2019-10-11

 

Le meilleur des mondes théâtraux ?

Hier, j'assistais à une représentation de l'adaptation par Guillaume Corbeil du roman Brave New World (1932) d'Aldous Huxley.  C'était ma première visite au Théâtre Denise-Pelletier, dont la salle m'a paru un peu trop grande ou d'une acoustique un peu insatisfaisante.  La pièce Le Meilleur des mondes était mise en scène par Frédéric Blanchette, avec une troupe de six acteurs jouant des rôles multiples et un décor dominé par une toile blanche tendue d'un mur à l'autre pour servir d'écran à des projections multiples.  De fait, de superbes photos et plusieurs animations originales ont permis d'assurer en beauté le changement de scènes, du lieu de travail du trio principal (Bernard, Lénina, Helmholtz) à l'appartement de Bernard à l'hôpital où périt Linda, la mère de John.

L'adaptation de Corbeil en mène large, rapatriant aussi le spectre de la surveillance totale invoqué plutôt par Orwell dans 1984, ainsi que la cote de crédit social de la Chine actuelle, et finissant par faire du personnage de John, l'homme « sauvage » du roman, un metteur en scène qui veut sauver le monde par le théâtre en présentant Hamlet aux spectateurs du monde futur.  Même si ce dernier choix peut paraître complaisant de la part d'un homme de théâtre, il faut admettre qu'il s'inscrit dans la logique du roman et que le résultat n'est pas moins grotesque que le sort de John dans le roman d'origine.  (La pendaison finale de John, découragé et déprimé, demeure, même si le contexte est un peu différent.)  Comme la troupe comprend trois hommes et trois femmes, Corbeil a féminisé le rôle de l'Administrateur Mustapha Mond afin de pouvoir l'attribuer à Macha Limonchik.  Sinon, on retrouve les autres personnages principaux de Huxley : le rebelle Bernard Marx, l'objet de ses affections, Lenina Crowne, leur ami Helmholtz Watson, l'exilée involontaire Linda et son fils, John.

La théâtralisation du roman s'adresse clairement au public en partie adolescent qui fréquenterait le Théâtre Denise-Pelletier et qui était bien présent hier soir.  Certaines scènes misent sur un comique un peu juvénile, mais la pièce souligne bien la nature dystopique et sournoise du régime en place.  (Et les spectateurs adolescents que j'entendais réagir à la fin de la représentation semblaient avoir été frappés par cet aspect, malgré la familiarité probable de dystopies comme Hunger Games.)  Ont-ils été surtout marqués par la dénonciation des plaisirs faciles ?

Huxley était bien placé pour saisir la transition d'une époque de rareté à une époque d'abondance...  en attendant la surabondance actuelle.  À l'époque où l'Église contrôlait la présentation du seul grand univers fictif en sus du folklore à moitié réprimé, il était facile d'accorder une valeur immanente à ce qu'on appelait très justement l'histoire sacrée et d'en faire la base d'une religion.  À l'époque plus récente où réunir une troupe de théâtre, présenter des pièces, organiser un orchestre et offrir des concerts n'étaient pas à la portée de toutes les bourses, les artistes et artisans étaient peut-être plus portés à se surpasser, pour un mécène royal ou princier.  L'art était exceptionnel parce que l'art était une exception.  Mais plus le progrès technique et l'enrichissement collectif ont permis de généraliser l'offre, plus celle-ci a perdu de sa valeur, et parfois de sa valeur intrinsèque.  L'art est devenu un divertissement que l'on consomme à volonté le soir avant de se coucher : malgré tout le métier et même le génie des créateurs, ce qu'ils créent n'en devient pas moins oubliable parce qu'il y aura autre chose le lendemain.  (Même les services comme Netflix auraient compris puisqu'il est désormais question de ne plus livrer des séries complètes en une seule fois mais de les distiller à raison d'une livraison par semaine, comme au siècle dernier.)

Dans Brave New World, Huxley stigmatisait cette évolution en comparant le cinéma sensoriel et les livres.  L'opposition entre le règne du ressenti et l'analyse des sentiments chez Shakespeare était un peu caricaturale, mais le cinéma actuel (dont Scorsese lui-même dénonce l'exploitation infatigable de récits superhéroïques) s'expose clairement à cette critique.  Quand la langue, la complexité des sentiments, la réflexion et le souci de cohérence sont jetés par dessus bord, il ne reste plus guère que l'émotion brute et les plaisanteries faciles.

Par contre, la pièce n'insiste pas sur un possible rapprochement entre le soma et la légalisation canadienne du cannabis, même si la commercialisation du soma peut rappeler la mise en marché du cannabis.  (Plus généralement, on songe à la consommation grandissante d'anxiolytiques et d'anti-dépresseurs.)  Dans la pièce, le soma est décliné sous plusieurs formes, chaque variété produisant un effet distinct : il y a donc le « soma sourire », le « soma ego », le « soma concentration » et le « soma euphorie ».  On capte aussi une brève allusion au « soma Shakespeare » vers la fin de la pièce.

