2007-03-29

 

La victoire des Verts

L'autre jour, je blaguais un peu en parlant d'une victoire du Parti vert, puisque sa part du vote populaire ne dépassait pas de beaucoup celle de Québec solidaire. Mais je ne croyais pas si bien dire.

Si on examine les résultats de plus près, en effet, on relève d'abord que les Verts n'ont présenté que 108 candidats, alors que Québec solidaire en avait 123 sur les rangs. Ainsi, le Parti vert a obtenu une moyenne de 1230 votes environ par circonscription tandis que Québec solidaire en obtenait 1160 environ, une différence infime, de l'ordre de 6%. Toutefois, si on ne tient compte que des candidats disponibles, le Parti vert a obtenu environ 1430 votes par candidat tandis que Québec solidaire n'en attirait que 1180 environ, une différence nettement plus sensible, de l'ordre de 20%.

Dans certaines circonscriptions, le candidat de Québec solidaire a drainé tous les votes de protestation, mais il convient de remarquer que, dans les 106 circonscriptions où le Parti vert affrontait Québec solidaire, le candidat vert a obtenu plus de voix dans 76% des cas.

On a pu lire et entendre dans les médias francophones québécois que le Parti vert était quelque lubie des comtés anglophones, mais ces chiffres indiquent au contraire que lorsque les électeurs avaient le choix entre un candidat du Parti vert et un candidat de Québec solidaire, ils ont choisi celui du Parti vert les trois quarts du temps.

Ceci doit-il nous intéresser? Ne s'agit-il pas de partis marginaux? Eh bien, l'ADQ et le PQ n'étaient-ils pas des partis marginaux à leurs débuts?

Si on s'entend pour dire qu'un parti qui recueille 2500 votes et plus dans une circonscription est un parti sérieux, on peut trouver significatif que six candidats du Parti vert ont passé ce seuil, contre cinq candidats de Québec solidaire, y compris les trois super-vedettes de Québec solidaire, Amir Khadir, Françoise David et François Saillant (FRAPRU). Inversement, on notera que les Libéraux sont les seuls à avoir obtenu au moins 2500 votes dans toutes les circonscriptions du Québec. Ainsi, malgré ce qu'on a pu entendre, le Parti libéral est le parti le plus authentiquement québécois de la province. Dans la plupart des cas, ce sont sans surprise les bastions anglophones qui sont les plus réfractaires aux autres partis, mais il y a une poignée de circonscriptions périphériques où l'ADQ et le PQ ne passent pas non plus cette barre.

La médiatisation des vedettes de Québec solidaire a sûrement aidé Khadir et David à obtenir les deux totaux les plus élevés de tous les votes pour les partis contestataires, soit 8303 et 7913 respectivement. Pas un seul autre candidat de ces deux partis n'a eu plus de 4000 voix. Si on déduisait ces chiffres du vote total pour Québec solidaire, le vote moyen par candidat tomberait à 1050 voix à peine, contre plus de 1400 pour le Parti vert.

Les circonscriptions extrêmes

J'avais examiné précédemment les circonscriptions les plus et les moins peuplées de la province. Voyons donc quels partis en ont héritées...

Tout d'abord, après révision de la liste des inscrits, qui avait légèrement réduit l'électorat lors du vote par anticipation avant de le regonfler au-delà des niveaux initiaux, un peu moins de vingt mille inscrits venant s'ajouter aux électeurs connus au départ. Mais ceci n'a pas modifié la liste des circonscriptions qui sont en infraction, à strictement parler, puisqu'elles comptent soit moins soit plus de 25% du nombre moyen d'inscrits par circonscription. Du côté des moins peuplées, on retrouve les résultats suivants:

Abitibi-Est (-26,91%) — PQ
Abitibi-Ouest (-28,09%) — PQ
Bonaventure (-35,95%) [Gaspésie] — PLQ
Charlevoix (-26,89%) — PQ
Frontenac (-26,05%) [Chaudières-Appalaches] — PLQ
Gaspé (-38,37%) — PQ
Îles-de-la-Madeleine (-76,50%) — PQ
Matane (-38,02%) [Bas-Saint-Laurent] — PQ
Matapédia (-34,21%) [Bas-Saint-Laurent] — PQ
Mégantic-Compton (-25,55%) [Estrie] — PLQ
Montmagny-L'Islet (-28,77%) [Chaudières-Appalaches] — ADQ
Rivière-du-Loup (-25,30%) [Bas-Saint-Laurent] — ADQ
Ungava (-46,84%) — PQ

Dans tous les cas, sauf celui de l'Ungava, la sous-population de ces circonscriptions s'est aggravée, de sorte que leurs voix pesaient encore plus lourd, relativement parlant. Le PQ a raflé huit de ces circonscriptions, le Parti libéral trois et l'ADQ deux. On peut donc dire d'emblée que le PQ compte le plus de députés mal élus.

Du côté des circonscriptions les plus peuplées, les résultats sont les suivants:

Chambly (+31,17%) [Montérégie] — ADQ
Drummond (+25,20%) [Drummondville] — ADQ
Fabre (+28,28%) [Laval] — PLQ
Masson (+29,78%) [Terrebonne, etc.] — ADQ
Prévost (+26,69%) [St-Jérôme, etc.] — ADQ

Leur expansion démographique semble avoir ralenti puisque Fabre et Prévost sont les seules circonscriptions dont la sous-représentation a augmenté. Les résultats sont assez parlants : l'ADQ a mis la main sur quatre de ces circonscriptions, la seule exception faisant partie des bastions îliens des partis traditionnels à Laval et Montréal. Dans cette grande couronne colonisée par les familles francophones, s'éloignant de la mixité du centre-ville mais subissant les pressions financières associées à l'achat d'une maison et à la fondation d'une famille, on trouve sans surprise le terreau propice au message de l'ADQ qui leur était le plus clairement adressé.

