La quête d'une meilleure santé s'oppose-t-elle à celle de capacités nouvelles, ou les deux se complètent-elles ?
Au fil des découvertes de la candide Dominique, le spectacle enchaîne les expériences qui brouillent les frontières entre l'humain et son double cyborg. Les spectateurs sont conviés à échanger leur téléphone intelligent déverrouillé avec celui d'un étranger dans la salle pour susciter la nomophobie, la peur d'être privé de son cellulaire. La sexualité n'y échappe pas : la pièce inclut la démonstration d'un vibromasseur connecté (qui n'est qu'un des sextoys disponibles actuellement dans cette catégorie). Puis, Dominique endosse un GERT dans une vidéo tournée en Allemagne pour faire l'expérience de la vie des personnes âgées, ralenties par leurs infirmités. L'augmentation transhumaine fonctionne ici à l'envers...
L'exploration au petit bonheur contiue avec une mention du livre Up-Wingers (1973) de FM-2030, puis de la possibilité de créer un avatar numérique immortel de toute personne adhérant au programme d'Eternime. La boucle se boucle toutefois quand il est question de deux figures de proue du transhumanisme et de la cryogénie, Max More et Natasha Vita-More. Puis du biohacker Tim Cannon qui travaille depuis 2013 sur des implants biométriques éventuellement capables de mesurer la glycémie.
Le tout se termine avec les événements de 2016 — la candidature du transhumaniste Zoltan Istvan à la présidence des États-Unis — et de 2017 — le mariage de Dominique et Dennis, qui décident ensuite de s'implanter des puces RFID contenant la version numérisée de leur certificat de mariage.
Croisement de l'autofiction et du théâtre documentaire, Post Humains n'est pas à la hauteur du 887 de Robert Lepage, que j'ai pu voir à sa création à Québec. Malgré les raisons très personnelles et très intimes qui poussent Dominique (et d'autres cyborgs en devenir) à fouiller ce qu'offre le transhumanisme, la pièce cède aux tentations du didactisme et de l'éclectisme. On perd de vue le fil conducteur en cours de route pour ne retenir que les jeux de scène ou les expériences inédites, même si le caractère extrême des expérimentations fascine. Le refus de la fiction ou de l'extrapolation, toutefois, ne permet pas au texte de se démarquer entièrement du reportage. L'histoire plus humaine reste en partie inachevée. Néanmoins, le choix de sujet demeure audacieux et son traitement témoigne d'une forme d'apprivoisement de ces idées autrefois considérées comme entièrement loufoques ou marginales.
Libellés : Futurisme, Québec, Théâtre
2017-05-29
Quand Jules-Paul Tardivel imaginait l'ascenseur orbital...
Vive la science !
Le Soleil, de samedi dernier, consacre toute sa sixième page à entretenir ses lecteurs du projet d'un certain inventeur (?) de Chicago qui prétend avoir trouvé le moyen d'ériger une "échelle électrique" qui ira porter, dans "le champ magnétique de l'éther", bien au-delà de l'atmosphère de la terre, un appareil du joli poids de 5000 tonnes. Grâce à cet appareil qui flotterait dans les espaces, et qui sera réuni à la terre par un fil, l'inventeur pourra fournir un pouvoir électrique de 144,000 chevaux ; et une cinquantaine de ces appareils, solidement établis au-dessus de notre atmosphère, donneraient assez de pouvoir "pour chauffer et éclairer le monde et faire tourner toutes les roues sur terre et sur mer". Il est bien connu que la quantité d'électricité qu'on trouve dans "l'espace compris entre les planètes", est "inépuisable". Tous ceux qui y sont allés le savent.
Cette invention est tellement absurde que c'est à peine une mystification ; et, cependant, le Soleil prend cela au sérieux ! "Le succès de l'invention paraît assuré", dit gravement notre confrère !
On ne dit pas comment l'inventeur fera parvenir son appareil de 5000 tonnes dans les régions éthérées. C'est là son secret, paraît-il. Nous croyons bien que c'est un secret ! Mais ce qui est certain, pour l'inventeur du Soleil, c'est que l'appareil, une fois rendu à une certaine hauteur, au lieu de peser, c'est-à-dire au lieu de vouloir retomber sur la terre, ne cherchera qu'à s'en éloigner davantage ; de sorte qu'il suffira d'allonger le fil pour envoyer l'appareil à la hauteur qu'on voudra !
C'est d'une simplicité remarquable !
Il est vraiment dommage que Jules Verne n'ait pas connu cette invention. S'il en avait seulement entendu parler, au lieu d'envoyer ses gens à la lune en boulet de canon, il leur aurait fait construire un chemin de fer à notre satellite.
Je ne reproduis pas le reste du commentaire de Tardivel, qui trahit une certaine incompréhension de la rotation de la Terre et du mouvement des objets qui lui sont attachés. Comme je n'ai pas cherché à retrouver l'article du Soleil ou la proposition du concepteur étatsunien, je préfère m'abstenir de porter des jugements définitifs. Le projet en question représenterait-il une première intuition de l'énergie électrique qu'il est possible de générer dans l'espace au moyen d'un fil conducteur en mouvement relativement au champ magnétique terrestre ? Là encore, sans disposer de tous les détails, il vaut mieux ne pas se prononcer. Le concept est toutefois à l'étude depuis les années 1990 et il avait inspiré ma nouvelle « Tether » en anglais dans l'anthologie Orbiter (Toronto, Trifolium, 2002).
