2014-10-23

 

L'expérience de la terreur

Malgré la surenchère de la rhétorique des médias, le terrorisme n'est plus quelque chose d'exceptionnel dans nos vies si on a un certain âge.  Si je ne suis pas assez vieux pour avoir des souvenirs de la crise d'octobre, j'avais pu suivre dans les journaux et à la télévision la crise des otages américains en Iran en 1979-1980 et je crois bien qu'un guide qui nous faisait visiter le château de Versailles avait indiqué des fenêtres abîmées par une bombe posée par des nationalistes bretons (vers 1978 ou un peu après, donc).  Par contre, les attentats durant les Jeux olympiques de Munich ou le raid d'Entebbe sont trop éloignés dans le temps pour que je m'en rappelle.  En revanche, je me souviens comment, durant les années soixante-dix et un peu moins durant les années quatre-vingt, on faisait encore des blagues sur les détournements d'avions par des militants qui réclamaient d'aller à Cuba.

À Ottawa, on l'oublie parfois, des terroristes arméniens s'en sont pris à des diplomates turcs trois fois entre 1982 et 1985, faisant au moins trois victimes, dont deux morts, et prenant enfin d'assaut l'ambassade turque.  À l'époque, un diplomate turc occupait un appartement dans notre immeuble au même étage que ma famille et la GRC avait posté, au plus fort de cette crise, un agent armé à la porte de l'appartement, assis derrière une petite table.  Tous les jours en revenant de l'école, je passais devant lui jusqu'à ce qu'il disparaisse une fois le danger passé.  C'est fort probablement durant cette période qu'en visitant la maison de Balzac à Paris, rue Raynouard, j'avais aperçu un garde, pistolet automatique en bandoulièere, posté derrière l'ambassade turque dans la rue Berton qui donne sur l'arrière de la maison de Balzac.

À l'étranger, une voiture piégée explosait à Beyrouth en 1982 en faisant de nombreux morts, dont Bashir Gemayel, ce qui entraîna les massacres de Sabra et Chatila.  En 1983, c'étaient les attentats suicides à Beyrouth qui frappaient l'imagination.  Pendant ce temps, de 1972 à 1996, les Provos irlandais faisaient exploser une série de bombes, dont la liste partielle exclut des milliers d'attentats mineurs, comme celui dont j'avais observé le lendemain les vestiges à l'extérieur d'un pub de Belfast à l'occasion d'un voyage en Irlande vers 1992.

Si ces derniers événements se déroulaient en général loin de chez moi, j'étais peut-être bien en France, voire à Paris, ou tout juste revenu de France lorsque l'attentat de la rue des Rosiers avait eu lieu en 1982.   C'était aussi l'époque des exactions de Carlos et de ses collaborateurs... mais le terrorisme avait plusieurs origines en ce temps où on prenait encore ses nouvelles dans les journaux.  Je garde un souvenir plus net d'ailleurs du retentissement causé par l'attentat dans la gare de Bologne en 1980 que du bruit causé par l'attentat en gare de Montréal en 1984.

Ce sont évidemment les attentats islamistes des années 1995-1996 qui ont été les plus marquants pour ceux qui passaient par Paris à l'époque.  Des bombes dans les poubelles aux bombes dans les RER, de l'activation du plan Vigipirate aux fouilles des sacs à l'entrée de certains magasins, la peur du terrorisme s'est traduite par un changement du mobilier urbain et de nouveaux réflexes en ce qui a trait aux sacs abandonnés, par exemple...

Le matin du 11 septembre 2001, heure de New York, je venais tout juste de débarquer d'un avion arrivé à Paris quand j'ai appris la nouvelle des attentats.  Durant les jours suivants, je serais effectivement bloqué en France — même si je n'avais pas eu l'intention de repartir avant deux ou trois semaines.  Premier grand attentat à l'ère internet, mon premier réflexe avait été d'essayer de savoir si mes amis à New York avaient survécu ou se trouvaient dans la zone dangereuse.  Consultation des cartes de Manhattan sur la Toile, consultation des listes et forums, soupir (un peu coupable) de soulagement en définitive...

