2020-10-10
La pauvreté canadienne-française explique-t-elle la surmortalité québécoise due à la Covid-19 ?
Pourquoi Trump n'est-il pas (encore) mort ?
Pour l'instant, le président Trump semble avoir surmonté sans grand mal son infection par le nouveau coronavirus. Néanmoins, aux États-Unis, plus de deux cent mille personnes ont péri à cause de la Covid-19. Comme le signale Janet Currie dans le numéro d'octobre de Scientific American, la minorité Noire aux États-Unis est surreprésentée parmi ces victimes. Ceci s'explique par des causes immédiates (fréquence élevée de cas de diabète, d'obésité, d'asthme, etc.), mais cela pourrait s'expliquer aussi par des causes moins immédiates, dont les effets de la discrimination et de la pauvreté. La recherche suggère aussi que les effets de la pauvreté d'une population affectent la santé des individus dès la grossesse et la petite enfance.
Aux États-Unis, les Noirs de plus de soixante ans sont nés dans un pays où la majorité des Noirs vivait dans la pauvreté. En 1959, 55% des Noirs subsistaient sous le seuil de pauvreté (comparativement à 10% des Blancs). Pour l'instant, les statuts et origines socio-économiques des victimes de la Covid-19 ne semblent pas encore avoir été étudiés systématiquement, mais l'hypothèse d'un lien semble défendable.Pourquoi Trump n'est-il pas (encore) mort ? Peut-être parce qu'il est né dans la plus grande richesse (matérielle) et qu'une enfance dorée lui a procuré tout ce qu'il fallait pour se constituer une physiologie capable de résister à tous les excès (sauf ceux de l'alcool et la cigarette, qu'il évite) et qui le sauve encore aujourd'hui.
Ce qui nous amène à la surmortalité québécoise. En date des 8-9 octobre, si on compare le nombre de décès par groupe d'âge au Québec et dans tout le Canada, on constate que, chez les plus de 60 ans, la majorité des décès ont eu lieu au Québec. Plus précisément, ce sont 48% des décès canadiens des 50-59 ans qui ont eu lieu au Québec. Chez les 60-69 ans, le pourcentage passe à 52%. Chez les 70-79 ans, le pourcentage atteint 62%. Chez les 80 ans et plus, il augmente encore, atteignant 65%. Relativement à la population, cela représente plus du double de la proportion attendue.
Même si on s'entend que le Québec est une province vieillissante, la proportion des 65 ans et plus dans la population québécoise (19,7%) est à peine supérieure à la moyenne canadienne (18%) ou au chiffre pour le Canada hors Québec (17,5%). Il ne s'agit certainement pas d'un rapport du simple au double.
La propagation dans les milieux vulnérables des CHSLD explique-t-elle tout ? La mauvaise gestion du personnel des établissements de santé explique-t-elle tout ? D'autres provinces ont constaté des éclosions dans des établissements similaires et des modes de gestion parfois défaillants, mais sans enregistrer des chiffres aussi élevés.
En revanche, on peut s'attarder un moment sur le statut socio-économique à la naissance et dans l'enfance des Québécois francophones qui sont décédés, c'est-à-dire ceux qui sont nés avant 1960 (plus de 97,5% du total des personnes décédées au Québec). Pierre Vallières n'exagérait pas beaucoup en parlant de Nègres blancs d'Amérique à propos des Québécois francophones d'avant la Révolution tranquille. Avant les années 1960, la condition de nombreux francophones du Québec se comparait — strictement du point de vue socio-économique, entendons-nous bien — avec celle des Noirs aux États-Unis. Selon une conférence (.PDF) de 2010 de Pierre Fortin, les Canadiens français du Québec étaient moins éduqués en 1961 que les Noirs américains du temps de la ségrégation. En 1961, les hommes francophones unilingues du Québec disposaient d'un salaire correspondant à 52% du salaire des hommes anglophones. À la même époque, le salaire moyen des Noirs américains représentait 54% de celui du groupe dominant.
Il s'agit évidemment d'un sous-ensemble de la population francophone totale, qui écarte sa frange bilingue la plus éduquée, la plus urbanisée et la plus prospère (ce qui changerait au moins certaines statistiques), mais un sous-ensemble massif qui constituait la majorité (plus de 70%) de la population francophone du Québec d'alors.
