2009-12-02
D'un musée l'autre
Ce matin, je passais au Musée canadien des Sciences et de la Technologie à Ottawa pour parler travail. J'en ai profité pour errer un peu dans le parc qui s'étend entre le boulevard Saint-Laurent et l'édifice principal du musée. Des échantillons instantanément reconnaissables de notre civilisation technique sont éparpillés dans l'herbe : radar, éolienne, fusée, observatoire astronomique, locomotive... Dans la plupart des cas, ils étaient déjà présents quand j'étais petit et que je venais visiter le musée avec mes parents. J'ai grimpé sur cette locomotive en compagnie d'autres gamins de mon école, ou de garnements de rencontre...
Après avoir travaillé pour le musée de la Civilisation à Québec, je vais peut-être faire de même pour le Musée des sciences et de la technologie à Ottawa... Décidément, il ne faut jamais dire non aux rêves d'enfants. Je ne sais plus si j'ai vraiment rêvé de travailler pour ce musée, mais il était un de mes préférés. J'avais déjà accompli mon ambition de jeunesse en devenant auteur de science-fiction; entrer au Musée des sciences et de la technologie, ce serait un cadeau inattendu, mais pas entièrement sans sa propre cohérence...
Mais qu'est-ce que j'apprends en revenant à Montréal? Que le gouvernement français actuel fusionne le Palais de la Découverte et la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette... J'avais déjà parlé de la mobilisation française pour s'opposer à ce déclassement du Palais de la Découverte, mais elle n'a pas réussi à convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision. Dommage.
Mais qu'est-ce que j'apprends en revenant à Montréal? Que le gouvernement français actuel fusionne le Palais de la Découverte et la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette... J'avais déjà parlé de la mobilisation française pour s'opposer à ce déclassement du Palais de la Découverte, mais elle n'a pas réussi à convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision. Dommage.
Libellés : Musées, Sciences, Vulgarisation
2009-11-27
La science ludique
La compagnie montréalaise CREO (du latin creare, créer) multiplie les réalisations depuis quelques temps dans le domaine du matériel pédagogique (souvent pour jeunes) destiné à la vulgarisation des sciences. Sa création maîtresse semble être le monde virtuel de Science en jeu, que je n'ai pas exploré mais qui semble fort alléchant. (Plusieurs annonces comme celle-ci laissent entrevoir ce qu'on peut trouver en entrant dans la danse.) Mais de nombreux autres jeux et simulations sont offerts par CREO, dont une création originale qui permet de relancer un village désastré, Sayansi, en misant sur le développement durable.
La compagnie s'est aussi associée à la revue Les Débrouillards pour concevoir et réaliser des jeux offerts sous la forme d'aventures scientifiques. Tout comme elle semble collaborer souvent avec le Centre des sciences de Montréal, pour lequel elle a réalisé le jeu 2K40 pour les amateurs de futur... D'autres produits sont à saveur historique, par contre, en collaboration avec le musée de Pointe-à-Callière, par exemple.
Plus au goût de jour, la compagnie a enrichi la trousse éducative « L'Affaire Climat », en fournissant entre autres une production animée disponible sur cette page du site. Mais la compagnie produit aussi de belles images et des sites internet. Bref, c'est une ressource à ne pas perdre de vue.
La compagnie s'est aussi associée à la revue Les Débrouillards pour concevoir et réaliser des jeux offerts sous la forme d'aventures scientifiques. Tout comme elle semble collaborer souvent avec le Centre des sciences de Montréal, pour lequel elle a réalisé le jeu 2K40 pour les amateurs de futur... D'autres produits sont à saveur historique, par contre, en collaboration avec le musée de Pointe-à-Callière, par exemple.
Plus au goût de jour, la compagnie a enrichi la trousse éducative « L'Affaire Climat », en fournissant entre autres une production animée disponible sur cette page du site. Mais la compagnie produit aussi de belles images et des sites internet. Bref, c'est une ressource à ne pas perdre de vue.
Libellés : Sciences, Vulgarisation
2009-10-10
Communiquer la non-science
J'ai envie de signaler le retour de l'émission radio « Je vote pour la science » (.MP3) montée par des collaborateurs de l'Agence Science-Presse (dont les archives offrent les enregistrements de la première saison en baladodiffusion).
L'émission incluait des recensions par Pascal Lapointe de deux ouvrages à la fois anxiogènes et rassurants. Anxiogènes parce qu'ils décrivent le pays le plus riche et le plus puissant de la planète — rappel : les États-Unis — comme un bastion de l'ignorance, de la stupidité et du rejet de la science. Et rassurants parce qu'ils témoignent d'une résistance montante à cet état de fait.
Tout d'abord, Chris Mooney signe avec Sheril Kirshenbaum une nouvelle jérémiade, Unscientific America: How Scientific Illiteracy Threatens Our Future. Il y encouragerait les étudiants en sciences à envisager des carrières ailleurs que dans les sciences, afin de propager un peu plus les idées et les méthodes de la connaissance scientifique. Dans un registre un peu plus historique, le journaliste Charles P. Pierce livre Idiot America: How Stupidity Became a Virtue in the Land of the Free, dont on peut lire l'introduction (.PDF) sans rire peut-être, mais difficilement sans pleurer... La combinaison de ces livres suggère que les forces déterminées à communiquer le contraire de la science (la croyance? l'imbécilité?) sont plus grandes que celles qui cherchent à communiquer la science.
En ce qui concerne la situation au Québec, il faut lire l'entretien de la revue L'Actualité (en fait, du journaliste Mathieu-Robert Sauvé) avec Marcel Thouin, qui déplore les failles de l'enseignement des sciences à l'école...
L'émission incluait des recensions par Pascal Lapointe de deux ouvrages à la fois anxiogènes et rassurants. Anxiogènes parce qu'ils décrivent le pays le plus riche et le plus puissant de la planète — rappel : les États-Unis — comme un bastion de l'ignorance, de la stupidité et du rejet de la science. Et rassurants parce qu'ils témoignent d'une résistance montante à cet état de fait.
