2007-05-31
De la rivière à l'océan
Libellés : Fantastique, Films, Livres, Science-fiction
2007-05-30
Option Canada
Sur ce blogue, je privilégie les choses qu'on ne dit pas ou qu'on n'entend pas. Pour tout le reste, il y a les grands médias et l'essentiel de la blogosphère.
D'abord, j'observe que les indépendantistes s'en donnent à cœur joie parce que la balance, en 1995, a penché du côté du statu quo. La marge était si serrée qu'on peut incriminer n'importe quoi comme facteur responsable de la défaite. L'argent et des votes ethniques, par exemple. Les votes des militaires ou des citoyens de fraîche date. Ou les dépenses non comptabilisées d'Option Canada... Mais je me demande toujours si les plus réalistes parmi ceux qui ont voté oui ne sont pas soulagés de ne pas avoir eu à se lancer dans la marche à l'indépendance — de se jeter dans la cage à homards de Parizeau — avec un résultat également serré, mais dans l'autre sens. Si le statu quo nous vaut autant de récriminations, qu'est-ce que ce serait s'il avait fallu que ce soit l'indépendance, avec tous ses bouleversements? Imaginez un peu où nous en serions... Alors, franchement, on a du mal à prendre au sérieux Robin Philpot et consorts en vierges offensées. Réclament-ils sérieusement qu'on invalide le résultat du référendum en 1995 et qu'on fasse l'indépendance? Ce serait pourtant l'aboutissement logique de la démonstration, mais, bien sûr que non, il ne s'agit en réalité que d'une opération de basse politique, pour salir l'adversaire et marquer des points.
Ensuite, sur le principe, je trouve qu'il faudrait admettre que la loi québécoise trouve sa limite dans le cas précis d'un référendum menant à l'indépendance. La loi québécoise sur le contrôle des dépenses pendant les élections et les référendums est parfaitement fondée dans le cas d'élections provinciales et de référendums portant sur des enjeux provinciaux. Mais l'indépendance du Québec est un enjeu qui implique tout le Canada. Ce sont des millions de Canadiens qui seraient séparés des leurs par une frontière ou un État étranger en cas d'indépendance. Alors, si des compagnies aériennes permettent à des Canadiens de se rendre à Montréal pour une grande manifestation à prix réduit, cela doit-il être réellement compté dans les dépenses des deux camps québécois?
En cas de référendum engageant l'avenir du Canada tout entier, la loi référendaire est une absurdité (ou une trouvaille fort ingénieuse) parce qu'elle pose comme acquise l'existence distincte du Québec qui est précisément en cause. Bref, qui s'attarde un moment sur cette situation dont les règles avaient été fixées et étaient appliquées par une administration et un gouvernement contrôlés par une seule des parties en lice doit finir par admettre que c'était loin d'être idéalement démocratique. En 1995 comme aujourd'hui, je pense qu'un autre référendum québécois sur la question souverainiste ne devrait pas se passer sans la présence d'observateurs internationaux. L'affaire Option Canada confirme que ni les uns ni les autres n'ont prouvé qu'ils seraient capables de se plier aux règles sans une supervision extérieure.
Libellés : Canada, Politique, Québec
2007-05-29
Remonter à la source (2)
Je profite cependant du dernier billet de l'excellent blogue sur le réchauffement climatique, RealClimate, pour réunir certains des sites fournissant des données fondamentales sur les glaciers de la planète, et en particulier les glaciers de montagne, dits alpins.
D'abord, il faut connaître le site du service de surveillance des glaciers du monde (World Glacier Monitoring Service), domicilié à l'Université de Zurich. Du côté des États-Unis, le National Snow and Ice Data Center est hébergé par l'Université du Colorado à Boulder et offre de nombreux services et sources d'informations, y compris une section sur l'état de ce qu'on appelle la cryosphère. On peut y retrouver des paires de photos de glaciers comparant l'état ancien et l'état présent, comme on peut en voir dans le film d'Al Gore.
À ce sujet, je signale l'article de James E. Hansen qui rappelle que, si l'histoire des sciences permet de croire que la communauté scientifique se trompe, cela pourrait tout aussi bien concerner une sous-estimation des risques du réchauffement climatique que leur exagération. Cela s'ajoute à la description du problème de la fonte mondiale des glaces par la revue National Geographic. Les scénarios du GIEC envisagent pour 2100 une montée des océans se situant entre 20 et 60 cm, sans compter la possibilité de 20 cm supplémentaires correspondant à la désintégration dynamique des glaciers... Mais une montée de 80 cm ne serait pas le pire des cas; il faudrait peut-être envisager la fonte quasi complète des glaces alpines, du Groenland et de l'Antarctique occidental, ce qui donnerait une montée potentielle de l'ordre de 20 mètres en tenant compte de l'expansion thermique des océans gonflés par ces eaux additionnelles.
Quel serait l'effet d'une hausse de 20 mètres? Au Canada, jetons un coup d'œil à la ville de Vancouver, la troisième du pays en importance. En ce moment, une carte du centre-ville ressemble à ceci :
Si on refait la carte en incluant une hausse de 20 mètres des océans, le centre-ville de Vancouver est radicalement transformé. Libellés : Effet de serre, Futurisme, Sciences, Statistiques
2007-05-28
Science-fiction philosophique
Est-ce un signe de sénescence ou est-ce la preuve que le cerveau humain, en vieillissant, devient plus sensible aux liens multiples susceptibles de rapprocher des réalités multiples? L'hétérogénéité (certes relative) du texte tient de l'inventaire avant-décès ou du rabâchage du vétéran revenant sur ses vieilles gloires. Surtout que Hofstadter n'approfondit pas certaines questions, se bornant à les rejeter comme inadmissibles ou ridicules.