Depuis un certain temps, on fait remarquer aux États-Unis que la montée des Républicains et de l'ultra-conservatisme doit beaucoup à leur enracinement dans les edge cities. Ces agglomérations périphériques, desservies par des autoroutes et de grands boulevards, ont bénéficié de la déchéance non seulement du centre-ville mais aussi des banlieues résidentielles proches. Les données (.PDF) confirment la nouvelle ségrégation instaurée par ces banlieues éloignées : elles sont plus riches, plus blanches, plus catholiques et relativement plus républicaines. Et aussi moins partageuses.

Une fois de plus, on pourrait soutenir que les Québécois se montrent beaucoup plus semblables à leurs voisins au sud, où le rejet des valeurs urbaines et de la modernité aurait joué un rôle certain dans les succès des Démocrates en novembre dernier. Et comme aux États-Unis, tout une panoplie de mesures (électorales et financières) favorisent les régions hors des villes au détriment des grandes villes. Cela consacrera-t-il la suprématie durable des valeurs de Zéroville?

À défaut d'une dose de proportionnelle, il faudrait au moins revenir au principe d'une personne, un vote. Pour une fois, les deux principaux partis de l'Assemblée nationale auraient intérêt à resserrer les écarts permis pour la population des circonscriptions électorales. Les quatre circonscriptions surpeuplées remportées par l'ADQ pourrait facilement être représentées par cinq députés — et elles auraient 3% plus d'inscrits que la moyenne. Même chose à Laval. Et si l'écart permis était réduit à 10% ou moins, il faudrait enfin à venir à fusionner certaines des circonscriptions régionales les moins peuplées. Ainsi, si les trois circonscriptions de l'Abitibi-Témiscamingue étaient ramenées à deux, elles auraient une population supérieure de 20% à la moyenne, ce qui leur permettrait d'en prêter à l'Ungava ou à Laviolette.

Jean Charest aura-t-il le courage de le proposer? Stratégiquement, cela pourrait faire éclater la coalition de l'ADQ, ou à tout le moins le mettre sous pression...

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2007-03-27

 

Le Parti vert écrase Québec solidaire!

Malgré la couverture éhontée dont Québec solidaire continue à jouir dans les médias francophones du Québec, c'est bel et bien le Parti vert qui a coiffé Québec solidaire dans la course des petits partis.

Cette nuit, l'ADQ passe du statut de petit parti à celui de parti de l'Opposition; il entre dans la cour des grands, mais ce sera peut-être le tour un jour d'un autre petit parti. C'est pourquoi je trouve intéressant que le Parti vert ait obtenu 6% plus de voix que la machine de Québec Solidaire. Il pourrait annoncer la... couleur de l'avenir.

C'est peut-être aussi le signe de l'émergence d'un autre Québec, qui expliquerait pourquoi le gouvernement sera minoritaire (ou sera une coalition de partis minoritaires). Si le Parti vert n'a pas retenu l'attention, c'était en partie faute de porte-parole capable de s'imposer dans les médias francophones. Son existence s'enracine en partie dans un terreau linguistique différent, mais elle reflète justement la réalité d'un bastion urbain et non-francophone qui a permis aussi aux Libéraux de survivre malgré leur impopularité chez les francophones. Historiquement, la majorité francophone choisissait le gouvernement. Les Libéraux avaient leur base anglophone et montréalaise, mais il fallait conquérir la majorité à l'extérieur.

Quelque chose a changé. Est-ce seulement la présence d'un troisième larron? Peut-être, mais l'ADQ est absent de Montréal et Laval. S'il avait fait la moindre percée dans cette partie du Québec, c'est Mario Dumont qui aurait le droit de former un gouvernement. Par conséquent, il faut bien admettre que le clivage entre Montréal et les régions change la donne. La base montréalaise des Libéraux peut leur permettre de tirer leur épingle du jeu quand le vote francophone se déchire entre villes et régions. Même en ne conservant qu'une poignée de régions comme l'Outaouais, ils peuvent se faufiler entre les deux autres grâce au bastion libéral de l'archipel montréalais. Ainsi, malgré l'effacement libéral d'une partie de la carte du Québec francophone, Jean Charest aura quand même le plus grand nombre de députés.

C'est ce qui déjoue en partie la grogne évidente d'une partie de l'électorat. Malgré le désir manifeste d'infliger une rebuffade aux Libéraux, les électeurs n'ont pas sorti les sortants. Surtout qu'il y a sans doute eu un ressaisissement de certains électeurs tentés par les petits partis. La victoire du Parti vert permet donc de reconnaître qui sont les vrais fidèles et on en retient qu'il y a plus de vrais environnementalistes au Québec que de vrais sociaux-démocrates tendance utopiste, car les uns ont soutenu le Parti vert, quatrième de la province, tandis que les autres ont sans doute déserté la formation bicéphale pour revenir au bercail du PQ...

Les points tournants

Pourtant, on ne peut nier que l'élection a été perdue par le PQ. L'impopularité des Libéraux permettait tous les espoirs et, malgré la supposée tradition de la réélection pour un second mandat, les élections récentes avaient surtout illustré la volatilité du vote au Québec. À mon avis, le premier point tournant remonte à la campagne à la chefferie du PQ. La révélation de la consommation de cocaïne de Boisclair aurait dû couler sa candidature : on peut se demander dans quelle mesure le soutien qu'il a reçu à cette occasion n'a pas repoussé une partie de l'électorat potentiel qui trouvait, au mieux, que c'était un mauvais exemple à donner et qui pouvait voir dans l'indulgence des médias un autre signe de la perte des vraies valeurs favorisée par une certaine élite.