Depuis 1989, ce sont aussi les fusillades dans les écoles qui ont transformé notre relation à la violence et nos attentes quant à la sécurité dans les lieux publics.  La tuerie de Polytechnique inaugurait une nouvelle gradation de l'horreur.  La télévision avait diffusé en direct le siège policier et la douloureuse expectative avant la triste révélation du bilan.  Je n'étais pas sur les lieux, mais j'avais suivi encore récemment des cours de génie dans le cadre de mes études en physique et il y a eu parmi les victimes au moins une ou deux jeunes femmes d'Ottawa de ma génération et de ma région, bref, des étudiantes qui auraient pu être mes consœurs à l'Université d'Ottawa.  D'autres massacres scolaires ont eu lieu par la suite avant de se transformer en une catégorie propre d'une phénoménologie de la violence aveugle.  Tout cela représente une expérience cumulative de la terreur, quoique de seconde ou troisième main.

Si on considère que le terrorisme est l'emploi délibéré de la terreur comme tactique à des fins politiques, ce ne sont pas tous ces événements qui en relèvent, mais ils ont tous engendré, voire cherché à engendrer, la peur ou la terreur.  Pour l'instant, l'assassinat de Nathan Cirillo hier à Ottawa suivi de l'irruption du tireur dans le Parlement relèvent surtout des incidents qui suscitent l'inquiétude, mais qui n'ont pas nécessairement été pensées comme tels.

Heureusement, ce ne sont qu'un très petit nombre de personnes qui ont une expérience directe de la terreur parce qu'elles sont dans la ligne de feu.  Un nombre un peu plus élevé sont aux premières loges en tant que témoins, comme mon collègue Hayden Trenholm, qui avait publié ma nouvelle « Watching over the Human Garden » dans l'anthologie Blood and Water et qui a assisté en personne au meurtre de Cirillo.

Toutefois, les vrais terroristes ont précisement pour but d'inspirer la terreur à des gens qui n'étaient ni des victimes ni des témoins, mais qui ne peuvent échapper à la description ou à la retransmission des événements par les médias.  De ce point de vue, la terreur est parfois le produit d'une collaboration entre les terroristes et les médias.  Hier, on a pu observer à Ottawa que la police est aussi en mesure de jouer un rôle.  N'a-t-on pas vu plus d'images de policiers et de militaires armés jusqu'aux dents que de l'unique tireur ?  Le bouclage du centre d'Ottawa n'a-t-il pas fait plus pour favoriser la peur et la paranoïa que la folle équipée du tireur, qui a duré moins de dix minutes ?  En pratique, l'expérience de la terreur a été indissociable hier du déploiement sécuritaire, du spectacle policier relayé par les médias et des mesures comme le bouclage du centre Rideau ou de l'Université d'Ottawa, la diffusion en boucle de l'agonie du soldat Cirillo comme de la fusillade au Parlement ne servant qu'à crédibiliser tout le reste.  Il faudra y réfléchir, un de ces jours.

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2010-03-17

 

Un canard ne fait pas le printemps, mais deux...

Le printemps approche et les couples se forment. Du moins, c'est le cas d'une paire de canards sauvages qui a élu domicile dans une mare à proximité du Musée et qui voguait de compagnie au milieu du plan d'eau, le plus loin possible des berges, tout à l'heure, à la brunante...Mare ou mer? À en juger par ce reflet d'un phare dans l'eau, on pourrait se croire loin d'Ottawa, au bord de l'océan ou d'un grand lac. C'est peut-être ce qui a trompé les canards en question, qui risquent de se retrouver le bec à l'eau (façon de parler!) quand la mare s'assèchera et que leur nid planqué dans l'herbe haute n'aura plus que l'ombre du phare pour le cacher à la vue de tous les ennemis des anatidés. Pauvres canards malards! Leur sort a même préoccupé un instant les hautes sphères du Musée, où on s'interrogeait en riant sur l'intelligence des colverts. Peut-être parce qu'on n'ose plus rire des cols bleus de la construction...