Pourtant, si j'adhère volontiers à l'idée d'une personnalité édifiée par une panoplie de symboles accumulés au fil des ans, reconnus comme tels, perçus, maniés et modifiés en fonction des résultats obtenus par l'action ou la réflexionm je ne suis pas aussi prompt à identifier cette boucle étrange au phénomène de la conscience de soi. Suffit-il vraiment de générer des configurations de symboles qui se mordent la queue en s'incorporant elles-mêmes dans les représentations appréhendées? Cette boucle étrange suffit-elle à expliquer la conscience, ou plus exactement son mouvement tout autant que sa nature? Explique-t-elle en définitive l'expérience de la conscience? À quel moment la conscience intervient-elle? Hofstadter critique efficacement les autres solutions, mais une solution par défaut n'est convaincante que si toutes les autres ont été éliminées à coup sûr.
Or, si la multiplicité de l'identité et même l'inexistence de l'identité unique dans le temps s'acceptent facilement, on souhaiterait une explication plus approfondie du processus dont surgit la conscience. Les détails de l'explication soumise par Damasio s'estompent, mais elle avait le mérite d'être plus concrète et plus suivie, il me semble.
La synthèse de Hofstadter n'est donnée que dans les deux dernières pages. Il suggère, sans le dire tout à fait, que la conscience apparaît quand nous transformons le picotement dans des jambes ankylosées en une analogie imagée, « J'ai des fourmis dans les jambes », que nous sommes ensuite capables de reconnaître comme une métaphore et d'apprécier pour le rapport (surprenant) établi entre une réalité physique et une sensation hypothétique. Cela se passe ainsi, certes. Mais il m'a toujours semblé que la succession de ces événements avait un spectateur, puisque j'ai toujours senti que mon écriture avait un spectateur qui assistait un peu en retrait au surgissement du texte. Cette dichotomie entre fonctionnement observable de l'esprit et conscience de l'observateur s'expliquerait par la conscience de base postulée par Damasio, qui s'intéresse nettement moins aux manipulations de symboles en tant que telles.
Pour le profane que je suis, la comparaison entre Damasio et Hosftadter n'est pas nécessairement à l'avantage de ce dernier, car les arguments de Damasio paraissent plus scientifiques parce qu'ils s'enracinent plus directement dans les découvertes concrètes de la neurologie. Ce qui n'empêche pas le dernier pas de la démonstration de relever d'une forme d'induction dans les deux cas.
Mais Hofstadter fait intervenir un certain nombre d'expériences par la pensée qui exigent parfois d'imaginer des univers étranges et des possibilités inusitées. Souvent, il décrit des situations qui relèvent de la science-fiction, mais ceci le gêne :
« I am hesitant to adduce too many science-fiction-like scenarios in order to explain and justify my ideas about soul and consciousness, because doing so might give the impression that my viewpoint is essentially tied to the indiscriminate mentality of an inveterate science-fiction junkie, which I am anything but. Nonetheless, I think such examples are often helpful in getting one to break free of ancient, deeply rooted prejudices. »
On reparlera une autre fois des préjugés... En tout cas, on peut aussi y voir une preuve de la proximité entre la science-fiction et la philosophie. La science-fiction a des racines dans le terreau du conte philosophique, mais sa démarche est de plus en plus souvent assimilée à celle du Gedankenexperiment. Littérature de la conjecture, à base de « Et si ? », la science-fiction formule volontiers des hypothèses dont elle explore ensuite les conséquences et plusieurs des scénarios de Hofstadter posant la question de l'identité ressemblent à des scénarios bel et bien employés en science-fiction, tant dans les séries de Star Trek que dans les textes d'auteurs comme Greg Egan ou Jean-Jacques Girardot.
Ce qui me conforte dans mon idée que la science-fiction est un genre littéraire hybride, qui s'éloigne beaucoup plus qu'on veut bien le dire des autres formes narratives.
Libellés : Cognition, Livres, Philosophie, Science-fiction
2007-05-27
Bouclant la boucle
Prenons un ciel bleu du Languedoc-Roussillon, sans un nuage, posé comme un couvercle sur un village au milieu des vignes et des garrigues, si pur qu'il semble aspirer, diluer et dissoudre les toitures... Puis, prenons un autre ciel bleu, également pur et sans nuage, mais tendu au-dessus d'un village au bord de la Méditerranée. Pourquoi le second est-il plus absolument, plus intensément bleu et céleste que le premier?
Est-ce l'heure de la journée, qui nous fait voir les couleurs autrement selon que les rayons du Soleil nous tombent dessus de haut ou qu'ils s'allongent paresseusement en travers du paysage? Ou est-ce la présence de la mer qui réverbère la lumière de manière à ce qu'elle éclaire deux fois l'air?
Je penche pour la puissance de l'illumination directe, qui s'abat du zénith sur les façades ocrées et les toits roux des maisons de telle sorte que chaque édifice brille d'une lueur dure et réfractaire, qui s'impose si fort aux regards que le ciel n'en apparaît que plus parfaitement bleu. Si le soleil qui éclaire le ciel qui éclaire la mer qui éclaire le ciel est un exemple de boucle, l'intervention de notre perception de l'inaltérabilité des maisons chargées de lumière, perception qui agit sur notre perception du ciel bleu, pourrait être un exemple d'une boucle étrange au sens de Hofstadter.