Tout d'abord, Chris Mooney signe avec Sheril Kirshenbaum une nouvelle jérémiade, Unscientific America: How Scientific Illiteracy Threatens Our Future. Il y encouragerait les étudiants en sciences à envisager des carrières ailleurs que dans les sciences, afin de propager un peu plus les idées et les méthodes de la connaissance scientifique. Dans un registre un peu plus historique, le journaliste Charles P. Pierce livre Idiot America: How Stupidity Became a Virtue in the Land of the Free, dont on peut lire l'introduction (.PDF) sans rire peut-être, mais difficilement sans pleurer... La combinaison de ces livres suggère que les forces déterminées à communiquer le contraire de la science (la croyance? l'imbécilité?) sont plus grandes que celles qui cherchent à communiquer la science.
En ce qui concerne la situation au Québec, il faut lire l'entretien de la revue L'Actualité (en fait, du journaliste Mathieu-Robert Sauvé) avec Marcel Thouin, qui déplore les failles de l'enseignement des sciences à l'école...
Libellés : Sciences, Vulgarisation
2009-03-10
Communiquer la science (3)
Aujourd'hui, j'assistais au septième colloque de Science pour tous, « Enjeux et perspectives 2009-2012 ». Au programme, une série de séances thématiques combinant des présentations/interventions par des spécialistes et des périodes de questions. Sans oublier les pauses pour le réseautage, presque aussi utiles que les allocutions...
J'ai raté la première séance intitulée « S'approcher du secteur de l'éducation », car elle avait lieu beaucoup trop tôt dans la matinée pour un oiseau de nuit comme moi. Par contre, j'étais là pour la seconde, « Les clientèles et les outils de marketing », avec le prof Jean-François Ouellet (HEC Montréal) et Lorraine Simard, une experte-conseil de la firme Ellipsos.
J'ai pris de copieuses notes durant la présentation du prof. Même s'il nous rappelait les bases du marketing, certains rappels ne sont jamais inutiles. Par exemple, il soulignait que tout événement de culture scientifique doit rejoindre non seulement le 15% de passionnés (le public qui cherche, qui est gagné d'avance et qu'il suffit d'avertir) mais aussi le 85% de pragmatiques (le public qui ne se déplace que s'il y trouve son profit; le public qui veut qu'on le rejoigne personnellement, qu'on le courtise et qu'on lui garantisse par le bouche-à-oreille que cela en vaut la peine). Le fossé entre les deux publics peut s'interpréter en fonction de ressorts émotionnels différents. Les passionnés et les puristes font de leur passion un élément de leur identité, et ils se déplaceront rien que pour être fidèles à leur vision d'eux-mêmes. Les pragmatiques recherchent des bénéfices propres (extrinsèques) ou, au minimum, un discours qui les conforte dans leur vision du monde et de la place qu'ils y occupent. Il faut savoir vanter la valeur unique d'une activité de communication scientifique, ce qui peut vouloir dire jouer sur les cordes sensibles de la curiosité, du divertissement, de la participation directe, du dépaysement ou de la parentalité (tout ce qui rejoint le rôle de parent des membres du public, soucieux de l'éducation ou du plaisir de leurs enfants).
Durant cette séance, on a aussi noté les exigences multidisciplinaires de la réforme scolaire, qui fait que les écoles vont rechercher les activités qui combinent langues, maths, sciences, arts, etc. Et il faut savoir choyer ses partenaires (hôtes, commanditaires ou simples membres du public). S'ils sont motivés, s'ils sont partie prenante d'un événement, s'ils sont invités sur place, s'ils tiennent un kiosque, ils seront plus heureux de leur expérience et de leur soutien. Enfin, il a été question de la loi québécoise sur le développement durable, qui affecte les ministères et les grands organismes de la province, de sorte qu'il faut pouvoir en parler avec des partenaires potentiels. (Ou de sujets connexes, comme les changements climatiques.)
Avant le repas du midi, des vulgarisateurs du terrain sont venus exposer « Les secrets d'une activité 24 heures réussie ». Charles Désy de Parlons Sciences a rappelé qu'il faut commencer par connaître son public (au besoin, en les interrogeant; au besoin, en le créant au moyen d'une présentation rapide des bases requises) et que le public appréhende un nouveau sujet au moyen d'intelligences multiples (visuelle/spatiale, musicale, linguistique, logico-mathématique, inter-/intra-personnelle, etc.), dont le poids respectif varie pour chaque individu. Pierre Chastenay du Code Chastenay a noté qu'il importe de faire le lien avec l'actualité, d'aller chercher le public là où il se trouve (centres commerciaux, etc.) et d'avoir sur place des « médiateurs » et « médiatrices » scientifiques capables de prendre le relais une fois le chaland appâté. Sophie Malavoy du Cœur des Sciences de l'UQÀM a été directe. Pour attirer le public, il faut miser sur l'intérêt du sujet, le renom des communicateurs, la multiplicité des réseaux de diffusion de la nouvelle, les partenaires et le formatage de l'annonce.
L'après-midi a débuté avec un tour de table au titre accrocheur, « Qu'est-ce que nous réserve l'avenir? ». La question était posée à des fonctionnaires : Alex Navarre (CRSNG), Denise LaBerge (MDEIE) et Geneviève Drolet (CST). Navarre a évoqué la science comme base de la culture générale et la science comme pivot économique. Et il a signalé les activités du CRSNG pour la promotion des sciences, dont le programme PromoScience, qui soutient les activités de promotion des sciences auprès des écoles. Denise LaBerge m'a appris (ou rappelé?) l'existence de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. Geneviève Drolet a fait le tour des tendances : de plus en plus de plans nationaux de recherche et de développement axés sur le moyen et le long terme, de nouvelles stratégies pour encourager la demande d'innovation et plus de coopération en recherche et développement. Par contre, elle tirait (de l'édition 2008 des Perspectives de l'OCDE en science, technologie et industrie, je crois) une donnée consternante : un grand survol des priorités de ces plans nationaux n'avait trouvé de mentions de la culture scientifique comme priorité que dans 4,1% des cas... Quant au CST, il prépare pour l'automne 2009 son prochain rapport de conjoncture.
Enfin, Pierre Sormany nous a tirés de notre torpeur en livrant une causerie intitulée « Comment rendre nos annonces/activités plus sexy auprès des médias? ». Présenté avec verve par Félix Maltais, Sormany a suggéré des stratégies pour « passer le filtre » et accéder aux médias : (i) s'insérer dans l'actualité (ou la provoquer, si on a les moyens de publier une étude qui crée un débat), (ii) trouver un(e) porte-parole efficace et d'envergure, ou (iii) raconter une histoire.