L'affaire Zéroville a joué un rôle aussi. Il convient toutefois de prendre un certain recul : ce n'est pas tout le Québec qui s'est montré solidaire hier des valeurs de Zéroville. L'ADQ a obtenu moins du tiers du vote populaire. Et les autres partis, tout en faisant de leur mieux pour désamorcer le débat, n'ont pas donné de gages aux intolérants comme Mario Dumont a pu le faire à mots couverts.

La décision de Charest de convertir les largesses d'Ottawa en réductions d'impôts passe pour un point tournant, mais je ne suis pas sûr qu'elle lui ait coûté beaucoup de votes au Québec. Au fond, le principe même du déséquilibre fiscal, c'était qu'Ottawa et non Québec décide de l'attribution de fonds que les Québécois considéraient comme leur dû. Les Québécois étaient-ils si offusqués qu'un parti du Québec décide de consacrer les sommes récupérées d'Ottawa à réduire les impôts?

Dans quelle mesure la promesse d'un référendum durant un premier mandat du PQ a-t-elle été le clou dans le cercueil? Faut-il croire que la tentative in extremis de Boisclair d'accrocher le grelot au cou de l'ADQ en fin de semaine — et le refus sans ambages de Mario Dumont de se faire piéger — a scellé la victoire adéquiste? La souveraineté reste désirable, selon les sondages, mais cela ne signifie pas que les Québécois soient pressés de connaître de nouveau les joies d'un référendum...

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2007-03-22

 

Sous-représentation des villes et des minorités

J'ai déjà traité plusieurs fois de la sous-représentation du vote urbain, ce qui entraîne automatiquement une sous-représentation des créateurs culturels, concentrés dans les villes, mais aussi des minorités visibles, en particulier de celles issues de l'immigration récente. Sans parler des opinions plus libérales que celles de Zéroville.

Un article récent (.PDF) de Michael Pal et Sujit Choudhry de l'Université de Toronto aborde la question au niveau fédéral, qui ne diffère guère du niveau provincial. Les minorités visibles issues de l'immigration représentent près de quatre millions de personnes au pays, concentrées dans les grandes villes de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et du Québec.

Pourtant, depuis dix ans, le poids relatif des votes urbains ne cesse de diminuer. En 1996, selon l'article, un vote urbain valait 97% du vote moyen, mais un vote rural valait 115% du vote moyen. Le poids du vote des minorités visibles urbaines s'évaluait à 95% du vote moyen.

En 2001, un vote urbain valait 96% du vote moyen, mais la valeur du vote rural avait grimpé à 122% du vote. Quant aux minorités visibles urbaines concentrées dans les circonscriptions les plus populeuses, le poids de leur vote était tombé à 91% du vote moyen. Il n'est pas encore possible de calculer les chiffres pour 2006, mais ce serait surprenant que les tendances aient changé puisque rien n'a été fait pour les corriger, tandis que les résultats préliminaires indiquent que l'urbanisation se poursuit.

Il existe aussi des différences d'une province à l'autre. La sous-représentation du vote des minorités visibles urbaines est pire en Colombie-Britannique (89% en 1996) et en Alberta (91% en 1996) qu'en Ontario ou au Québec (95% en 1996), et la situation n'a fait qu'empirer, sauf au Québec. En 2001, le poids du vote urbain des minorités visibles était de 84% en Colombie-Britannique, 87% en Alberta, 90% en Ontario et 97% au Québec.

Pal et Choudhry font ressortir un autre facteur qui réduit le poids du vote des membres des minorités visibles à l'extérieur du Québec : la sous-représentation électorale des provinces où ils se retrouvent en plus grand nombre. C'est-à-dire que l'Alberta, l'Ontario et la Colombie-Britannique ne jouissent pas d'un poids proportionnel à leur population; elles sont sous-représentées relativement au Québec.

Même si j'ai souvent insisté sur les effets pervers d'écarts de la population moyenne d'une circonscription atteignant 25% dans un sens ou l'autre, en toute légalité, Pal et Choudhry notent que les inégalités interprovinciales jouent un rôle encore plus grand dans la sous-représentation de certains votants au niveau fédéral.

La lecture de l'article est un peu déprimante. Les inégalités en cause résultent de choix constitutionnels difficiles à remettre en cause et d'une jurisprudence qui a lâchement accepté les écarts de 25% préconisés par les législateurs. S'il serait vain de songer à s'en prendre à la constitution, il ne reste qu'un petit nombre de pistes : réduire les écarts permis par des mesures législatives (qui réduiraient l'influence de ceux-là mêmes qui seraient censées les voter), augmenter le nombre de sièges au Parlement ou passer à une forme de proportionnelle. La première solution me semble toujours la plus réaliste, si un parti obtenait une majorité à l'intérieur de laquelle les villes détiendraient aussi la majorité. Mais une forme de proportionnelle, malgré le défi d'obtenir un consensus, aurait l'avantage de résoudre l'essentiel du problème d'un coup...

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2007-03-20

 

Les avantages de l'élection de l'ADQ

Le mot d'ordre de Mario Dumont : l'autonomie.

Le mot d'ordre de Maurice Duplessis : l'autonomie.

Bref, les deux politiciens représentant des circonscriptions fluviales (Rivière-du-Loup et Trois-Rivières) n'ont pas que leurs initiales en commun. La comparaison n'est pas originale, mais l'ascension de l'ADQ commence à en inquiéter quelques-uns, la CSN sonnant le tocsin. Les valeurs de Zéroville ne risquent-elles pas de se retrouver au pouvoir?

Le programme (.PDF) de l'ADQ ne nous éclaire guère. Abolir le Conseil de la fédération, rouvrir le dialogue constitutionnel, adopter une constitution québécoise, inscrire dans celle-ci l'existence de l'« État autonome du Québec » et défendre les champs de compétences, cela ne se distingue guère de démarches nationalistes passées. Reste le dernier point : « Renforcer l'autonomie financière du Québec en donnant la priorité au rétablissement de l'équilibre fiscal entre les paliers de gouvernement, à la diminution de l'endettement du Québec, à la réduction de la dépendance à l'égard de la péréquation, et à l'instauration d'un seul rapport d'impôt pour les contribuables québécois. » Cela peut mener loin, mais dans quelle direction?

