2012-01-07
Moi et l'autre / L'autre est moi
Le nouveau roman de Sylvie Bérard, La Saga d'Illyge, n'est en rien une suite de son premier, Terre des Autres. Pourtant, l'histoire du personnage principal, Illyge, prolonge en quelque sorte Terre des Autres et plus particulièrement la mise en scène dans ce dernier roman de Bérard de la souffrance, de la cruauté, de la torture et de la mutilation. L'art d'Illyge consiste justement à en faire autant, d'abord sous la forme de simples graffitis qui représentent des personnes en fâcheuse posture, voire au supplice, puis sous la forme de créations où l'artiste s'intègre à l'œuvre de manière toujours plus concrète afin d'incarner en personne la suppliciée qui, en s'offrant, oblige son public à entrer dans le rôle complémentaire du voyeur ou du tortionnaire. Cette forme de contrainte et de pouvoir sur l'autre obtenue en acceptant l'humiliation et l'impuissance suffit-elle à justifier l'étalage de la souffrance et du sadisme? La question est posée de manière particulièrement acérée par le parallèle que l'on peut dresser avec la démarche littéraire antérieure de Bérard. D'ailleurs, tout comme dans le cas de Terre des Autres, Bérard incorpore à son roman des textes déjà parus, et parfois abondamment retravaillés.
En revanche, le cadre reste flou, moins travaillé peut-être. Illyge habite en un temps et en un lieu qui avancent masqués.
Car, que découvre-t-on en amorçant le roman ? Un futur indéterminé. Des villes qui ont changé de nom. De nouveaux régimes sociaux et politiques, plus ou moins post-démocratiques. Il y a relativement peu d'éléments futuristes. Des « communateurs » font office de téléphones intelligents. Il y a des hologrammes, parfois de grande dimension, et de nouvelles drogues, comme l'élyx.
On songe ici à certaines des nouvelles d'Élisabeth Vonarburg des années quatre-vingt, comme « Dans la fosse », qui restaient délibérément un peu floues pour que le lecteur perde pied et se retrouve au diapason d'un monde sans repères. Ainsi, la Cité, ou tout au moins son Arrondissement rouge, est présentée comme une zone de non-droit, en pleine déliquescence malgré l'existence de services municipaux. L'anarchie est plus fantasmée que réelle, mais c'est quand même le quartier de tous les possibles parce que les interdits absolus sont plus rares. (Ce genre de contradiction n'est pas rare dans certaines fictions récentes, laissant croire que cette dimension gothique de la ville est quelque peu fantasmée.)
Le cadre est suffisamment imprécis pour faire office de tabula rasa à la fois familière et décalée. Ainsi, les personnages habitent une Cité, Saga, en pleine déliquescence dont l'Arrondissement rouge attire les banlieusards qui arrivent des Périphes, en quête de sensations fortes, curieux d'expériences artistiques inédites ou avides de débauches plus ou moins illicites. C'est dans ce
milieu interlope qu'évolue Illyge, une artiste obsédée par son art qui succombera à l'attrait d'une drogue nouvelle, l'élyx, et sera victime d'une mutation inédite qui lui permettra de faire plus ample connaissance avec elle-même.
Tout naturellement, le roman se termine sur une performance où Illyge est en mesure de torturer son double, chair littérale de sa chair, et vice-versa. Les mises en abyme sont vertigineuses et ce jeu de miroirs constitue la part la plus intéressante de l'œuvre, mais aussi celle qui se dérobe le plus à la compréhension du lecteur. La recherche d'Illyge s'explique soit de manière évidente (désir de contrôle suite à une enfance délaissée) soit de manière si hypothétique que le lecteur ne peut être sûr de rien.
De fait, Bérard signe un roman que l'on pourrait qualifier de fuyant. Les personnages aussi avancent masqués, changent de cap, jouent un double jeu... En partie, c'est le résultat des contraintes qu'ils subissent et qui les forcent à louvoyer. Néanmoins, le personnage d'Idrisse, qui partage la vedette avec Illyge, semble mal cerné. D'une part, il est réfléchi et prêche la voie de l'accommodement à sa petite soeur. D'autre part, quand il le faut pour l'histoire, il se montre impulsif, rebelle et entêté sans bon sens. Ainsi, on comprend mal qu'il s'acharne à enquêter sur le cas d'Illyge alors qu'il ne dispose d'aucun élément positif. Il n'est pas en mesure d'échafauder une théorie cohérente et sa motivation personnelle semble se diviser entre l'obsession pour un mystère qui l'a touché de près, un bref instant, et l'envie de s'occuper d'un sujet susceptible de le sortir de son quotidien de misère. Bref, l'explosion de révolte d'Idrisse Sainmarc n'est pas tout à fait crédible, même si on peut s'attendre à tout d'un jeune homme qui fait une thèse de philosophie.
Le flou du cadre et des personnages s'oppose à la volonté d'établir une base crédible, sinon rigoureuse, pour expliquer la mutation d'Illyge. C'est ce caractère contradictoire de la création de monde de Bérard qui en fait un ouvrage insatisfaisant du point de vue de la science-fiction. Surtout que le récit entasse les points d'interrogation et les éléments plus ou moins vraisemblables : de la télépathie entre clones au processus de bouturage qui semble violer la conservation de la masse-énergie ou la thermodynamique.
Même l'aspect génétique, qui a clairement été fouillé, prête le flanc à la critique. Les victimes de l'élyx engendrent un rejeton de sexe différent, de sorte qu'une femme donne naissance à un homme. Or, il est tout au plus question de mutation affectant un gène, pas de synthèse d'un chromosome entier. De fait, le récit explique qu'il n'apparaît pas un chromosome Y venu de nulle part, mais que le nouvel individu d'apparence masculine conserve deux chromosomes X auxquels s'annexe un gène SRY, qui détermine la différenciation sexuelle masculine. Il s'agit du très réel syndrome de la Chapelle, mais le hic, c'est que ce gène lui aussi ne peut venir que d'un individu masculin. A priori, c'est loin d'être clair qu'une porteuse de ce gène pourrait être une femme d'apparence féminine.