Mais qu'est-ce qu'une bonne histoire? Pour attirer l'attention des médias, il faut un héros : un vecteur d'émotion et d'identification, et le moteur de l'action de l'histoire. Une quête aussi, de préférence : le protagoniste doit poursuivre une démarche semée d'obstacles qui connaît un aboutissement spectaculaire, soit succès soit échec. Mais une bonne histoire tient aussi à la narration, c'est-à-dire à la structure du reportage, qui doit savoir distiller l'information tout en construisant le récit. Enfin, il reste toujours la solution de mobiliser les médias dans le cadre d'une controverse — au risque peut-être de ne pas attirer l'attention sur ce qu'on désire communiquer!
D'autres billets sur la communication scientifique :
Communiquer la science (1) : les scientifiques sont-ils allergiques aux journalistes?
Communiquer la science (2) : le Guide de vulgarisation de Pascal Lapointe.
J'ai raté la première séance intitulée « S'approcher du secteur de l'éducation », car elle avait lieu beaucoup trop tôt dans la matinée pour un oiseau de nuit comme moi. Par contre, j'étais là pour la seconde, « Les clientèles et les outils de marketing », avec le prof Jean-François Ouellet (HEC Montréal) et Lorraine Simard, une experte-conseil de la firme Ellipsos.
J'ai pris de copieuses notes durant la présentation du prof. Même s'il nous rappelait les bases du marketing, certains rappels ne sont jamais inutiles. Par exemple, il soulignait que tout événement de culture scientifique doit rejoindre non seulement le 15% de passionnés (le public qui cherche, qui est gagné d'avance et qu'il suffit d'avertir) mais aussi le 85% de pragmatiques (le public qui ne se déplace que s'il y trouve son profit; le public qui veut qu'on le rejoigne personnellement, qu'on le courtise et qu'on lui garantisse par le bouche-à-oreille que cela en vaut la peine). Le fossé entre les deux publics peut s'interpréter en fonction de ressorts émotionnels différents. Les passionnés et les puristes font de leur passion un élément de leur identité, et ils se déplaceront rien que pour être fidèles à leur vision d'eux-mêmes. Les pragmatiques recherchent des bénéfices propres (extrinsèques) ou, au minimum, un discours qui les conforte dans leur vision du monde et de la place qu'ils y occupent. Il faut savoir vanter la valeur unique d'une activité de communication scientifique, ce qui peut vouloir dire jouer sur les cordes sensibles de la curiosité, du divertissement, de la participation directe, du dépaysement ou de la parentalité (tout ce qui rejoint le rôle de parent des membres du public, soucieux de l'éducation ou du plaisir de leurs enfants).
Durant cette séance, on a aussi noté les exigences multidisciplinaires de la réforme scolaire, qui fait que les écoles vont rechercher les activités qui combinent langues, maths, sciences, arts, etc. Et il faut savoir choyer ses partenaires (hôtes, commanditaires ou simples membres du public). S'ils sont motivés, s'ils sont partie prenante d'un événement, s'ils sont invités sur place, s'ils tiennent un kiosque, ils seront plus heureux de leur expérience et de leur soutien. Enfin, il a été question de la loi québécoise sur le développement durable, qui affecte les ministères et les grands organismes de la province, de sorte qu'il faut pouvoir en parler avec des partenaires potentiels. (Ou de sujets connexes, comme les changements climatiques.)
Avant le repas du midi, des vulgarisateurs du terrain sont venus exposer « Les secrets d'une activité 24 heures réussie ». Charles Désy de Parlons Sciences a rappelé qu'il faut commencer par connaître son public (au besoin, en les interrogeant; au besoin, en le créant au moyen d'une présentation rapide des bases requises) et que le public appréhende un nouveau sujet au moyen d'intelligences multiples (visuelle/spatiale, musicale, linguistique, logico-mathématique, inter-/intra-personnelle, etc.), dont le poids respectif varie pour chaque individu. Pierre Chastenay du Code Chastenay a noté qu'il importe de faire le lien avec l'actualité, d'aller chercher le public là où il se trouve (centres commerciaux, etc.) et d'avoir sur place des « médiateurs » et « médiatrices » scientifiques capables de prendre le relais une fois le chaland appâté. Sophie Malavoy du Cœur des Sciences de l'UQÀM a été directe. Pour attirer le public, il faut miser sur l'intérêt du sujet, le renom des communicateurs, la multiplicité des réseaux de diffusion de la nouvelle, les partenaires et le formatage de l'annonce.
L'après-midi a débuté avec un tour de table au titre accrocheur, « Qu'est-ce que nous réserve l'avenir? ». La question était posée à des fonctionnaires : Alex Navarre (CRSNG), Denise LaBerge (MDEIE) et Geneviève Drolet (CST). Navarre a évoqué la science comme base de la culture générale et la science comme pivot économique. Et il a signalé les activités du CRSNG pour la promotion des sciences, dont le programme PromoScience, qui soutient les activités de promotion des sciences auprès des écoles. Denise LaBerge m'a appris (ou rappelé?) l'existence de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. Geneviève Drolet a fait le tour des tendances : de plus en plus de plans nationaux de recherche et de développement axés sur le moyen et le long terme, de nouvelles stratégies pour encourager la demande d'innovation et plus de coopération en recherche et développement. Par contre, elle tirait (de l'édition 2008 des Perspectives de l'OCDE en science, technologie et industrie, je crois) une donnée consternante : un grand survol des priorités de ces plans nationaux n'avait trouvé de mentions de la culture scientifique comme priorité que dans 4,1% des cas... Quant au CST, il prépare pour l'automne 2009 son prochain rapport de conjoncture.
Enfin, Pierre Sormany nous a tirés de notre torpeur en livrant une causerie intitulée « Comment rendre nos annonces/activités plus sexy auprès des médias? ». Présenté avec verve par Félix Maltais, Sormany a suggéré des stratégies pour « passer le filtre » et accéder aux médias : (i) s'insérer dans l'actualité (ou la provoquer, si on a les moyens de publier une étude qui crée un débat), (ii) trouver un(e) porte-parole efficace et d'envergure, ou (iii) raconter une histoire.