Pour une distribution salariale comparable, en tout cas, cela sous-entend un taux de pauvreté des francophones unilingues au moins comparable à celui des Noirs américains. Du coup, il n'y aurait rien de surprenant à constater un plus grand taux de mortalité des Québécois francophones nés avant 1960, les mêmes causes produisant les mêmes effets. À tout le moins, ce serait une piste à creuser, parmi d'autres.
Mais si la pauvreté d'antan peut expliquer, en tout ou en partie, la surmortalité québécoise, elle ne peut pas expliquer le nombre excessif de cas au Québec actuellement, surtout parmi les groupes d'âge plus jeunes, qui n'ont pas connu les mêmes conditions difficiles au moment de leur naissance et de leur enfance. Ce qui peut inciter à la prudence...
Libellés : Canada, États-Unis, Histoire, Santé
2010-06-20
La vie et la mort des cyborgs
C'est ce qu'on apprend en lisant cet article aussi poignant que fascinant du New York Times. Selon certains commentaires signés par des cardiologues, l'article laisse entendre à tort que le stimulateur cardiaque aurait véritablement prolongé la vie du père de la signataire. Mais que cet élément de l'article relève de la science-fiction ou non, je reste sur l'impression qu'on frise une anticipation à très court terme. Les débats sur la prolongation de la vie en fin de course — l'acharnement thérapeutique — sont désormais familiers, mais les dilemmes ne sont pas les mêmes quand il s'agit de débrancher des machines extérieures au patient ou de renoncer à des soins supplémentaires, voire à une réanimation en règle, et quand il s'agit d'agir sur une prothèse interne.
L'article décrit une fin de vie particulièrement douloureuse et nous promet par la bande un avenir peuplé d'un nombre grandissant de grands vieillards maintenus en vie par un ensemble d'interventions et d'artifices — même quand le cerveau et l'esprit défaillent, ou s'absentent carrément.
Si le thème du mort-vivant refait surface depuis quelques temps (au point où même Jacques Languirand parlait de Romero hier à la radio de Radio-Canada !), c'est peut-être parce qu'on peut entrevoir un avenir où nous existerons tous à l'état de morts-vivants pendant quelques semaines, quelques mois, voire quelques années si les progrès de la technique médicale sont au rendez-vous... C'est le futur des baby-boomers et il sera terrifiant quand on se rendra compte de son imminence.
Vu la jubilation avec laquelle les jeunes héros se débarrassent des morts-vivants dans les films de zombies, on peut toutefois se rassurer en se disant que cet état liminal ne durera pas beaucoup plus que la patience et la commisération des vivants...
Libellés : Futurisme, Santé, Société
2010-03-13
À quand une infirmière comme ministre de la Santé ?
De 1994 à 1998, le ministre (péquiste), c'est Jean Rochon, médecin. Avant, c'était Lucienne Robillard (libérale), administratrice et travailleuse sociale (en partie en milieu hospitalier). Le ministre précédent (libéral), c'était Marc-Yvan Côté, historien. Avant, c'était Thérèse Lavoie-Roux (libérale), travailleuse sociale et pianiste. Le ministre précédent (péquiste), c'était Guy Chevrette, pédagogue. Le ministre précédent (péquiste), Camille Laurin, était médecin (en psychiatrie). Le ministre précédent (péquiste), Pierre-Marc Johnson, était avocat et médecin. Le ministre précédent (péquiste), Denis Lazure, était médecin (en psychiatrie). Le ministre précédent (libéral), Claude Forget, était économiste.
Et le ministre précédent (libéral), souvent appelé le père du système de santé au Québec, Claude Castonguay, était actuaire.
Bref, depuis 1970, les ministres de la Santé au Québec ont souvent été des médecins ou des travailleurs sociaux, mais pas une seule fois une infirmière ou un infirmier n'a eu la charge du ministère de la Santé... C'est une lettre parue dans La Presse aujourd'hui qui me fait penser qu'un autre point de vue sur le système de santé pourrait donner des résultats. À tout le moins, ce ne serait sûrement pas pire que ce qui a été obtenu jusqu'à maintenant.