En fait, c'est le cas sans l'être. Pour Hofstadter, une boucle étrange intercale des catégories et des concepts dans la ronde des perceptions. Ces classifications automatiques n'interviendraient pas nécessairement dans ma perception de la lumière méditerranéenne vantée par les peintres (et qui a pu inspirer d'autres artistes, comme Klein), mais plutôt dans ma description de ce ciel bleu, où on ne peut y échapper. La boucle véritable serait donc celle qui me fait observer le ciel en songeant à la mer, même quand elle se cache au-delà des collines, et à la luminosité légendaire de la Provence comme si elle était une entité en soi, si bien enracinée au bord des calanques qu'elle ne pourrait être retrouvée en Californie, au Chilie ou en Australie. De sorte qu'en parlant de la lumière du ciel aujourd'hui entre Marseille et Cannes, je parle de ma capacité de penser cette lumière.
Boucle étrange, décidément, que celle dont la réalité est exclue! Mais c'est la garantie de son autonomie. Au cœur de son livre, Hofstadter s'interroge d'ailleurs sur ce qui survit de l'autre après sa mort. La personne disparue survit chez les autres, qui ont plus ou moins édifié un modèle de ses gestes, de ses habitudes de parole, de ses idées, bref, de toute sa personnalité. Lorsque les expériences formatrices de cette personnalité ont été partagées, Hofstadter se demande sérieusement si cette personnalité attribuée à l'autre dans notre tête, si ce modèle plus ou moins minutieux, si cet homoncule virtuel ne mérite pas d'être, au contraire, identifié en partie à la personnalité logée naguère dans la tête de la personne disparue? La carte serait le territoire.
Et le pouvoir d'une photo ou d'une autre trace tangible de la disparue serait grand, car il ne ressusciterait pas de simples souvenirs personnel ou « photographiques », mais une entité fruste et incroyablement complexe à la fois... et aussi capable de souffrir d'être morte?
Quand les primitifs tiennent une photo pour un piège de l'âme, c'est-à-dire un moyen de dérober une partie de l'identité essentielle, serait-ce parce que la photo de la personne défunte informerait notre petite version interne de celle-ci qu'elle est morte, lui faisant porter le deuil d'elle-même et la tuant par le fait même, une fois de plus — au moins un peu? Je trouve douloureuses les photos de mes disparus et je ne suis pas (encore) porté à m'attarder dessus : est-ce dans l'espoir de conserver à mes morts une forme de vie? Et si c'était le fait de regarder ces photos qui, à chaque fois, dérobait une partie des âmes d'autrui que nous portons en nous? Jusqu'à ce qu'il ne reste plus en nous que des souvenirs vécus et ressassés par nous seuls, parce que nous sommes désormais seuls dans nos têtes...
Ce n'est pas exactement ce que Hofstadter propose dans un chapitre consacré au deuil de sa femme Carol en 1994, mais ce n'en est pas trop éloigné. Et c'est un sujet que j'ai parfois abordé auparavant.
En un sens, il ne dit pourtant rien de neuf. Les créateurs de tout acabit (artistes, ouvriers, écrivains, politiciens, généraux, danseurs, etc.) ont toujours désiré produire quelque chose qui leur survivrait, ou plutôt qui permettrait à une partie d'eux de survivre : œuvre ou ouvrage d'art, œuvre littéraire ou constitutionnelle, chef-d'œuvre de stratégie, performance aussi inoubliable qu'éphémère... Hofstadter croit simplement pouvoir affirmer que ces vestiges de nos existences contiennent réellement une partie des schémas à la base de notre identité.
Ce concept de l'âme et de l'individualité peut sembler, d'une part, extrêmement réducteur et minimaliste. La personnalité n'est plus qu'un ensemble de schémas et de références, flottant à la surface d'une mer de processus biologiques aveugles et dépourvus de sens. Cette dématérialisation complète de l'âme peut également sembler, d'autre part, plus optimiste que les visions plus incarnées. Si l'esprit n'est que pure information, il peut exister sous la forme de copies partielles ailleurs que sous notre crâne et même conserver certaines caractéristiques propres au sein d'échos d'une existence telles que les créations artistiques ou littéraires.
Il s'agit d'une vision des choses particulièrement intéressante pour les écrivains et les historiens, qui seront entièrement prêts à entendre qu'ils travaillent non seulement sur la matière de la mémoire, mais sur la matière même de l'identité humaine. Les médecins qui s'occupent du substrat des individualités particulières et les parents qui investissent dans leur descendance verront sans doute les choses autrement.
Bref, dans I Am A Strange Loop, Douglas Hofstadter revient à ses premières amours (et premières obsessions). Ses arguments ne sont pas toujours convaincants, car il tient
Mais il me reste encore à terminer le livre de Hofstadter...
Libellés : Cognition, France, Philosophie, Voyages
2007-05-26
Carcassonne en ses murs...
Depuis, j'ai eu l'occasion de visiter Carcassonne deux ou trois fois, ou de la voir de loin. (Une visite en compagnie de JCD m'avait permis de prendre quelques notes utiles pour deux romans de la série des saisons de Nigelle.) Et je ne me lasse pas de sa silhouette médiévale surgissant sur une crête au-dessus des toitures de la ville moderne. Mais, hier, je couchais à l'intérieur des remparts de la ville fortifiée pour la première fois.
J'ai donc pu faire le tour des remparts à la nuit tombée. Il n'y avait presque personne sous les murs et les tours, à part quelques touristes (dont un couple de Québécois déjà croisés à l'auberge de jeunesse.) Malgré la présence de batteries de projecteurs qui font de la Cité fortifiée un spectacle son et lumière permanent, j'ai trouvé un charme particulier à la circumnavigation des murs, que j'ai inspectés en essayant de distinguer la maçonnerie d'origine des ajouts postérieurs, en particulier ceux de Viollet-le-Duc. Mon ombre grossie par les projecteurs s'étirait jusqu'au sommet des courtines, rasant les créneaux imaginés par l'architecte de jadis. Et la nuit permettait tous les voyages dans le temps...
