2021-07-07

 

Plaidoyer pour l'imagination scientifique

(Il est intéressant de lire en 1924 un plaidoyer pour l'imagination scientifique en pleine page éditoriale du journal libéral de la capitale du Québec.  Le court essai inclus ci-dessous n'est pas signé, mais il souligne le rôle de l'imagination dans l'innovation technico-scientifique.  Le titre chapeautant ce développement renvoie aux textes signés par des auteurs comme Jules Verne et la conclusion laisse planer une ambiguïté que je trouve plutôt favorable à la pratique de la science-fiction avant la lettre.)


Le Merveilleux Scientifique

Il y a deux espèces de merveilleux : l'imaginaire et le scientifique.  Le premier a surtout fleuri aux jours du paganisme.  Il suffit de lire les délicieuses légendes d'Homère pour voir jusqu'à quel point les imaginations primitives étaient peuplées de visions stupéfiantes.  L'humanité d'alors concevait mille et un phénomènes bien supérieurs aux moyens dont elle disposait ; mais, le fait de les concevoir était déjà un pas vers la réalisation, attendu que le propre de l'intelligence est de voir les relations de cause à effet et de chercher indéfiniment les moyens d'arriver à une fin.

C'est pourquoi, au cours des siècles, on a acquis de surprenantes réalités ; incessamment, on passait de l'imaginaire au fait accompli, car il y a ceci d'étonnant, dans la « folle du logis », que la plupart des milliers de rêves insensés qu'elle bâtit et débâtit sans trêve, sont des faits ou des puissances qui seront tôt ou tard en acte.  Et c'est ainsi qu'a lieu le merveilleux scientifique : du mot j'imagine, on passe au mot je sais.

En veut-on un exemple récent ?  En voici un : la photographie par téléphone dont on vient de faire une magnifique expérience aux États-Unis.  Nous avons devant les yeux deux de ces photos dont l'original s'est imprimé sur la plaque après avoir traversé les 522 milles qui séparent Cleveland de New-York ; l'une d'elles représente le président Coolidge lui-même ; l'autre, un groupe de navires et le pont-levis de Cleveland.  L'appareil a enregistré les images avec une parfaite netteté.  Qui l'eût dit autrefois ?  Seule l'imagination pouvait y atteindre sans aller encore jusqu'à la conception des moyens, qui procèdent de principes assez simples.

On sait en effet que la transmission des images à longues distances vient de ce fait scientifique que la reproduction électrique des ondes lumineuses est praticable.  Ce n'est, en somme, que la transposition du domaine des ondes sonores en celui de la lumière, de la loi de communication électrique par vibration.  Du moment qu'on avait trouvé le téléphone, la voie était ouverte à la téléphoto, comme elle l'était pour la T.S.F. et le [sic] radio.

Où s'arrêtera-t-on maintenant ?  Si vous voulez le savoir, consultez la « folle du logis », imaginez !  Vos visions imaginaires les plus osées non seulement pas invraisemblables, mais peut-être bien près de la réalisation.

(Le Soleil, 11 juin 1924, p. 4.)

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2021-05-22

 

Mirage

Le roman Mirage (Alire, 2020) de Josée Lepire, qui a signé d'excellentes nouvelles de science-fiction dans les revues du milieu, présente une aventure individuelle qui finit par décider de l'avenir d'un petit peuple.

Le ton et le décor de l'ouvrage rappellent un peu la trilogie de Francine Pelletier, « Le Sable et l'Acier » (Alire, 1997-1998), qui débutait avec un roman primé, Nelle de Vilvéq.  Cela tient à la présence d'un désert post-apocalyptique en terre canadienne (surtout québécoise dans la trilogie), au personnage d'une messagère, Phan, qui rappelle la coursière Algir dans le roman jeunesse Le Rendez-vous du désert, qui s'inscrivait dans le même univers, et à la prédominance des négociations pour résoudre les différends qui mettent aux prises les sociétés de cet univers.  (De fait, le roman est dédicacé à Francine.)  En revanche, alors que la trilogie avait trois protagonistes successives, le roman est tout d'abord l'histoire d'un seul personnage, Phan, une messagère qui traverse régulièrement les étendues désertiques séparant les quatre oasis habitées et quelques autres lieux associés.