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2009-10-30

 

Horreur, un lancement à Ottawa !

L'anthologie Tesseracts Thirteen: Chilling Tales from the Great White North réunie par Nancy Kilpatrick et David Morrell sera lancée ce soir à Ottawa, à 19h30, à la librairie Collected Works, au 1242 Wellington Ouest.

Il fera noir, il va pleuvoir, ce sera parfait... pour se faire peur tous ensemble la veille de la veille du Jour des Morts.

J'avais déjà évoqué la parution de ma nouvelle « The Night before the Storm » dans ce treizième volume d'une série d'anthologies qui a regroupé au fil des ans les meilleures plumes dans les genres de l'imaginaire au Canada. Dans ce volume, place à l'horreur! Et je ne crois pas avoir démérité. Pour l'instant, ma nouvelle a eu droit à une mention et une brève description dans la critique que Publishers Weekly consacre à l'anthologie. Compte tenu des nombreux auteurs passés sous silence, le simple fait d'être mentionné (dans la foulée de l'éloge d'une nouvelle par Jill Snider Lum comme étant la meilleure de l'anthologie) est fort honorable. Quelque peu ragaillardi, j'en lirai donc un extrait ce soir...(Nature morte d'Halloween, photographiée en 1935 à Ottawa par Harold F. Kells, né en 1904 — Bibliothèque et Archives Canada, PA-126536)

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2009-10-28

 

Un avant-goût de Bouquinville

Le Salon du Livre jeunesse d'Orléans, à l'école Garneau dans le secteur d'Ottawa, a ouvert ses portes aujourd'hui de 9h à 19h. J'y ai retrouvé les collègues de la région d'Ottawa : membres de l'Association des Auteures et Auteurs de l'Ontario français (AAOF), représentants des éditions David et du Vermillon, auteurs et libraires de la région, etc. J'y tenais une moitié de table en offrant une sélection de mes livres aux regards des visiteurs, comme on peut le voir dans la photo ci-contre. Si je n'avais pas été aussi fatigué, la journée aurait pu être productive puisque j'avais pu brancher mon ordinateur portable... En fin de compte, j'ai surtout profité de la journée pour prendre des nouvelles des amis et flâner un peu d'une table à l'autre pour découvrir ce qui se fait de nos jours en Ontario francophone. Étais-je trop loin de l'entrée pour profiter pleinement de l'affluence? Comme je ne pouvais pas voir le reste du gymnase de mon siège, je ne peux pas me prononcer.

Plus tard, quand je me suis levé, c'était parce que le calme était revenu. Par conséquent, les photos que j'ai prises montrent de grands espaces dégagés, et plutôt déserts. Quelques passants traversent rapidement, d'autres s'attardent pour bavarder avec les auteurs et les vendeurs. On est loin des grandes files d'attente dans les salons du livre les plus courus, à Montréal ou ailleurs... Certes, il y a plus de monde que l'an dernier, quand une tempête de neige avait fermé la plupart des écoles de la région et annulé les visites scolaires. Néanmoins, je vais continuer à me poser la question de l'intérêt de ma participation à l'événement, surtout que je n'ai eu qu'une moitié de la table promise, d'où l'accumulation de piles de livres qu'on voit dans la photo du début... Mais comme l'organisateur est très sympathique et que cela fait toujours plaisir de retrouver les collègues, je n'exclus pas non plus un retour l'an prochain. Je suis toujours un peu chez moi dans cette partie d'Ottawa, après tout : j'ai découvert qu'un des enseignants à l'école Garneau est un de mes anciens condisciples du temps où je fréquentais l'école Louis-Riel — visitant à l'occasion l'école Garneau pour un concours d'art oratoire ou un match d'impro. Souvenirs, souvenirs... Quant aux jeunes, ce serait une litote que de dire que ce ne sont pas tous de grands lecteurs. Et même quand ils se montrent intéressés par un livre, ils ont rarement les sous qui leur permettraient de l'acheter. Mais les publics se gagnent un lecteur ou lectrice à la fois...