Parmi les visiteurs canadiens se trouvaient deux étudiantes en art de la région torontoise qui s'étaient lancées dans un grand tour de dix semaines en Europe de l'Ouest, munies d'un laissez-passer Eurailpass limité. Je n'ai pu résister, malgré des efforts héroïques, à l'envie d'évoquer mon propre voyage dans les mêmes conditions, presque vingt ans plus tôt. J'ai quand même beaucoup écouté et il y a des choses qui ne changent décidément pas : l'horreur suscitée chez les Nord-Américains par les toilettes européennes, les files aux portes des grands musées, le syndrome de Stendhal qui guette une fois à l'intérieur...
2007-05-25
De Puichéric à Trèbes
Toutefois, comme le canal de Riquet s'arrêtait autrefois à Trèbes sans passer par Carcassonne (les notables ayant refusé de participer aux frais requis pour les ouvrages d'art), je me permets de considérer que j'ai rempli le contrat fixé avec moi-même en remontant la moitié du canal à pied. Pour le reste, il attendra que je revienne.
Il m'aura quand même manqué quelques jours de plus pour que je retrouve l'habitude de la marche, et ses plaisirs une fois que l'effort physique passe au second plan. Mais cela faisait quelques années que je n'étais pas parti ainsi, sac au dos, et je suis soulagé au moins de constater que je ne suis pas trop décati...
2007-05-24
De Mirepeisset à Puichéric
J'y couche sur papier la relation de ma trouvaille dans un hangar au bord du chemin de halage : une note du 6 mai laissée sur une vieille chaise poussiéreuse. Deux randonneurs à vélo, Marie-Jo et Jean-Marie du Tarn, y expliquaient qu'ils avaient passé la nuit dans le petit local au sol bétonné, ouvert à tous vents, et ils remerciaient le propriétaire. Ne pouvant laisser quelque chose en échange, ils promettaient d'offrir l'hospitalité au fermier si jamais il passait par chez eux, numéro de téléphone à l'appui.
Il y avait de quoi réfléchir sur la courtoisie des voyageurs. Encore une fois, quand la situation s'y prête, ce n'est pas forcément l'impudence ou la désobligeance qui l'emporte. La lettre était restée dans le hangar depuis deux semaines et demie sans que le propriétaire ne l'y trouve. Les deux cyclistes n'avaient donc pas eu besoin de s'inquiéter ou de s'excuser d'avoir utilisé un abri aussi peu employé par le proprio; ils le soupçonnaient sans doute, mais ils avaient fait l'effort quand même d'être polis, tout en sachant également que leur offre ne trouverait sans doute pas preneur.
En fait, j'aurais dû noter le numéro de téléphone pour l'essayer et voir si c'était un vrai...
Après avoir coupé par les champs en partant de Mirepeisset, j'aurai donc longé le canal de la jolie halte du Somail jusqu'au village viticole de Puichéric, profitant d'une chambre d'hôte au mas des Fontanelles. Le souper est bien arrosé par les crus du domaine et je commence à lire I Am A Strange Loop de Douglas Hofstadter. De manière assez curieuse, la discussion par celui-ci des sources de l'individualité et de la conscience de soi commence par établir qu'il s'est converti à un végétarianisme pratiquement intégral. Ce qui, dans un pays aussi amateur de chair fraîche que la France, m'inspire un sonnet.
Les mangeurs et les meurtriers
Mange-t-on l'acte de tuer, le meurtre en fait,
qui est l'exécution d'une âme presque soeur,
humaine non par ses pensées mais par son coeur,
transformant en assassin cruel le gourmet?
Ou ne mange-t-on que son résultat concret
(vraiment savoureux avec une sauce au beurre),
matière saignée, devenue triste leurre,
simple chair désâmée, tournedos ou magret?
La main du convive qui manie la fourchette
et la main du boucher qui égorge la bête
ne sont-elles pas également coupables?
Le cannibale qui mange un frère ou ami
sait qu'il fait le repas sacré d'un semblable,
tel le chrétien qui mange de son dieu l'hostie...
Libellés : France, Poème, Voyages
2007-05-23
De Colombiers à Mirepeisset
Tout cela pour dire qu'une pénichette qui prend son temps ne sera pas nécessairement plus rapide qu'un marcheur. Le contraste est d'ailleurs marqué entre les mouvements le long du canal et l'allure de la vie moderne. Quand on a passé la journée à marcher en ne se faisant dépasser que par des cyclistes et des plaisanciers, voire une cavalière en infraction, retrouver une route parcourue par des camions et des voitures, c'est subir un choc immédiat, qui repousse comme la rencontre d'un pôle de charge contraire. Il suffit donc de quelques heures pour que le corps oublie qu'il a déjà co-existé avec de telles vitesses, de tels véhicules vrombissants...
La solution coréenne au problème canin
Je déteste les chiens, qu'ils aboient le français
ou le poméranien, et s'ils me font la tête,
je ne voudrais les voir que dans mon assiette
afin que, tous les soirs, tombe le couperet !
Avec des épinards, je les rissolerais
Une sauce au pinard, des côtes de bette,
une barde de lard, tout est bon, j'achète!
pour servir le clébard tel que je l'aimerais
Les chiens, j'en vois dans ma soupe — et dans mon ragoût
Ces cabots jappeurs et hargneux vont avec tout...
une fois pelés, vidés, salés et rôtis!
En côtelette, j'adore, ou en gigot
c'est encore mieux : mettez un clafoutis
pour dessert, un bon vin, et dansons le tango!
