2021-04-25

 

Lloyd Bodie (1926-2021)

La nuit du souvenir, le souvenir des jours enfuis

Nous naissons de la nuit, nous tombons dans la nuit,
quand l'éclat des cuivres s'éteint en expirant
et les violons se taisent en soupirant,
car de leur harmonie un jour nous avons joui

Un très vieil ami est parti aujourd'hui,
vie qu'on abolit sans retour en l'échangeant
tel un livre vite oublié en le rangeant,
puisqu'on ne rallume pas le feu qui a lui

Il encensait le Beau, il parlait peu mais d'or,
il était l'ami chez qui le voyageur dort
et il avait compté les étoiles des Plaines

Les années multipliées de sa vieillesse
ont usé avant, mais pas effacé ma peine,
en ce jour où périt un peu de ma jeunesse

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2021-03-25

 

Exorcisme en vers (et hommage à Verlaine)

 Au-delà du battant, assis en attendant,
ils sont deux à chercher quelques mots inédits
ou se persuader que c'est bien vendredi :
dans la bouche de l'un luit une seule dent

Qui donc visitera leur salon décadent ?
Ils sont deux esseulés au silence réduits,
elle s'est ramollie, lui parfois se raidit :
de sa gorge éteinte sort un rire strident

Dans leur appartement, trop longtemps enfermés,
condamnés à sentir cette folie germer
qui lui dit qu'il est beau et qu'elle... vit encore

ils sont deux qui s'aimaient avant la pandémie
et qui n'espèrent plus que le trépas des corps
pour que leurs purs esprits s'embrassent en amis

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2020-11-04

 

Pernicieuse nostalgie

 En 1948, le Parti national réunifié de Daniel François Malan et ses alliées remportaient les élections en Afrique du Sud et entreprenaient d'ériger en système la suprématie de la communauté blanche aux dépens des autres communautés ethniques.  Ce nouveau régime, affublé du nom apparemment vendeur d'apartheid (« séparation » ou « séparatisme », mettons), allait durer plus de quarante ans.

Il convient de rappeler la courte victoire du Parti national et de ses alliés : 42% du vote contre 51% pour ses principaux adversaires.  Mais le système électoral alambiqué de l'époque allait transformer cette minorité des suffrages en une majorité des sièges (79 contre 71).

Ce matin, il est presque certain que le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald J. Trump, obtiendra une minorité des voix exprimées.  Il pourrait néanmoins devenir le président des États-Unis au terme du décompte.  Les Républicains conservent leur majorité à la Cour suprême et probablement le contrôle du Sénat.

Les analyses à venir nous diront dans quelle mesure la corruption et les manipulations du système électoral auront acquis pour les Républicains une série de victoires qui, entre autres, compliquent la lutte contre les changements climatiques.  Mutatis mutandis, il demeure possible de rapprocher ces résultats de la victoire de Malan en 1948.

Il y a certes des différences : la pandémie a peut-être incité une partie des électeurs à soutenir le président sortant de la même façon qu'ailleurs, les partis au pouvoir ont été reconduits avec un appui accru.  Néanmoins, si on prend au sérieux ce vote massif pour Trump qui déjoue une partie des sondages, il faut sans doute conclure qu'une majorité de la population blanche tient mordicus au projet trumpiste.  Tant que certaines clientèles bénéficient de l'attention assourdissante et des subsides ciblés de Trump, elles ne s'objecteront pas aux valeurs prônées ou pratiquées par les Républicains : capitalisme sauvage (sauf pour les clientèles les plus choyées), suprémacisme blanc, conservatisme traditionnel (anti-choix, homophobe, transphobe), exclusion des femmes et des minorités, obscurantisme scientifique, exploitation de l'environnement...  La promesse de Trump à ses électeurs, c'est qu'il n'est pas nécessaire de changer.  De protéger l'environnement, d'accepter les talents de tous, de respecter la liberté des personnes différentes et de s'adapter, en général, à un monde qui change.  