Des siècles plus tôt, des Nomades avaient fondé ces hameaux à proximité de points d'eau et leurs descendants ont développé une population de quelques milliers de personnes privilégiant une existence frugale et autarcique.  Toutefois, les ressources disponibles commencent à manquer et l'assèchement de l'oasis d'Asbor a nécessité la transplantation des survivants, accueillis par les oasis restantes.  De plus, une fraction grandissante de la population souffre de visions et d'un décrochage de la réalité.  Phan craint de faire partie de ces « Hallucins » puisqu'elle commence à vivre des hallucinations.

Une hallucination partagée met Phan sur la piste d'une série de révélations sur la véritable nature des Oasis, lesquelles déterminent l'organisation d'une expédition à pied pour réclamer de l'aide aux populations du monde extérieur, dont les Oasiens se sont coupés depuis des siècles.  Ceci va entraîner un contact avec l'Extérieur et le début d'une série de tentatives de Phan pour solliciter une intervention de puissances disposées à épauler les Oasiens.  Même si la situation passe à un doigt de déraper complètement, les efforts consentis par Phan n'auront pas été vains et les Oasis retiennent la solution qui leur convient.

C'est la personnalité de Phan qui finit par s'imposer.  Comme il sied à une marcheuse, l'obstination la caractérise.  Tant qu'elle trouvera une voie à emprunter, elle ira au bout de ses forces.  En même temps, sa personnalité se dérobe.  Elle agit et pense comme si elle n'avait aucune famille ou être aimé dans les Oasis, même si sa mère est mentionnée en passant.

Au fil des péripéties, il devient pourtant évident que Phan attire des amitiés susceptibles de correspondre à des sentiments plus profonds.  D'une part, il y a Orge l'ermite et Basti le médecin qui, de toute évidence, se préoccupent de son sort.  D'autre part, une femme de l'Extérieur, Saraé, semble aussi s'attacher à la messagère.  Phan n'envisage jamais très clairement que ces personnes lui témoigneraient en fait une affection susceptible de se transformer en une liaison amoureuse ou une relation durable.  Même si elle était aromantique et asexuelle, on s'attendrait à ce qu'elle ait observé la formation de couples autour d'elle.  Même si elle était imperméable à l'amour et peu encline à se croire l'objet des affections d'autrui, elle devrait quand même envisager certaines hypothèses, ou avoir conscience de son propre désintérêt pour les relations de ce type.  Toutefois, le récit occulte toutes ces possibilités (alors que l'enjeu même de l'histoire, c'est la survie de la communauté des Oasiens) jusqu'aux toutes dernières lignes du roman, qui laissent entrevoir le début d'une relation avec... mais chut !

Ce choix de la réticence est inusité, quelque peu original, voire rafraîchissant, mais il prive sans doute Phan d'une part d'humanité.  De même, la narration est fluide, mais peut-être trop égale et mesurée pour ne pas empeser le texte d'une distance qui nuit à la tension.  L'expédition de Phan et son séjour à l'Extérieur se prolongent sans susciter de grandes angoisses alors même qu'il était question que l'approvisionnement en eau des Oasis prenne fin d'un jour à l'autre.  Le sentiment d'urgence, évoqué au début, s'estompe et retombe.

Du point de vue science-fictif, le contexte post-apo n'est pas neuf, pas plus que le cadre géographique choisi, soit celui du Canada, comme dans Amblystone de Valérie Drouin.   Cette Amérique du Nord désertifiée fait penser, outre l'univers de Francine Pelletier, à la série « Dust Lands » de Moira Young.

Ce qui soutient l'intérêt du point de vue science-fictif, par contre, c'est d'abord le mystère des visions de Phan, qui reste largement irrésolu, malgré quelques éclaircissements, et riche de potentialités.  Lepire nous prépare-t-elle une suite ?

Enfin, le roman place la technologie au cœur de débats récurrents sur son utilisation.  Les Oasiens ont choisi la voie d'une certaine autarcie en cherchant à réduire le plus possible leur dépendance aux technologies avancées du passé.  À la fin, la société des Oasis doit se décider à rejeter les anciennes techniques ou à s'assimiler au mode de vie de l'Extérieur... à moins de trouver une troisième voie.  Ces débats politiques concluent le roman et témoignent d'une maturité de vues qui rattache le roman à la tradition de la science-fiction qui fait réfléchir.