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2009-04-29

 

Les boisés d'Ottawa

Ottawa, capitale perdue dans les bois? À Montréal et ailleurs, on a fait des gorges chaudes quand la petite ville de bûcherons des années 1850 a été choisie pour devenir la capitale du Canada. Ottawa n'a pas exactement été la première capitale édifiée ab ovo, même si elle a précédé Brasilia ou Canberra, mais la capitale des États-Unis au bord du Potomac avait déjà donné l'exemple. Contrairement à Washington, toutefois, le site fournissait déjà des raisons d'exister à une agglomération puisque le canal Rideau débouchait à cet endroit sur la rivière des Outaouais. (En revanche, les Canadiens ont obéi aux mêmes motifs qu'aux États-Unis en optant pour une capitale à l'écart des métropoles existantes : l'incendie du Parlement à Montréal en 1849 avait disqualifié les capitales tournantes du Canada-Uni, tout comme l'attaque du Congrès fédéral à Philadelphie en 1783 avait poussé les législateurs étatsuniens à éliminer les grandes villes de l'époque.) De nos jours, toutefois, les photos ci-dessus que j'ai prises à quelques minutes des résidences du premier ministre et de la gouverneure-générale seraient plutôt des raisons de s'enorgueillir de la présence de la nature que la création de parcs (comme le parc de Rockcliffe où j'ai pris ces photos) et d'une ceinture de verdure a permis de conserver à l'intérieur des limites de la ville. Cette photographie de la résidence du premier ministre au 24 Sussex montre aussi que cette avenue bordée par l'ambassade de la France, le Haut-Commissariat du Royaume-Uni, la résidence du premier ministre et Rideau Hall bénéficie d'un écrin naturel de premier ordre, la plupart se dressant sur la falaise qui surplombe la rivière des Outaouais. Le feuillage est encore rare en ce début de printemps,mais cela permet de mieux apprécier les architectures contrastées sans rien enlever au cadre de verdure. Une autre façon d'évaluer l'importance du cadre naturel d'Ottawa, c'est de se rappeler que la ville est construite au confluent de deux importants cours d'eau, la rivière des Outaouais et la rivière Gatineau, comme on peut l'apprécier sur cette dernière photo (qui montre surtout les grands édifices de la ville de Gatineau, en face d'Ottawa, du côté québécois).

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2009-01-20

 

Café Scientifique à Ottawa

Mardi prochain, le 27 janvier, un Café Scientifique aura lieu à Ottawa au pub Fox and Feather au 283 de la rue Elgin. Le thème de ce bar des sciences (qui se déroulera entièrement en anglais si personne ne vient intervenir en français), ce sera l'exploration de Mars : faudrait-il envoyer des humains ou des robots? J'y serai avec Brian McCullough de la Société royale canadienne d'astronomie et Tim Cole du musée pour introduire le sujet; après, nous compterons sur la participation du public.

Le tout commence à 18h et doit se terminer pour 20h. La description se lit comme suit, en traduction libre :

Faut-il envoyer des humains pour explorer Mars? En juillet 2009, nous célébrerons le quarantième anniversaire de l'alunissage de la mission Apollo 11. De nos jours, on parle plutôt d'une mission martienne. Les ressources et les technologies disponibles aujourd'hui prépareraient beaucoup mieux des explorateurs de Mars que les astronautes d'Apollo l'étaient eux-mêmes. Les facteurs politiques et sociaux rendront-ils possible un jour l'envoi d'une expédition humaine sur la planète rouge? Même si on admet que l'envie d'explorer fait fondamentalement partie de la nature humaine, le voyage jusqu'à Mars nous rembourserait-il des peines et des coûts qu'il exigerait?