Cet acharnement en faveur du statu quo ante rappelle d'autres restaurations d'un ordre traditionnel, de l'Europe post-napoléonienne à l'Afrique du Sud de Malan.  Plus la fierté d'antan était grande, plus il est difficile de la renier.  Depuis Reagan, la croyance à l'exceptionnalisme des États-Unis a été proclamée d'autant plus souvent que les raisons d'un patriotisme aveugle étaient battues en brèche.  Ce qui s'est effrité au fil des ans impliquait des solidarités réciproques : les classes moyennes et laborieuses acceptaient un certain libéralisme en échange de la garantie d'une certaine prospérité.  Tant qu'elles ne se sentaient pas lésées, elles toléraient les avancées d'autrui.  Ou plutôt, tant qu'elles conservaient leur position relative, elles acceptaient les progrès des autres.  Dans une société qui stagne ou qui régresse, on admet moins facilement d'être dépassé, par contre.  Très clairement, Trump promet à ceux qui se sentent négligés de leur rendre leur prospérité de jadis ou de s'assurer que les autres — dans les grandes villes, dans les hauts lieux de la diversité, dans les universités — n'avanceront pas plus vite qu'eux.

Si on ne peut pas avoir l'un, on peut avoir l'autre.  Si bien que la question de fond, c'est sans doute de savoir s'il est possible de rendre à ces classes moyennes et laborieuses (et blanches) ce confort matériel et croissant dont elles croient se souvenir.  La mondialisation de l'économie et les évolutions technologiques ne permettent pas de le faire à grande échelle.  Pas facilement.  Pas avec des guerres commerciales — mais les électeurs de Trump lui savent sans doute gré d'avoir essayé, malgré ses contempteurs néo-libéraux.  L'amélioration du niveau d'éducation et des infrastructures resterait une voie d'avenir pour ces communautés, mais qui ne porterait ses fruits qu'à moyen ou long terme.  Je suis donc amené à conclure que l'électorat de Trump n'est pas encore assez désespéré pour vouloir changer.  

En Afrique du Sud, l'apartheid a duré une quarantaine d'années.  L'Europe du Congrès de Vienne a duré une trentaine d'années.  Comme les choses évoluent plus vite au XXIe siècle, peut-être qu'il ne faudra qu'une vingtaine d'années pour venir à bout des blocages étatsuniens.

Mais dans quel état sera la planète en 2040 ?

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2020-10-17

 

Les mises en nomination pour les Prix Aurora/Boréal 2020

 Il est possible de participer à la première ronde du vote pour les Prix Aurora/Boréal 2020 jusqu'au lundi 26 octobre.  La liste des ouvrages admissibles est disponible ici, mais on peut aussi sauter directement au formulaire de mise en nomination.  Outre mes quatre nouvelles publiées dans Brins d'éternité, Galaxies et Solaris, je suis le plus fier de mon article « Les quatre époques de la science-fiction francophone au Canada » dans Galaxies 61.

Néanmoins, mon blogue figure également parmi les créations admissibles, dans la catégorie du Prix Boréal de la fanédition.  Comme un blogue doit compter au moins dix billets en rapport avec l'imaginaire, je vais en dresser la liste ci-dessous (en ne faisant abstraction que de l'annonce de mes services de mentorat et d'une série de billets destinés à faire connaître ma classe de maître donnée à la Maison de la littérature de Québec en fin d'année) : 

30 janvier 2019 : Mes fictions climatiques (un bilan de mon intérêt pour les changements climatiques depuis 1988)

15 mai 2019 : De la SFCF en 1937 (où je reproduis une courte nouvelle de science-fiction fantaisiste parue en 1937 que j'attribuerais volontiers à Jean-Charles Harvey)

22 mai 2019 : Une fable de science-fiction en 1928 (où je reproduis un conte de science-fiction française imprimé dans un journal saguenéen)

15 juin 2019 : De la SFCF juridique (et sexiste) en 1917 (où je reproduis une nouvelle montréalaise et misogyne)

25 juin 2019 : L'Atlantide et la SFCF (où je reproduis un poème atlante épique de Jean Charbonneau après avoir esquissé l'histoire du thème atlante dans la SFCF)

3 juillet 2019 : Le Sentier couvert, voyage temporel et SFCF (où j'analyse un roman canadien français des années 1940 qui est sans doute le premier titre de SFCF à décrire un retour dans le temps)

5 juillet 2019 : La médecine du futur dans un texte de SFCF (où j'attribue un peu trop rapidement un texte d'anticipation du Français Pierre Véron à Hector Berthelot, qui l'a reproduit dans son journal en 1882)