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2021-05-15

 

Wapke

J'ai été content de voir que l'ouvrage Wapke était présenté comme un recueil d'anticipation.  Il aurait certainement été possible pour l'éditeur, Stanké, ou le directeur, Michel Jean, de l'associer au futurisme autochtone (Indigenous futurisms) ou autochtofuturisme, puisque « wapke » signifie « demain » en langue atikamekw.  Ils ont toutefois décidé de ne pas se réclamer de cette catégorie ou mouvement,  ainsi appelé pour faire le lien avec l'afrofuturisme.  Dans une entrevue où il évoque l'ouvrage, Jean parle de dystopie  (soupir !) pour décrire son apparence générique, mais le terme est absent du site de l'éditeur et on aura au moins échappé à cette confusion devenue trop fréquente. Plus nettement consacré par l'usage, le terme d'anticipation rattache l'entreprise à la science-fiction.

Toutefois, l'anticipation l'emporte assez souvent sur la science dans les quatorze textes retenus pour ce collectif et les futurs envisagés sont rarement réjouissants.  À strictement parler, il ne peut s'agir d'une anthologie, même partielle, puisque tous les textes sont inédits.  S'il y a une prédominance d'autrices (onze sur quatorze), il y a aussi une présence marquée de participants de la relève ou de créateurs qui signent peut-être leur première fiction.

Les plumes les plus expérimentées se détachent sans trop de peine du lot.  L'excellente nouvelle « Les Grands Arbres » de Michel Jean lui-même rappelle un texte fondateur du genre post-apocalpytique, « The Place of the Gods » (1937) de Stephen Vincent Benét, rebaptisé ensuite « By the Waters of Babylon ».  La conclusion diverge radicalement, par contre.  Dans l'ombre de la menace fasciste, le héros de Benét proclamait que la civilisation (moderne et libérale) serait reconstruite ; l'héroïne de Jean, qui est l'héritière de deux apocalypses, tourne le dos aux ruines de la civilisation occidentale pour retourner dans la forêt avec son frère.

La nouvelle « Les saucisses » de J. D. Kurtness s'inscrit dans le prolongement d'une science-fiction plus récente, ce que souligne l'allusion à La Matrice des sœurs Wachowski.  Sans vraiment renouveler le thème, Kurtness en livre une exploitation parfaitement maîtrisée.

La nouvelle dystopique « Le quatrième monde » d'Isabelle Picard est moins achevée, mais d'une originalité fort agréable.  Plus fruste, la nouvelle « Uapush-unaikan » d'Alyssa Jérôme, autrice dans la vingtaine, met en scène une dystopie franchement horrifique.  C'est du brut, mais percutant.  Dans une veine similaire, « Pakan (Autrement) » de Cyndy Wylde, imagine une conspiration terrifiante, mais le récit reste sans aboutissement, dominé par l'indignation que les personnages expriment en reflétant des situations véridiques occultées dans les histoires que le Canada se raconte sur son passé.

Deux poètes reconnues, Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine, ont contribué au collectif.  Le court texte de Bacon, « Uatan, un cœur bat », porte sur la transmission des traditions et savoirs ancestraux, ne se rattachant au thème que par une date et par l'intention d'inscrire cette transmission dans le durée.  Plus intéressant, le texte de Kanapé Fontaine, « Kanatabe Ishkueu », est plutôt déstructuré sur le plan narratif, mais il aligne des idées qui retiennent l'attention du lecteur jusqu'à la chute finale.  Dans un tel cas, les forces de la science-fiction en tant que genre transcendent les faiblesses de la nouvelle en tant que telle.

La contribution d'un autre poète, Jean Sioui, relève plus de la vignette que de la nouvelle ou d'une réelle tentative de raconter une histoire, mais son texte, « Les couleurs de la peau », donne à entendre une voix autochtone sincère.  La nouvelle « 2091 » de la chansonnière Elisapie Isaac tient aussi de la vignette, mais il y a beaucoup plus d'humanité, d'espoir et de concret dans cette vision d'un futur inuk.