Malgré de nombreux changements scénaristiques, l'adaptation préserve en général l'esprit du livre.  La référence à la surveillance omniprésente (comme dans 1984 ou notre réalité) brouille un peu les cartes, car le meilleur des mondes de l'an 2540 est un système totalitaire qui recherche, manufacture et obtient le consentement sans même avoir besoin de surveiller, récompenser et punir.  L'incohérence affaiblit quelque peu le propos originel.  Corbeil doit donc se rattraper en soulignant à gros traits comment le vedettariat médiatique de John condamne même la révolte de celui-ci à être récupérée et commercialisée pour le plus grand plaisir de ses fans.

En 632 de l'ère fordiste, même l'indignation est un plaisir facile.

Depuis quelques années, le théâtre québécois s'ouvre de plus en plus à la science-fiction.  L'heure de gloire du misérabilisme social et le primat du réalisme du terroir s'estompent depuis le début du siècle, même s'il faut encore faire un effort pour assister à des créations qui ne bénéficient pas toujours d'une publication.  Je n'avais même pas encore eu l'occasion, par exemple, de signer un billet sur la pièce Astronettes, la longue marche vers les étoiles, présentée l'hiver dernier au Théâtre Périscope à Québec.  Une création de Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau, la pièce conjuguait une rétrospective historique de pionnières de l'exploration avec un cadre futuriste grâce à une troupe composée de quatre femmes et un homme.  En particulier, l'exploratrice Alexandra David-Néel (1868-1969), la cosmonaute Valentina Terechkova et les candidates étatsuniennes au programme spatial des années 60 (Geraldyne Cobb et Jackie Cochrane, principalement) occupaient l'avant de la scène tour à tour, tandis qu'un équipage entièrement féminin se prépare à s'envoler pour Mars en 2035 dans le cadre de la mission Orion 2 (la mission Orion 1 ayant eu un accident ?).

Je pourrais aussi citer l'adaptation théâtrale du Frankenstein de Mary Shelley qui a joué au Trident à Québec en 2013, mais il s'agissait d'un travail de l'écrivain anglais Nick Dear, traduit en français par Maryse Warda.  La part québécoise était donc congrue.

En revanche, l'adaptation de Brave New World est un travail original par des professionnels québécois.  Certes, contrairement aux créateurs de la pièce Post Humains, les responsables du Meilleur des mondes ne semble pas avoir fait de grands efforts de recherche.  Le programme de la soirée inclut même une citation fréquemment attribuée en ligne à Huxley alors qu'elle provient d'une analyse de Huxley par le philosophe française Serge Carfantan ; elle est ici présentée comme étant de Huxley en 1931, ce qui suggère que Blanchette ou ses collaborateurs ne se sont pas donnés la peine de remonter à la source.  Jean-Jacques Pelletier signe aussi dans ce programme un court « Abécédaire de la science-fiction » apparemment extrait d'une version plus longue (?) d'un cahier pédagogique du Théâtre Denise-Pelletier.

De fait, l'ouvrage d'Aldous Huxley reste encore aujourd'hui un horizon difficilement dépassable de l'anticipation.  Sur deux points majeurs, Brave New World saisissait très lucidement l'évolution de l'Occident et imaginait la suite, sinon l'aboutissement ultime de ses transformations sociales.  Ces deux points ?  L'abondance de plaisirs faciles et la conformation de l'être humain à ces productions pour faire son bonheur… à l'insu de son plein gré.

Depuis les années folles de l'entre-deux-guerres, nous n'avons pas poussé aussi loin que prévu la préparation des corps à leur insertion conforme dans le tissu social, mais nous n'avons cessé de repousser les limites du conditionnement par la publicité, la propagande et la formation des opinions, selon des méthodes déjà entrevues à l'époque de Huxley par Edward Bernays le bien nommé.  Du coup, un romancier moderne peut difficilement aborder la question du bonheur collectif sans marcher sur les traces de Brave New World, comme Houellebecq dans Les Particules élémentaires et La Possibilité d'une île.  La modification humaine, par un clonage avant la lettre et une manipulation des facultés intellectuelles du cerveau, permet de saper l'insatisfaction foncière des humains.  Et la puissance d'une propagande politique ou commerciale, subtile ou grossière, mais répétée et déclinée avec insistance sur tous les tons, est devenue si évidente qu'elle n'inspire plus guère les ouvrages d'imagination.  (Il faudrait peut-être remonter au roman The Space Merchants de Pohl et Kornbluth pour en trouver une exploitation en science-fiction.)  C'est désormais un art appliqué, pas un secret d'État.  Après McLuhan, Noam Chomsky est passé par là, et les empires médiatiques de Rupert Murdoch ont fourni la démonstration pratique.  Les nouvelles formes de la manipulation permises par les interfaces électroniques de nos réseaux sociaux ne sont qu'une variation nouvelle sur un thème rebattu.