Mais qu'est-ce qu'une bonne histoire? Pour attirer l'attention des médias, il faut un héros : un vecteur d'émotion et d'identification, et le moteur de l'action de l'histoire. Une quête aussi, de préférence : le protagoniste doit poursuivre une démarche semée d'obstacles qui connaît un aboutissement spectaculaire, soit succès soit échec. Mais une bonne histoire tient aussi à la narration, c'est-à-dire à la structure du reportage, qui doit savoir distiller l'information tout en construisant le récit. Enfin, il reste toujours la solution de mobiliser les médias dans le cadre d'une controverse — au risque peut-être de ne pas attirer l'attention sur ce qu'on désire communiquer!
D'autres billets sur la communication scientifique :
Communiquer la science (1) : les scientifiques sont-ils allergiques aux journalistes?
Communiquer la science (2) : le Guide de vulgarisation de Pascal Lapointe.
Libellés : Sciences, Vulgarisation
2009-02-26
La peur du petit
En décembre dernier, Philippe-Aubert Côté signalait sur une liste ce billet fort intéressant sur les réactions à la nanotechnologie en fonction du degré d'information des personnes sondées. Autrement dit, si on informe le public de manière plus ou moins équilibrée sur les bienfaits et les risques de la nanotechnologie, on découvre qu'il n'est pas automatiquement gagné à la cause du développement de la nanotechnologie.
Pourtant, les développements concrets restent fascinants. Dans les grandes foires de la nanotechnologie, on s'intéresse autant à l'électronique et aux microsystèmes qu'aux matériaux et aux nanostructures, qu'à la médecine ou aux environnements propres (pour la manufacture). Et l'importance économique de la nanotechnologie a suscité des efforts de compréhension et de recherche sur cette croissance fulgurante d'une nouvelle industrie. Des groupes de recherches sont apparus : le Center for Nanotechnology in Society à l'université d'État de l'Arizona, le Center for Nanotechnology in Society (bis!) à l'Université de la Californie à Santa Barbara, le Center on Nanotechnology and Society à l'Institut de Technologie de l'Illinois, le Nanotechnology & Society Research Group de la Northeastern University ou l'International Nanotechnology and Society Network. D'autres groupes sont plus ouvertement voués à la défense des intérêts du public dans le cadre de l'émergence de la nanotechnologie ou à l'analyse de l'éthique (.PDF) de la nanotech... Et des artistes comme Lucia Covi ont fait de l'art (.PDF) avec les paysages du nanomonde.
La recherche n'est pas en reste, avec plus de trente ans d'histoire dans le cas du NanoScale Science & Technology Facility de l'Université Cornell, par exemple. (Dans certains cas, les centres de nanotechnologie, comme à l'Université de Caroline du Sud, combine la recherche technologique et les études anthropologiques.) L'équipe de Sylvain Martel à l'École Polytechnique de Montréal, dont j'ai déjà parlé puisqu'elle m'a piqué (!) une idée, a maintenant son propre wiki. Quant à la nanorobotique dont la science-fiction a rêvé, elle est encore l'objet de recherches par des équipes universitaires comme à Carnegie Mellon. Robert A. Freitas a compilé sur cette page une liste chronologique des idées, publications et réalisations en nanorobotique médicale. Dans cette liste, mon utilisation de nanorobots médicaux dans Pour des soleils froids, paru sous forme de roman en 1994 mais sorti en feuilleton dès 1991, n'est pas exactement en avance sur tout le monde, mais n'est pas trop en retard non plus : « Hémorragies multiples dues à l'accélération, tendons et muscles déchirés, hécatombe de globules blancs, tissus tués par les radiations directes, débuts de tumeurs malignes, obscurcissements de la cornée : des nanomachines avaient dû quadriller ses artères pour colmater, nettoyer et tuer. »
N'est-ce pas une idée séduisante? Eh bien, pas pour tout le monde (même si la nanomédecine justifie maintenant l'organisation d'événements un peu partout, y compris au Portugal).
En fait, il s'agit d'une constatation relativement décourageante de la recherche en communication scientifique que la corrélation entre le niveau de connaissances scientifiques des citoyens et leurs attitudes à l'égard des sciences ou de la recherche est assez faible. Dans certains cas, si un champ de recherche soulève des questions délicates, une connaissance approfondie peut engendrer aussi bien le rejet que l'ouverture. Je n'aurais pas cru que la nanotechnologie pût être aussi controversée que la biotechnologie, mais il faut croire que si on se met à jouer avec l'invisible, on risque de susciter l'inquiétude...
Pourtant, les développements concrets restent fascinants. Dans les grandes foires de la nanotechnologie, on s'intéresse autant à l'électronique et aux microsystèmes qu'aux matériaux et aux nanostructures, qu'à la médecine ou aux environnements propres (pour la manufacture). Et l'importance économique de la nanotechnologie a suscité des efforts de compréhension et de recherche sur cette croissance fulgurante d'une nouvelle industrie. Des groupes de recherches sont apparus : le Center for Nanotechnology in Society à l'université d'État de l'Arizona, le Center for Nanotechnology in Society (bis!) à l'Université de la Californie à Santa Barbara, le Center on Nanotechnology and Society à l'Institut de Technologie de l'Illinois, le Nanotechnology & Society Research Group de la Northeastern University ou l'International Nanotechnology and Society Network. D'autres groupes sont plus ouvertement voués à la défense des intérêts du public dans le cadre de l'émergence de la nanotechnologie ou à l'analyse de l'éthique (.PDF) de la nanotech... Et des artistes comme Lucia Covi ont fait de l'art (.PDF) avec les paysages du nanomonde.