Outre « Les Grands Arbres » de Jean, le post-apo est à l'honneur dans quelques textes, mais le thème est loin d'être aussi présent qu'il aurait pu l'être.  C'est presque devenu éculé de faire le rapprochement entre le vécu des Premières Nations et les apocalypses de la science-fiction, ce qu'un roman comme Moon of the Crusted Snow (2018) de Waubeshig Rice dramatisait.  Dans l'histoire de la science-fiction québécoise, la nouvelle « Akua nuten (Le vent du sud) » (1962) d'Yves Thériault préfigurait d'ailleurs ce lien à l'heure de la grande peur d'une guerre nucléaire, et non sans ironie.  Dans Wapke, le premier texte, « Dix jours sur écorce de bouleau » de Marie-Andrée Gill, raconte la survie post-apocalyptique d'un petit groupe réfugié dans un camp de chasse, en intégrant à la fois réalisme et surnaturel autochtone.  On reste dans le registre de la vignette, mais l'aperçu de la survie qui se met en place a quelque chose d'inspirant.  On pourrait en dire autant, d'ailleurs, de la nouvelle « Les enfants lumière » de Virginia Pésémapéo Bordeleau.

Les autres contributions sont assez diversifiées.  La meilleure, « La hache et le Glaive », est de Louis-Karl Picard Sioui, lequel s'est fait plaisir en imaginant un scénario digne d'un film de science-fiction hollywoodien à grand déploiement, mais sans exclure une réflexion sur les futurs qu'on se donne à l'heure des choix.  La nouvelle « Cécile » est le premier texte publié de Katia Bacon, une jeune autrice innue de Pessamit.  Malgré une certaine naïveté dans la conception, l'exécution est tout à fait lisible.  Enfin, « Minishtitok (L'île) » de Janis Ottawa est un texte qui ne semble pas savoir où il va, mais qui laisse songeur.

Au Canada, Wapke est le premier recueil collectif d'expression française de science-fiction autochtone.  En anglais, on peut citer Bawaajigan (2019) de Nathan Niigan Noodin Adler et Christine Miskonoodinkwe Smith.  En 2016, Drew Hayden Taylor avait signé ce qui était peut-être le premier recueil individuel de futurisme autochtone au Canada, Take Us to Your Chief:  and Other Stories.  

Pour des raisons linguistiques, ce ne sont pas toutes les nations autochtones du Québec (ou du Canada francophone) qui sont représentées dans ce recueil.  Les Innus et Wendats dominent largement, mais  les autres contributrices se réclament de quatre nations supplémentaires et d'une identité métisse.  Il demeure que c'est un recueil rédigé dans la langue du colonisateur, qui est sans doute une langue seconde pour certains auteurs.  Dans les conditions actuelles de conservation, voire de reconstruction des langues premières, c'était sans doute incontournable, si ce n'est qu'en raison de l'empreinte de langues comme l'anglais et le français sur la constitution même de l'imaginaire science-fictif.  Que donnerait un recueil en innu-aimun, en atikamekw ou en inuktitut ?  On peut souhaiter que cette possibilité ne reste pas éternellement de la science-fiction.

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2021-04-25

 

Lloyd Bodie (1926-2021)

La nuit du souvenir, le souvenir des jours enfuis

Nous naissons de la nuit, nous tombons dans la nuit,
quand l'éclat des cuivres s'éteint en expirant
et les violons se taisent en soupirant,
car de leur harmonie un jour nous avons joui

Un très vieil ami est parti aujourd'hui,
vie qu'on abolit sans retour en l'échangeant
tel un livre vite oublié en le rangeant,
puisqu'on ne rallume pas le feu qui a lui

Il encensait le Beau, il parlait peu mais d'or,
il était l'ami chez qui le voyageur dort
et il avait compté les étoiles des Plaines

Les années multipliées de sa vieillesse
ont usé avant, mais pas effacé ma peine,
en ce jour où périt un peu de ma jeunesse

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2021-03-25

 

Exorcisme en vers (et hommage à Verlaine)

 Au-delà du battant, assis en attendant,
ils sont deux à chercher quelques mots inédits
ou se persuader que c'est bien vendredi :
dans la bouche de l'un luit une seule dent

Qui donc visitera leur salon décadent ?
Ils sont deux esseulés au silence réduits,
elle s'est ramollie, lui parfois se raidit :
de sa gorge éteinte sort un rire strident