Les promesses plus concrètes (système de santé mixte, écoles spécialisées, plus d'enseignement de l'histoire, mieux enseigner le français et l'anglais, le bulletin chiffré, une commission d'enquête sur les conditions de vie des aînés, l'aide aux victimes d'actes criminels, limiter les libérations conditionnelles, assainir les rivières, miser sur l'agriculture, miser sur l'économie du savoir, alléger la réglementation, pas d'augmentations d'impôts) sont soit banales soit déjà connues. Les mesures natalistes (dont la prime de naissance d'un troisième enfant, le remboursement du traitement de l'infertilité et la gratuité scolaire pour les jeunes parents aux études) sont plus originales.

Et d'autres peuvent susciter la méfiance. Revoir le rôle du ministère de l'Environnement pour qu'il passe de l'interdiction à l'innovation rappelle l'effet de la déréglementation reaganienne sur la protection de l'environnement aux États-Unis : en exigeant une évaluation monétaire des effets de la réglementation et en exigeant un bénéfice net, l'Environmental Protection Agency avait été obligée de quantifier des biens intangibles. Depuis, les directives des présidents Clinton et Bush ont continué à réduire la liberté d'action de l'agence au nom du fardeau de la réglementation, bref, du droit de polluer sans se faire embêter (le Canada ne fait pas mieux). De même, le développement du transport en commun voulu par l'ADQ passe par une « modernisation du modèle de gestion » axée sur la « diminution des coûts ». Ceci ne laisse pas espérer un réinvestissement significatif! L'allègement de la réglementation refait surface dans le but d'augmenter l'emploi et la productivité, en avantageant particulièrement les PME.

Ce qui inquiète les syndicats, c'est l'engagement de l'ADQ à réduire « concrètement la taille et le nombre de structures bureaucratiques et éliminer tout organisme qui ne saurait justifier son existence sur la base d'un réel service à rendre à la population ».

Et ce qui peut inquiéter les citoyens soucieux du futur, c'est le réalisme à courte vue de ce genre d'exigence qui revient aussi dans l'application de toute marge de manœuvre « pour diminuer les impôts, rénover les infrastructures publiques et diminuer la dette publique ». Ainsi, malgré la référence à l'économie du savoir et au soutien accru de la culture, il ne faudrait pas compter sur l'ADQ pour aider les universités autrement qu'en augmentant les frais de scolarité. Quant aux chercheurs et créateurs culturels, ils auront un meilleur budget pour leurs faux frais, un point c'est tout.

Reste enfin la question des perdants et des gagnants si l'ADQ obtient le pouvoir. Que signifie la correction du régime fiscal québécois « en diminuant l'importance des taxes les plus nuisibles », dont les impôts sur le revenu et la taxe sur le capital? On peut discuter de la taxe sur le capital, mais l'impôt sur le revenu n'exige pas des riches autre chose que leur part de la richesse collective, à peu près. Les riches y gagneraient donc. Ceci ne veut pas dire que les pauvres y perdraient nécessairement, mais cela ne veut pas dire non plus qu'ils profiteraient du ruissellement vers le bas d'une prospérité accrue de la société, comme on l'espérait au temps de Reagan. En revanche, si la déréglementation adéquiste et le mépris du futur accouchaient d'un environnement dégradé et d'une vie collective brutalisée comme dans la Grande-Bretagne de Thatcher, ce ne seraient pas les riches qui en souffriraient le plus.

Mais si l'élection de l'ADQ permettait de dissocier une fois pour toutes l'équation nationalisme = progressisme, ou souverainisme = progrès, en montrant que le nationalisme peut aussi servir d'alibi à des politiques conservatrices, la pensée politique au Québec y gagnerait peut-être en liberté...

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2007-03-10

 

Zéroville au pouvoir (3)

Pour compléter ma trilogie de regards sur la représentation électorale au Québec, après avoir relevé l'existence de circonscriptions rurales jouissant d'un poids excessif et de circonscriptions de la couronne montréalaises largement sous-représentées, jetons un coup d'œil aux circonscriptions les plus urbaines. Si je retiens quatre ensembles de circonscriptions, soit celles de l'île de Montréal et celles de Laval, ainsi qu'une sélection des circonscriptions centrales de Québec-Lévis et de Gatineau (choisies à l'œil nu pour leur proximité du centre-ville et leur taille réduite qui permet de croire que la densité résidentielle est élevée), j'obtiens les résultats suivants :

Île de Montréal — 28 circonscriptions — 1 269 206 inscrits — +0,95%
Laval — 5 circonscriptions — 270 212 inscrits — +20,36%
Québec-Lévis — 9 circonscriptions — 443 558 inscrits — +9,76%
Gatineau — 3 circonscriptions — 149 284 inscrits — +10,83%

Ainsi, on voit que les grandes régions urbaines pâtissent nettement de la préférence aux circonscriptions ailleurs au Québec. Sans se prononcer, on peut supputer que certains facteurs entrent en jeu.

Les circonscriptions de l'île de Montréal s'en tirent relativement bien dans l'ensemble, sans doute pour deux raisons. D'abord, la population de l'île est, comme on le sait, relativement stable, voire caractérisée par une décroissance au profit des banlieues et de la grande couronne. Ceci tend à corriger la situation antérieure, tout en gonflant les circonscriptions banlieusardes, parfois à l'excès. Ensuite, la région administrative de Montréal compte un si grand nombre de circonscriptions qu'il est relativement facile d'ajuster la population de chacune en déplaçant ses frontières de quelques rues, ou en taillant une nouvelle circonscription. Avec une population dépassant le million, il suffit d'un excès de 3% par rapport à la moyenne pour qu'il devienne possible de créer une nouvelle circonscription sans modifier les limites de la région administration et dans le respect des lois. (On aurait alors une nouvelle circonscription qui compterait 37 720 inscrits, soit 16% de moins que la moyenne.) Ainsi, l'excès ne devrait pas dépasser normalement 4% environ.