La recherche n'est pas en reste, avec plus de trente ans d'histoire dans le cas du NanoScale Science & Technology Facility de l'Université Cornell, par exemple. (Dans certains cas, les centres de nanotechnologie, comme à l'Université de Caroline du Sud, combine la recherche technologique et les études anthropologiques.) L'équipe de Sylvain Martel à l'École Polytechnique de Montréal, dont j'ai déjà parlé puisqu'elle m'a piqué (!) une idée, a maintenant son propre wiki. Quant à la nanorobotique dont la science-fiction a rêvé, elle est encore l'objet de recherches par des équipes universitaires comme à Carnegie Mellon. Robert A. Freitas a compilé sur cette page une liste chronologique des idées, publications et réalisations en nanorobotique médicale. Dans cette liste, mon utilisation de nanorobots médicaux dans Pour des soleils froids, paru sous forme de roman en 1994 mais sorti en feuilleton dès 1991, n'est pas exactement en avance sur tout le monde, mais n'est pas trop en retard non plus : « Hémorragies multiples dues à l'accélération, tendons et muscles déchirés, hécatombe de globules blancs, tissus tués par les radiations directes, débuts de tumeurs malignes, obscurcissements de la cornée : des nanomachines avaient dû quadriller ses artères pour colmater, nettoyer et tuer. »
N'est-ce pas une idée séduisante? Eh bien, pas pour tout le monde (même si la nanomédecine justifie maintenant l'organisation d'événements un peu partout, y compris au Portugal).
En fait, il s'agit d'une constatation relativement décourageante de la recherche en communication scientifique que la corrélation entre le niveau de connaissances scientifiques des citoyens et leurs attitudes à l'égard des sciences ou de la recherche est assez faible. Dans certains cas, si un champ de recherche soulève des questions délicates, une connaissance approfondie peut engendrer aussi bien le rejet que l'ouverture. Je n'aurais pas cru que la nanotechnologie pût être aussi controversée que la biotechnologie, mais il faut croire que si on se met à jouer avec l'invisible, on risque de susciter l'inquiétude...
Libellés : Technologie, Vulgarisation
2009-02-21
Communiquer la science (2)
Pascal Lapointe vient de signer un Guide de vulgarisation aux Éditions MultiMondes. L'ouvrage est formidablement documenté (des sources parues en 2008 sont citées) et l'auteur ne se limite pas aux textes journalistiques, car il renvoie aussi à plusieurs articles par des spécialistes de l'étude de la vulgarisation, publiant dans Public Understanding of Science ou Science Communication. D'autres textes historiques sont rappelés fort à-propos, dont l'article de Paul Carle et Jean-Claude Guédon, « Vulgarisation et développement des sciences et des techniques. Le cas du Québec (1850-1950) », dans Vulgariser la science (1988).
Le livre se présente en partie comme un vade-mecum pour futurs vulgarisateurs, mais il approfondit aussi l'histoire de la vulgarisation en remontant à Fontenelle (et même avant) tout en analysant plusieurs controverses. Il évoque des réalités sociologiques, comme l'aptitude de simples citoyens à se prononcer sur des controverses au terme d'une formation rapide. En même temps, Lapointe examine aussi l'évolution de la vulgarisation depuis l'époque des scientifiques qui prenaient eux-mêmes la plume ou la parole jusqu'à celle des journalistes qui ont pris le relais au XXe siècle. Toutefois, la relation de cette évolution est un peu hachée et la schématisation n'est pas toujours exempte de contradictions : d'une page à l'autre, on passe de la crise de l'énergie des années 70 comme point de rupture (qui voit les vulgarisateurs délaisser l'espace pour les questions environnementales) à la catastrophe du Challenger en 1986 (la même année que Tchernobyl, que cet historique passe sous silence) comme motif de désillusion pour une génération entière de journalistes scientifiques. Mais admettons que les réalités n'ont pas toujours été les mêmes entre l'Amérique du Nord et l'Europe...
Lapointe essaie peut-être d'en faire trop. Des livres entiers (il en cite certains) ont été écrits sur l'histoire de la vulgarisation; résumer cette histoire en quelques pages condamnait le résultat aux raccourcis. Par contre, l'ouvrage excelle dans sa présentation de la mutation québécoise et nord-américaine des métiers de la vulgarisation. Désormais, le communiqué de presse (ou media release) est devenu un des lieux principaux de la vulgarisation, et la communication scientifique est une activité pratiquée de moins en moins par des « médiateurs » relativement indépendants et de plus en plus par des organes institutionnels, publics ou privés, c'est-à-dire par des relationnistes et autres employés au service d'une entreprise quelconque. Lapointe nous fait entrer dans les coulisses de ces métiers bien rémunérés et de plus en plus influents, dont les pigistes comme moi devinent les ficelles sans les connaître tout à fait.
Somme toute, Lapointe est loin d'être encourageant pour ceux qui désireraient se faire journalistes scientifiques. Les débouchés disponibles ont fondu comme neige au soleil, ce que l'auteur se borne à constater, mais il faudrait sans doute incriminer le contexte du virage néo-libéral des années 90 qui a donné beaucoup plus de valeur aux nouvelles économiques qu'aux nouvelles scientifiques (on voit où cela nous a menés....) et qui a fait des grands médias comme Radio-Canada des bastions assiégés de l'information publique, en même temps que la polarisation entre commentateurs vedettarisés ou syndiqués sur-protégés et pigistes précarisés permettait aux entreprises de sabrer dans leurs coûts. De manière peut-être un peu optimiste, Lapointe finit par plaider pour une déontologie de la vulgarisation que même les relationnistes devraient adopter, dans leur propre intérêt.
Cela dit, le principal atout de ce guide est au niveau de la pratique. Lapointe présente les deux grands axes de la vulgarisation médiatique des sciences : la découverte annoncée en primeur et l'analyse des rapports entre les activités scientifiques et la société. Il expose les bases de l'écriture journalistique (la pyramide, les 5W, l'art de l'amorce) et il illumine les pièges que les vulgarisateurs doivent éviter pour ne pas se faire instrumentaliser. Des exercices pratiques d'interprétation et d'analyse sont inclus pour le lecteur (mais il faudra m'expliquer l'exemple du muffin en page 180). L'ouvrage conclut sans se prononcer en dressant un portrait rapide des ultimes métamorphoses de la vulgarisation, des revues scientifiques ouvertes aux révisions collectives par les pairs aux blogues, chroniques baladodiffusées, vidéos et wikis.
Bref, c'est un ouvrage riche d'enseignements, réalisé avec soin et qui vaut le détour. Rares sont ceux qui n'en retireront rien du tout, car les universitaires apprendront sur la pratique, et les praticiens sur la théorie ou l'histoire. Et c'est de lecture fort agréable, ce qui ne gâche rien.
Un autre billet sur la communication scientifique :
Communiquer la science (1) : les scientifiques sont-ils allergiques aux journalistes?