Dans leur appartement, trop longtemps enfermés,
condamnés à sentir cette folie germer
qui lui dit qu'il est beau et qu'elle... vit encore

ils sont deux qui s'aimaient avant la pandémie
et qui n'espèrent plus que le trépas des corps
pour que leurs purs esprits s'embrassent en amis

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2020-11-04

 

Pernicieuse nostalgie

 En 1948, le Parti national réunifié de Daniel François Malan et ses alliées remportaient les élections en Afrique du Sud et entreprenaient d'ériger en système la suprématie de la communauté blanche aux dépens des autres communautés ethniques.  Ce nouveau régime, affublé du nom apparemment vendeur d'apartheid (« séparation » ou « séparatisme », mettons), allait durer plus de quarante ans.

Il convient de rappeler la courte victoire du Parti national et de ses alliés : 42% du vote contre 51% pour ses principaux adversaires.  Mais le système électoral alambiqué de l'époque allait transformer cette minorité des suffrages en une majorité des sièges (79 contre 71).

Ce matin, il est presque certain que le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald J. Trump, obtiendra une minorité des voix exprimées.  Il pourrait néanmoins devenir le président des États-Unis au terme du décompte.  Les Républicains conservent leur majorité à la Cour suprême et probablement le contrôle du Sénat.

Les analyses à venir nous diront dans quelle mesure la corruption et les manipulations du système électoral auront acquis pour les Républicains une série de victoires qui, entre autres, compliquent la lutte contre les changements climatiques.  Mutatis mutandis, il demeure possible de rapprocher ces résultats de la victoire de Malan en 1948.

Il y a certes des différences : la pandémie a peut-être incité une partie des électeurs à soutenir le président sortant de la même façon qu'ailleurs, les partis au pouvoir ont été reconduits avec un appui accru.  Néanmoins, si on prend au sérieux ce vote massif pour Trump qui déjoue une partie des sondages, il faut sans doute conclure qu'une majorité de la population blanche tient mordicus au projet trumpiste.  Tant que certaines clientèles bénéficient de l'attention assourdissante et des subsides ciblés de Trump, elles ne s'objecteront pas aux valeurs prônées ou pratiquées par les Républicains : capitalisme sauvage (sauf pour les clientèles les plus choyées), suprémacisme blanc, conservatisme traditionnel (anti-choix, homophobe, transphobe), exclusion des femmes et des minorités, obscurantisme scientifique, exploitation de l'environnement...  La promesse de Trump à ses électeurs, c'est qu'il n'est pas nécessaire de changer.  De protéger l'environnement, d'accepter les talents de tous, de respecter la liberté des personnes différentes et de s'adapter, en général, à un monde qui change.  

Cet acharnement en faveur du statu quo ante rappelle d'autres restaurations d'un ordre traditionnel, de l'Europe post-napoléonienne à l'Afrique du Sud de Malan.  Plus la fierté d'antan était grande, plus il est difficile de la renier.  Depuis Reagan, la croyance à l'exceptionnalisme des États-Unis a été proclamée d'autant plus souvent que les raisons d'un patriotisme aveugle étaient battues en brèche.  Ce qui s'est effrité au fil des ans impliquait des solidarités réciproques : les classes moyennes et laborieuses acceptaient un certain libéralisme en échange de la garantie d'une certaine prospérité.  Tant qu'elles ne se sentaient pas lésées, elles toléraient les avancées d'autrui.  Ou plutôt, tant qu'elles conservaient leur position relative, elles acceptaient les progrès des autres.  Dans une société qui stagne ou qui régresse, on admet moins facilement d'être dépassé, par contre.  Très clairement, Trump promet à ceux qui se sentent négligés de leur rendre leur prospérité de jadis ou de s'assurer que les autres — dans les grandes villes, dans les hauts lieux de la diversité, dans les universités — n'avanceront pas plus vite qu'eux.