À Laval, par compte, la région ne compte que cinq circonscriptions. Par conséquent, pour ajouter une nouvelle circonscription, il faut que l'excès atteigne 20% environ. De fait, il y aurait place pour une sixième circonscription de taille moyenne à Laval dès maintenant. (Non que les limites des circonscriptions se confondent toujours avec celles des régions administratives, mais il semble y avoir un effort pour les faire coïncider.)

Les Lavallois sont donc les citadins les plus clairement lésés au Québec. Le dynamisme du peuplement de Laval, à l'opposé de la stagnation montréalaise, explique sans doute le retard dans la création de la nouvelle circonscription qui s'imposerait. Ce n'est sans doute pas un calcul politique : en 2003, les Libéraux avaient remporté toutes ces circonscriptions. Quand on parle du désavantage électoral traditionnel des Libéraux relativement au PQ, ce n'est pas seulement parce que le vote libéral est concentré dans des circonscriptions où le parti recueille des majorités « gaspillées », comme on l'entend souvent, c'est très probablement aussi parce que les votes libéraux sont concentrés dans des circonscriptions urbaines et péri-urbaines dont les votes comptent moins qu'ailleurs en province. Du coup, on s'étonne que les Libéraux n'aient pas encore opté pour une forme de proportionnelle...

Mais cet avantage structurel d'habitude acquis au PQ profitera-t-il cette fois à l'ADQ?

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2007-03-07

 

Zéroville au pouvoir (2)

L'autre jour, j'analysais la représentation vraiment excessive des circonscriptions rurales du Québec. Mais s'il y a des gagnants, il faut bien qu'il y ait des perdants. Qui sont-ils?

En utilisant les mêmes données, on obtient la liste qui suit de circonscriptions provinciales dont le nombre d'inscrits est de plus de 25% supérieur à la moyenne des circonscriptions québécoises :

Chambly (+31,46%) [Montérégie] — (vacante)
Drummond (+25,31%) [Drummondville] — PQ
Fabre (+28,00%) [Laval] — PLQ
Masson (+29,88%) [Terrebonne, etc.] — PQ
Prévost (+26,43%) [St-Jérôme, etc.] — PQ

Dans ce cas, l'échantillon est plus petit. Si la représentation excessive des circonscriptions de la Gaspésie et du Bas-St-Laurent révèle le dépeuplement rural, la sous-représentation de ces circonscriptions révèle surtout l'expansion des banlieues de la couronne montréalaise. Le PQ domine dans ces circonscriptions de la grande banlieue qui, me semble-t-il, sont en grande partie francophones, contrairement à certaines circonscriptions plus proches de l'île de Montréal.

En tout cas, il est dérangeant de constater que la circonscription la plus peuplée du Québec (Chambly) avait si peu d'importance aux yeux du gouvernement qu'elle était restée vacante jusqu'à la veille des élections...

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2007-03-01

 

Zéroville au pouvoir (1)

Ce n'est pas si facile de trouver un tableau donnant les circonscriptions électorales, le nombre d'électeurs dans chacune et les écarts de chacune relativement à la moyenne provinciale. Le Directeur général des élections du Québec fournit au moins un tableau présentant le nombre d'électeurs inscrits à la prise du décret des élections du 26 mars.

Ces chiffres pourraient changer, car on prévoit que 2,5% des électeurs devront modifier leur inscription. Néanmoins, dans l'état actuel des choses, plusieurs circonscriptions dérogent (avec ou sans permission) à l'écart maximum permis entre le nombre moyen d'inscrits dans les circonscriptions et le nombre réel. J'avais déjà évoqué le déséquilibre électoral qui permet aux votes des Gaspésiens de peser plus lourd que les votes montréalais et qui donne plus de chance aux partis comme l'ADQ de s'implanter dans les circonscriptions minceur du Québec.

Or, la situation ne fait que s'aggraver. J'ai calculé ma propre moyenne en utilisant le tableau en-ligne. Les circonscriptions suivantes sont sous la barre minimale du 25% de moins que la moyenne — et notez bien où on les retrouve :

Abitibi-Est (-26,58%) — PLQ
Abitibi-Ouest (-27,66%) — PQ
Bonaventure (-35,65%) [Gaspésie] — PLQ
Charlevoix (-26,63%) — PQ
Frontenac (-25,63%) [Chaudières-Appalaches] — PLQ
Gaspé (-38,30%) — PQ
Îles-de-la-Madeleine (-76,37%) — PQ
Matane (-37,80%) [Bas-Saint-Laurent] — PLQ
Matapédia (-33,87%) [Bas-Saint-Laurent] — PQ
Mégantic-Compton (-25,21%) [Estrie] — IND
Montmagny-L'Islet (-28,41%) [Chaudières-Appalaches] — PLQ
Rivière-du-Loup (-25,07%) [Bas-Saint-Laurent] — ADQ
Ungava (-47,35%) — PQ

Ainsi, la circonscription même du potentiel chef de l'Opposition, Mario Dumont, qui pourrait détenir la balance du pouvoir dans une situation minoritaire, est en-dessous de la barre! Mais ce n'est qu'une des treize circonscriptions dans cette situation. Elles sont représentées par un député indépendant, le chef de l'ADQ, cinq députés du PLQ et six députés du PQ. Elles sont loin d'être représentatives à la chambre de l'ensemble du Québec; avec plus de 10% des sièges à l'Assemblée nationale, elles représentent pourtant moins de 7% des électeurs. Et ceux-ci sont loin d'être ignorés puisqu'ils ont pour porte-parole trois ministres (presque 12% d'un conseil de 26 ministres) et un chef de parti...