Pour le spectateur actuel, la dénonciation de Huxley conserve une bonne partie de sa pertinence.  Et ce qui n'y semble pas neuf témoigne en fait de son influence.  La pièce m'a rappelé que Brave New World était plus ou moins à l'origine du cliché (en fiction) d'une élite cynique futuriste qui manipule les masses avec des idées auxquelles les membres de cette élite ne croient pas nécessairement.  Au passage, j'ai songé que les castes biologiques de cette société faisaient autant écho au classement des ouvriers pratiqué par les usines fordistes qu'aux classes rigides de la société britannique.  Même le culte, en apparence un tantinet déraisonnable, qui est voué à l'œuvre shakespearienne ne m'apparaît plus si gratuit.  À l'ère de l'inculture littéraire forcenée et de la primauté des écrans, il devient possible de comprendre que Huxley suggère aussi que même un auteur vieux de quatre siècles (ou de mille ans au moment de l'action du roman) a plus à dire sur la condition humaine que l'absence de pensée des plaisirs faciles à l'écran ou sous forme chimique.

Au Québec, le roman de Huxley était passé presque inaperçu au moment de sa sortie.  La traduction en français parue en 1933 suscite quelques commentaires, mais le Canada français n'est pas encore prêt à l'entendre.  La société de la consommation et des loisirs que Huxley met en doute surgit à peine dans quelques milieux choyés de Montréal et Québec.  Néanmoins, dans un essai d'octobre 1934, « Poésie du monde d'aujourd'hui » (L'Ordre, 25 février 1935), Rex Desmarchais écrit : « Quelques anticipateurs, cerveaux agiles et hardis, sentinelles avancées de l'Intelligence, ont essayé d'imaginer le monde futur, de nous en dessiner des esquisses – notamment Aldous Huxley, dans Le meilleur des mondes.  Mais Huxley, dans son anticipation peuplée d'automates, n'a pas osé éliminer tout à fait l'homme.  Et même son ouvrage entier n'a-t-il qu'une fin : nous inspirer l'horreur d'une société régie par l'automatisme. »  Auteur de science-fiction à ses heures, Desmarchais comptait parmi les anticipateurs les plus en pointe de son temps.  En faisant de Brave New World un classique encore digne d'être offert en pâture aux nouvelles générations, la culture québécoise actuelle nous incite aussi à redécouvrir ceux qui ont été les premiers à comprendre l'ouvrage de Huxley.

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2019-10-09

 

Les limites du suffrage (universel)

Le droit de vote n'a jamais été une évidence.  En particulier, quand il s'agit de s'en servir pour désigner qui va exercer le pouvoir suprême dans un État, ou à tout le moins les pouvoirs exécutif et législatif.  Au temps de l'aristocratie triomphante, le droit de vote était souvent limité aux hommes libres détenteurs d'un minimum de biens mobiliers et immobiliers, ces derniers représentant le plus souvent le critère décisif.  Cette restriction se fondait sur l'idée que les propriétaires terriens, en tant que principaux bénéficiaires du statu quo et premiers concernés par la défense de l'État (en tant que contributeurs aux forces militaires), méritaient d'avoir voix au chapitre.

Au fil des ans et des révolutions, les restrictions sont tombées.  Le droit de vote a été accordé aux hommes de toutes conditions.  Puis, il a été accordé aux femmes.  Plus l'État a été compris non comme un ordre des choses préservant une hiérarchie sociale mais comme une entité économique productive, plus il est devenu nécessaire de reconnaître ceux et celles qui contribuaient à cette production économique.  Néanmoins, malgré le travail des enfants, il a toujours semblé nécessaire de décréter un âge minimal pour voter, afin que les électeurs soient supposés suffisamment raisonnables et bien informés pour voter de manière éclairée.  De même, les personnes jugées non compos mentis n'avaient pas le droit de voter.

Ce raisonnement a entraîné certaines dérives.  Au nom de la défense d'un vote éclairé et informé, on a parfois imposé des tests de lecture ou d'écriture aux votants pour réserver dans les faits le droit de vote aux personnes capables de lire et d'écrire, ce qui était alors appliqué pour écarter de l'urne certaines minorités plus pauvres ou moins éduquées au moyen de tests particulièrement vicieux.  D'autres minorités (religieuses ou ethniques) étaient parfois exclues d'office, parce qu'elles ne pouvaient appartenir à la nation organique dont l'État n'était qu'une émanation.

Dans nos démocraties, l'âge minimum a été abaissé à 18 ans au siècle dernier, en partant du principe que si on avait le droit de boire et de conduire un véhicule, ainsi que le douteux privilège de se faire tuer à la guerre à partir de 18 ans, on ne pouvait priver un citoyen ou une citoyenne de la possibilité de se prononcer sur le gouvernement qui l'enverrait au front.  Et il est maintenant question d'abaisser cet âge à 16 ans, parce que les technologies de l'information et des communications ont donné aux jeunes infiniment plus de moyens de s'informer que jamais auparavant.