L'extension d'un fil à partir d'un point d'équilibre en orbite rappelle aussi le concept de la tour orbitale, ou ascenseur spatial. Konstantin Tsiolkovsky avait déjà proposé en 1895 la construction d'un tour qui rejoindrait l'orbite géostationnaire, d'où il serait effectivement possible de libérer des objets qui ne succomberaient plus à la gravité terrestre, mais les historiens du concept n'ont recensé personne avant Artsutanov (en 1959) à avoir proposé d'aller plus loin que l'altitude géostationnaire. Il y aurait donc une recherche à faire dans ce cas pour éclaircir un point de l'histoire des techniques, ou plutôt l'histoire des prototechnologies.
Je retiens donc la suggestion plaisante de Tardivel comme une première préfiguration d'un concept qui a connu depuis une fortune certaine dans la science-fiction, sinon dans la réalité.
Libellés : Futurisme, Québec, Science-fiction
2015-05-25
Le monde de demain
Tomorrowland relève très clairement de ce second volet de la science-fiction. Si des séries comme Hunger Games et Divergent sont des dystopies qui entérinent la révolte, un film comme Interstellar a tenté de répondre à un avenir dystopique par un pari sur l'exploration spatiale dont le succès devait ressusciter le sense of wonder de la science-fiction d'hier. En revanche, Tomorrowland fait du discours dystopique en tant que tel son ressort dramatique et injecte donc une dose massive de réflexivité dans le débat en cours sur le besoin d'optimisme dans la science-fiction actuelle ou dans les débats sur l'environnement et le réchauffement climatique.
En effet, le film est son propre sujet. Le film nous présente une cité idéale, fondée et animée par les plus grands esprits de l'humanité, des scientifiques et des inventeurs libérés des vieilles contraintes politiques (un leitmotiv des anticipations wellsiennes ou du mouvement technocratique d'avant la Seconde Guerre mondiale), mais cette « Tomorrowland » d'inspiration disneyesque n'est pas le monde de demain, puisqu'elle existe dans une autre dimension. Du coup, elle apparaît comme une allégorie assez claire du progrès anticipé par des personnages tels que Jules Verne, Gustave Eiffel, Thomas Edison et Nikola Tesla, présentés comme les fondateurs de Tomorrowland. Cette combinaison de la science-fiction, de l'ingénierie et de l'invention débridée — incarnée par quatre hommes blancs du XIXe siècle — est toutefois menacée par le désespoir de l'humanité menacée par un ensemble de dangers à l'aube du XXIe siècle.
Le film nous révèle le dépérissement de la cité des sciences et de la technologie lorsque, vers 1980, l'avenir apparaît de plus en plus sombre et l'humanité de moins en moins disposée à agir pour contrer les dangers qui la menacent. Toutefois, l'intrigue du film débute en 1964, à l'Exposition universelle de New York organisée vingt-cinq ans après celle de 1939 qui allait lancer les congrès mondiaux de science-fiction et qui avait eu pour thème « The World of Tomorrow »... Un jeune inventeur, Frank Walker, âgé de 11 ans, se rend à l'Exposition universelle pour soumettre une invention de son cru. Une jeune fille prénommée Athena lui permet de visiter Tomorrowland. La suite des choses ne sera éclaircie que cinquante ans plus tard, quand l'optimisme foncier d'une adolescente du nom de Casey attirera l'attention de l'ultime survivante de la Tomorrowland originelle.
Si l'intrigue du film fait appel à des merveilles techniques et des prodiges scientifiques, ceux-ci sont rarement justifiés. De la téléportation entre les États-Unis et la France à la création d'un portail trans-dimensionnel qui permet à un super-ordinateur de surveiller la Terre mais aussi d'influencer sa culture, les artifices techniques permettent de faire avancer l'intrigue bon gré mal gré, sans jamais devenir des enjeux en soi. La question de l'optimisme demeure centrale, toutefois, au point de réduire la science-fiction à un ingrédient de l'optimisme rationnel.
La culture science-fictive de Brad Bird est inattaquable. Avant de citer Verne, il affuble un robot meurtrier d'un nom d'emprunt révélateur : Hugo Gernsback. Du coup, on songe à la nouvelle de William Gibson, « The Gernsback Continuum », qui portait sur le refus du futur étincelant proposé à l'époque de Gernsback. Dans la nouvelle de Gibson, le futur annoncé par les édifices futuristes d'une époque révolue se laisse entrevoir, comme les aperçus de Tomorrowland qui appâtent Casey. Le personnage de Gibson rejette le futur trop simpliste d'une science-fiction vétuste pour lui préférer un présent plus complexe et plus sale, aux sources du cyberpunk. Le film de Brad Bird soutient toutefois que ce rétro-futur présentait du moins l'avantage de permettre d'anticiper l'avenir avec espoir. La visite d'un Tomorrowland virtuel par Casey m'a d'ailleurs rappelé les premières pages de Space Cadet, où les personnages de Robert A. Heinlein proviennent d'un peu partout dans le système solaire et envisagent des existences aventureuses consacrées à des voyages inédits.
Toutefois, Tomorrowland s'arrime beaucoup plus clairement aux débats actuels dans le milieu professionnel de la science-fiction. Aux États-Unis, Neal Stephenson a inspiré le projet Hieroglyph, qui a déjà accouché d'une anthologie de nouvelles de science-fiction destinées à ranimer les espoirs de progrès scientifiques et techniques. En France, il y a eu l'anthologie Rêver 2074 dont j'ai déjà parlé, ainsi que l'anthologie à venir sur le thème des « Avenirs radieux », réunie par Patrice Lajoye. On pourrait même invoquer la tentative de détournement des prix Hugo par les Sad Puppies puisque ceux-ci ont revendiqué une science-fiction plus traditionnelle, ce qu'il faut sans doute comprendre comme une science-fiction plus positive ou optimiste. Il n'est sûrement pas innocent que l'optimisme se confonde dans ce dernier cas avec un retour aux valeurs du passé.