On comprend pourquoi aucun parti n'a encore eu le courage d'œuvrer pour une représentation un peu plus équitable des Québécois, quand les régions qui ont le plus à perdre parlent aussi fort dans les lieux de débat.

Pourtant, on notera que la combinaison des circonscriptions de Gaspé et des Îles-de-la-Madeleine aurait une population totale de 38313 — qui serait encore inférieure de 15% environ à la moyenne (moyenne que je ne corrige pas, en tenant pour acquis qu'on remplacerait la circonscription disparue par une nouvelle circonscription urbaine). Il y a décidément des révolutions qui se perdent...

Bref, il ne faut pas s'étonner de voir les valeurs de Zéroville prendre autant de place dans une campagne électorale où les votes de Zéroville comptent facilement double.

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2006-01-28

 

Participation électorale

Au Canada, la participation au vote de lundi dernier était en hausse, mais il n'y avait pas de quoi se vanter (elle était tout juste sous la barre des 65%). La discussion repart donc de plus belle, comme en témoigne un article de Carl Wilson dans le Globe and Mail d'aujourd'hui, qui mentionne une étude — enfin, une expérience — de chercheurs des universités Tufts et Yale. En effet, Elizabeth Addonizio et Donald Green (de Yale), en collaboration avec Timothy J. Ryan (de Tufts), sont partis d'une observation historique. Au XIXe s., les bureaux de scrutin aux États-Unis étaient souvent installés dans des lieux au centre de la vie collective, en particulier dans les saloons. L'atmosphère était donc assez festive.

En 2005, ces trois chercheurs ont donc choisi deux villages de l'État du New Hampshire. Dans le premier, ils ont organisé une petite fête (avec clowns, DJ, barbe-à-papa et popote en plein air) aux portes du bureau de scrutin. Dans l'autre, le vote avait lieu comme d'habitude. Or, près de 1500 électeurs ont voté dans le premier cas, tandis que le second village n'avait attiré que 400 électeurs. Ils en concluent qu'un contexte plus festif favoriserait la participation.

En tout cas, je suis assez porté à croire qu'une amélioration de la logistique du vote, en particulier en multipliant les lieux de vote, ne ferait pas de mal. (À l'ère de l'informatique, pourquoi donc ne pourrait-on pas voter dans n'importe quel bureau, partout en ville?) Pour aller voter lundi dernier, j'ai dû marcher plus de deux kilomètres sur des trottoirs glacés ou enneigés (sans compter quelques volées de marches à monter et descendre aussi dans ces conditions hivernales) et j'ai eu une pensée pour les moins ingambes que moins. En ville, tout le monde n'a pas une voiture et les transports en commun dans une circonscription aussi grande que la mienne ne facilitent pas toujours la tâche de se rendre dans le bon bureau de scrutin. Certes, voter n'avait rien de particulièrement ardu, mais si on veut augmenter le niveau de participation, il faudrait s'interroger sur de nouvelles pistes.

Même si cela coûterait plus cher, par exemple, on pourrait multiplier les bureaux de scrutin. Au lieu de tout centraliser en un seul endroit, on trouverait des mini-bureaux de scrutin dans de nombreux lieux publics — et même dans les rez-de-chaussée de grands immeubles (il faut aller là où se trouvent les électeurs). Dans les restaurants et les centres commerciaux, par exemple. Dans certains cas, les bureaux ne seraient pas ouverts en permanence; ils pourraient viser les heures de grande affluence. Le départ au travail le matin. Le retour au foyer le soir. Le magasinage ou la pause repas durant l'heure du midi. Les frais de sécurité et de transport des urnes seraient plus élevés, mais il serait aussi plus difficile d'oublier qu'il y a élection, car l'électeur moyen ne pourrait se rendre nulle part sans tomber sur un isoloir... Tout simplement.

Sociologiquement, on relève aussi le nombre en baisse des jeunes électeurs. Apparemment qu'ils ne se sentent pas concernés... Parmi les hypothèses qu'on ne semble pas formuler très souvent mais qu'il me semblerait évident d'examiner, il y a deux choses : la longueur croissante des études postsecondaires et la paupérisation relative des jeunes couples et travailleurs. En effet, il y a quelques décennies, les jeunes passaient pour la plupart directement de l'école au marché du travail. En quelques années, ils fondaient une famille et acquéraient un foyer. Or, quand on a un bien et une position dans la société à défendre, sans parler des enfants, on se sent concerné par beaucoup plus de mesures politiques que si on est un simple étudiant toujours accaparé par l'université, un chômeur précarisé par les jobines et les contrats à court terme ou même un célibataire au travail mais encore simple locataire dans la cité.

Comme on le sait, la participation électorale est beaucoup plus basse aux États-Unis. Et la société étatsunienne est de plus en plus polarisée entre riches et pauvres, ceux-ci devenant de plus en plus nombreux. Faut-il s'étonner que les exclus de la prospérité ne se soucient pas de voter?

On ne voudrait pas réduire le nombre d'étudiants (mais il s'agit de faciliter le vote sur place à l'université, et non dans leur région d'origine). Par contre, il faudrait se pencher sur l'appauvrissement des jeunes. En luttant contre cet appauvrissement, on découvrirait peut-être un plus grand intérêt pour les enjeux et les rendez-vous électoraux...

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2006-01-17

 

De vraies réformes électorales, sans hâte

De plus en plus, je crains que la représentation proportionnelle soit devenue la nouvelle panacée à tous les problèmes électoraux. Tous les tiers partis l'invoquent et certains la proposent comme remède à la participation en baisse aux grands rendez-vous électoraux.

J'ai déjà dit qu'il y aurait des moyens moins radicaux d'améliorer la représentativité des élus, ne serait-ce qu'en réduisant les écarts de taille entre les circonscriptions, en particulier parce que ces écarts avantagent systématiquement les circonscriptions rurales et les orientations idéologiques qu'elles représentent.