14 juillet 2019 : L'inquiétante absence (où je chronique un documentaire sur l'absence relative au Québec de films de genre, en particulier dans le champ de l'imaginaire)

30 août 2019 : Un fan se penche sur son passé (un billet plus personnel où je me rappelle ma vie de fan de science-fiction)

18 septembre 2019 : Un avatar québécois d'Arsène Lupin (où je présente un feuilleton de SFCF qui met en scène un émule de Lupin baptisé Maxime Leblond et imaginé par un clerc québécois)

11 octobre 2019 : Le meilleur des mondes théâtraux (où je chronique l'adaptation québécoise pour les planches de Brave New World)

Ceci conclut mon survol du contenu science-fictif de mon blogue en 2019.  Avec deux contes français, deux nouvelles canadiennes et un poème québécois, il offre à lui tout seul une mini-anthologie historique de la science-fiction francophone dont les textes s'échelonnent de 1882 à 1937.  Deux billets signalent aussi en primeur des textes oubliés de tous que je n'hésite pas à rattacher à l'ancienne science-fiction.  Ce n'est pas une production abondante, mais je considère qu'elle n'est pas sans intérêt.

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2020-10-10

 

La pauvreté canadienne-française explique-t-elle la surmortalité québécoise due à la Covid-19 ?

Pourquoi Trump n'est-il pas (encore) mort ?

Pour l'instant, le président Trump semble avoir surmonté sans grand mal son infection par le nouveau coronavirus.  Néanmoins, aux États-Unis, plus de deux cent mille personnes ont péri à cause de la Covid-19.  Comme le signale Janet Currie dans le numéro d'octobre de Scientific American, la minorité Noire aux États-Unis est surreprésentée parmi ces victimes.  Ceci s'explique par des causes immédiates (fréquence élevée de cas de diabète, d'obésité, d'asthme, etc.), mais cela pourrait s'expliquer aussi par des causes moins immédiates, dont les effets de la discrimination et de la pauvreté.  La recherche suggère aussi que les effets de la pauvreté d'une population affectent la santé des individus dès la grossesse et la petite enfance.  

Aux États-Unis, les Noirs de plus de soixante ans sont nés dans un pays où la majorité des Noirs vivait dans la pauvreté.  En 1959, 55% des Noirs subsistaient sous le seuil de pauvreté (comparativement à 10% des Blancs).  Pour l'instant, les statuts et origines socio-économiques des victimes de la Covid-19 ne semblent pas encore avoir été étudiés systématiquement, mais l'hypothèse d'un lien semble défendable.

Pourquoi Trump n'est-il pas (encore) mort ? Peut-être parce qu'il est né dans la plus grande richesse (matérielle) et qu'une enfance dorée lui a procuré tout ce qu'il fallait pour se constituer une physiologie capable de résister à tous les excès (sauf ceux de l'alcool et la cigarette, qu'il évite) et qui le sauve encore aujourd'hui.

Ce qui nous amène à la surmortalité québécoise.  En date des 8-9 octobre, si on compare le nombre de décès par groupe d'âge au Québec et dans tout le Canada, on constate que, chez les plus de 60 ans, la majorité des décès ont eu lieu au Québec.  Plus précisément, ce sont 48% des décès canadiens des 50-59 ans qui ont eu lieu au Québec.  Chez les 60-69 ans, le pourcentage passe à 52%.  Chez les 70-79 ans, le pourcentage atteint 62%.  Chez les 80 ans et plus, il augmente encore, atteignant 65%.  Relativement à la population, cela représente plus du double de la proportion attendue.

Même si on s'entend que le Québec est une province vieillissante, la proportion des 65 ans et plus dans la population québécoise (19,7%) est à peine supérieure à la moyenne canadienne (18%) ou au chiffre pour le Canada hors Québec (17,5%).  Il ne s'agit certainement pas d'un rapport du simple au double.

La propagation dans les milieux vulnérables des CHSLD explique-t-elle tout ?  La mauvaise gestion du personnel des établissements de santé explique-t-elle tout ?  D'autres provinces ont constaté des éclosions dans des établissements similaires et des modes de gestion parfois défaillants, mais sans enregistrer des chiffres aussi élevés.