La question de l'optimisme mobilise aussi les futurologues et prospectivistes. En France, l'Institut des Futurs souhaitables fondé par Mathieu Baudin a pour but d'insuffler de l'optimisme et une vision à long terme dans les débats publics. Enfin, des débats parallèles agitent la communauté de scientifiques concernés par le changement climatique. Faut-il souligner les pires conséquences du réchauffement planétaire, au risque de démobiliser et démotiver ?
Vers la fin du film, Hugh Laurie livre une tirade lourde de sens et d'ironie. Si le personnage de Nix qu'il incarne est ostensiblement le grand méchant dont l'intrigue conventionnelle de Tomorrowland avait besoin, sa désillusion explique son pessimisme. L'humanité l'a déçu. (Le nom du personnage exprime à la fois le négativisme — en anglais, to nix signifie refuser, rejeter, dire non — et le versant sombre, nocturne, de l'humanité, le grec nyx renvoyant à la nuit.) Lorsque les scientifiques ont accumulé les faits et les raisonnements, expliqué les résultats éventuels de l'inaction et proposé des démarches, ils ont suscité tout au plus l'inertie, voire l'opposition active. Aux yeux de Nix, l'humanité ne se contente pas de marcher à sa perte, elle y court et il serait vain de se mettre en travers.
Néanmoins, la jeune Casey Newton et Frank Walker, plus vieux et plus sage, finissent par s'entendre pour relancer le projet de Tomorrowland : recruter les esprits les plus brillants, créatifs et constructifs pour chercher une issue et, plus généralement, les moyens d'édifier un monde meilleur. Bref, Brad Bird affirme qu'à défaut d'une solution toute faite, il faut au minimum croire qu'il y en a une et qu'il est possible de la chercher.
Tomorrowland tente de fonctionner sur deux plans. Il s'agit à la fois de poser un diagnostic et de proposer un remède, et d'incarner le tout dans un film qui illustrera la nature du remède. Il me semble clair qu'il réussit à merveille à prêcher aux convaincus : celles et ceux qu'habite depuis longtemps la conviction que le pessimisme et le cynisme prennent trop de place seront ravis de voir la thèse contraire portée à l'écran et défendue avec talent. Ce n'est pas aussi clair que le film saura faire des convertis. Néanmoins, comme il s'inscrit dans une tendance un peu balbutiante, il va peut-être s'ajouter à la chute de cailloux qui déclenchent finalement un éboulement susceptible de changer les choses.
Libellés : Effet de serre, Films, Futurisme, Science-fiction
2015-05-18
Explorer l'avenir de l'environnement mondial à Montréal
Sur une période de dix ans, Future Earth doit assurer la jonction de trois programmes axés sur les changements environnementaux à l’échelle du globe : le programme international sur la géosphère et la biosphère; le programme international sur les dimensions humaines des changements planétaires; et Diversitas, le programme mondial de recherche sur la biodiversité. En coopération avec le programme mondial de recherches sur le climat, le secrétariat montréalais de Future Earth doit recruter et mobiliser des chercheurs susceptibles de faire avancer les investigations connexes.
À terme, le comité scientifique de Future Earth doit effectivement assimiler ces programmes et agir en partenariat avec le World Climate Research Programme. La nomination du Dr. Paul Shrivastava à la tête du secrétariat mondial de Future Earth, le 13 février dernier, confirme la participation québécoise et canadienne à l'entreprise puisque celui-ci était jusqu’à tout récemment professeur émérite et directeur du Centre David O’Brien pour l’entreprise durable, à l’École de gestion John Molson de l’Université Concordia. Il dirige donc le secrétariat mondial de Future Earth, composé de cinq pôles mondiaux à Montréal (Canada), à Paris (France), à Tokyo (Japon), à Stockholm (Suède) et à Boulder (États-Unis). Ceux-ci sont épaulés par des pôles régionaux au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Amérique latine, en Europe, en Asie et en Afrique.
En faisant de Montréal un carrefour de la recherche environnementale, les institutions en cause n'obtiennent pas nécessairement des fonds supplémentaires pour leurs propres travaux, mais, au prix d'une contribution relativement modeste, les chercheurs de la région renforcent leurs possibilités de partenariat et d'échanges avec d'autres chercheurs dans le même domaine, ce qu'on décrivait autrefois en invoquant le mot magique « synergie ». Le calcul sera-t-il justifié par les résultats à terme ? C'est ce qu'on verra, mais le manque d'appui du gouvernement fédéral pour la recherche dans ces domaines oblige sans doute les acteurs du milieu à innover pour maximiser les ressources à leur disposition.
Libellés : Environnement, Futurisme, Montréal
2012-05-30
Science-fiction, prospective et gouvernements
Aux États-Unis, le groupe SIGMA réunit des auteurs de science-fiction rompus aux exercices de réflexion futurologiques afin d'offrir leurs services au gouvernement des États-Unis et à des think tanks privés. Il s'inspire des contributions antérieures d'écrivains de science-fiction à des exercices de prospective et des projets technologiques, dont ceux — Greg Bear, Gregory Benford, Larry Niven, Jerry Pournelle — qui avaient défendu le « Project High Frontier » qui allait donner naissance à l'initiative de défense stratégique des États-Unis du président Ronald Reagan, aussi connue sous le nom de projet « Star Wars ».