Passons sur la rapidité du bouturage. Il faut neuf mois pour faire un bébé et le récit nous demande de croire qu'on peut produire un adulte plus ou moins sous-développé en quelques jours à partir de cellules-souches... En revanche, le roman se termine sur une révélation fulgurante du potentiel de cette mutation, qui explique son intérêt pour les acteurs de l'ombre qui ont tenté d'exploiter Illyge et les autres victimes de l'élyx. On ne peut que regretter que Bérard retarde autant l'intervention de cette idée qui aurait pu animer l'essentiel de l'intrigue alors que l'explication des phénomènes provoqués par l'élyx s'éternise.
Plusieurs narrations se succèdent dans La Saga d'Illyge, de sorte que le lecteur est rapidement dérouté. S'agit-il de l'histoire d'Illyge, d'Idrisse, de la sœur d'Idrisse ou du clone d'Illyge ? Si le roman est insatisfaisant du point de vue de la science-fiction, il me semble également un peu essoufflant pour le lecteur à la recherche d'une histoire qui se tient. Néanmoins, on ne peut contester qu'il s'agit de l'ouvrage d'une véritable écrivaine. Le destin d'Illyge fascine de par sa douloureuse complexité tandis que la conversion de Bérénice, la sœur d'Idrisse, à la morale des Périphes est racontée sans concession. Ainsi, à plus d'une reprise, l'écriture de Bérard fait preuve d'un souffle qui marquera les mémoires.
En revanche, le cadre reste flou, moins travaillé peut-être. Illyge habite en un temps et en un lieu qui avancent masqués.
Car, que découvre-t-on en amorçant le roman ? Un futur indéterminé. Des villes qui ont changé de nom. De nouveaux régimes sociaux et politiques, plus ou moins post-démocratiques. Il y a relativement peu d'éléments futuristes. Des « communateurs » font office de téléphones intelligents. Il y a des hologrammes, parfois de grande dimension, et de nouvelles drogues, comme l'élyx.
On songe ici à certaines des nouvelles d'Élisabeth Vonarburg des années quatre-vingt, comme « Dans la fosse », qui restaient délibérément un peu floues pour que le lecteur perde pied et se retrouve au diapason d'un monde sans repères. Ainsi, la Cité, ou tout au moins son Arrondissement rouge, est présentée comme une zone de non-droit, en pleine déliquescence malgré l'existence de services municipaux. L'anarchie est plus fantasmée que réelle, mais c'est quand même le quartier de tous les possibles parce que les interdits absolus sont plus rares. (Ce genre de contradiction n'est pas rare dans certaines fictions récentes, laissant croire que cette dimension gothique de la ville est quelque peu fantasmée.)
Le cadre est suffisamment imprécis pour faire office de tabula rasa à la fois familière et décalée. Ainsi, les personnages habitent une Cité, Saga, en pleine déliquescence dont l'Arrondissement rouge attire les banlieusards qui arrivent des Périphes, en quête de sensations fortes, curieux d'expériences artistiques inédites ou avides de débauches plus ou moins illicites. C'est dans ce
milieu interlope qu'évolue Illyge, une artiste obsédée par son art qui succombera à l'attrait d'une drogue nouvelle, l'élyx, et sera victime d'une mutation inédite qui lui permettra de faire plus ample connaissance avec elle-même.
Tout naturellement, le roman se termine sur une performance où Illyge est en mesure de torturer son double, chair littérale de sa chair, et vice-versa. Les mises en abyme sont vertigineuses et ce jeu de miroirs constitue la part la plus intéressante de l'œuvre, mais aussi celle qui se dérobe le plus à la compréhension du lecteur. La recherche d'Illyge s'explique soit de manière évidente (désir de contrôle suite à une enfance délaissée) soit de manière si hypothétique que le lecteur ne peut être sûr de rien.
De fait, Bérard signe un roman que l'on pourrait qualifier de fuyant. Les personnages aussi avancent masqués, changent de cap, jouent un double jeu... En partie, c'est le résultat des contraintes qu'ils subissent et qui les forcent à louvoyer. Néanmoins, le personnage d'Idrisse, qui partage la vedette avec Illyge, semble mal cerné. D'une part, il est réfléchi et prêche la voie de l'accommodement à sa petite soeur. D'autre part, quand il le faut pour l'histoire, il se montre impulsif, rebelle et entêté sans bon sens. Ainsi, on comprend mal qu'il s'acharne à enquêter sur le cas d'Illyge alors qu'il ne dispose d'aucun élément positif. Il n'est pas en mesure d'échafauder une théorie cohérente et sa motivation personnelle semble se diviser entre l'obsession pour un mystère qui l'a touché de près, un bref instant, et l'envie de s'occuper d'un sujet susceptible de le sortir de son quotidien de misère. Bref, l'explosion de révolte d'Idrisse Sainmarc n'est pas tout à fait crédible, même si on peut s'attendre à tout d'un jeune homme qui fait une thèse de philosophie.
Le flou du cadre et des personnages s'oppose à la volonté d'établir une base crédible, sinon rigoureuse, pour expliquer la mutation d'Illyge. C'est ce caractère contradictoire de la création de monde de Bérard qui en fait un ouvrage insatisfaisant du point de vue de la science-fiction. Surtout que le récit entasse les points d'interrogation et les éléments plus ou moins vraisemblables : de la télépathie entre clones au processus de bouturage qui semble violer la conservation de la masse-énergie ou la thermodynamique.