Le livre se présente en partie comme un vade-mecum pour futurs vulgarisateurs, mais il approfondit aussi l'histoire de la vulgarisation en remontant à Fontenelle (et même avant) tout en analysant plusieurs controverses. Il évoque des réalités sociologiques, comme l'aptitude de simples citoyens à se prononcer sur des controverses au terme d'une formation rapide. En même temps, Lapointe examine aussi l'évolution de la vulgarisation depuis l'époque des scientifiques qui prenaient eux-mêmes la plume ou la parole jusqu'à celle des journalistes qui ont pris le relais au XXe siècle. Toutefois, la relation de cette évolution est un peu hachée et la schématisation n'est pas toujours exempte de contradictions : d'une page à l'autre, on passe de la crise de l'énergie des années 70 comme point de rupture (qui voit les vulgarisateurs délaisser l'espace pour les questions environnementales) à la catastrophe du Challenger en 1986 (la même année que Tchernobyl, que cet historique passe sous silence) comme motif de désillusion pour une génération entière de journalistes scientifiques. Mais admettons que les réalités n'ont pas toujours été les mêmes entre l'Amérique du Nord et l'Europe...
Lapointe essaie peut-être d'en faire trop. Des livres entiers (il en cite certains) ont été écrits sur l'histoire de la vulgarisation; résumer cette histoire en quelques pages condamnait le résultat aux raccourcis. Par contre, l'ouvrage excelle dans sa présentation de la mutation québécoise et nord-américaine des métiers de la vulgarisation. Désormais, le communiqué de presse (ou media release) est devenu un des lieux principaux de la vulgarisation, et la communication scientifique est une activité pratiquée de moins en moins par des « médiateurs » relativement indépendants et de plus en plus par des organes institutionnels, publics ou privés, c'est-à-dire par des relationnistes et autres employés au service d'une entreprise quelconque. Lapointe nous fait entrer dans les coulisses de ces métiers bien rémunérés et de plus en plus influents, dont les pigistes comme moi devinent les ficelles sans les connaître tout à fait.
Somme toute, Lapointe est loin d'être encourageant pour ceux qui désireraient se faire journalistes scientifiques. Les débouchés disponibles ont fondu comme neige au soleil, ce que l'auteur se borne à constater, mais il faudrait sans doute incriminer le contexte du virage néo-libéral des années 90 qui a donné beaucoup plus de valeur aux nouvelles économiques qu'aux nouvelles scientifiques (on voit où cela nous a menés....) et qui a fait des grands médias comme Radio-Canada des bastions assiégés de l'information publique, en même temps que la polarisation entre commentateurs vedettarisés ou syndiqués sur-protégés et pigistes précarisés permettait aux entreprises de sabrer dans leurs coûts. De manière peut-être un peu optimiste, Lapointe finit par plaider pour une déontologie de la vulgarisation que même les relationnistes devraient adopter, dans leur propre intérêt.
Cela dit, le principal atout de ce guide est au niveau de la pratique. Lapointe présente les deux grands axes de la vulgarisation médiatique des sciences : la découverte annoncée en primeur et l'analyse des rapports entre les activités scientifiques et la société. Il expose les bases de l'écriture journalistique (la pyramide, les 5W, l'art de l'amorce) et il illumine les pièges que les vulgarisateurs doivent éviter pour ne pas se faire instrumentaliser. Des exercices pratiques d'interprétation et d'analyse sont inclus pour le lecteur (mais il faudra m'expliquer l'exemple du muffin en page 180). L'ouvrage conclut sans se prononcer en dressant un portrait rapide des ultimes métamorphoses de la vulgarisation, des revues scientifiques ouvertes aux révisions collectives par les pairs aux blogues, chroniques baladodiffusées, vidéos et wikis.
Bref, c'est un ouvrage riche d'enseignements, réalisé avec soin et qui vaut le détour. Rares sont ceux qui n'en retireront rien du tout, car les universitaires apprendront sur la pratique, et les praticiens sur la théorie ou l'histoire. Et c'est de lecture fort agréable, ce qui ne gâche rien.
Un autre billet sur la communication scientifique :
Communiquer la science (1) : les scientifiques sont-ils allergiques aux journalistes?
Libellés : Sciences, Vulgarisation
2008-08-13
Communiquer la science (1)
Une baladodiffusion du Gardian soulève le sujet des rapports tendus entre la science et les médias, du moins en Grande-Bretagne. C'est d'ailleurs un auteur britannique, C. P. Snow, qui avait formulé la thèse de l'existence de deux cultures dont l'une ignorait superbement l'autre... C'est peut-être parce que la science britannique est restée le fait d'amateurs jusqu'à la seconde moitié du dix-neuvième siècle — que l'on songe à Darwin ou à l'observateur des nébuleuses, William Parsons — que l'on se préoccupe plus rapidement en Grande-Bretagne qu'ailleurs des défaillances de la vulgarisation.
Le professeur Steve Miller (de l'University College à Londres) est un des auteurs d'une étude (.PDF) publiée par Science le 11 juillet sur les rapports entre scientifiques et journalistes. L'équipe responsable s'est concentrée sur un seul domaine, celui de l'épidémiologie et des cellules souches, mais elle a sondé de nombreux scientifiques (40% avaient eu des contacts antérieurs avec les médias) et dépouillé l'essentiel des publications pertinentes. Étonnamment, peut-être, plus de la moitié des scientifiques qui avaient eu des contacts avec les médias s'avouaient satisfaits.
Pour ce qui est des mauvais exemples de traitements de la science par les médias, Miller cite la controverse créée par le Daily Mail autour de certaines vaccins en Grande-Bretagne. En revanche, les médias britanniques auraient bien couvert l'observation des fluctuations du rayonnement fossile, à l'exception du Daily Express qui aurait fait remonter le Big Bang à seulement trois cent mille ans dans le passé...
Miller signale un autre cas de couverture médiatique déficiente qu'il a connu personnellement, en tant que chercheur : un grand reportage de la BBC sur la science des planètes avait surtout fait appel à des chercheurs et scientifiques des États-Unis, en ignorant presque complètement le milieu des chercheurs britanniques. Les savants britanniques avaient été obligés de se plaindre pour obtenir de la BBC la promesse d'accorder plus d'attention aux chercheurs de la Grande-Bretagne à l'avenir.