La réponse la semaine prochaine.

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2007-03-09

 

Photos du Salon de l'Outaouais 2007

Samedi dernier, de passage au Salon du Livre de l'Outaouais 2007, Laurent McAllister était pris entre deux feux. Sur sa droite, il avait une escouade bottée et casquée, en cotte de mailles et plastron céladon, des Chevaliers d'Émeraude; sur sa gauche, il avait Michèle Laframboise, en train de vendre ses romans à un rythme endiablé. On la voit au travail dans cette photo à droite, mais les jeunes qui échappaient à son emprise filaient droit sur les Chevaliers d'Émeraude, sans s'arrêter par la table de Laurent... Il faut dire que Laurent n'a pas consenti d'efforts extraordinaires pour vendre ses livres, même s'il a discuté de l'opportunité d'apporter au prochain salon un téraphim à la façon d'Oronte... bref, une tête coupée enfermée dans une petite armoire qui trônerait sur la table des signatures. On placerait devant une petite affichette disant « Ne pas ouvrir » pour être sûr d'appâter les jeunes... Que placerait-on dedans? Un crâne en plastique avec des diodes électroluminescentes en guise d'yeux, comme celui-ci? Ou une fausse tête de décapité? Mais bon, si Laurent était assailli de clients, il n'aurait plus le temps pour se faire la conversation et planifier son prochain roman. Ou pour jaser avec les copains de passage... En fait, j'en ai aussi profité pour réviser la traduction d'une novella d'abord parue en anglais, « Driftplast », dont il est question ici.

Bien sûr, il peut arriver même à Michèle Laframboise de s'écrouler de fatigue à force de vendre des livres, comme on le voit dans cette photo... En fait, je soupçonne qu'elle cherchait un crayon ou une plume dans un sac posé sur le plancher à côté d'elle, que l'on peut tout juste voir. On remarquera derrière elle le présentoir au nom des Éditions Fleurus, du groupe du même nom dont on a beaucoup parlé et dont on parle encore à l'occasion de ce cas troublant d'ingérence éditoriale qui a empêché la publication d'un roman pour jeunes de Nathalie Le Gendre. De fait, Prologue distribue de nombreux titres de Fleurus, mais pas nécessairement toutes les collections du groupe. Pour des raisons sans doute historiques, les livres de Mango (et je présume, de Mango jeunesse) sont distribués par les Messageries ADP, qui font partie du groupe Sogides, qui fait lui-même partie de l'empire Quebecor.

Plus tard, quand j'ai fait mon tour du Salon, je me suis naturellement arrêté chez Alire pour prendre une photo du vide. Du vide? Non, du Vide, le nouveau roman en grand format de Patrick Senécal. Je sens que les blagues au sujet de ce titre ne manqueront pas, mais le fait est que cette pile d'exemplaires dressée devant le comptoir de vente d'Alire était des plus impressionnantes. On voit dans cette photo Louise Alain (Prix Personnalité de l'Association québécoise des Salons du livre en 2000), au centre, et Manon Ouellet. Quand il est passé à son tour, Yves s'est fait taquiner avec les photos qu'on avait prises de lui lors de la fête pour le dixième anniversaire d'Alire. Mais le nouveau roman de Patrick, qui a bénéficié d'une excellente couverture médiatique, a fait courir les foules samedi et dimanche. Les ventes ont été bonnes, semble-t-il, et Le Vide a donc fait le plein... du tiroir-caisse. (Irrésistible, je vous dis!) Vais-je l'acheter ou attendrai-je une hypothétique parution en poche? Je penche pour la seconde option; thriller ou roman d'horreur, Le Vide ne comporte aucun élément fantastique, selon l'auteur lui-même. Je n'aurai donc pas à tenter une analyse iconographique du changement de style des couvertures d'Alire (il est vrai que la maison a adopté un style propre pour certaines de ses publications en grand format).