Plus récemment, des auteurs comme Karl Schroeder ont fait partie d'exercices semblables organisés par les forces militaires ou ministères de la Défense de plusieurs pays, désireux d'explorer des scénarios futuristes moins consensuels. Et pourtant, les auteurs de science-fiction refusent en général d'être associés à la futurologie. Ils affirment écrire sur le temps présent quand ils se projettent dans l'avenir, ou de signer de simples divertissements. Le fait est que c'est parfaitement vrai dans de nombreux cas : le space-opéra a rarement pour ambition de décrire des futurs vraisemblables. Toutefois, cette dénégation est souvent trop absolue. De nombreux auteurs s'ingénient aussi à imaginer des futurs possibles — des futuribles, comme dirait une certaine revue consacrée à la prospective...
Libellés : Futurisme, Science-fiction
2012-05-19
Les villes de demain, hier
En parlant des futurs de la fiction, ce billet vaut le détour, car il offre les résultats d'un travail de moine sur le contexte chronologique des futurs de la science-fiction. Depuis la fin du XIXe siècle jusqu'aux premières années du XXe siècle, on voit avec quelle fréquence différentes périodes futures (proche avenir, moyen terme, futur éloigné) sont traitées par la science-fiction de chaque décennie. S'il y a des constantes, il y a aussi des exceptions à la tendance : durant les années 1900 et 1980, la science-fiction s'intéresse au proche avenir plus qu'à n'importe quelle autre époque. Pourquoi ? Si la vogue du cyberpunk et l'imminence de l'an 2000 pourraient l'expliquer dans le second cas, le premier cas pourrait correspondre à la prise de conscience du début d'un nouveau siècle chargé de promesses.
Libellés : Futurisme, Science-fiction
2012-05-16
Le Jour du futur
En effet, c'est le premier mars dernier qu'il fallait célébrer l'avenir. Selon le raisonnement des partisans de ce nouveau congé, la plupart de nos congés actuels honorent des individus et des événements passés (y compris les légendes d'origine religieuse), sinon des changements de saison. L'Histoire et la nature méritent d'être honorés parce qu'elles sont des choses merveilleuses, mais le futur aussi.
Dans le cas de l'avenir, cependant, il ne sera merveilleux que si on œuvre dans ce sens. C'est pourquoi ce « Future Day » est censé également mobiliser toutes les personnes de bonne volonté afin qu'elles entreprennent de convaincre les dirigeants qu'un tel jour férié rendrait hommage à l'énergie et à l'optimisme de tous ceux et celles qui s'efforcent d'édifier un avenir meilleur.
Et puis, on admettra qu'un jour de congé de plus à la fin de l'hiver, ce ne serait pas de trop, du moins au Canada. L'hiver est long et il n'y a pas beaucoup d'occasions obligées de prendre un jour de repos entre les vacances de Noël et celles de Pâques. Un Jour du futur, ce serait en soi le début d'un avenir meilleur...
2011-06-17
Pour les amateurs de la proto-SF française
En quelque sorte, j'ai l'impression qu'il pourrait s'agir d'un équivalent du blogue Paleofuture (je fournis dans la colonne de gauche un hyperlien vers la version 1.0 de ce blogue), mais qui a pour vocation d'être plus littéraire et moins social. De fait, le décollage de ce projet fait écho à une entreprise plus large d'exhumation et de résurrection de la SF ancienne en français, poursuivie aussi bien par Serge Lehman que par les Moutons électriques. Comme historien, j'apprécie souvent ces textes par des auteurs oubliés aujourd'hui qui nous en disent longs sur les décennies et les siècles passés. Comme lecteur, je ne suis pas toujours si sûr de leur intérêt... Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un blogue prometteur, qui rejoint quand même un peu un des intérêts récurrents de mon blogue (comme on peut le découvrir en cliquant sur le libellé Futurisme ci-dessous).
Libellés : France, Futurisme, Science-fiction
2011-04-20
L'empire et ses mercenaires mécaniques
Tout au long du XVIe s., l'empire espagnol de Philippe II et des Habsbourg se bat sur plusieurs fronts, des Pays-Bas et de la Méditerranéee jusqu'aux côtes du Chili et aux Philippines en passant par les Andes et même le Brésil durant l'union des couronnes espagnole et portugaise. Même si l'empire espagnol n'est pas nécessairement l'entité politique la plus populeuse au monde, c'est la première à avoir une telle ampleur mondiale. Mais les multiples combats menés par les tercios espagnols sont trop nombreux pour que les simples soldats castillans suffisent à la tâche, de sorte que la couronne espagnole va devoir compter sur des mercenaires qui seront payés non seulement avec l'or des Amériques (en faisant d'ailleurs fructifier et augmenter la valeur des exportations en or et en argent des colonies américaines) mais aussi avec le produit d'impôts extraordinaires — et aussi d'emprunts contractés auprès des banquiers de Gênes, Augsbourg, etc. Car les mercenaires coûtent extraordinairement cher... L'empire espagnol, serré à la gorge, sera même obligé de déclarer faillite plus d'une fois afin de renégocier le remboursement de ces emprunts. L'effort sera trop grand pour l'Espagne, en particulier après l'échec de l'Invincible Armada en 1588 : malgré de beaux sursauts, l'empire doit renoncer à ses espoirs hégémoniques entre 1640 (révolte portugaise) et 1659 (Traité des Pyrénées).