Même l'aspect génétique, qui a clairement été fouillé, prête le flanc à la critique. Les victimes de l'élyx engendrent un rejeton de sexe différent, de sorte qu'une femme donne naissance à un homme. Or, il est tout au plus question de mutation affectant un gène, pas de synthèse d'un chromosome entier. De fait, le récit explique qu'il n'apparaît pas un chromosome Y venu de nulle part, mais que le nouvel individu d'apparence masculine conserve deux chromosomes X auxquels s'annexe un gène SRY, qui détermine la différenciation sexuelle masculine. Il s'agit du très réel syndrome de la Chapelle, mais le hic, c'est que ce gène lui aussi ne peut venir que d'un individu masculin. A priori, c'est loin d'être clair qu'une porteuse de ce gène pourrait être une femme d'apparence féminine.
Passons sur la rapidité du bouturage. Il faut neuf mois pour faire un bébé et le récit nous demande de croire qu'on peut produire un adulte plus ou moins sous-développé en quelques jours à partir de cellules-souches... En revanche, le roman se termine sur une révélation fulgurante du potentiel de cette mutation, qui explique son intérêt pour les acteurs de l'ombre qui ont tenté d'exploiter Illyge et les autres victimes de l'élyx. On ne peut que regretter que Bérard retarde autant l'intervention de cette idée qui aurait pu animer l'essentiel de l'intrigue alors que l'explication des phénomènes provoqués par l'élyx s'éternise.
Plusieurs narrations se succèdent dans La Saga d'Illyge, de sorte que le lecteur est rapidement dérouté. S'agit-il de l'histoire d'Illyge, d'Idrisse, de la sœur d'Idrisse ou du clone d'Illyge ? Si le roman est insatisfaisant du point de vue de la science-fiction, il me semble également un peu essoufflant pour le lecteur à la recherche d'une histoire qui se tient. Néanmoins, on ne peut contester qu'il s'agit de l'ouvrage d'une véritable écrivaine. Le destin d'Illyge fascine de par sa douloureuse complexité tandis que la conversion de Bérénice, la sœur d'Idrisse, à la morale des Périphes est racontée sans concession. Ainsi, à plus d'une reprise, l'écriture de Bérard fait preuve d'un souffle qui marquera les mémoires.
Libellés : Livres, Ontario, Science-fiction
2012-01-06
En commençant par la fin du monde
Le roman The Road de Cormac McCarthy a beaucoup fait parler de lui et il a même inspiré un film sorti en 2009. De nombreux lecteurs et amateurs ont trouvé particulièrement poignante l'histoire d'un homme et de son fils, qui voyagent seuls sur les routes d'un version post-apocalyptique des États-Unis, dix ans environ après le cataclysme qui a ravagé les villes, tué presque toute végétation et décimé la population. En raison du couvercle nuageux posé sur tout le continent, sinon sur toute la planète, la végétation est morte et les quelques survivants sont réduits au cannibalisme ou à la recherche incessante de restes de nourriture conservés dans les ruines des villes et des maisons.
La langue est dépouillée. Les phrases sont courtes et la ponctuation est réduite au minimum. Point. Virgule. Point d'interrogation. Pas d'apostrophes ou de guillemets. Les dialogues sont indiqués par des alinéas, tout au plus. Ce qui n'empêche pas une certaine poésie quand il s'agit de décrire les paysages et le temps qu'il fait. L'amour du père pour le fils qu'il protège est nu, évident, féroce, désespéré... Pourtant, sans aller jusqu'à souhaiter une dissection des sentiments du père, je n'ai pas trouvé si émouvante une affection si primaire qu'elle me semble presque aller de soi. La répression puritaine des émotions masculines est-elle si puissante qu'un minimum d'amour paternel suffit à bouleverser les lecteurs aux États-Unis ?
Ce qui impressionne, c'est surtout la détermination et l'ingéniosité du père — de l'homme, comme l'auteur l'appelle — quand il s'agit de tirer des ruines ce qu'il leur faut pour vivre. Ce qui impressionne aussi, jusqu'au bout ou presque, c'est le refus de consentir le moindre adoucissement narratif, soit en offrant au passage une marque d'espoir — une brèche dans les nuages, mettons — soit en accordant au lecteur un épisode plus romanesque — une échauffourée avec les cannibales qui hantent les campagnes, par exemple. (C'est ce qui distingue The Road d'un roman comme Malevil de Robert Merle, où la description d'un affrontement néo-féodal prend le pas sur l'histoire de la survie matérielle après un cataclysme presque aussi total.) Le récit demeure platement réaliste et centré sans répit sur le voyage, d'abord vers la mer, puis vers la mort. Car l'homme est miné par une maladie mortelle et sa tâche de père s'avère au-dessus de ses forces. Il laissera donc son fils en chemin, sans avoir le courage ou la folie de tuer son fils avant de mourir lui-même, pour ne pas le larguer dans un monde mourant.
Toutefois, le troisième jour après la mort de l'homme, celui-ci renaît sous les traits d'un autre homme, survivant échevelé qui se présente à l'enfant pour offrir de l'accueillir dans sa communauté de gens « bien » qui inclut des enfants. Une fable religieuse pointe le bout de l'oreille... car, autrement, on comprend mal comment cette communauté, qui ne court pas les routes, arrive à survivre sans pratiquer l'anthropophagie ou la récupération. Du coup, le nihilisme de McCarthy est moins absolu que celui de Houellebecq, dont le personnage principal, dans La Possibilité d'une île, échoue également au bord de la mer — et ne voit pas d'issue à la condition humaine.
S'agit-il de science-fiction ? De par son ingéniosité et sa compréhension du monde, le protagoniste de McCarthy tient de tout un courant de la science-fiction. Mais le roman lui-même ne cherche à comprendre ni le passé ni les possibilités de l'avenir. McCarthy emprunte donc un décor bien connu de la science-fiction, tout en dédaignant, un peu comme dans Earth Abides de George R. Stewart, les possibilités plus trépidantes ou les formes d'optimisme plus volontaristes. En un sens, il s'agit d'un ouvrage très conservateur, qui célèbre en creux l'abondance du monde actuel, tant naturelle qu'artificielle. En un sens, il s'agit d'une mise en garde, mais dont on ne voudra pas nécessairement approfondir le sens.