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2007-03-02

 

Vie littéraire

Première journée au Salon du livre de l'Outaouais. J'arrive en retard; les autobus jaunes s'en vont déjà, emportant leurs contingents d'écoliers, de parents bénévoles et d'enseignants. De fait, je signe quelques marque-page, mais je ne vends qu'un livre. Toutefois, comme il s'agit du Messager des orages de Laurent McAllister et que l'acheteuse n'est nulle autre qu'Alexandra Larochelle, je considère que je n'ai pas perdu ma journée.

Au fil de mes déplacements, j'en profite pour finir de lire le recueil Vanilla and other stories (2000) de Candas Jane Dorsey. Je reste marqué par son éclectisme, car les nouvelles représentent un échantillon de vingt-cinq années d'écriture, selon la postface. Les histoires d'amour pourtant nombreuses et parfois réjouissantes ne dissipent pas entièrement une certaine atmosphère morbide. Beaucoup de personnages souffrent, se mutilent, se suicident, vieillissent, font face à la mort. La prose de Candas le rend si bien, avec une sécheresse pleine d'intensité, qu'on reste saisi par ces destins, là où d'autres auteurs peinent à susciter l'émotion. Toutefois, à force d'évoquer des suicides et des personnages en marge de la société, les nouvelles perdent un peu de leur force, s'émoussent, se confondent... et la prose concise et ramassée n'évite pas toujours l'écueil de l'indéchiffrabilité quand elle se fait trop elliptique.

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2006-11-14

 

Le futur rend visite à Ottawa

La science-fiction au Canada francophone, de Jules Verne à aujourd’hui

Les auteurs de science-fiction sont des visiteurs du futur. Comme tous les voyageurs, ils racontent ce qu’ils ont vu et ils donnent envie de connaître l’avenir dont ils arrivent. Si vous voulez des nouvelles du futur, venez à l’Alliance française d’Ottawa le jeudi 16 novembre à 18h.

Encore aujourd’hui, Jules Verne est l’archétype de ces visionnaires. Le centenaire de sa mort en 2005 a été l’occasion de se pencher sur ses romans qui ont fait rêver des générations de lecteurs, de Vingt mille lieues sous les mers à Robur le Conquérant, en passant par De la Terre à la Lune et L’Île mystérieuse.

Au Canada, que Jules Verne a visité en personne, il n’est pas un inconnu. Dès le dix-neuvième siècle, il a été lu, acclamé et copié. En fait, il a inspiré de nombreux écrivains postérieurs au Canada français tout en demeurant une référence pour de nombreux pionniers et enthousiastes de la modernité, y compris le Frère Marie-Victorin. Je présenterai donc l’histoire de cette présence vernienne au Canada, images et textes à l’appui.

Après le passé, le présent. Une table ronde réunira ensuite des connaisseurs franco-ontariens de la science-fiction d’ici. Michèle Laframboise est une écrivaine et créatrice de bandes dessinées, qui a gagné plusieurs prix pour sa fiction et qui a lancé deux nouveaux albums en 2006, La Plume japonaise et Séances de signatures.

Caroline-Isabelle Caron est professeure à l’Université Queen’s de Kingston et une autorité internationale dans le domaine de la culture populaire. Elle a publié entre autres sur Star Trek et l’histoire populaire acadienne. Enfin, Christian Sauvé animera cette partie du programme. Critique émérite, Sauvé est un des collaborateurs de la revue Solaris, la principale revue consacrée à la science-fiction et au fantastique au Canada.

Le tout se passera à l'Alliance française d’Ottawa (352 MacLaren) à compter de 18h, le jeudi 16 novembre 2006.