En revanche, on peut s'attarder un moment sur le statut socio-économique à la naissance et dans l'enfance des Québécois francophones qui sont décédés, c'est-à-dire ceux qui sont nés avant 1960 (plus de 97,5% du total des personnes décédées au Québec).  Pierre Vallières n'exagérait pas beaucoup en parlant de Nègres blancs d'Amérique à propos des Québécois francophones d'avant la Révolution tranquille.  Avant les années 1960, la condition de nombreux  francophones du Québec se comparait — strictement du point de vue socio-économique, entendons-nous bien — avec celle des Noirs aux États-Unis.  Selon une conférence (.PDF) de 2010 de Pierre Fortin, les Canadiens français du Québec étaient moins éduqués en 1961 que les Noirs américains du temps de la ségrégation.  En 1961, les hommes francophones unilingues du Québec disposaient d'un salaire correspondant à 52% du salaire des hommes anglophones.  À la même époque, le salaire moyen des Noirs américains représentait 54% de celui du groupe dominant.  

Il s'agit évidemment d'un sous-ensemble de la population francophone totale, qui écarte sa frange bilingue la plus éduquée, la plus urbanisée et la plus prospère (ce qui changerait au moins certaines statistiques), mais un sous-ensemble massif qui constituait la majorité (plus de 70%) de la population francophone du Québec d'alors.

Pour une distribution salariale comparable, en tout cas, cela sous-entend un taux de pauvreté des francophones unilingues au moins comparable à celui des Noirs américains.  Du coup, il n'y aurait rien de surprenant à constater un plus grand taux de mortalité des Québécois francophones nés avant 1960, les mêmes causes produisant les mêmes effets.  À tout le moins, ce serait une piste à creuser, parmi d'autres.

Mais si la pauvreté d'antan peut expliquer, en tout ou en partie, la surmortalité québécoise, elle ne peut pas expliquer le nombre excessif de cas au Québec actuellement, surtout parmi les groupes d'âge plus jeunes, qui n'ont pas connu les mêmes conditions difficiles au moment de leur naissance et de leur enfance.  Ce qui peut inciter à la prudence...

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2020-07-02

 

Jean-Pierre Moumon (1947-2020)

La nouvelle est tombée en fin de journée hier, arrivant de France avec un décalage de quelques heures.  Jean-Pierre Moumon avait succombé à une crise cardiaque.

(Jean-Pierre Moumon à Montréal en août 2009, alors qu'il participait au congrès mondial de science-fiction Anticipation sous le nom de Jean-Pierre Laigle.)

Né à Toulon en 1947, Jean-Pierre Moumon a consacré sa vie à la science-fiction, ou c'est du moins l'impression qu'il m'a laissé.  Polyglotte inégalé et traducteur prolifique au temps où il éditait la revue Antarès qu'il avait co-fondée, il a longtemps travaillé à ce titre comme passeur, pour faire connaître en France, et en français, la science-fiction internationale à l'extérieur des États-Unis.  (Il avait d'ailleurs publié quelques auteurs québécois dans les pages d'Antarès.)  Agent littéraire à l'occasion, imprimeur de raretés de l'ancien merveilleux scientifique qu'il vendait urbi et orbi, critique et historien de la science-fiction, il réunissait depuis quelques années des essais thématiques qui permettaient d'appréhender la fortune sur le long cours d'idées plus ou moins connues des lecteurs actuels de science-fiction : planètes creuses emboîtées, planètes intra-mercuriennes, invasions sorties des profondeurs marines, peuples nains, allumages de soleils, tours de Babel futuristes, Lunes terraformées, guerres entre la Terre et la Lune... 

Il signait également depuis quelques années des nouvelles et même des romans, d'inspirations fort variées.  D'une part, il avait lancé une saga spatiale qui devait s'étendre sur des millénaires à l'échelle d'une galaxie.  D'autre part, il avait signé dans Solaris une série de nouvelles offrant un futur uchronique en partie québécois, si je me souviens bien.  Ailleurs, il avait fait paraître une uchronie romaine susceptible de concurrencer Renouvier lui-même...