La langue est dépouillée. Les phrases sont courtes et la ponctuation est réduite au minimum. Point. Virgule. Point d'interrogation. Pas d'apostrophes ou de guillemets. Les dialogues sont indiqués par des alinéas, tout au plus. Ce qui n'empêche pas une certaine poésie quand il s'agit de décrire les paysages et le temps qu'il fait. L'amour du père pour le fils qu'il protège est nu, évident, féroce, désespéré... Pourtant, sans aller jusqu'à souhaiter une dissection des sentiments du père, je n'ai pas trouvé si émouvante une affection si primaire qu'elle me semble presque aller de soi. La répression puritaine des émotions masculines est-elle si puissante qu'un minimum d'amour paternel suffit à bouleverser les lecteurs aux États-Unis ?
Ce qui impressionne, c'est surtout la détermination et l'ingéniosité du père — de l'homme, comme l'auteur l'appelle — quand il s'agit de tirer des ruines ce qu'il leur faut pour vivre. Ce qui impressionne aussi, jusqu'au bout ou presque, c'est le refus de consentir le moindre adoucissement narratif, soit en offrant au passage une marque d'espoir — une brèche dans les nuages, mettons — soit en accordant au lecteur un épisode plus romanesque — une échauffourée avec les cannibales qui hantent les campagnes, par exemple. (C'est ce qui distingue The Road d'un roman comme Malevil de Robert Merle, où la description d'un affrontement néo-féodal prend le pas sur l'histoire de la survie matérielle après un cataclysme presque aussi total.) Le récit demeure platement réaliste et centré sans répit sur le voyage, d'abord vers la mer, puis vers la mort. Car l'homme est miné par une maladie mortelle et sa tâche de père s'avère au-dessus de ses forces. Il laissera donc son fils en chemin, sans avoir le courage ou la folie de tuer son fils avant de mourir lui-même, pour ne pas le larguer dans un monde mourant.
Toutefois, le troisième jour après la mort de l'homme, celui-ci renaît sous les traits d'un autre homme, survivant échevelé qui se présente à l'enfant pour offrir de l'accueillir dans sa communauté de gens « bien » qui inclut des enfants. Une fable religieuse pointe le bout de l'oreille... car, autrement, on comprend mal comment cette communauté, qui ne court pas les routes, arrive à survivre sans pratiquer l'anthropophagie ou la récupération. Du coup, le nihilisme de McCarthy est moins absolu que celui de Houellebecq, dont le personnage principal, dans La Possibilité d'une île, échoue également au bord de la mer — et ne voit pas d'issue à la condition humaine.
S'agit-il de science-fiction ? De par son ingéniosité et sa compréhension du monde, le protagoniste de McCarthy tient de tout un courant de la science-fiction. Mais le roman lui-même ne cherche à comprendre ni le passé ni les possibilités de l'avenir. McCarthy emprunte donc un décor bien connu de la science-fiction, tout en dédaignant, un peu comme dans Earth Abides de George R. Stewart, les possibilités plus trépidantes ou les formes d'optimisme plus volontaristes. En un sens, il s'agit d'un ouvrage très conservateur, qui célèbre en creux l'abondance du monde actuel, tant naturelle qu'artificielle. En un sens, il s'agit d'une mise en garde, mais dont on ne voudra pas nécessairement approfondir le sens.
Libellés : Livres, Science-fiction
2011-12-24
La seconde lune de la Terre
Selon cet article, une nouvelle étude prédirait la présence à tout moment d'au moins un second satellite de la Terre : un astéroïde de passage capturé par le système Terre-Lune pour un séjour orbital de quelques mois. La plupart de ces objets n'auraient qu'un mètre de diamètre, mais un satellite repéré en 2006 aurait eu entre trois et six mètres. La possibilité de l'existence d'un astéroïde à une distance de deux ou trois fois la distance Terre-Lune encourage les astronomes à rêver d'une mission spatiale qui pourrait entreprendre de ramener sur Terre un « caillou » d'un mètre de diamètre et obtenir ainsi un échantillon rocheux de la ceinture des astéroïdes à un coût nettement moins grand que celui d'une mission de rendez-vous avec un astéroïde plus connu...
En même temps, cette idée (qui pourrait remonter à un article de William H. Pickering en 1922, « A Meteoritic Satellite ») pourrait expliquer quelques observations éparses par des astronomes des XIXe et XXe siècles qui ont cru déceler une seconde lune de la Terre, mais qui n'ont pas pu reproduire leurs observations. Comme le rappelle cette notice de Wikipedia, Jules Verne s'était fondé sur l'annonce par l'astronome français Frédéric Petit de l'observation d'une seconde Lune pour l'inclure dans son roman De la Terre à la Lune. Même si l'étude en question prédit une seconde lune « moyenne » à la fois petite et éloignée, ce pourquoi on ne les observerait pas souvent, il pourrait exister de temps en temps des satellites plus gros et plus rapprochés.
En même temps, cette idée (qui pourrait remonter à un article de William H. Pickering en 1922, « A Meteoritic Satellite ») pourrait expliquer quelques observations éparses par des astronomes des XIXe et XXe siècles qui ont cru déceler une seconde lune de la Terre, mais qui n'ont pas pu reproduire leurs observations. Comme le rappelle cette notice de Wikipedia, Jules Verne s'était fondé sur l'annonce par l'astronome français Frédéric Petit de l'observation d'une seconde Lune pour l'inclure dans son roman De la Terre à la Lune. Même si l'étude en question prédit une seconde lune « moyenne » à la fois petite et éloignée, ce pourquoi on ne les observerait pas souvent, il pourrait exister de temps en temps des satellites plus gros et plus rapprochés.