En ce qui concerne la participation, y compris celle des jeunes, il y aurait sans doute d'autres voies pour l'améliorer, que des mesures récentes permettent de pressentir.

Par exemple, on pourrait remettre en question le principe même d'une campagne électorale. Quand on y pense, c'est un processus qui date sinon de l'âge de pierre du moins de l'ère pré-industrielle. Le concept de base, c'est de faire se rencontrer les électeurs et les gens qui sollicitent leur appui pour les représenter. À l'époque pré-industrielle, avant les médias de masse et les moyens de communication modernes, il fallait permettre aux candidats de circuler pour rencontrer en personne leurs électeurs ou du moins pour se montrer en public. Mais est-ce bien nécessaire aujourd'hui?

Au risque de caricaturer, imaginons que la campagne électorale puisse être réduite à quelques jours, le temps pour les partis de nommer leurs candidats dans chaque circonscription. Dès que ce serait fait, les électeurs consulteraient la page internet qui présenterait le candidat, ses qualités et les positions de son parti. Le vote aurait lieu le lendemain. Après tout, dans un pays moderne, la politique bénéficie d'une couverture médiatique au jour le jour. Pourquoi faudrait-il cinq semaines aux électeurs pour se décider? Dans la mesure où ceci concentrerait toute l'attention du pays sur quelques journées cruciales, il pourrait se créer un effet d'entraînement qui favoriserait la participation.

Si ceci semble improbable, imaginons autre chose. Par exemple, s'il est possible de plaider pour une campagne de plusieurs semaines afin de laisser du temps aux partis et candidats pour s'organiser tout en faisant l'éducation des électeurs distraits, ou trop occupés pour s'intéresser à la politique en temps ordinaire, est-il vraiment nécessaire de tenir le vote le dernier jour de la campagne? Logistiquement, c'était sans doute plus facile autrefois, mais le Canada est maintenant un pays riche. Il permet le vote par anticipation et le vote par courrier.

Alors, pourquoi ne pas permettre le vote à tout moment durant la campagne, entre la fin de la période de nomination des candidats et la clôture de la campagne? La dernière journée resterait l'occasion d'un vote massif, mais il deviendrait possible de se présenter dans une poignée de bureaux de scrutin durant toute cette période. Il serait aussi possible de voter par la poste avant l'échéance (les bulletins de vote reçus après la fin de la campagne seraient comptabilisés en temps et lieu; ils ne changeraient sans doute pas les résultats de manière significative dans la plupart des cas).

La vie des uns et des autres est de plus en plus occupée. Permettre le vote à tout moment ferait justice d'au moins un prétexte invoqué par les jeunes et moins jeunes pour ne pas voter, celui du manque de temps le jour du scrutin. Cela ne résoudrait pas tous les problèmes, mais cela pourrait aussi donner plus d'intensité et d'intérêt à la campagne, puisque chaque rebondissement entraînerait la possibilité d'une sanction immédiate dans les urnes. Les électeurs détiendraient un pouvoir supplémentaire... En même temps, ce serait une réforme gradualiste, qui s'inscrirait dans le prolongement des institutions existantes sans bouleverser le mode même de représentation.

Bonne ou mauvaise idée? Qui sait? Mais je note que l'émission Désautels de Radio-Canada organise un débat aujourd'hui (à la radio de la Première Chaîne) sur un sujet que j'avais relevé il y a plus d'un mois, soit la sur-représentation de circonscriptions électorales québécoises (dont cinq montréalaises) parmi les circonscriptions les plus pauvres du Canada. Des circonscriptions urbaines, et donc électoralement défavorisées...

Je ne suis peut-être qu'un peu en avance sur mon temps...

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2006-01-13

 

Le déséquilibre électoral

On parle beaucoup du déséquilibre fiscal au Québec, mais je maintiens qu'on occulte un autre déséquilibre, dont les conséquences sont bien réelles. Le déséquilibre électoral se traduit par une sur-représentation des régions éloignées et des campagnes. Le vote d'un Gaspésien vaut presque moitié plus que le vote d'un Gatinois, par exemple.

Quant aux conséquences, on peut inclure parmi celles-ci la sur-représentation de certaines tendances plus conservatrices aux dépens des orientations idéologiques plus présentes en ville. L'autre jour, Mario Dumont a incité les Québécois à cesser de voter pour le Bloc. Sans se commettre en faveur des Conservateurs, il a certainement indiqué qu'il s'agissait à son avis de la meilleure solution de rechange.

L'influence de Mario Dumont est sans doute limitée, mais son avis a bénéficié d'un grand retentissement pour quelqu'un qui représente une circonscription dont la population électorale en 2000 ne dépassait pas 33 000 personnes... alors que la moyenne québécoise est de plus de 40 000. Son parti est surtout implanté dans le monde rural. Or, ceteris paribus, il est plus facile pour un parti de prendre son essor en conquérant des circonscriptions sous-peuplées. D'abord, les comtés disponibles seront plus nombreux. La population électorale qui justifiera trois circonscriptions dans une région rurale n'en justifiera que deux dans une région urbaine. Ensuite, il sera plus facile de convaincre un plus petit nombre de personnes de changer d'allégeance.

Ainsi, un parti conservateur comme l'ADQ peut naître et accéder à une certaine reconnaissance nationale, tandis qu'un parti plus progressiste — dont l'habitat naturel est plus urbain — doit s'attaquer à des circonscriptions moins nombreuses et plus populeuses. Dans l'élection canadienne actuelle, on constate le résultat. Mario Dumont peut tenter de faire pencher la balance en faveur des conservateurs, mais aucun personnage équivalent issu des mouvements progressistes ou libertaires n'aura les mêmes moyens de faire pencher la balance de l'autre côté.