En revanche, le vieillissement de la population, assurant une influence prépondérante aux têtes grises, suscite désormais des propositions (qui relèvent pour l'instant de la plaisanterie) de fixer un âge maximum pour voter.  Après tout, les électeurs plus âgés cumulent : non seulement ils sont de plus en plus nombreux, mais ils restent aussi de plus en plus nombreux à voter.  La question qui se pose, c'est de savoir si les priorités des personnes âgées devraient automatiquement l'emporter sur celles de tous les autres groupes d'âge.  De plus, comme il est avéré que les aînés sont de plus en plus influençables, il conviendrait de limiter leur participation électorale au-delà d'un certain âge pour laisser la place à des esprits réellement indépendants.  En outre, ce qui a été souligné dans le cas du Brexit, c'est que les retraités britanniques avaient voté pour un choix qui les affecteraient peu, puisqu'il faudrait trois à quatre ans pour en arriver à un nouvel état de fait, tandis que le reste de l'existence des électeurs plus jeunes serait déterminé par ce choix imposé par les plus âgés...

Dans ce débat, il n'y a sans doute pas d'argument définitif, et l'âge est demeuré le critère par défaut parce qu'il est plus objectif que les autres tests qui permettraient de sélectionner l'électeur parfait ou l'électrice idéale.  Cela dit, on peut imaginer d'autres voies pour rétablir une certaine équité inter-générationnelle.

Par exemple, il serait possible de pondérer le vote de chacun en fonction du nombre d'années qui lui reste à vivre.  Si l'espérance de vie du pays au moment de l'élection était de 84 ans, un électeur de 24 ans disposerait d'un droit de vote doté d'un poids de 60 et une électrice de 64 ans disposerait d'un droit de vote multiplié par 20.  Ainsi, il faudrait trois votes gris pour équilibrer un vote de vingtenaire...  Comme il existe aussi des calculs de l'espérance de vie à chaque âge, il serait également possible de raffiner la pondération en utilisant l'espérance de vie qui correspond à l'âge du votant, histoire d'éviter des votes dotés d'un poids négatif (pour une personne âgée de 94 ou 104 ans, mettons).  Au bureau de scrutin, lorsque la personne qui vote se fait identifier, elle se ferait remettre un bulletin de vote portant le numéro correspondant au poids de son vote afin de conserver l'anonymat du suffrage.

Les conséquences d'un tel système sont assez imprévisibles.  Est-ce que la participation électorale des jeunes augmenterait parce qu'ils auraient la certitude d'exercer une influence significative sur le résultat ?  Ou diminuerait-elle parce que les jeunes se diraient qu'il était encore moins important de voter ?  Mais que se passerait-il dans l'éventualité d'un autre baby boom ?

En attendant, les Canadiens et Canadiennes n'ont qu'une manière de peser sur la suite des choses.  En votant d'ici la fin de l'élection.

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2019-09-22

 

Comment combiner créativité et loisirs de l'imaginaire

La classe de maître que j'offre la fin de semaine des 5-6 octobre prochains permettra de combiner un apprentissage de la créativité en science-fiction et de profiter des activités de loisirs que la région de Québec offre en même temps dans les genres de l'imaginaire.

Ainsi, le 5 octobre, le Patro de Lévis invite les amateurs de frissons à une soirée de film horrifiants.  Du 4 au 6 octobre, le centre-ville de Québec accueille un nouveau festival, les Sorcelleries de Québec, pour toute la famille.  À deux pas de la Maison de la littérature, les amateurs pourront participer à un bal costumé au Château Frontenac.  En journée, on pourra aussi se rendre au parc de l'Esplanade.

Au programme de ma classe de maître, il y aura deux grands axes.  La construction d'une intrigue et la recherche d'idées nouvelles.  La science-fiction peut très bien accueillir des histoires palpitantes qui se contentent de faire du neuf avec du vieux : par exemple, le roman primé aux Prix Hugo de cette année, Calculating Stars de Mary Robinette Kowal, réécrit la course à l'espace dans un contexte uchronique où la côte Est des États-Unis a été frappée par un petit astéroïde, provoquant le débat d'un réchauffement planétaire dont l'emballement serait plus rapide et plus inquiétant que même celui qui nous pend au bout du nez.  Quitter le sol terrestre et viser un alunissage, c'est désormais une partie de l'histoire du vingtième siècle.  Pour renouveler le sujet, Kowal imagine que des femmes luttent pour devenir astronautes bien plus rapidement que dans notre réalité (même s'il y a bel et bien eu des femmes qui ont fait des pieds et des mains pour être enrôlées dans le programme Apollo).  Le tout se lit d'une traite et représente un modèle de construction d'intrigue, car les péripéties s'enchaînent avec rigueur et même les sous-intrigues découlent des prémisses du roman.