L'empire britannique se sera mis un peu dans le même cas que l'empire espagnol au moment de la Première Guerre mondiale. Afin de contrer la coalition animée par l'Allemagne, les Britanniques vont dépenser sans compter, soutenant de leurs deniers les effort de guerre français et italien en épuisant leurs avoirs propres avant de se tourner vers les États-Unis et de contracter des emprunts. Même si les Britanniques sont au nombre des vainqueurs en 1919, ils ne pourront jamais s'en remettre financièrement et la Seconde Guerre mondiale portera le coup de grâce aux équilibres financiers de l'empire, qui sera liquidé entre 1947 et 1960, grosso modo.
De nos jours, l'empire étatsunien demeure la seule super-puissance, mais ses bases financières vacillent. Là où l'empire espagnol devait acheter des mercenaires et l'empire britannique des alliés comme la France, l'empire américain mise plutôt sur la machinerie (drones, hélicoptères de combat, porte-avions, sous-marins) pour maintenir sa suprématie militaire. Or, la machinerie, cela coûte cher. Extraordinairement cher. On l'a bien vu dans le cas de la Libye: en quelques jours, les États-Unis ont dépensé près de trois cents millions de dollars en missiles de croisière et autres missions exécutées par des machines de pointe. Depuis que les États-Unis se sont retirés des combats, le reste de l'OTAN peine à remplacer leurs machines de guerre. Or, comme les États-Unis peine à équilibrer ses budgets, on pressent un épuisement financier grandissant...
Les États-Unis s'étaient redressés après la ponction de la guerre du Viêt-nam et la crise pétrolière des années soixante-dix. Aujourd'hui encore, ils dispensent d'une marge fiscale exceptionnelle puisque les dépenses gouvernementales (et donc impériales) représentent une portion exceptionnellement basse du PIB (environ 10 à 20 points de pourcentage de moins que la plupart des autres pays riches). Certes, une partie de cette marge correspond à des dépenses privées aux États-Unis (pour la santé, par exemple) qui sont des dépenses publiques ailleurs. Mais l'exploitation de cette marge permettrait un redressement des comptes sans grande difficulté. Le problème est avant tout politique et pose la question de savoir si les États-Unis désirent demeurer une puissance impériale, dont le bras armé est constitué de missiles et de robots.
Une interrogation qui tombe à point puisque, demain, selon la mythologie de l'univers de Terminator, ce sera le jour de la déclaration de guerre à l'humanité par les robots militaires des États-Unis...
Libellés : Futurisme, Histoire
2011-02-03
L'ambition du premier
Une main-d'œuvre sous-qualifiée, une élite hyper-éduquée, une classe moyenne prise à la gorge par l'endettement et menacée par le déclassement... Dans certaines circonstances, ce ne sont pas les symptômes d'un déclin inéluctable, mais les conditions d'une renaissance économique. À long terme, la démographie (même si elle est partie latino-américaine) joue en faveur des États-Unis et contre la Chine, tout comme la qualité de vie des chercheurs (même s'ils sont en partie canadiens, européens, indiens, chinois, etc.), le capital environnemental, la gouvernance (plus ou moins) démocratique, et ainsi de suite.
Non, on le sait bien désormais, les États-Unis n'investiront pas dans ce qui pourrait améliorer les conditions de vie de leur population (même la réforme des soins de santé est aussi une réforme des coûts de la santé) ou réduire l'inégalité : c'est en fait dans l'intérêt du pays de disposer d'une main-d'œuvre motivée par le spectre de la pauvreté, susceptible d'assurer au moindre coût le train de vie de l'American Dream à la classe moyenne déjà sous pression qui acceptera de faire tourner sans trop se plaindre certaines des industries les plus avancées de la planète (dont celles du secteur défense). Ce qui laisse le gouvernement libre d'investir dans la recherche et le soutien industriel. Selon le rapport 2010 de l'OCDE, OECD Science, Technology and Industry Outlook (.PDF), les États-Unis sont en deuxième place après le Japon pour ce qui est de la part des dépenses en recherche et développement proportionnellement au PIB — et le rapport note que les dépenses des États-Unis sont sans doute sous-estimées.
L'inégalité est peut-être (sans doute?) le résultat d'une monopolisation des gains de productivité et des gros salaires par les plus riches et les plus éduqués, mais si la croissance économique des États-Unis jusqu'au début des années 1973 a largement profité de l'éducation généralisée de la population (comme ailleurs, quoique un peu plus tard), rien ne dit qu'il s'agisse nécessairement d'une loi valable ad vitam aeternam dans tous les cas de figure. Rien ne permet de l'affirmer, à moins de connaître le futur... Tant que les ouvriers ne seront pas complètement supplantés par les robots, il restera peut-être une exigence incompressible de travailleurs moins éduqués. Sinon, on peut imaginer que la gestion de robots sera le boulot de l'avenir et qu'on découvrira alors que les fanas de jeux vidéos s'entraînaient sans le savoir à devenir des gestionnaires de robots...
Bref, il est possible d'entrevoir des raisons permettant de croire que les États-Unis pourraient revenir en lion. L'habitude d'être le premier en tout est aussi un incitatif à déployer de grands efforts pour maintenir son rang. C'est un aiguillon qui pousse les États-Unis à prendre des décisions qui défient le sens commun de certains économistes, mais qui pourraient rapporter gros. En tout cas, les Français et les Canadiens qui sont habitués au manque d'ambition de leurs gouvernants devraient se poser des questions sur les choix qui font que leurs pays ne risquent pas de rivaliser avec les États-Unis pour ce qui est de la richesse par habitant ou de la puissance brute.