Comme il avait vingt ans de plus que moi, l'écart d'âge ne facilitait pas l'établissement d'une amitié, pas plus que l'océan qui nous séparait, mais je crois que chacun de nous a reconnu chez l'autre une passion semblable pour la science-fiction sous toutes ses formes, de la plus ancienne à la plus scientifique.  De fait, je ne sais plus quand je l'ai croisé pour la première fois ou quand j'ai fait sa connaissance.  Était-ce au Canada, à un congrès Boréal des années 1980 ?  Était-ce en France, à une convention nationale française ou aux Galaxiales de Nancy durant les années 1990 ?  Il me semble qu'il m'avait contacté à cette dernière époque pour me proposer de publier dans Antarès une traduction en français de ma nouvelle « Stella Nova » (1994).  Mais comme Antarès allait cesser de publier en 1996, cette publication ne s'était pas concrétisée et une version remaniée de cette traduction allait paraître dans Galaxies en 1999.  Nous avons entretenu une correspondance épisodique et intermittente par la suite, de nature plutôt utilitaire.  Vers 2001, je lui fournissais quelques indications d'ordre astronomique sur l'étoile Cor Serpentis.  Plus tard, j'allais parfois lui dénicher des curiosités chez les bouquinistes montréalais que je gardais, pour alimenter ses futurs trafics d'objets littéraires, jusqu'à sa prochaine visite au Canada.

En effet, c'est à la même époque qu'il avait commencé à assister aux congrès Boréal.  Avait-il participé aux congrès des années 1990, jumelés avec des conventions anglophones à Ottawa et Montréal ?  Je ne saurais en jurer.  Par contre, il figure parmi les inscrits de Boréal 2000 et 2001, puis de 2007 à 2012.  Nous l'avions encore revu en 2014 et il s'était inscrit en 2016, mais sans pouvoir faire le voyage de la Méditerranée jusqu'à Mont-Laurier.  Après un congrès Boréal à Québec, soit au Centre Morrin en 2012 soit au Monastère des Augustines en 2017, je me souviens qu'il avait rejoint l'équipe de bénévoles du congrès au bar Le Sortilège sur Saint-Jean le dimanche soir et que nous avions passé un bon moment en petit comité, à partager des anecdotes et des souvenirs, entre fans.  (Je penche pour 2012.)

Je l'ai sans doute rencontré pour la dernière fois aux Utopiales en 2018.  Il m'avait réclamé une nouvelle pour un numéro spécial de Galaxies dont il organisait le dossier thématique, sur la terraformation de la Lune, et il m'avait repéré dans l'assistance d'une table ronde... peut-être bien celle où Élisabeth Vonarburg incarnait Alice Sheldon.  De fait, après avoir écouté au début, j'avais sorti mon ordinateur pour effectuer quelques recherches sur les températures lunaires et récupérer des données pour l'écriture de cette nouvelle.  Si bien que lorsqu'il est venu me relancer, j'ai pu répondre sans mentir que j'y travaillais.  Toutefois, comme je n'avais pas saisi qu'il n'était présent que pour la journée, j'avais raté l'occasion de prolonger notre conversation.

Isolé en Bretagne durant la pandémie, il m'avait fait part de ses recherches les plus récentes.  Il préparait un nouveau dossier thématique pour Galaxies, qui comportera peut-être une nouvelle de ma plume, mais ce sera, le cas échéant, sa dernière contribution à la science-fiction ou presque.

C'était un esprit libre qui menait une existence en marge, à ce qu'il m'a toujours semblé.  En marge des querelles et des chapelles, en marge des modes littéraires et des succès de vente, en marge aussi des contingences conventionnelles...  Mais avec sa disparition, c'est une connaissance rare et précieuse de la science-fiction internationale au siècle dernier qui périt.

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2020-06-28

 

Sonnet pour Sonia

Quand l'amour se heurte à une porte fermée
qui, forcée, ouvrira seulement sur un monde
où les larmes coulent et le silence abonde,
périra-t-il avec le départ de l'aimé ?

Quand d'amers regrets nous assaillent, triste armée
qui, de souvenirs sans prix, aussi nous inonde,
tuant l'espoir que sa voix à nos pleurs réponde,
l'amour survivra-t-il au départ de l'aimé ?

Tout est fini quand l'existence se fracture,
mais rien n'est aboli tant que l'amour dure

(sauf le rire qui éclairait nos lendemains,
les joies attendues pour racheter les jours noirs
et les plaisirs tranquilles au bout du chemin)

Car l'amour vit — tant qu'on raconte son histoire

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