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2006-09-16

 

De la science-fiction à Ottawa

Le 16 novembre prochain, l'Alliance française d'Ottawa accueillera plusieurs créateurs et connaisseurs de la science-fiction pour une soirée consacrée à la science-fiction. Au programme : une mini-conférence de votre serviteur sur la popularité de Jules Verne au Canada au dix-neuvième siècle, et une table ronde sur la science-fiction, pour répondre à toutes les questions du public, même celles qui ne sont jamais posées — qu'est-ce que la science-fiction? où peut-on en trouver? qu'est-ce qui est et n'est pas de la science-fiction à l'écran? crée-t-on de la science-fiction d'expression française au Canada? en Ontario?

Seront présents :

— Jean-Louis Trudel, auteur et critique, conférencier invité pour l'occasion mais aussi panéliste

Christian Sauvé, critique et webmestre de la revue Solaris

Michèle Laframboise, autrice et dessinatrice

Caroline-Isabelle Caron, professeure à l'Université Queen's et critique

Cela se passera au 352 de la rue MacLaren, à compter de 18h. Le programme sera suivi d'un vin et fromage.

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2006-06-14

 

La biodiversité à Ottawa

Dans les Pyrénées, on en vient presque aux mains à cause de la présence d'ours dans les vallées les plus reculées des montagnes les plus éloignées de la métropole parisienne...

À Ottawa, hier, un ours noir s'est aventuré dans un quartier pas si éloigné du centre de la capitale du pays et il a réussi à échapper aux policiers qui essayaient de le tranquilliser et de l'évacuer loin des citadins. Selon les spécialistes, il s'agit sans doute d'un émigrant québécois qui a traversé la rivière des Outaouais à la nage. Même les ours quittent le Québec! Enfin, pas tous.

Si celui-là est venu du nord, l'autre animal sauvage que j'ai aperçu hier arrivait sans doute du sud. En me rendant à la nouvelle bibliothèque en banlieue où travaille ma cousine, j'ai vu un animal traverser la route à la course. Je n'en suis pas absolument certain, mais je crois qu'il s'agissait d'un coyote. Ça change des marmottes qu'on repère ces jours-ci au bord des routes!

Évidemment, rien ne bat ce souvenir que je garde d'une incursion par un cervidé égaré qui avait abouti, il y a une vingtaine d'années, dans le stationnement de l'Hôtel Lord Elgin, à deux pas du Parlement... Ce n'est pas l'animal, c'est le parcours que j'imagine — la pauvre bête a dû se retrouver par accident en pleine ville sans savoir comment en sortir, avant de se précipiter dans l'entrée d'un stationnement souterrain aux ombres accueillantes...

En fait, les visites d'ours à Ottawa ne sont pas exceptionnelles. Même si je ne fréquente qu'Ottawa par intermittence, on entend parler régulièrement d'ours trop curieux qu'il faut déporter manu militari. Dans la grande région d'Ottawa-Gatineau, on compte plusieurs dizaines de signalements d'ours chaque année. Les signalements sont-ils à la hausse? Certains l'attribuent aux changements climatiques, d'autres à la fin de la chasse à l'ours du printemps. Une histoire à suivre...

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2006-04-27

 

De la lecture pour le voyage

En prenant l'autobus à Ottawa, le voyageur n'a pas à craindre qu'il manquera de lecture...Comme on peut le voir ci-dessus, il trouvera de la lecture avant de partir de la gare routière. Le plus surprenant, sans doute, dans cet alignement de distributrices de journaux, c'est la forte présence de journaux gratuits, et l'absence de journaux francophones, mais aussi de journaux nationaux comme The Globe and Mail ou The National Post. Ces derniers (tant les journaux nationaux que les francophones) doivent être achetés à l'intérieur du terminus, dont la boutique offre une sélection additionnelle de journaux, de revues et de livres.

La région de la capitale canadienne compte de nombreux diplômés universitaires. Dans la catégorie des Canadiens nés au Canada, cette partie de la population représente une fraction plus grande que dans les autres grandes villes canadiennes. Les chiffres indiquent d'ailleurs que les Canadiens d'origine étrangère sont extrêmement nombreux à détenir un diplome universitaire. Il n'y a donc rien d'étonnant à observer qu'il existe malgré tout un public nombreux pour la lecture de journaux, en dépit de tout ce qu'on dit sur la baisse de la lecture.