Si on ne peut pas avoir l'un, on peut avoir l'autre.  Si bien que la question de fond, c'est sans doute de savoir s'il est possible de rendre à ces classes moyennes et laborieuses (et blanches) ce confort matériel et croissant dont elles croient se souvenir.  La mondialisation de l'économie et les évolutions technologiques ne permettent pas de le faire à grande échelle.  Pas facilement.  Pas avec des guerres commerciales — mais les électeurs de Trump lui savent sans doute gré d'avoir essayé, malgré ses contempteurs néo-libéraux.  L'amélioration du niveau d'éducation et des infrastructures resterait une voie d'avenir pour ces communautés, mais qui ne porterait ses fruits qu'à moyen ou long terme.  Je suis donc amené à conclure que l'électorat de Trump n'est pas encore assez désespéré pour vouloir changer.  

En Afrique du Sud, l'apartheid a duré une quarantaine d'années.  L'Europe du Congrès de Vienne a duré une trentaine d'années.  Comme les choses évoluent plus vite au XXIe siècle, peut-être qu'il ne faudra qu'une vingtaine d'années pour venir à bout des blocages étatsuniens.

Mais dans quel état sera la planète en 2040 ?

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2020-10-17

 

Les mises en nomination pour les Prix Aurora/Boréal 2020

 Il est possible de participer à la première ronde du vote pour les Prix Aurora/Boréal 2020 jusqu'au lundi 26 octobre.  La liste des ouvrages admissibles est disponible ici, mais on peut aussi sauter directement au formulaire de mise en nomination.  Outre mes quatre nouvelles publiées dans Brins d'éternité, Galaxies et Solaris, je suis le plus fier de mon article « Les quatre époques de la science-fiction francophone au Canada » dans Galaxies 61.

Néanmoins, mon blogue figure également parmi les créations admissibles, dans la catégorie du Prix Boréal de la fanédition.  Comme un blogue doit compter au moins dix billets en rapport avec l'imaginaire, je vais en dresser la liste ci-dessous (en ne faisant abstraction que de l'annonce de mes services de mentorat et d'une série de billets destinés à faire connaître ma classe de maître donnée à la Maison de la littérature de Québec en fin d'année) : 

30 janvier 2019 : Mes fictions climatiques (un bilan de mon intérêt pour les changements climatiques depuis 1988)

15 mai 2019 : De la SFCF en 1937 (où je reproduis une courte nouvelle de science-fiction fantaisiste parue en 1937 que j'attribuerais volontiers à Jean-Charles Harvey)

22 mai 2019 : Une fable de science-fiction en 1928 (où je reproduis un conte de science-fiction française imprimé dans un journal saguenéen)

15 juin 2019 : De la SFCF juridique (et sexiste) en 1917 (où je reproduis une nouvelle montréalaise et misogyne)

25 juin 2019 : L'Atlantide et la SFCF (où je reproduis un poème atlante épique de Jean Charbonneau après avoir esquissé l'histoire du thème atlante dans la SFCF)

3 juillet 2019 : Le Sentier couvert, voyage temporel et SFCF (où j'analyse un roman canadien français des années 1940 qui est sans doute le premier titre de SFCF à décrire un retour dans le temps)

5 juillet 2019 : La médecine du futur dans un texte de SFCF (où j'attribue un peu trop rapidement un texte d'anticipation du Français Pierre Véron à Hector Berthelot, qui l'a reproduit dans son journal en 1882)

14 juillet 2019 : L'inquiétante absence (où je chronique un documentaire sur l'absence relative au Québec de films de genre, en particulier dans le champ de l'imaginaire)

30 août 2019 : Un fan se penche sur son passé (un billet plus personnel où je me rappelle ma vie de fan de science-fiction)

18 septembre 2019 : Un avatar québécois d'Arsène Lupin (où je présente un feuilleton de SFCF qui met en scène un émule de Lupin baptisé Maxime Leblond et imaginé par un clerc québécois)

11 octobre 2019 : Le meilleur des mondes théâtraux (où je chronique l'adaptation québécoise pour les planches de Brave New World)

Ceci conclut mon survol du contenu science-fictif de mon blogue en 2019.  Avec deux contes français, deux nouvelles canadiennes et un poème québécois, il offre à lui tout seul une mini-anthologie historique de la science-fiction francophone dont les textes s'échelonnent de 1882 à 1937.  Deux billets signalent aussi en primeur des textes oubliés de tous que je n'hésite pas à rattacher à l'ancienne science-fiction.  Ce n'est pas une production abondante, mais je considère qu'elle n'est pas sans intérêt.

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