Libellés : France, Poème, Voyages
2007-05-22
De Béziers à Colombiers
Du haut de l'oppidum, occupé par tant de cultures et réduit à ne plus accueillir qu'un musée doublé d'un belvédère, on aperçoit ce qui est sûrement le plus grand des agroglyphes, bien plus grand que celui-ci, mais cette formation est parfaitement artificielle, bien entendu, puisqu'il s'agit de l'étang de Montmady, c'est-à-dire de ce qui reste d'un marécage drainé au Moyen Âge par des fossés et même un conduit passant sous la crête du Malpas.
Libellés : France, Technologie, Voyages
2007-05-21
De Marseille à Béziers
Si j'ai raté de peu le premier train pour Agde, j'ai pris le second à l'heure dite et j'ai même eu le temps de me promener entre deux trains à Avignon. Mais le train que j'ai pris à Avignon m'a déposé en gare d'Agde peu avant 16h, avec trois quarts d'heure de retard. Si je voulais être à Béziers avant le coucher du soleil, ce serait serré.
Ce le fut, car j'ai découvert que les chemins de halage du canal du Midi souffrent de quelques solutions de continuité. Ceci m'a fait faire des détours imprévus; du coup, une vingtaine de kilomètres à pied plus loin, le soleil se couchait justement quand je suis entré dans Béziers.
Mes souvenirs de la journée? Les bambous qui poussent çà et là, les pistes de halage qui se perdent dans l'herbe, l'alignement des arbres qui ombragent les péniches et autres embarcations de plaisance amarrées aux berges... Et la course avec le soleil qui se rapproche de l'horizon, le détour par l'autoroute bruyante, les marches forcées entrecoupées de pauses, la bouteille d'eau qui se vide et, enfin, l'arrivée à Béziers, dont la photo ci-dessous a été prise le jour suivant. Transition, donc...
2007-05-20
De la montagne à la civilisation
De retour à Nice, donc, et aussi à Villefranche-sur-Mer, que commencent à fréquenter les jetsetters du festival de Cannes. De nouveau branché sur internet, c'est le travail qui reprend ses droits. Sans compter les courriels accumulés et le blogue qui va bénéficier de quelques ajouts a posteriori, en copiant des notes prises sur le coup à la main.
En même temps, il est plus que temps de préparer la suite du voyage. J'hésite entre partir à pied d'Avignon pour Nyons, en passant par Fontaine de Vaucluse, le Mont Ventoux et Vaison la Romaine, et la remontée à pied d'une partie du canal du Midi. Comme mes genoux se souviennent encore des sentiers alpins, je penche pour les chemins de halage parfaitement plats du canal...
2007-05-19
Les adieux à Peyresq
Libellés : France, Science-fiction, Voyages
2007-05-18
Galeries
2007-05-17
Heinlein et Einstein
Du coup, le temps que tout le monde s'installe dans ses (fort belles) pénates à Peyresq, l'horaire est chamboulé. Les gens font (ou refont) connaissance à l'occasion d'un vin d'honneur, puis du déjeuner sur la terrasse surplombant la vallée. Ce n'est qu'après les agapes qu'il est possible d'entrer dans le vif du sujet. La présentation d'Éric Picholle sur la vie d'Heinlein apporte des éléments neufs pour beaucoup dans la salle. Ses études d'officier et d'ingénieur à l'académie navale des États-Unis, à Annapolis, permettent à Robert Anson Heinlein de sortir de son milieu d'origine dans le Midwest (Kansas et Missouri) et d'accéder à un milieu plus aisé. Il obtient des résultats brillants, qui lui auraient valu la cinquième place (sur 500) de sa promotion, si son indiscipline ne l'avait pas rétrogradé au vingtième. Il fait une brève carrière militaire de cinq ans, d'abord sur un porte-avions puis sur un destroyer, avant d'être réformé pour tuberculose. C'est au sana qu'il s'intéresse à la politique, s'engageant dans le mouvement EPIC (End Poverty In California) d'Upton Sinclair. Il édite le bulletin des adhérents et finit par se porter candidat. La guerre, ainsi que le retour d'une certaine prospérité, mettent fin à ce militantisme, mais il a déjà fait le saut dans la littérature, après quelques essais infructueux au temps d'EPIC (dont un roman à thèse, For Us the Living). Ses premières nouvelles paraissent et il réunit autour de lui la Mañana Literary Society, où il côtoie Hubbard, Williamson, Bradbury et Forrest Ackerman.
Après son divorce avec Leslyn et son mariage avec Virginia, il se lance dans l'écriture de romans pour jeunes tout en essayant de lancer une carrière hollywoodienne marquée par le film Destination Moon et la série Tom Corbett. C'est le début de la période la plus connue de sa vie, qui atteint son apogée avec les romans provocants des années soixante, qui prennent souvent position et fondent sa réputation de penseur et polémiste.
La discussion qui s'ensuit sera relancée après la pause café dans le cadre d'une discussion de la place de la science et des techniques dans la science-fiction, et surtout dans celle d'Heinlein. Comme il est souvent question de relativité, plus d'un intervenant s'emmêle en parlant d'Einstein en voulant parler d'Heinlein, et vice-versa... La discussion est relativement brève, abrégée par l'imminence du souper, mais le visionnement du film Destination Moon en fin de soirée confirme le souci de l'exactitude scientifique des réalisateurs du film, souci qui est carrément inexistant dans la plupart des films récents de science-fiction. (Ce qui ne m'empêche pas de me demander pourquoi la solution retenue pour permettre le décollage de la Lune n'aurait pas fonctionné sans trou percé dans le cadre de l'écoutille du sas... et, par conséquent, n'aurait pu être trouvée sur-le-champ — mais il aurait fallu écourter l'intermède mélodramatique du membre de l'équipage qui se sacrifie pour les autres.)