D'un point de vue historique, parier contre les États-Unis est un jeu dangereux. Les Anglais y ont renoncé après s'être brûlé les doigts en 1776, 1812 et 1860 (quand ils avaient plus ou moins parié sur la Sécession du Sud). Les Allemands s'en sont repentis après leurs défaites en 1918 et 1945. Les Russes ont fini par plier en 1989 et Saddam Hussein a été pendu parce qu'il avait mal compris les instructions — en anglais, natürlich — d'une ambassadrice états-unienne et s'était obstiné dans l'erreur. Quant aux tenants du déclin des États-Unis après la guerre du Viêt-nam, Nixon, le choc pétrolier et Cartier, ils n'ont pas vu venir la chute de l'Empire soviétique et le boom des technos des années 1990.
L'idéologie propre aux États-Unis, ce n'est pas l'American Dream, c'est la destruction créative chère à Joseph Schumpeter. Trébucher, chuter et se relever. Errer et se racheter. Détruire pour mieux reconstruire. L'Amérique est le lieu des nouveaux commencements, mais on ne peut recommencer parfois qu'à la faveur de la destruction de ce qui a précédé. La mythique frontière n'était pas un non-lieu avant la colonisation par les pionniers américains : elle était habitée, mais elle a été dévastée (par les maladies, les guerres, la chasse allant jusqu'à l'extermination de certaines espèces) afin de devenir la scène d'une nouvelle construction, celle des fermes et des ranches. La grande Dépression a enchaîné les calamités naturelles et humaines avant de devenir le tremplin d'un pays victorieux à la guerre, prospère à l'interne et technologiquement à la fine pointe des biens de consommation.
Aujourd'hui, il y a de nouveaux lieux dévastés, comme les friches de Detroit, mais il pourrait s'agir aussi de la création d'une nouvelle frontière.
Les États-Unis préparent-ils un rebond similaire? Ce n'est pas impossible — même si l'Histoire ne se répète pas toujours. C'est le propre des préparatifs de ne pas révéler leurs résultats. Les États-Unis de demain pourraient devenir autre chose. Par exemple, un pays riche jouissant d'une croissance reposant désormais sur de nouvelles bases — dont la pauvreté persistante d'un prolétariat marginalisé, multiracial et issu en partie de l'immigration — qui existerait en symbiose avec des pays misant sur la solidarité sociale (Canada, France, Allemagne) lui servant d'incubateurs utiles en matière de ressources humaines et de partenaires scientifiques...
Libellés : États-Unis, Futurisme
2011-01-02
Des plongeurs sur la Lune
Ce petit livre se veut un guide vulgarisé à quelque chose qui n'existait pas encore : l'exploration spatiale. Outre les explications de physique, il y a des illustrations déjà assez justes, comme celle-ci d'un scaphandre spatial...
Mais j'ai aussi retenu le billet rappelant qu'en 1983, le Wall Street Journal rapportait qu'on ne robotiserait jamais certaines tâches, selon les experts. Comme le rasage, peut-être? Le blogue l'illustre avec une image tirée d'un petit film de 1937 mettant en vedette Donald Duck et illustrant un robot coiffeur (ou coiffeur robot). À quoi je joins cette gravure française du XVIIIe s. (extraite de La Nature, 1887, 128) illustrant un « moulin à barbe » sans doute relié à cette facétie de 1749, peut-être inspirée par une hâblerie du XVIIe s. du maréchal de Gramont selon Tallemant des Réaux, qui prétendait que le maréchal avait raconté qu'en ses terres, « il avoit un moulin à rasoirs, où ses vassaux se faisoient faire la barbe à la roue, en deux coups, en mettant la joue contre.» ...
2010-12-28
L'iconographie de la science-fiction
ligne des anciens tomes de la collection « Ailleurs et Demain ». (En fait, l'apparence qui résulte de la numérisation est plutôt psychédélique — ce qui correspondrait, après tout, aux années de la première montée en puissance de la science-fiction en France.) L'exposition a eu pour commissaires Ugo Bellagamba (de l'Université de Nice), Patrick J. Gyger (alors à la tête de la Maison d'Ailleurs), Roland Lehoucq et Clément Pieyre (de la Bibliothèque nationale de France). Je n'ai malheureusement pas pu juger en personne du contenu de l'exposition et je suis donc incapable de dire si le catalogue est un reflet fidèle de cette exposition. Après tout, ma propre contribution au catalogue — un article intitulé « Le mur du futur » qui vulgarise le concept de la singularité vingienne — correspondait à une commande passée sans qu'on m'informe de ce que l'exposition avait à dire sur le sujet. En tout cas, le reste du sommaire porte plus sur la science vue par la science-fiction que sur la science-fiction telle qu'elle serait vue ou appréciée par les scientifiques.En effet, ce sont surtout les thèmes classiques de la science-fiction qui structurent l'ouvrage : fin(s) du monde, extraterrestres, voyages dans le temps, voyages interstellaires, utopies, langues inventées, uchronies, villes du futur, robots et cyberespace. Quelques articles se démarquent par
Bref, il s'agit d'un livre qui avance une thèse dès les premières pages — qu'il faut tenir compte de la science-fiction comme phénomène de la culture du XXe s. — mais qui n'arrive pas tout à fait à la justifier. Ou qui laisse à d'autres le soin de compléter la démonstration... On va s'y employer.