Libellés : Astronomie, Espace
2011-12-09
Faire œuvre de paix
Si je cite ainsi ma première nouvelle de science-fiction, « Œuvre de paix » (1984), ce n'est pas par hasard. Le romans Uns (Leméac, 2008), de Philippe Borne et Marie-Andrée Lamontagne, fait de l'unité politique de la planète la preuve d'une maturité nouvelle de l'humanité et le début de temps nouveaux.
Le titre du roman de Marie-Andrée Lamontagne et Philippe Borne est en fin de compte sa plus grande faiblesse, car en tant que titre, « Uns » coifferait sans grande difficulté un palmarès des titres les moins accrocheurs. Non qu'il s'agisse sinon d'un ouvrage toujours sans défaut, mais Uns se détache agréablement d'un lot particulièrement abondant d'histoires semblables. C'est même un roman qui est venu me chercher comme aucun roman québécois depuis Bizango de Péan ou Les Rois conteurs de Parrot ne l'avait fait.
En effet, un des thèmes les plus fréquents de la science-fiction québécoise présente les extraterrestres comme des grands frères intervenant auprès des Terriens afin de les aider à progresser en transcendant leurs divisions politiques et en accédant à un niveau de civilisation supérieur. Ceci correspond à un thème relativement ancien dans la science-fiction, illustré entre autres par E. E. Smith, Edmund Hamilton et Poul Anderson. Dans chacune de ces oeuvres, des gardiens — Lensmen, patrouille de l'espace, patrouille du temps — sont chargés de protéger une société primitive des déprédations d'ennemis divers, de préserver le potentiel des sociétés du passé et de recruter des êtres d'exception capables d'assumer le même fardeau. Dans certains cas, une civilisation interstellaire attend le moment propice pour contacter une civilisation planétaire qui a fait ses preuves, comme dans Star Trek, ce qui implique aussi la possibilité de juger du niveau d'une espèce intelligente, comme dans Have Spacesuit—Will Travel de R. A. Heinlein. Au Québec, le thème est exploité par Louis Sutal, dans une série qui débute avec le roman pour jeunes La mystérieuse boule de feu, et par Daniel Sernine, dans les ouvrages qu'il a consacré aux Éryméens. Un certain nombre de romans à teneur plus ésotérique ont également campé des extraterrestres bienveillants, comme dans L'Odyssée sur Terre de Carol Boily, tandis qu'un roman comme Terre sans mal de Martin Lessard fait intervenir des extraterrestres plus ambigus, mais dont la visite met aussi à l'épreuve les mœurs humaines.
La situation initiale est en effet assez semblable dans Uns. Un observateur extraterrestre, Nohog de Ventorx, a été chargé par la communauté galactique des espèces intelligentes de surveiller le développement de la vie sur Terre et, plus tard, des humains susceptibles d'aspirer à faire partie de cette même communauté. Or, cet observateur assiste aux débuts de la Révolution industrielle et se rend compte que toutes les simulations de l'évolution future de l'humanité prédisent sa disparition dans moins de trois siècles en raison d'un réchauffement catastrophique de la planète. Ayant obtenu la permission d'intervenir pour aider l'humanité à se perfectionner au point de pouvoir réclamer l'aide des Galactiques, l'observateur vient en aide à un jeune Nez-Percé qui vient de venger sa bien-aimée. Celui-ci est au bord de la mort, mais Nohog lui sauve la vie et lui permet petit à petit d'acquérir une intelligence et des connaissances supérieures. Nohog a été contraint de limiter son intervention à une seule personne, de sorte que le jeune Mountain, comme il se fait appeler, aura pour tâche de sauver la Terre à lui seul.
Si le défi peut sembler surhumain, c'est pourtant lui qui donne au roman l'essentiel de son intérêt. La science de Nohog lui a permis d'arrêter le vieillissement de Mountain, de sorte qu'on le voit s'efforcer de faire fortune au tournant du vingtième siècle afin de pouvoir financer les militants de la paix et des progrès sociaux. Les guerres mondiales et des atrocités de plus en plus effroyables minent les espoirs initiaux, puis stimulent de nouveaux efforts. Les pages historiques font preuve d'une culture certaine et le style coule de source. Les auteurs signent un panorama impressionnant d'une histoire parallèle, souvent un peu oubliée, celle des artisans de paix, des philanthropes, des organismes caritatifs et des militants qui ont fait avancer les choses. Ceci confère au récit un souffle réel, à peine miné par des péripéties plus science-fictives qui s'avèrent parfois oiseuses. Lorsque Nohog et Mountain obtiennent la permission de recruter d'autres humains, les intrigues s'enrichissent de personnages nouveaux et de rebondissements parfois brillants.
Les deux auteurs se montrent relativement bien informés en ce qui concerne les sciences et les techniques. Leur récit reste fidèle à une certaine science-fiction proche du space-opéra sans jamais déraper. On a donc droit à une multitude d'espèces intelligentes et à une galaxie occupée par des êtres pensants grâce aux voyages instantanés permis par une version du télétransporteur de Star Trek. Mais le tout reste cohérent et il y a peu de scories. Je dois d'ailleurs leur reconnaître quelques idées brillantes, dont une explication de la masse manquante de la Galaxie (qui ne s'étendrait pas à tout l'Univers, malheureusement, à moins que...). Là où le bât blesse, c'est à un niveau plus subtil.