Libellés : Science-fiction
2007-05-16
Maître des éboulis
Je ne compte pas les embûches des sentiers et chemins du randonneur. Les sentes à pic, elles-mêmes à flanc de montagne pour corser la difficulté. Les ruisseaux à négocier dans des lieux escarpés. Les corniches en bordure d'un ravin. Et les sentiers tracés en travers d'éboulis qui roulent sous la semelle et qui ont parfois effacé le passage aménagé, condamnant le marcheur à voler, d'un pas aussi léger que l'elfe Legolas, sur un champ incliné de rocaille instable.
Par la route départementale, la localité du Fugeret est à cinq kilomètres et demi d'Annot, et à peine 140 mètres plus haut. Par la route des randonneurs, il faut compter plusieurs kilomètres en plus de lacets et culminer à 600 mètres au-dessus d'Annot avant de redescendre. Si la montée a toujours quelque chose d'exaltant, la descente est invariablement tuante en raison de la concentration qu'elle exige si la pente est le moindrement abrupte. Les lois de la physique sont telles qu'il est plus facile de perdre pied en descendant qu'en montant.
Mais ce sont justement cet effort physique requis en montant et cet effort mental requis en descendant qui font de la randonnée en montagne un excellent moyen d'oublier le travail. Et puis, il y a la récompense du paysage déplié sous mes yeux comme dans un livre d'images, façon Une France vue du ciel. Des hauteurs de Roncharel, je dominais Annot et le fond de la vallée de plus d'un demi-kilomètre. Par la suite, en dévalant le sentier menant au Fugeret, je pouvais me croire dans un avion en train d'atterrir, tellement les maisons apparaissaient toutes petites au départ avant de grossir et de retrouver leur taille réelle.
Dans un pays aussi densément habité et exploité, il ne reste d'ailleurs que l'altitude brute et l'ossature rocheuse (exception faite de quelques carrières) à appartenir de plein droit au règne de la nature. Tout le reste est plus ou moins artificiel. Les bois et les forêts qui occupent les flancs des vallés témoignent de l'effort de reboisement depuis 1850 et les grandes inondations de l'époque. Jean Giono a évoqué cette saga dans « L'homme qui plantait des arbres ». Ce récit transformé en dessin animé par Frédéric Bach pour l'Office national du film canadien a aussi inspiré une ébauche de texte de Laurent McAllister pour un numéro spécial d'imagine... en 1994, « L'arbre qui plantait des hommes ». Auparavant, le paysage aurait été aussi ratiboisé qu'Haïti à l'heure présente, en raison de la surexploitation pour le chauffage ou la construction, ainsi que du défrichement pour ouvrir au bétail des pâturages. Maintenant, la région est plus proche du Japon des Tokugawa que Jared Diamond décrit dans Collapse. En revanche, la plupart des sources avoisinant Annot ont été captées. Touchant au terme de mon ascension, j'ai été bien surpris d'entendre non pas le bruit d'une eau qui coule librement, mais le halètement rythmé du moteur d'une pompe. Tout comme la source de la Combe Renard et du Verdre, la source du Roncharel, à 1322 mètres d'altitude, était asservie aux besoins de la région. Des tuyaux noirs s'enfonçaient dans l'humus, sous les feuilles mortes, pour aller la porter aux robinets et fontaines en contrebas. De fait, ce n'est pas dans une région aussi touristique qu'on oublie la civilisation. Des avions survolent les cimes en grondant, les mobylettes, voitures et camions sur la route s'entendent de loin, les sentiers ont été balisés et la forêt elle-même est quadrillée de citernes (en cas d'incendie) et de routes, pavées ou non. Sans oublier les ruines d'abris de berger, de sanctuaires ou d'anciennes maisons.
2007-05-15
Le vent, le soleil et la nouvelle ruralité
Elle a toujours sa gare, même si les trains ne sont pas nombreux et semblent surtout fréquentés par les écoliers et les vacanciers. Elle a ses petites industries et ses services. Elle a un marché
Quant aux balades dans le coin, j'en ai fait deux. La (petite) boucle des Grès permet de découvrir des formations rocheuses impressionnantes. Passage couvert sous un pan de roc
Comme c'était une journée venteuse dans le sud, il ne faisait pas si chaud, malgré le soleil et le ciel dégagé, mais c'était le temps idéal pour monter dans les collines. En fin d'après-midi, j'ai gravi le versant opposé pour monter jusqu'à la source de Combe Renard. La promenade aboutit à une route forestière qui dissipe largement l'illusion d'une nature sauvage. Je préfère conserver le souvenir de cet arbre mort croisé sous les grès d'Annot, aux branches semblables aux côtes de quelque bête préhistorique...