Même si elle réécrit une histoire familière, Kowal a eu l'idée d'une uchronie inédite.  Elle reste un peu vague sur l'origine de l'idée, toutefois.  En revanche, dans le cas de la série Fondation d'Asimov, l'auteur a expliqué qu'il avait puisé l'idée de départ dans sa lecture de l'ouvrage célèbre d'Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire (1776-1788).  Comme quoi un ouvrage ancien peut inspirer une vision futuriste.  Dans un roman comme Blindsight de Peter Watts, l'auteur exploite des idées inspirées par ses connaissances en biologie pour imaginer une espèce humaine inédite et une espèce extraterrestre originale.  La situation de base, qui est celle d'un premier contact entre l'humanité et des visiteurs extraterrestres, n'est pas neuve en soi, mais Watts renouvelle le récit qui en résulte parce que les acteurs de cette rencontre se démarquent de leurs prédécesseurs dans le genre.

Ces trois cas nous fourniront donc trois pistes pour comprendre la genèse des idées originales en science-fiction...

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2019-09-21

 

Classe de maître (5-6 octobre) : Horaire préliminaire

Encore aujourd'hui, les auteurs de science-fiction se font parfois poser la question de la genèse ou de l'origine de leurs idées.  Où les trouvent-ils?  Comment les transforment-ils en histoire?  De nos jours, l'art de raconter une histoire est connu de tous, ou devrait l'être.  Les sources ne manquent pas, en tout cas.  Il est certes possible de perfectionner cet art tout au long d'une carrière littéraire, mais ce n'est pas si difficile de mettre le pied à l'étrier.  Beaucoup d'auteurs s'arrêtent d'écrire après avoir signé un livre ou deux, soit parce qu'ils avaient couché sur papier tout ce qu'ils avaient à dire, soit parce qu'ils se rendent compte que le véritable défi, c'est de trouver des idées.

De fait, à en juger par la production hollywoodienne, le problème n'est pas limité aux écrivains.  Évidemment, quand un film coûte des millions de dollars, il est tentant de recycler des idées familières ou de prolonger ad infinitum les aventures de personnages déjà connus du public.  Proposer du neuf, c'est risqué.

En science-fiction, il existe plusieurs sources d'idées.  D'abord, il est parfaitement possible de s'inspirer de ce qui a déjà été fait, de combiner des histoires distinctes (le principe du mash-up) et d'introduire des variantes pour créer quelque chose d'inédit.  Selon un principe similaire, la transposition est un procédé valable : à certains égards, la série Babylon 5 transposait le Seigneur des anneaux dans un cadre science-fictif tout comme Isaac Asimov avait transféré dans Caves of Steel les bases d'une histoire de détective dans un futur science-fictif.  La science-fiction classique appliquait aussi le procédé de l'extrapolation (« Et si...») qui consiste à extrapoler, de manière plus ou moins déductive, les conséquences d'une nouveauté (scientifique, technique, sociale, politique) dans un cadre familier.  La nature de ce novum varie, car il peut s'agir d'une inspiration spontanée ou d'un emprunt à des innovations techniques ou découvertes scientifiques récentes.

L'idéation en science-fiction est parfois dépréciée.  En apparence, il n'est pas si difficile de générer des idées ou des canevas initiaux pour des histoires plus ou moins longues, comme le faisait la personne responsable de ce Tumblr apparemment arrêté en 2014.  Les idées sont partout, mais l'écrivain de science-fiction doit (i) les trouver suffisamment intéressantes pour commencer et terminer une histoire, (ii) les rendre intéressantes pour ses lecteurs, et (iii) savoir comment les intégrer à l'histoire pour que la résolution de l'intrigue en dépende ainsi que le sort des personnages.

Si le thème de cette classe de maître est l'idéation, elle ne se limitera pas à la recherche d'idées, car la manière de les exploiter compte aussi.  Voici l'horaire préliminaire :

Horaire préliminaire

 (i) samedi matin (10 h – 12 h) : conférence de l’auteur sur l’idéation en science-fiction en prenant des exemples connus, récents et moins récents;

 (ii) samedi après-midi (13 h – 14 h 55) : exercice d’idéation à partir de contraintes tirées au hasard (technologies actuelles ou proches) dans la veine de la série Black Mirror

 (iii) samedi après-midi (15 h 05 – 17 h) : partage des ébauches et tours de table

 (iv) dimanche matin (10 h – 12 h) : conférence de l’auteur sur l’idéation en science-fiction en prenant des exemples dans ses propres textes, publiés ou en cours d’écriture, ainsi que dans des problématiques techno-scientifiques des sociétés actuelles

 (v) dimanche après-midi (13 h – 14 h 25) : exercice d’idéation à partir de thèmes généraux plus ou moins familiers (dystopie, post-apocalyptique, exploration spatiale, invasion extraterrestre) en imposant comme condition de les renouveler