Ainsi, l'échéance fixée à l'humanité repose sur des simulations et des extrapolations réalisées par l'Observateur extraterrestre. Or, toute l'activité déployée par Mountain, le premier Contacté, ne fait pas varier d'un iota cette date fatidique. Du coup, tout le reste du récit, pourtant fascinant, des efforts humanitaires, écologistes et progressistes au XXe siècle semble un peu vain. Même l'invention d'un procédé pour fabriquer de la viande de synthèse n'a aucun effet sur les tendances. (Une allusion ultérieure laisse entendre que le procédé ne s'est pas généralisé dans les parties les plus pauvres du monde.) Ainsi, la grâce accordée à l'humanité relève plus du prix de vertu que de la récompense d'efforts réels, au terme d'une scène qui rappelle, de fait, le point culminant du roman Have Spacesuit—Will Travel.
Bref, malgré quelques naïvetés, il s'agit d'un véritable roman de science-fiction québécoise qui, sans être un chef-d'œuvre, vaut certainement le détour.
Le titre du roman de Marie-Andrée Lamontagne et Philippe Borne est en fin de compte sa plus grande faiblesse, car en tant que titre, « Uns » coifferait sans grande difficulté un palmarès des titres les moins accrocheurs. Non qu'il s'agisse sinon d'un ouvrage toujours sans défaut, mais Uns se détache agréablement d'un lot particulièrement abondant d'histoires semblables. C'est même un roman qui est venu me chercher comme aucun roman québécois depuis Bizango de Péan ou Les Rois conteurs de Parrot ne l'avait fait.
En effet, un des thèmes les plus fréquents de la science-fiction québécoise présente les extraterrestres comme des grands frères intervenant auprès des Terriens afin de les aider à progresser en transcendant leurs divisions politiques et en accédant à un niveau de civilisation supérieur. Ceci correspond à un thème relativement ancien dans la science-fiction, illustré entre autres par E. E. Smith, Edmund Hamilton et Poul Anderson. Dans chacune de ces oeuvres, des gardiens — Lensmen, patrouille de l'espace, patrouille du temps — sont chargés de protéger une société primitive des déprédations d'ennemis divers, de préserver le potentiel des sociétés du passé et de recruter des êtres d'exception capables d'assumer le même fardeau. Dans certains cas, une civilisation interstellaire attend le moment propice pour contacter une civilisation planétaire qui a fait ses preuves, comme dans Star Trek, ce qui implique aussi la possibilité de juger du niveau d'une espèce intelligente, comme dans Have Spacesuit—Will Travel de R. A. Heinlein. Au Québec, le thème est exploité par Louis Sutal, dans une série qui débute avec le roman pour jeunes La mystérieuse boule de feu, et par Daniel Sernine, dans les ouvrages qu'il a consacré aux Éryméens. Un certain nombre de romans à teneur plus ésotérique ont également campé des extraterrestres bienveillants, comme dans L'Odyssée sur Terre de Carol Boily, tandis qu'un roman comme Terre sans mal de Martin Lessard fait intervenir des extraterrestres plus ambigus, mais dont la visite met aussi à l'épreuve les mœurs humaines.
La situation initiale est en effet assez semblable dans Uns. Un observateur extraterrestre, Nohog de Ventorx, a été chargé par la communauté galactique des espèces intelligentes de surveiller le développement de la vie sur Terre et, plus tard, des humains susceptibles d'aspirer à faire partie de cette même communauté. Or, cet observateur assiste aux débuts de la Révolution industrielle et se rend compte que toutes les simulations de l'évolution future de l'humanité prédisent sa disparition dans moins de trois siècles en raison d'un réchauffement catastrophique de la planète. Ayant obtenu la permission d'intervenir pour aider l'humanité à se perfectionner au point de pouvoir réclamer l'aide des Galactiques, l'observateur vient en aide à un jeune Nez-Percé qui vient de venger sa bien-aimée. Celui-ci est au bord de la mort, mais Nohog lui sauve la vie et lui permet petit à petit d'acquérir une intelligence et des connaissances supérieures. Nohog a été contraint de limiter son intervention à une seule personne, de sorte que le jeune Mountain, comme il se fait appeler, aura pour tâche de sauver la Terre à lui seul.
Si le défi peut sembler surhumain, c'est pourtant lui qui donne au roman l'essentiel de son intérêt. La science de Nohog lui a permis d'arrêter le vieillissement de Mountain, de sorte qu'on le voit s'efforcer de faire fortune au tournant du vingtième siècle afin de pouvoir financer les militants de la paix et des progrès sociaux. Les guerres mondiales et des atrocités de plus en plus effroyables minent les espoirs initiaux, puis stimulent de nouveaux efforts. Les pages historiques font preuve d'une culture certaine et le style coule de source. Les auteurs signent un panorama impressionnant d'une histoire parallèle, souvent un peu oubliée, celle des artisans de paix, des philanthropes, des organismes caritatifs et des militants qui ont fait avancer les choses. Ceci confère au récit un souffle réel, à peine miné par des péripéties plus science-fictives qui s'avèrent parfois oiseuses. Lorsque Nohog et Mountain obtiennent la permission de recruter d'autres humains, les intrigues s'enrichissent de personnages nouveaux et de rebondissements parfois brillants.
Les deux auteurs se montrent relativement bien informés en ce qui concerne les sciences et les techniques. Leur récit reste fidèle à une certaine science-fiction proche du space-opéra sans jamais déraper. On a donc droit à une multitude d'espèces intelligentes et à une galaxie occupée par des êtres pensants grâce aux voyages instantanés permis par une version du télétransporteur de Star Trek. Mais le tout reste cohérent et il y a peu de scories. Je dois d'ailleurs leur reconnaître quelques idées brillantes, dont une explication de la masse manquante de la Galaxie (qui ne s'étendrait pas à tout l'Univers, malheureusement, à moins que...). Là où le bât blesse, c'est à un niveau plus subtil.