Libellés : Futurisme, Livres, Science-fiction, Sciences
2010-12-16
Le futur dans la France de l'entre-deux-guerres
il ne faut pas se méprendre : même si elle n'hésite pas à citer les romans de science-fiction de l'époque, elle se préoccupe avant tout des autres manifestations d'un souci de l'avenir dans cette France si lointaine et pourtant si proche... (L'absence de la moindre allusion à Régis Messac démontre à quel point la science-fiction est secondaire ici.) Ce qui l'intéresse, c'est le contexte social et culturel d'une France obnubilée par le proche avenir. Et c'est ce qui peut nous intéresser également. Ne vivons-nous pas aujourd'hui dans un monde hanté par le spectre de conflits à venir (avec les extrémistes islamiques ou la puissance montante chinoise, au choix) ? Ne vivons-nous pas une crise financière et économique qui peut rappeler les mois et les années difficiles des années trente ? Ne sommes-nous pas assommés par une propagande qui incline à l'alarmisme sur tous les fronts ? Cela dit, l'histoire ne se répète pas en tous points : la crise environnementale, la décroissance démographique ou la question du pic pétrolier n'ont pas d'équivalents véritables dans la France de l'entre-deux-guerres. Et les menaces montées en épingle par les déclinologues et prophètes de malheur ont rarement la même ampleur que le programme proprement satanique adopté par un pays, l'Allemagne, qui était quelque chose comme la troisième ou quatrième puissance mondiale au temps d'Adolf Hitler...Panchasi établit des liens qui, dans certains cas, étaient absolument neufs pour moi. Ainsi, dès le premier chapitre, elle souligne le rapprochement que l'on peut faire entre la nécessaire réhabilitation des amputés et le développement de meilleures prothèses, et la popularité croissante de la mécanisation du quotidien. Tandis que les transports en commun s'adaptaient à une population mutilée en introduisant la priorité aux blessés de guerre, des innovateurs se penchaient sur l'électrification et l'automatisation des cuisines, ou sur la mise au point de chaises plus reposantes. Entre les mains d'un Corbusier, même l'humble chaise longue devenait une machine à vivre offrant ce que d'autres appelleraient le « Surrepos ». Du coup, si ce que Panchasi relève en France s'appliquait aussi en Allemagne, il y a de quoi se poser des questions sur la remise en question de la vie — et sur l'apparition de robots (des extensions de l'homme rapiécé avec des prothèses) dans des films comme Metropolis.
Le deuxième chapitre du livre s'intéresse à l'urbanisme du futur dans la France de l'entre-deux-guerres. Outre Le Corbusier (et ses inspirateurs, dont Tony Garnier et Auguste Perret) qui étaient partisans d'une nouvelle architecture en hauteur, ce sont aussi des auteurs de sf (Robida, Gervais et Côté) qui sont évoqués — y compris ceux qui envisageaient la destruction de Paris selon Jean-Marc Gouanvic, que cite Panchasi. La loi Cornudet de 1919 encourage la planification urbaine en France, mais ce sont aussi des considérations socio-politiques qui sous-tendent le débat entre le développement en banlieue d'une « ceinture rouge » (axée sur le logement social) ou d'une « ceinture verte »...
Le troisième chapitre, auquel on doit l'illustration de couverture, se penche sur la hantise de la prochaine guerre en France. En un sens, la ligne Maginot est un monument à une pensée futuriste, peut-être un des plus grands ouvrages d'art entièrement dictés par une vision de l'avenir plus que par le contexte présent. En même temps, la peur de la guerre à venir est aiguisée par la possibilité du déploiement de nouvelles armes terribles — en particulier les gaz toxiques...
Le quatrième chapitre analyse les discours de l'époque qui faisait des États-Unis d'Amérique l'expression même du futur, en les opposant ou non à une certaine idée de la « civilisation française »... L'avenir était littéralement devenu un pays étranger. Quant au dernier chapitre, il se penche sur la vogue de l'espéranto en France et sur les tentatives de s'en servir pour faire échec dans les contextes internationaux à la prédominance grandissante de l'anglais.
Présenté de cette manière, l'ouvrage de Panchasi est clairement un peu hétéroclite, et un peu trop court. Mais il permet de mieux comprendre les auteurs contemporains de science-fiction qui devaient vivre avec ce sentiment partagé en France d'une rupture à venir, à la fois désirée et redoutée. À tout le moins, il n'est pas inutile de rappeler que l'anticipation de bouleversements à venir était essentiellement correcte... Espérons que ce livre servira de pierre angulaire à de nouvelles investigations et des réflexions plus approfondies.
Libellés : France, Futurisme, Livres
2010-06-20
La vie et la mort des cyborgs
C'est ce qu'on apprend en lisant cet article aussi poignant que fascinant du New York Times. Selon certains commentaires signés par des cardiologues, l'article laisse entendre à tort que le stimulateur cardiaque aurait véritablement prolongé la vie du père de la signataire. Mais que cet élément de l'article relève de la science-fiction ou non, je reste sur l'impression qu'on frise une anticipation à très court terme. Les débats sur la prolongation de la vie en fin de course — l'acharnement thérapeutique — sont désormais familiers, mais les dilemmes ne sont pas les mêmes quand il s'agit de débrancher des machines extérieures au patient ou de renoncer à des soins supplémentaires, voire à une réanimation en règle, et quand il s'agit d'agir sur une prothèse interne.
L'article décrit une fin de vie particulièrement douloureuse et nous promet par la bande un avenir peuplé d'un nombre grandissant de grands vieillards maintenus en vie par un ensemble d'interventions et d'artifices — même quand le cerveau et l'esprit défaillent, ou s'absentent carrément.