 (vi) dimanche après-midi (14 h 35 – 16 h) : partage des ébauches et tours de table

 (vii) dimanche après-midi (16 h – 17 h) : conclusion générale sur l'écriture d'histoires

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2019-09-20

 

Les changements climatiques, le mur de Trump et le Brexit

Au lieu de faire grève pour le climat, je vais signer un billet de blogue.  Je m'intéresse au sujet des changements climatiques depuis si longtemps que j'utilise encore « Effet de serre » comme libellé de mes billets correspondants...  J'assume mon âge et je marcherai la semaine prochaine à Québec, mais je crains que le futur que l'on veut éviter ne soit plus si lointain.

Même si le mur de Trump à la frontière sud des États-Unis tient du bluff et du prétexte électoraliste, faut-il croire pour autant que tous les électeurs de Trump n'étaient motivés que par la xénophobie et le racisme ?  La France a exporté avec un certain succès la théorie du grand remplacement remise au goût du jour par Renaud Camus et l'idée a trouvé des adhérents aux États-Unis.  Même si elle profite d'une répugnance viscérale à l'arrivée de personnes d'autres origines chez certains blancs, elle bénéficie aussi d'autres discours.  Depuis le temps que les climatologues lancent des avertissements au sujet des réfugiés climatiques, faut-il s'étonner que même les indécis ou les climato-sceptiques qui ne croient pas à la contribution humaine au réchauffement aient intégré que les changements climatiques chasseraient des milliers de personnes de chez eux ?  Voire des millions ?

En Amérique centrale, la croissance démographique fait partie du problème.  Entre 1988 et 2018, la population des États-Unis a augmenté de 33%, celle du Canada de 37%, celle du Mexique de 54% et celle de l'Amérique centrale de 71%.  Ou pour le dire autrement, la population du Canada était de 27 millions de personnes en 1988 et celle de l'Amérique centrale de 28 millions, soit presque la même.  L'an dernier, la population du Canada atteignait 37 millions de personnes, mais celle de l'Amérique centrale était passée à 48 millions de personnes.

Comme les changements climatiques compliquent l'agriculture de subsistance et l'agriculture commerciale (du café, par exemple), la Banque mondiale évalue que le nombre de migrants climatiques en provenance de l'Amérique centrale pourrait atteindre les 2 à 4 millions de personnes d'ici 2050.  Il s'agirait d'un chiffre en soi majeur : ce serait dans le pire des scénarios l'équivalent des réfugiés et migrants qui ont quitté le Vénézuela ces dernières années.  Et ce ne serait qu'une part des réfugiés climatiques originaires d'autres régions des Amériques ou du monde.

Tandis que les experts se demandent s'il faudrait traiter les réfugiés climatiques comme des réfugiés politiques et si les mesures humanitaires habituelles, qui présupposent un retour éventuel dans le pays d'origine quand une crise s'apaise, seraient adaptées aux migrations climatiques, les électeurs de Trump se sont opposés à une immigration massive appréhendée... même si, dans les faits, le nombre de personnes interceptées à la frontière des États-Unis baisse depuis le début du siècle.  Mais ce sont de moins en moins des travailleurs illégaux qui essaient d'entrer aux États-Unis et de plus en plus des familles qui sollicitent l'asile.

La réaction des États-Unis incorpore-t-elle une inquiétude latente au sujet des migrants climatiques de demain ?  Ce n'est pas entièrement clair, mais le vote pro-Trump annonce la couleur pour après-demain.  Si on ne réfléchit pas aujourd'hui à la gestion de la migration climatique, la majorité votera pour qu'on ferme la porte et construise des murs.

Ce qui est plus clair, c'est que le vote pour le Brexit au Royaume-Uni a profité amplement d'une campagne de peur orchestrée par les partisans de la sortie de l'Union européenne qui attisait la crainte de l'arrivée de réfugiés syriens.  Comme dans le cas de l'Amérique centrale, le réchauffement planétaire n'est qu'un facteur parmi plusieurs autres qui peuvent expliquer l'éclatement de la guerre civile et le départ de millions de réfugiés.  (La croissance démographique syrienne n'est qu'approximativement connue, mais on croit que la population syrienne était passée de 12 millions vers 1990 à 22 millions vers 2012, ce qui représenterait une augmentation de 83%.)  Pour l'instant, il faut qu'un pays soit fragilisé par la croissance démographique et par des dissensions internes pour que les changements climatiques déclenchent un exode.  Dans les années à venir, les événements climatiques extrêmes pourraient l'emporter sur les autres facteurs.