Ainsi, l'échéance fixée à l'humanité repose sur des simulations et des extrapolations réalisées par l'Observateur extraterrestre. Or, toute l'activité déployée par Mountain, le premier Contacté, ne fait pas varier d'un iota cette date fatidique. Du coup, tout le reste du récit, pourtant fascinant, des efforts humanitaires, écologistes et progressistes au XXe siècle semble un peu vain. Même l'invention d'un procédé pour fabriquer de la viande de synthèse n'a aucun effet sur les tendances. (Une allusion ultérieure laisse entendre que le procédé ne s'est pas généralisé dans les parties les plus pauvres du monde.) Ainsi, la grâce accordée à l'humanité relève plus du prix de vertu que de la récompense d'efforts réels, au terme d'une scène qui rappelle, de fait, le point culminant du roman Have Spacesuit—Will Travel.
Bref, malgré quelques naïvetés, il s'agit d'un véritable roman de science-fiction québécoise qui, sans être un chef-d'œuvre, vaut certainement le détour.
Libellés : Livres, Québec, Science-fiction
2011-12-08
Augmenter le taux de participation aux élections à coup sûr
Je vois que l'ineffable PQ a trouvé un moyen (entre autres) d'améliorer la vie démocratique québécoise : abaisser l'âge de l'obtention du droit de vote à 16 ans.
Bien entendu, il s'agit du même parti qui croit que l'indépendance, après une période d'effervescence ou de turbulences, permettrait au Québec de faire mieux économiquement qu'il ne fait au sein du Canada. (Ce qui s'imposerait pour assumer un fardeau financier qui est actuellement partagé avec des provinces plus riches.) Pourquoi ? Parce qu'il emploierait les pouvoirs rapatriés d'Ottawa à meilleur escient que ne le fait Ottawa. Pourquoi ? Parce que c'est ainsi.
Bref, le PQ est adepte de la pensée positive. On le savait déjà, alors on ne va pas en faire tout un plat. Mais si on écarte la pensée magique comme facteur, abaisser l'âge de voter dans les conditions actuelles réduirait mécaniquement le taux de participation aux élections. Pourquoi ? Les jeunes votent moins, proportionnellement, que leurs aînés. Par conséquent, ajouter plus de jeunes au bassin des votants réduira, ceteris paribus, le taux de participation par rapport à ce qu'il est.
Ce qui devrait nous faire entrevoir un moyen presque assuré d'augmenter le taux de participation aux élections : il suffirait de rehausser l'âge de l'obtention du droit de vote. En réduisant le nombre de jeunes qui votent moins, on augmenterait mécaniquement le taux de participation, ceteris paribus. C'est tout simple.
Après tout, pourquoi l'âge de voter devrait-il se confondre avec l'âge d'acheter des cigarettes ou de l'alcool ? Ne s'agit-il pas d'une responsabilité gravissime que de choisir le gouvernement du pays ? On pourrait donc fixer à 21 ans, quand les jeunes québécois ont au moins eu l'occasion de finir leur cégep, l'âge de participer aux élections de la province ou du pays. Au besoin, on pourrait permettre aux jeunes de voter entre 18 et 21 ans, à condition de détenir un diplôme du secondaire ou du cégep, voire de l'université, ce qui pourrait contrer (un tout petit peu) le décrochage. Et si on aime la pensée magique, on pourra soutenir qu'en faisant de l'âge de voter un privilège, on augmentera l'intérêt de la chose pour les jeunes. L'attrait du fruit défendu...
Bien entendu, il s'agit du même parti qui croit que l'indépendance, après une période d'effervescence ou de turbulences, permettrait au Québec de faire mieux économiquement qu'il ne fait au sein du Canada. (Ce qui s'imposerait pour assumer un fardeau financier qui est actuellement partagé avec des provinces plus riches.) Pourquoi ? Parce qu'il emploierait les pouvoirs rapatriés d'Ottawa à meilleur escient que ne le fait Ottawa. Pourquoi ? Parce que c'est ainsi.
Bref, le PQ est adepte de la pensée positive. On le savait déjà, alors on ne va pas en faire tout un plat. Mais si on écarte la pensée magique comme facteur, abaisser l'âge de voter dans les conditions actuelles réduirait mécaniquement le taux de participation aux élections. Pourquoi ? Les jeunes votent moins, proportionnellement, que leurs aînés. Par conséquent, ajouter plus de jeunes au bassin des votants réduira, ceteris paribus, le taux de participation par rapport à ce qu'il est.
Ce qui devrait nous faire entrevoir un moyen presque assuré d'augmenter le taux de participation aux élections : il suffirait de rehausser l'âge de l'obtention du droit de vote. En réduisant le nombre de jeunes qui votent moins, on augmenterait mécaniquement le taux de participation, ceteris paribus. C'est tout simple.
Après tout, pourquoi l'âge de voter devrait-il se confondre avec l'âge d'acheter des cigarettes ou de l'alcool ? Ne s'agit-il pas d'une responsabilité gravissime que de choisir le gouvernement du pays ? On pourrait donc fixer à 21 ans, quand les jeunes québécois ont au moins eu l'occasion de finir leur cégep, l'âge de participer aux élections de la province ou du pays. Au besoin, on pourrait permettre aux jeunes de voter entre 18 et 21 ans, à condition de détenir un diplôme du secondaire ou du cégep, voire de l'université, ce qui pourrait contrer (un tout petit peu) le décrochage. Et si on aime la pensée magique, on pourra soutenir qu'en faisant de l'âge de voter un privilège, on augmentera l'intérêt de la chose pour les jeunes. L'attrait du fruit défendu...
Libellés : Canada, Politique, Québec
2011-12-06
Chef du NPD et premier ministre en 2015 ?