Déséquilibre électoral, donc...

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2005-12-12

 

Une personne, un vote

Demain, c'est jour d'élection dans ma circonscription provinciale. La bataille a eu l'avantage de tenir à distance, jusqu'à maintenant, les équipes d'affichage des élections fédérales. Le risque de confusion serait trop grand s'il fallait ajouter une autre série d'affiches aux reproductions plus grandes que nature des visages de Raymond Bachand (PLQ), Farouk Karim (PQ) et Omar Aktouf (UFP), sans compter la rayonnante Raya Mileva (ADQ) et le jeune Christopher Coggan des Verts.

Sans doute que tous les meilleurs poteaux sont déjà squattés, d'ailleurs. Les Libéraux de Raymond Bachand se démènent, en tout cas. J'ai été appelé deux ou trois fois, et j'ai même croisé Raymond Bachand en personne (mais avec son escorte) chez mon fournisseur habituel de photocopies et autres services de bureautique. Il m'a demandé si j'allais voter. J'ai raté l'occasion de lui répondre que je voterais plus volontiers si mon vote avait la même valeur qu'un vote en Gaspésie.

En effet, la circonscription d'Outremont compte 44 000 électeurs, à quelques individus près. La circonscription de Gaspé, pour ne prendre qu'elle dans les régions éloignées, compte 29 000 électeurs selon le site du Directeur général des élections du Québec. Le calcul est vite fait. Comme les 44 000 électeurs d'Outremont sont représentés par un seul député, tout comme les 29 000 électeurs de Gaspé, mon vote vaut les deux tiers d'un vote gaspésien. S'il y a des raisons logistiques et culturelles qui peuvent justifier certains écarts quand il s'agit de constituer des circonscriptions dans le Grand Nord, je suis beaucoup moins réceptif à ce raisonnement quand il s'agit de régions rurales dans le sud du pays. Les raisons culturelles n'interviennent pas et, soyons francs, les déplacements restent nettement plus faciles dans une telle région pourvue de routes (et parfois d'autoroutes) que dans la toundra où il faut se déplacer en avion. Alors, qu'un vote gaspésien pèse moitié plus que le mien me semble excessif.

Avant de faire l'essai de la proportionnelle (qui, à en juger par le rapport de 2002, reposerait toujours sur des circonscriptions arbitraires), je serais plutôt enclin à tenter celui de la représentation équitable : une personne, un vote!

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2005-12-02

 

Les élections canadiennes

Les médias sont décidément les porte-voix des mécontents. Des mois durant, les partis de l'opposition ont réclamé des élections pour mettre les Libéraux à la porte, et les médias ont suivi attentivement chaque péripétie de leur lutte à la Chambre des Communes. Des mois durant, des citoyens indignés par le scandale des commandites ont réclamé des élections.

Maintenant qu'il y aura des élections en janvier, plusieurs politiciens se plaignent d'être obligés de faire campagne pendant les Fêtes, les uns et les autres s'imputant la responsabilité de la tragédie en question. Quant aux journalistes, ils étaient catastrophés. Ils seraient obligés de quitter leurs bureaux chauffés et leurs fauteuils moelleux pour sillonner le pays en compagnie des politiciens, par des températures hivernales. Sort cruel.

Le public? Il se plaint du coût de l'élection et aussi d'être obligé de retrouver plus ou moins les mêmes le matin du 24 janvier... Du coup, on aura entendu plusieurs voix plaider pour des élections à dates fixes. Une telle règle empêcherait le parti au pouvoir de manipuler le processus électoral pour se faire réélire. L'Assemblée législative de l'Ontario examine en ce moment un projet de loi qui ferait du premier jeudi en octobre la journée désignée pour des élections provinciales, tous les quatre ans.

Mais je ne peux pas m'empêcher de regarder du côté des États-Unis et de penser que le système parlementaire conserve des avantages. En ce moment, le président Bush est en mauvaise posture, sa popularité est au plus bas et les membres de son parti sont mal à l'aise face aux échecs de ses grandes initiatives politiques. Mais il est inamovible. Il occupera la présidence jusqu'à la fin de son mandat constitutionnel, point à la ligne.

Un système parlementaire est un peu plus flexible. Il est certes possible pour un premier ministre impopulaire de s'accrocher (on se souviendra des derniers mois de Brian Mulroney) jusqu'à la fin du mandat de cinq ans, mais comme le premier ministre est aussi le chef du parti (soit du parti tel qu'il existe dans l'enceinte parlementaire, soit d'un parti plus large), le parti s'inquiétera de la possibilité de perdre le pouvoir quand un premier ministre devient par trop impopulaire et celui-ci se fera montrer la sortie. Cela peut se passer brutalement (comme lorsque les Conservateurs en Angleterre ont évincé Thatcher) ou cela peut se passer en douceur (si le chef accepte d'annoncer sa démission et de provoquer une course à la chefferie, comme dans le cas de Chrétien). Cela ne sauvera pas nécessairement le parti (on se souviendra de Kim Campbell... oui?), mais l'option a l'avantage d'exister et d'abréger les dégâts potentiels que peut causer un chef du gouvernement dont l'impopularité est justifiée.

Quand le parti ministériel ne jouit que d'une courte majorité ou est carrément minoritaire, son impopularité encouragera les défections ou même les combinaisons de ses adversaires pour le faire tomber. Dans ce cas, c'est l'existence même du gouvernement qui sera abrégée.

Et si les électeurs reportent au pouvoir les mêmes, ceux-ci en auront peut-être retiré quelque salutaire leçon. Bref, s'il me faut choisir entre le système canadien qui nous offre un premier ministre affaibli à la tête d'un gouvernement minoritaire et le système étatsunien qui maintient au pouvoir (et avec les pleins pouvoirs!) un président impopulaire, à la légitimité contestée, je crois que je sais lequel des deux me semble préférable...

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