Du coup, la réaction anglaise n'est pas sans rappeler le fantasme présent chez certains milliardaires d'un départ de la Terre pour Mars afin d'échapper à l'effondrement.  Ne trouvait-on pas dans les discours britanniques l'idée que le Brexit permettrait à la Grande-Bretagne de larguer les amarres et de voguer vers le grand large ?  Quand Johnson soutenait que « Britain thinks it is time to talk about the future. It is time to float this ship down the slipway and on to open seas and get it moving. », c'était bien entendu une métaphore, mais une métaphore révélatrice.  Pour échapper aux réfugiés et aux effets du réchauffement climatique, la population britannique aimerait pouvoir se détacher de l'Europe et s'éloigner des sources de migrants climatiques.

Elle ne le pourra pas, bien entendu, mais elle peut compter sur la Manche comme fossé, à défaut d'un mur.  En outre, de la même façon que le Canada peut interposer les États-Unis entre lui et les pays du sud, les Brexiteers du Royaume-Uni comptent au fond sur l'Europe continentale pour absorber les flux migratoires.  À long terme, ce ne sera qu'un pis-aller et même les pays du nord les plus à l'abri devront réagir.  En attendant, les conséquences du réchauffement climatique commencent à nous pendre au nez et il serait temps que l'aveuglement cesse.

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2019-09-18

 

Un avatar québécois d'Arsène Lupin

J'ai déjà eu l'occasion de rendre hommage à un de mes héros favoris au temps de mes lectures de jeunesse : Arsène Lupin, si ce n'est qu'en signant un pastiche intitulé « Legacies » en anglais, devenu la nouvelle « Le trésor des Romanoff » en français. 

Dès ses débuts, Lupin tranche sur les détectives qui l'ont précédé, de l'Auguste Dupin d'Edgar Allan Poe au Sherlock Holmes d'Arthur Conan Doyle.  Le nom du gentleman-cambrioleur inventé par Maurice Leblanc rime avec celui de l'enquêteur de Poe et Lupin se mesurera à Holmes sans trop tarder.  Néanmoins, il se transforme rapidement en un justicier plus proche du prince Rodolphe des Mystères de Paris.  Séduisant coureur de jupons, Lupin ne plaît pas toujours, mais il est prêt à tout pour plaire.

Un épigone jusqu'ici inconnu de Leblanc est un Français immigré au Canada, Louis Roland (1881-1972).  Ce frère des Écoles chrétiennes sous le nom de Rolland-Germain se consacre un peu à la littérature à partir des années 1910 dans les pages du Samedi, une revue montréalaise destinée à un lectorat bourgeois, sans doute majoritairement féminin.  Il en est d'ailleurs le rédacteur en chef de 1911 à 1944, sous le nom de Fernand de Verneuil.

Parmi ses premiers efforts littéraires, en 1915, figure un feuilleton intitulé Les Aventures du Quebecquois Maxime Leblond (24 juillet au 30 octobre), « révélées par Louis Roland ».  Le sous-titre, « L'homme aux mille transformations », nous met tout de suite sur la piste de l'inspiration du personnage dont le nom renvoie assez clairement à Maurice Leblanc.  En effet, Maxime Leblond est un Québécois né en 1865 qui se présente en personne à Louis Roland pour lui faire part de quelques-unes de ses aventures, à la manière de Lupin se révélant à Leblanc.  Le récit est contemporain, inscrivant les péripéties dans le contexte des événements de la Grande Guerre qui fait rage au même moment.

Maître d'une flottille de sous-marins perfectionnés et d'un réseau de postes de TSF, Leblond est moins un voleur qu'un redresseur de torts d'envergure internationale.  Ses aventures dans le feuilleton commencent au Canada où il déjoue une tentative allemande d'assassiner le président des États-Unis avant de se transporter à l'étranger.  Il s'infiltre en Allemagne pour se rapprocher du Kaiser et obtient de servir à bord du yacht personnel de Guillaume, ce qui lui permet d'apprendre que des sous-marins allemands s'apprêtent à torpiller le Lusitania.  Leblond essaie en vain de changer le cours de l'histoire et il se contente d'éperonner avec son sous-marin un des submersibles allemands en guise de représailles.  La réminiscence vernienne est patente, mais passagère.

Le reste du feuilleton s'occupe principalement de la vie personnelle de Leblond, qui a aimé une jolie Écossaise du nom de Cecily vingt ans plus tôt, croyant perdre aussi leur fille alors que celle-ci a été enlevée par un malfrat allemand du nom de Hermann.  Celui-ci est aussi le père de Madelina, une redoutable espionne allemande avec qui Leblond s'est mesuré plusieurs fois.  Leblond finit par découvrir que sa fille, Margaret, a été élevée en compagnie de Madelina, qui est la fille de Hermann.  Une confession de Madelina, à l'article de la mort, permet à Leblond de retrouver sa fille et de lui faire épouser un beau parti.