2007-05-14
De la mer aux montagnes
Libellés : Arts, France, Voyages
2007-05-13
La langue des symboles
Musée du jour : Musée des Beaux-Arts
Découverte du jour : Gustav-Adolf Mossa
Journée d'un marche d'un bout à l'autre de Nice, du boulevard de la Madeleine au Mont-Boron. Les contrastes sont marqués, des villas perchées sur les flancs du Mont-Boron aux immeubles
Libellés : Arts, France, Livres, Voyages
2007-05-12
Civis romanus sum
vestiges romains. Même réflexe à Nice, dont le passé se partage en fait entre l'acropole grecque sur la butte du château qui surplombe la Méditerranée et les ruines de Cemelanum, la colonie romaine construite sur un éperon appartenant aux contreforts des montagnes, à deux ou trois kilomètres de la mer. L'endroit était plus facile à approvisionner en eau au moyen d'aqueducs et il offrait sans doute plus d'espace pour un véritable développement urbain à la manière romaine que la petite butte au bord de la mer, entre les bras de l'oued du Paillon. (Toutefois, comme la ville moderne a recouvert Cimiez, avatar moderne de Cemelanum, d'un quadrillage impressionnant de villas cossues et de palaces pour touristes, comme l'Hôtel Regina ci-contre), il n'y a jamais eu de fouilles systématiques susceptibles de bien circonscrire les limites de l'ancienne Cemelanum.)Libellés : Arts, France, Histoire, Voyages
2007-05-11
Au-delà de Nice
moyen de leur habillement. Les tee-shirts bleus viennent de l'école Marguerite-Bourgeoys (mais de laquelle?) et entament un voyage qui les mènera en France, à Monaco et en Espagne. Les tee-shirts bourgogne sont de jeunes sportifs, dont certains qui sont allés précédemment en Équateur, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en apprendre plus. Je me fais la réflexion que les voyages scolaires sont plus ambitieux qu'autrefois. De mon temps, comme on le voit dans cette photo d'un groupe d'étudiants de l'école secondaire Louis-Riel en visite à Rouen en mars 1986, on n'avait pas d'uniforme et encore moins de costume à l'enseigne du voyage! (Les jeunes de Louis-Riel tournent le dos à l'objectif : on les aperçoit entre les deux passants à l'avant-plan.) Et le voyage en question s'était limité à une visite rapide de Paris, ponctuée d'excursions pour visiter Rouen, Chartres et les châteaux de la Loire. Évidemment, la dimension internationale du voyage de ces jeunes en 2007 ne pose pas les mêmes problèmes qu'il y a vingt ans, avant la Convention de Schengen et son entrée en vigueur...Ce n'est pas la première fois que je mets les pieds à Nice, mais je passe ma première journée un peu à l'est de Nice, à Villefranche-sur-Mer, dont le havre accueille maintenant les paquebots
Tunnels, remblais, viaducs : les ingrédients de la recette des ingénieurs du rail sont connus et ils ont tous servis dans le cas de la ligne de la SNCF qui passe par Villefranche-sur-Mer,
Mais si l'investissement est coûteux et un tantinet risqué, il n'en est pas moins séduisant pour un visiteur venu de pays où ne poussent pas les palmiers. Même
Départ pour la fraîcheur
Mais je pars, je quitte, je décolle, je m'envole. Il fait plus frais au bord de la Méditerranée et je me suis laissé tenter par les prix d'Air Transat — et le programme des rencontres de Peyresq (.PDF).
Au départ de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, des serveurs dressaient des tables nappées de blanc, disposaient des verres,
Voyage choisi, en tout cas, et qui ferait de moins un bohédoniste. C'est la nouvelle tendance selon le Globe and Mail qui y consacrait un article qui fait jaser. Les bohèmes hédonistes sont des esprits rebelles et épicuriens qui savent ce qui leur plaît et qui, malgré leurs modestes moyens, consacrent à ces plaisirs l'argent qu'ils ne consacrent pas aux conforts conventionnels. Whisky Talisker pour les uns, voyages pour les autres...
2007-05-08
La France qui avance?
début des réformes et le retour au mouvement? Comme toujours, les politiques d'archivage des journaux et périodiques français m'empêchent de les citer, au risque de générer des liens trop rapidement périmés, alors je citerai un point de vue britannique sur le sujet. Il n'est bien sûr pas le seul francophile de la planète à trouver beaucoup plus de vertus au modèle français que les Français eux-mêmes, mais on sent qu'il cherche un peu trop à se convaincre que la France ne changera pas. (Le même scepticisme s'exprime au Canada.) Pourtant, un Français sur deux n'a-t-il pas voté pour le changement sarkozyste? Sauf qu'il est loin d'être clair en quoi consistera ce vent de changement. Les anciennes valeurs (de droite?) d'avant 1968, portées par la religion et les grands groupes industriels (comme PSA Peugeot Citroën... ou Bolloré qui sait choyer le petit Nicolas), tiennent parfaitement dans la photo... à droite (prise à Dole en avril 1995), mais on voit difficilement comment elles pourraient accoucher d'une France nouvelle. On a pu lire dans Le Figaro qu'il serait « audacieux » d'instaurer le service minimum dans certains secteurs en cas de grève, alors qu'au Québec, paradis de la syndicalisation (40,5% des travailleurs, contre moins de 10% en France), le Conseil des services essentiels peut imposer un service minimum en cas de grève dans les transports en commun, par exemple. Ce fut le cas en 2003 et cela pourrait se reproduire ce mois-ci. Si cette promesse effarouche à ce point, on peut dire que les esprits restent en France très loin du libéralisme en vigueur ailleurs!2007-05-07
Pourquoi Spiderman est new-yorkais
C'est qu'il vit dans le principal pays industrialisé à ne pas avoir un système de santé public, comme le rappelle cet article (inscription requise). Or, si on y pense, plusieurs points tournants de la trilogie cinématographique de Spiderman auraient été forts différents dans un pays civilisé.
Tout d'abord, quand Peter Parker se fait mordre par une araignée transgénique (ou radioactive?), pourquoi ne va-t-il pas consulter un docteur? S'il n'appelle pas son médecin de famille ou le service téléphonique d'un CLSC, c'est sans doute qu'il est trop pauvre pour être couvert par une assurance. (On voit bien dans les trois films que l'appartement de Peter Parker à Manhattan n'est pas cossu; Parker n'a même pas assez d'argent pour se payer un téléphone portable...) Imaginons un instant qu'il s'était fait soigner, que la plaie avait été désinfectée et que la transformation de Peter en Spiderman n'avait jamais eu lieu...