Évidemment, on trouve à Paris des kiosquiers qui offrent encore plus de journaux, mais eux aussi sont concurrencés par les journaux gratuits. Les villes canadiennes n'ont pas vraiment de kiosquiers — le climat n'aide pas, surtout l'hiver. Les journaux sont plutôt vendus dans les tabagies, les dépanneurs, les librairies, à la rigueur des maisons de la presse dans les plus grandes villes. Au centre-ville de Toronto, on trouve quelques vendeurs ou revendeurs opérant dans la rue, mais en comptant sur des installations de fortune. Ailleurs au pays, il sera plus rare de trouver la même densité de clients potentiels.

Il reste que ces distributions parfois quotidiennes de produits dérivés d'arbres représentent un gaspillage effarant de ressources quand on songe non seulement aux arbres, mais à l'énergie que leur transformation en papier a nécessité. L'arrivée du papier électronique représentera peut-être une solution pour les amateurs de journaux plus écologiques... Dans Le Ressuscité de l'Atlantide, paru en feuilleton dans la revue imagine... en 1985-1987, j'appelais ce concept un écran-éponge. Il en était question dans cet extrait de la version parue en 1994:

«Elle se leva et soutira un grand rectangle d'un matériau luisant à une machine encastrée dans une batterie de machines semblables dont Juan ne pouvait deviner les fonctions.

Thomasina lui tendit l'objet et dit:

— Voilà le journal, sur écran-éponge. Sais-tu lire?

Juan hocha la tête; il avait su déchiffrer les slogans qui ornaient les murs de la station de super-L. Il examina les deux cercles miroitants en haut de la page. Des caractères noirs se mirent à apparaître sur la surface blanche et flexible. Le titre se détacha tout en bas : Tiempos de Chicago.»

Nous y sommes presque, non?

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2006-03-10

 

Un Salon verglacé

Verglas à Ottawa, hier : Le plus dur en sortant de chez soi, c'était les six ou sept premiers mètres sous une pluie battante, sur l'ancienne glace, sur la neige croûtée de glace plus ou moins neuve et sur le verglas en formation à même l'asphalte — toutes ces surfaces s'avérant excessivement glissantes une fois détrempées. (Si les Inuit n'ont pas autant de mots pour désigner la glace et la neige qu'on l'a prétendu, il n'est pas douteux qu'ils pourraient fort bien en avoir besoin...) Une fois dans la rue, j'ai pu atteindre l'arrêt d'autobus sans encombre et me rendre au Salon du Livre de l'Outaouais sans avoir à parcourir un autre mètre sur des trottoirs glacés ou sous l'averse.

Bien au chaud dans le Palais des Congrès, le Salon du Livre a pourtant été frappé par le verglas. Selon la rumeur, des annulations de sorties scolaires par les conseils idoines expliqueraient l'absence des hordes habituelles de jeunes collectionneurs de numéros d'Archie et de marque-pages dédicacés par les auteurs présents. Mes deux heures de présence au Salon en après-midi ont donc été des plus tranquilles et j'ai pu réfléchir à de nouvelles horreurs pour le quatrième roman jeunesse de Laurent McAllister. En revanche, j'ai revu les copains et les collègues. Pour la plupart, il s'agissait des gens de la région : Claude Bolduc, Colette Michaud, Christ Oliver, Jean-François Somain, Monique Bertoli, sans parler de ceux que j'ai simplement salués de loin ou au passage. Mais j'ai aussi fait escale au stand d'Alire, toujours animé par la dynamique Louise Alain, acheté le premier roman jeunesse de Michel J. Lévesque, Samuel de la chasse-galerie (Médiaspaul), et parlé un peu affaires çà et là.

La grande visite, ce sera pour la fin de semaine, paraît-il.

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