Si l'inspiration principale du roman est assez évidemment la saga de 813, il est curieux que Roland ait quelque peu anticipé les événements que Leblanc imaginera dans le diptyque de La Comtesse de Cagliostro et La Cagliostro se venge après la guerre.  Certes, ce n'est pas un fils qui est enlevé par Hermann, mais les parallèles restent quelque peu surprenants.  Les aventures de Leblond en Allemagne pour faire la nique à l'empereur rappellent aussi le roman L'Éclat d'obus de Leblanc, qui paraît à partir de septembre 1915 et qui ne fera d'ailleurs intervenir Lupin que dans une édition d'après-guerre.  Du côté canadien, le feuilleton de Louis Roland serait plutôt à rapprocher d'un petit roman populaire intitulé Les Aventures extraordinaires de deux Canayens (1918), publiées par un médecin d'origine québécoise installé à New York, Jules Jéhin de Prume.  Les deux héros de l'histoire utiliseront un dirigeable perfectionné pour donner une leçon à ce fauteur de guerre qu'est le Kaiser.

Pour l'instant, Maxime Leblond est le premier avatar québécois connu d'Arsène Lupin.  À ce que j'en sais, Louis Roland ne lui a pas donné d'autres aventures.

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2019-09-09

 

Pourquoi une classe de maître ?

Le mois prochain, je convie les intéressés à une classe de maître à la Maison de la littérature de Québec, « Inventer la science-fiction », le samedi 5 octobre et le dimanche 6 octobre, de 10 h à 17 h.  (On peut s'inscrire sur place ou en ligne, à raison de 70 $ pour les deux séances.)  En quoi cette activité se distinguera-t-elle des ateliers d'écriture que j'ai animés auparavant ?

Tolkien aurait dit que les histoires (qu'il racontait) avaient poussé comme d'une graine émergeant de feuilles mortes en décomposition.  Quand il s'agit de science-fiction, la croissance d'une histoire exige  certes un suivi attentif et une combinaison de mesures. 

Le plus souvent, un récit de science-fiction s'inscrit dans un monde qui diverge peu ou prou de notre quotidien.  Il est possible de se contenter de changements minimes de notre quotidien, tout comme on apporterait quelques altérations à un nouveau costume pour qu'il se conforme à nos besoins, mais il est également possible d'emprunter un univers fictif qui a déjà servi et qui coûtera un minimum d'efforts à l'écrivain qui le récupère d'une friperie.  Parfois, l'auteur s'impose de créer un monde distinctif, l'équivalent d'un costume original.

Il est possible, comme lecteur, d'apprécier l'effort investi dans la création d'un univers inédit, mais l'originalité d'un cadre exige fréquemment un exercice de décodage plus ou moins pénible pour les lecteurs.  Par conséquent, il faut que le monde ainsi créé soit en adéquation avec l'histoire imaginée et les personnages qui l'habitent.  Sinon, à quoi bon se donner cette peine ?

La création de personnages, la gestion du point de vue et la construction de l'intrigue sont des éléments également nécessaires à la croissance d'une histoire.  Quand il s'agit de science-fiction, encore une fois, le souci de la cohérence est à la fois un défi de tous les instants d'écriture (le personnage doit être en harmonie avec le monde auquel il appartient, qui n'est pas nécessairement celui qui sert de cadre au récit, d'ailleurs; le point de vue exprimé dans le texte doit correspondre aux caractéristiques de cet univers en plus de refléter la personnalité des acteurs en scène ; les possibilités de l'intrigue sont dictées par celles du monde fictif et de ses habitants) et un guide extrêmement utile pour éviter les dérapages et les invraisemblances.  La triangulation à partir de cette triple contrainte peut stimuler l'imagination et entraîner des inventions nouvelles.

Si les mécanismes narratifs, la construction de monde, la mise en scène des personnages, l'articulation d'un point de vue et l'échafaudage d'une intrigue font partie des bases du métier, je désire aussi explorer l'idéation.  La capacité d'engendrer des idées en se renouvelant au fil des ans et en évitant les redites est trop souvent traitée comme allant de soi.  Mais d'où vient la graine qui va germer dans un terreau et faire une plante si on sait prendre soin de la jeune pousse ?

La graine a été apportée par le vent ou dérobée au champ du voisin...  Elle est tombée d'un arbre ou elle a été plantée par un jardinier consciencieux.  Les scénarios sont également multiples pour les idées à l'origine d'une histoire.  Une idée est parfois dans l'air du temps, grâce à un événement ou une découverte récente.  Mais il arrive aussi à une idée de prendre sa source dans un autre texte, où l'auteur la pigera pour lui imaginer un autre potentiel que celui que l'auteur de cet autre texte avait exploité.  Une idée peut également arriver d'un autre domaine, formulée au détour d'un article par un scientifique ou un philosophe, esquissée par un ingénieur ou un architecte, matérialisée par un artiste ou un artisan sous une forme concrète...  Enfin, il existe plusieurs façons pour un auteur de susciter des idées neuves à partir d'une matière brute.  Ce sera en partie le sujet de cette classe de maître.  Et j'y reviendrai.

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