Dans le cadre de l'étude, les chercheurs dans le champ des cellules souches rapportaient des expériences médiatiques moins positives que celles des épidémiologistes. Les chiffres n'étaient pourtant pas si différents, ce qui suggère qu'un domaine aussi controversé que celui des cellules souches ne suscite pas nécessairement le sensationnalisme que l'on redoute parfois. Clairement, les paniques en santé publique laissent des traces...
Miller conclut en réfléchissant sur l'évolution des rapports entre les scientifiques et les médias. Il cite des personnages du milieu du siècle dernier, comme Oppenheimer, Hoyle et Bernal, qui se souciaient déjà de communiquer la science en Grande-Bretagne. Le respect acquis après la Seconde Guerre mondiale et les espoirs futuristes suscités par les progrès techniques étaient indéniables. De nos jours, cependant, l'ambivalence (ainsi qu'un certain désintérêt) a succédé à l'enthousiasme d'alors. Les gens se soucient moins des sciences que de leurs applications (en médecine, tout particulièrement) et l'optimisme béat a fait place au scepticisme. Les débats portent souvent sur des choix.
Si les scientifiques sont en faveur de communiquer avec les médias, c'est parce qu'ils pensent, ou espèrent, que si la science obtient plus de visibilité, elle jouira d'une meilleure image de marque. Ce qui n'est pas toujours vrai, comme le suggèrent certaines études. Mais Miller souligne que la formation des chercheurs ne les prépare pas, ou très mal, pour ce qui est de communiquer avec les médias...
Le professeur Steve Miller (de l'University College à Londres) est un des auteurs d'une étude (.PDF) publiée par Science le 11 juillet sur les rapports entre scientifiques et journalistes. L'équipe responsable s'est concentrée sur un seul domaine, celui de l'épidémiologie et des cellules souches, mais elle a sondé de nombreux scientifiques (40% avaient eu des contacts antérieurs avec les médias) et dépouillé l'essentiel des publications pertinentes. Étonnamment, peut-être, plus de la moitié des scientifiques qui avaient eu des contacts avec les médias s'avouaient satisfaits.
Pour ce qui est des mauvais exemples de traitements de la science par les médias, Miller cite la controverse créée par le Daily Mail autour de certaines vaccins en Grande-Bretagne. En revanche, les médias britanniques auraient bien couvert l'observation des fluctuations du rayonnement fossile, à l'exception du Daily Express qui aurait fait remonter le Big Bang à seulement trois cent mille ans dans le passé...
Miller signale un autre cas de couverture médiatique déficiente qu'il a connu personnellement, en tant que chercheur : un grand reportage de la BBC sur la science des planètes avait surtout fait appel à des chercheurs et scientifiques des États-Unis, en ignorant presque complètement le milieu des chercheurs britanniques. Les savants britanniques avaient été obligés de se plaindre pour obtenir de la BBC la promesse d'accorder plus d'attention aux chercheurs de la Grande-Bretagne à l'avenir.
Dans le cadre de l'étude, les chercheurs dans le champ des cellules souches rapportaient des expériences médiatiques moins positives que celles des épidémiologistes. Les chiffres n'étaient pourtant pas si différents, ce qui suggère qu'un domaine aussi controversé que celui des cellules souches ne suscite pas nécessairement le sensationnalisme que l'on redoute parfois. Clairement, les paniques en santé publique laissent des traces...
Miller conclut en réfléchissant sur l'évolution des rapports entre les scientifiques et les médias. Il cite des personnages du milieu du siècle dernier, comme Oppenheimer, Hoyle et Bernal, qui se souciaient déjà de communiquer la science en Grande-Bretagne. Le respect acquis après la Seconde Guerre mondiale et les espoirs futuristes suscités par les progrès techniques étaient indéniables. De nos jours, cependant, l'ambivalence (ainsi qu'un certain désintérêt) a succédé à l'enthousiasme d'alors. Les gens se soucient moins des sciences que de leurs applications (en médecine, tout particulièrement) et l'optimisme béat a fait place au scepticisme. Les débats portent souvent sur des choix.
Si les scientifiques sont en faveur de communiquer avec les médias, c'est parce qu'ils pensent, ou espèrent, que si la science obtient plus de visibilité, elle jouira d'une meilleure image de marque. Ce qui n'est pas toujours vrai, comme le suggèrent certaines études. Mais Miller souligne que la formation des chercheurs ne les prépare pas, ou très mal, pour ce qui est de communiquer avec les médias...
Libellés : Sciences, Vulgarisation
2006-12-21
Sagan, soupir
Comme le rappelait Mario Tessier, ce 20 décembre est consacré à une commémoration en-ligne de Carl Sagan. Il est mort il y a déjà dix ans...
Ayant eu l'occasion d'écouter parler sa première femme cet automne, Lynn Margulis, j'étais déjà porté à me souvenir de Sagan. J'ai grandi en lisant ses classiques. Après avoir suivi religieusement la première diffusion de Cosmos, j'avais obtenu le livre éponyme en traduction française, puis j'avais acquis en anglais Comet. Et j'avais bien entendu sur mes tablettes Cosmic Connection, Broca's Brain et The Dragons of Eden en livre de poche. Sagan n'était pas de ceux qui crachaient sur la science-fiction : non seulement il citait Burroughs, mais il avait signé un roman (Contact) sur le tard. Tout en vulgarisant la science et l'exploration spatiale, il ne méprisait pas non plus d'écrire avec passion sur l'histoire des sciences et des techniques. Cette combinaison d'intérêts est toujours au cœur de ce que je fais.
André Gide aurait souvent dit (ou non) en répondant à la question de savoir qui était le plus grand poète français, que c'était « Victor Hugo, hélas ! ». Le sens de l'interjection n'est pas si clair. Gide regrettait-il que ce fût un auteur si prolifique qu'il avait parfois versé dans la facilité? Ou regrettait-il qu'il n'eût pas été remplacé depuis sa mort?
(Ce que Gide a écrit dans le volume 24 de la revue L'Ermitage en 1902, en réponse à la question un peu longuette de la rédaction : QUEL EST VOTRE POÈTE? Il s'agit, bien entendu, du XIXe siècle; et, pour éviter un double emploi avec de précédentes consultations (l'élection d'un prince des poètes, etc.), nous demandons que l'on n'indique ici aucun poète vivant., c'est quelque chose de légèrement différent : « Hugo, — hélas ! ». On peut aussi lire là-dessus Justin O'Brien dans The French Review en avril 1964.)