Si le thème du mort-vivant refait surface depuis quelques temps (au point où même Jacques Languirand parlait de Romero hier à la radio de Radio-Canada !), c'est peut-être parce qu'on peut entrevoir un avenir où nous existerons tous à l'état de morts-vivants pendant quelques semaines, quelques mois, voire quelques années si les progrès de la technique médicale sont au rendez-vous... C'est le futur des baby-boomers et il sera terrifiant quand on se rendra compte de son imminence.
Vu la jubilation avec laquelle les jeunes héros se débarrassent des morts-vivants dans les films de zombies, on peut toutefois se rassurer en se disant que cet état liminal ne durera pas beaucoup plus que la patience et la commisération des vivants...
Libellés : Futurisme, Santé, Société
2010-04-03
La nanotechnologie : ce qui pourrait coincer...
La friction augmenterait ainsi parce que, plus le matériau est mince, plus il serait susceptible de se froisser quand une force de frottement s'exerce sur lui. (Les autres explications, dont l'absorption de l'énergie par des électrons ou phonons, les changements de l'aspérité, les réactions chimiques ou les accrocs, étant exclues comme inadéquates ou insuffisantes par rapport à la grandeur de l'effet.) Ceci pourrait compliquer la tâche des futurs fabricants de nanomachines...
Toutefois, les expérimentateurs ont noté que cet effet ne se manifeste que si le matériau plat n'est qu'imparfaitement ancré à un substrat. Il serait alors possible de réduire la friction en amarrant une nano-couche à un substrat plus épais — sauf que, du coup, l'ensemble serait plus épais et ne faciliterait pas le passage à un monde réellement nanoscopique...
Libellés : Futurisme, Technologie
2010-03-31
Le sourire de la Lune
Les nouvelles de ces derniers jours m'ont rappelé à l'époque où la Lune ne semblait pas si loin et où on rêvait de colonies lunaires. Aujourd'hui, j'ai visité, ès qualités, un collectionneur
d'épinglettes et de macarons commémoratifs associés à l'exploration de l'espace. Comme la personne en question est d'origine russe, sa collection de pièces soviétiques et russes était superbe : plus de deux mille épinglettes remontant parfois jusqu'à Spoutnik et illustrant toute l'histoire des missions soviétiques et russes jusqu'à aujourd'hui. Sauf erreur de ma part, j'y ai bel et bien retrouvé deux épinglettes héritées de ma tante, qui les avait acquises lors d'un voyage en Europe au début des années soixante, l'une reproduisant le visage de Gagarine et l'autre illustrant une mission soviétique en 1959 (une des fusées Luna, je crois). Moi-même, j'ai encore dans mes souvenirs d'enfance quelques témoignages de l'engouement soulevé par les premiers hommes sur la Lune, en 1969. Par exemple, j'inclus ci-contre les deux côtés d'une petite pièce commémorative qui doit être canadienne puisqu'elle est bilingue. Côté pile, c'est le module
lunaire sur la surface de notre satellite. Côté face, ce sont les profils héroïques des trois astronautes. Ce qui peut frapper, c'est leur relative jeunesse, malgré leurs traits burinés par une vie d'aviateur. Né en 1930, Buzz Aldrin avait trente-neuf ans en juillet 1969, mais Neil Armstrong, né la même année, ne les avait pas encore. Quant à Michael Collins, resté en orbite lunaire, il était né la même année (à Rome, en Italie) et il avait trente-huit ans, comme Neil. Depuis, la Lune est redevenue un astre qu'on scrute à distance, même si on profite désormais de satellites artificiels et de sondes qui rasent la surface. Les photos du Lunar Reconnaissance Orbiter, en particulier, ont favorisé des retrouvailles virtuelles. Les épaves de la « conquête de l'espace » ont été repérées : sites d'alunissage des modules étatsuniens, véhicules automatiques soviétiques... La fusée d'appoint d'Apollo 13, que les ingénieurs de la NASA avaient envoyée s'écraser à la surface de la Lune dans le cadre d'un programme d'expériences sismiques pour déclencher des tremblements de lune, a créé le cratère que l'on voit dans la photo ci-dessous.
(Photo prise par le LRO et fournie par NASA/Goddard/Arizona State University.)Le cratère était trop petit pour être visible de la Terre, mais disons, pour filer la métaphore, que l'humanité a créé quelques verrues sur le visage de la Lune... Si ça se trouve, elles dureront plus longtemps que les pyramides.
2010-03-01
Le Brésil et la science-fiction
L'ouvrage est un manuel scolaire brésilien dont l'unité 7 s'intéresse à la science-fiction. Ma nouvelle, « Filhos do sol » (« Enfants du soleil » en version d'origine), accompagne (et précède) une nouvelle de Bradbury, pardonnez du peu, « A loja de malas » (« The Luggage Store », tirée des Chroniques martiennes). Illustrations, extraits d'article, discussions de l'exploration martienne font aussi partie de ce chapitre, afin de fournir de la matière aux questions et de préparer des exercices d'écriture.J'avoue que je ne peux pas m'empêcher de me demander s'il y a beaucoup de manuels de langue, au Canada ou en France, qui intègrent un chapitre complet sur la science-fiction. Mais il est vrai que le Brésil est une puissance spatiale en devenir et que c'est un pays jeune, où on peut rêver d'explorer Mars. Nos propres nations au futur plus rassis auraient-elles tourné le dos au futur?
Libellés : Futurisme, Science-fiction