Le troisième film nous apprend aussi qu'un second comparse est le vrai coupable de la mort de Ben Parker, l'oncle de Peter dont le décès fait de son neveu un justicier. Or, pourquoi le meurtrier participait-il à un vol? Eh bien, parce que sa fille est malade et/ou handicapée. Il a donc besoin d'argent pour la soigner. On peut en avoir besoin dans les pays où la santé est une priorité publique, mais c'est quand même plus probable aux États-Unis. Imaginons donc que Flynt Marko avait pu confier sa fille aux bons soins des médecins d'un système public, de sorte qu'il n'aurait pas eu besoin de tenter un grand coup, de sorte que Ben Parker ne serait pas mort... Et Peter Parker ne serait jamais devenu un justicier masqué!
Il fallait donc que Spiderman soit étatsunien, voire new yorkais...
Libellés : Politique, Réflexion, États-Unis
Sonnet royal
Puisque le roi est mort, vive le roi qu'ils voulaient!
Pour sauver le pays, pour loger au palais,
Ils ont élu un roi, Nicolas Sarkozy
Le petit Nicolas, l'enfant de Goscinny,
l’invincible naif, a-t-il rêvé jamais
de troquer le tableau, le cartable et la craie
pour la belle mairie de la riche Neuilly?
Mais Neuilly n’était vraiment qu’une classe sup
Sarkozy ne serait de personne la dupe
Comme Henri, il campait aux portes de Paris
S’il fallait trahir Chirac, il serait Judas
Et il serait aussi (en public) bon mari
En attendant d’être des Français le pacha...
Libellés : Poème
2007-05-06
Longue hésitation
Je suis donc allé voter à contrecœur. Sans enthousiasme, mais sans peur aussi. Si on voit mieux de loin les faiblesses de la France, on voit bien aussi ses forces. C'est lorsque la France se mesure à l'aune de l'arrogance gaullienne qu'elle peut se désoler, mais elle peut se consoler en comparant : elle reste un des pays les plus choyés du monde. Heureux, ce serait autre chose : les Français sont si râleurs qu'ils sont plus critiques de leur pays que la plupart de leurs voisins le sont de la France, et qu'ils sont plus critiques des États-Unis que ces Amerloques qui passent pour si francophobes le sont de la France, selon ce sondage récent (.PDF) et cet autre sondage.
Du coup, on peut ne pas éprouver le besoin d'un sauveur politique, ou s'inquiéter de ce qui arrivera après l'élection d'un candidat ou l'autre. Les appels parus çà et là ne m'ont pas trop ému. Certains arrivent un peu tard pour réclamer l'union sacrée contre Sarkozy et on se demande si les signataires ont vraiment voté, au premier tour, pour le candidat le plus susceptible de l'emporter contre Sarkozy...
Sauf que chacun se présente comme celui qui nous sauvera de l’autre.
2007-05-03
La malédiction du voyageur?
C'est différent pour le voyageur. Les nouvelles qui concernent des lieux éloignés ne sont jamais insignifiantes, car elles peuvent concerner des gens et des endroits avec lesquels il a un lien plus ou moins concret. L'autre jour, c'était le cas de la tuerie de Virginia Tech, une université que j'avais visitée pour un congrès.
Cette fois, entre deux marathons de correction d'examens, je suivais les nouvelles d'un regard distrait et j'ai tout d'un coup été frappé par les funérailles du jeune Jean-Benoît Beaulieu de Saint-Simon, près de Trois-Pistoles. Cet adolescent de quatorze ans, victime d'une mort absurde et inhumé hier, originaire d'un tout petit village du Bas-du-Fleuve (moins de 500 habitants), j'aurais pu le croiser en mai 2005 quand j'avais visité l'école primaire du lieu en tant qu'écrivain. La bibliothécaire m'avait offert une table et avait annoncé ma visite en espérant (candeur superbe!) que mon nom suffirait à attirer les foules. Disons que j'avais eu tout le temps voulu de faire la conversation aux quelques personnes de passage. Je ne me souviens pas d'un garçon de douze ou treize ans qui se serait arrêté, mais quelques-uns étaient passés sous mon nez pour aller fouiner dans le local de la bibliothèque...
Mais d'une tragédie à l'autre, cela fait un effet curieux de ne pas avoir la même distance que la grande majorité...
Libellés : Réflexion, Société, Voyages
Les deux pentes de la vie
C'est la pente ascendante de l'existence. À dix ans, un gosse de quatre ans ou une grande de seize ans appartiennent à des espèces différentes, descendues de la Lune avec les autres créatures des contes ou prêtes à s'y rendre en fusée.
Mais plus on vieillit, moins les années comptent. À quarante ans, six années de plus ou de moins sont un détail, une excentricité charmante, un sujet de conversation dans le bar ou sur l'oreiller.
Puis vient la pente descendante quand le temps reprend ses droits. Dans la huitième décennie de nos vies confortables, ces six années anodines reprennent l'importance qu'elles avaient dans l'enfance. Elles démarquent et elles séparent, elles suffisent à faire de la retraitée active et toujours ingambe une petite vieille confinée dans sa chambre. Et si un couple compte quelques années de différence, elles se feront douloureusement sentir quand il s'engagera sur la pente glissante du déclin, le plus jeune des deux essayant de retenir l'autre qui dérape et dévale la côte, l'esprit et le corps aspirés dans une déchiqueteuse métaphorique qui, le dernier jour, deviendra tristement réelle.
Libellés : Réflexion