Aux États-Unis, bon nombre d'astronomes et d'historiens des sciences, si on leur demandait qui était le plus grand vulgarisateur des sciences et de leur histoire, répondraient sans doute, eux aussi, « Carl Sagan, hélas ! » Car on lui reproche beaucoup de péchés. Les uns trouvent qu'il a trop souvent fait intervenir, dans ses textes sur l'astronomie, sa passion pour la recherche d'autres intelligences dans l'Univers. Les autres trouvent surannée sa conviction progressiste que la science est la meilleure voie de l'élévation humaine.
Mais ce soupir exprime sans doute la même part de regret présente dans la réponse de Gide. Même si des vulgarisateurs brillants (et plus érudits encore) ont pris la relève de Sagan, ils n'ont pas conquis la même audience. Et donc, Carl Sagan nous manque encore...
Ayant eu l'occasion d'écouter parler sa première femme cet automne, Lynn Margulis, j'étais déjà porté à me souvenir de Sagan. J'ai grandi en lisant ses classiques. Après avoir suivi religieusement la première diffusion de Cosmos, j'avais obtenu le livre éponyme en traduction française, puis j'avais acquis en anglais Comet. Et j'avais bien entendu sur mes tablettes Cosmic Connection, Broca's Brain et The Dragons of Eden en livre de poche. Sagan n'était pas de ceux qui crachaient sur la science-fiction : non seulement il citait Burroughs, mais il avait signé un roman (Contact) sur le tard. Tout en vulgarisant la science et l'exploration spatiale, il ne méprisait pas non plus d'écrire avec passion sur l'histoire des sciences et des techniques. Cette combinaison d'intérêts est toujours au cœur de ce que je fais.
André Gide aurait souvent dit (ou non) en répondant à la question de savoir qui était le plus grand poète français, que c'était « Victor Hugo, hélas ! ». Le sens de l'interjection n'est pas si clair. Gide regrettait-il que ce fût un auteur si prolifique qu'il avait parfois versé dans la facilité? Ou regrettait-il qu'il n'eût pas été remplacé depuis sa mort?
(Ce que Gide a écrit dans le volume 24 de la revue L'Ermitage en 1902, en réponse à la question un peu longuette de la rédaction : QUEL EST VOTRE POÈTE? Il s'agit, bien entendu, du XIXe siècle; et, pour éviter un double emploi avec de précédentes consultations (l'élection d'un prince des poètes, etc.), nous demandons que l'on n'indique ici aucun poète vivant., c'est quelque chose de légèrement différent : « Hugo, — hélas ! ». On peut aussi lire là-dessus Justin O'Brien dans The French Review en avril 1964.)
Aux États-Unis, bon nombre d'astronomes et d'historiens des sciences, si on leur demandait qui était le plus grand vulgarisateur des sciences et de leur histoire, répondraient sans doute, eux aussi, « Carl Sagan, hélas ! » Car on lui reproche beaucoup de péchés. Les uns trouvent qu'il a trop souvent fait intervenir, dans ses textes sur l'astronomie, sa passion pour la recherche d'autres intelligences dans l'Univers. Les autres trouvent surannée sa conviction progressiste que la science est la meilleure voie de l'élévation humaine.
Mais ce soupir exprime sans doute la même part de regret présente dans la réponse de Gide. Même si des vulgarisateurs brillants (et plus érudits encore) ont pris la relève de Sagan, ils n'ont pas conquis la même audience. Et donc, Carl Sagan nous manque encore...
Libellés : Astronomie, Histoire, Sciences, Vulgarisation
2006-09-06
La rentrée du prof
Depuis ma première charge de cours à la faculté des sciences de l'UQÀM, le campus des sciences a beaucoup changé. De nouveaux pavillons se sont ajoutés, réservant à l'UQÀM presque tout le quadrilatère contenu par les rues Sherbrooke, Jeanne-Mance, Président-Kennedy et Saint-Urbain. La seule exception demeure l'église St. John the Evangelist au coin de Saint-Urbain et Président-Kennedy, vaguement séparée du pavillon Président-Kennedy par ce qui reste de la rue Kimberly.
Ce pavillon Président-Kennedy (abrégé PK, ce qui a sans doute suggéré — en sus de son apparence — le sobriquet de « paquebot ») reste l'ancre de ce campus. Quand on prend le métro, on débouche dans le foyer du pavillon. Par une voie souterraine, on peut rejoindre le pavillon des Sciences biologiques, où j'enseignais ce matin. Et par une passerelle au troisième étage, on peut rejoindre le pavillon CB (Chimie et Biochimie) qui communique avec le pavillon Sherbrooke, qui occupe l'ancien édifice de l'École technique de Montréal. Je n'ai pas encore exploré le reste du campus, au centre duquel on trouve le Cœur des sciences, qui loge dans quelque chose comme une ancienne chaufferie.
Sa mission de vulgarisation des sciences pourrait en faire un rendez-vous précieux pour ceux qui croient à la possibilité de réunir les deux cultures. En attendant d'explorer de nouvelles voies, l'amphithéâtre commencera par accueillir l'incontournable Hubert Reeves.
Ce pavillon Président-Kennedy (abrégé PK, ce qui a sans doute suggéré — en sus de son apparence — le sobriquet de « paquebot ») reste l'ancre de ce campus. Quand on prend le métro, on débouche dans le foyer du pavillon. Par une voie souterraine, on peut rejoindre le pavillon des Sciences biologiques, où j'enseignais ce matin. Et par une passerelle au troisième étage, on peut rejoindre le pavillon CB (Chimie et Biochimie) qui communique avec le pavillon Sherbrooke, qui occupe l'ancien édifice de l'École technique de Montréal. Je n'ai pas encore exploré le reste du campus, au centre duquel on trouve le Cœur des sciences, qui loge dans quelque chose comme une ancienne chaufferie.
Sa mission de vulgarisation des sciences pourrait en faire un rendez-vous précieux pour ceux qui croient à la possibilité de réunir les deux cultures. En attendant d'explorer de nouvelles voies, l'amphithéâtre commencera par accueillir l'incontournable Hubert Reeves.
Libellés : Sciences, Université, Vie, Vulgarisation