La course à la chefferie du NPD est lancée. Dimanche, le premier débat a vu les neuf candidats s'affronter (ou discuter, disons) à Ottawa. Désormais, on ne s'attend pas à voir d'autres candidats se joindre au peloton et les membres du NPD devront choisir un des neuf candidats en lice. J'ai raté le débat de dimanche, mais j'ai déjà eu l'occasion d'entendre six des candidats, de sorte que j'ai bel et bien l'impression qu'on peut écarter de toute considération sérieuse Paul Dewar et Robert Chisholm, dont le français est trop rudimentaire à ce stade. La réalité, après tout, c'est que le NPD est désormais un parti à moitié québécois. S'il veut maintenir sa popularité au Québec, ou du moins ne pas trop perdre de terrain, il se doit d'avoir quelqu'un qui se débrouille relativement bien en français, qui passe bien dans les médias quand il ou elle parle français et qui ne donne pas l'impression d'avoir découvert aux alentours de la cinquantaine qu'il existe au Canada plusieurs millions de francophones.
Un autre critère préalable tient à l'âge. Au moment du congrès, l'âge des candidats restants ira de la jeune trentaine à la jeune soixantaine. Or, il ne faudrait pas ignorer que le NPD, contrairement à toutes les courses précédentes, n'élit pas seulement un dirigeant parlementaire, mais aussi un premier ministre potentiel. Il convient donc de se demander quel âge aurait le candidat élu ou la candidate élue dans l'éventualité d'une accession au poste de premier ministre lors des prochaines élections en octobre 2015. Selon les informations que j'ai pu recueillir, cela ressemblerait à ceci (à quelques mois près, dans l'un ou l'autre sens) :
Nikki Ashton — 33 ans
Martin Singh — 42 ans
Nathan Cullen — 43 ans
Roméo Saganash — 53 ans
Brian Topp — 55 ans
Thomas Mulcair — 61 ans
Peggy Nash — 64 ans
En politique, contrairement aux sports, un âge relativement avancé n'est pas un handicap, mais on peut tout de même tenter de situer ces âges prospectifs (et approximatifs) relativement à l'âge des premiers ministres canadiens précédents lorsqu'ils sont devenus chef de gouvernement. Selon les informations que j'ai pu trouver, on découvre alors que...
Nikki Ashton serait la plus jeune première ministre de l'histoire canadienne
Martin Singh serait le plus jeune premier ministre de l'histoire canadienne (exception faite de Joe Clark, dont le gouvernement n'avait pas duré)
Nathan Cullen serait dans la même situation que Singh
Roméo Saganash serait plus jeune que 12 des 22 premiers ministres canadiens avant lui
Brian Topp serait plus jeune que 10 des 22 premiers ministres canadiens
Thomas Mulcair serait plus jeune que 7 des 22 premiers ministres canadiens
Peggy Nash serait plus jeune que 6 des 22 premiers ministres canadiens (ce qui inclut Abbott, Bowell, Tupper, Saint-Laurent, Pearson et Martin, qui ont été premiers ministres pour une durée totale de vingt ans, grosso modo)
Bref, le NPD a le choix entre trois candidats de la génération X (Ashton, Singh et Cullen) et quatre candidats boomers (Saganash, Topp, Mulcair et Nash). Jusqu'à maintenant, le Canada n'a eu que deux premiers ministres boomers, soit Kim Campbell et Stephen Harper (ce qui n'est pas pour rehausser la crédibilité de cette génération). Lorsque Harper aura épuisé la patience des Canadiens, ceux-ci seront-ils ouverts à l'élection d'un autre boomer en 2015 ? Comme les boomers votent plus que les jeunes, ce n'est pas exclus.
Néanmoins, il est clair qu'un des principaux défis de Thomas Mulcair, c'est désormais son âge. Les deux candidats à la chefferie qui sont dans la moyenne de l'âge initial des premiers ministres (56 ans environ), ce sont Roméo Saganash et Brian Topp. Évidemment, les candidats ne seront pas jugés uniquement sur cette base, mais cela risque de peser quand même...
Un autre critère préalable tient à l'âge. Au moment du congrès, l'âge des candidats restants ira de la jeune trentaine à la jeune soixantaine. Or, il ne faudrait pas ignorer que le NPD, contrairement à toutes les courses précédentes, n'élit pas seulement un dirigeant parlementaire, mais aussi un premier ministre potentiel. Il convient donc de se demander quel âge aurait le candidat élu ou la candidate élue dans l'éventualité d'une accession au poste de premier ministre lors des prochaines élections en octobre 2015. Selon les informations que j'ai pu recueillir, cela ressemblerait à ceci (à quelques mois près, dans l'un ou l'autre sens) :
Nikki Ashton — 33 ans
Martin Singh — 42 ans
Nathan Cullen — 43 ans
Roméo Saganash — 53 ans
Brian Topp — 55 ans
Thomas Mulcair — 61 ans
Peggy Nash — 64 ans
En politique, contrairement aux sports, un âge relativement avancé n'est pas un handicap, mais on peut tout de même tenter de situer ces âges prospectifs (et approximatifs) relativement à l'âge des premiers ministres canadiens précédents lorsqu'ils sont devenus chef de gouvernement. Selon les informations que j'ai pu trouver, on découvre alors que...
Nikki Ashton serait la plus jeune première ministre de l'histoire canadienne
Martin Singh serait le plus jeune premier ministre de l'histoire canadienne (exception faite de Joe Clark, dont le gouvernement n'avait pas duré)
Nathan Cullen serait dans la même situation que Singh
Roméo Saganash serait plus jeune que 12 des 22 premiers ministres canadiens avant lui
Brian Topp serait plus jeune que 10 des 22 premiers ministres canadiens
Thomas Mulcair serait plus jeune que 7 des 22 premiers ministres canadiens
Peggy Nash serait plus jeune que 6 des 22 premiers ministres canadiens (ce qui inclut Abbott, Bowell, Tupper, Saint-Laurent, Pearson et Martin, qui ont été premiers ministres pour une durée totale de vingt ans, grosso modo)
Bref, le NPD a le choix entre trois candidats de la génération X (Ashton, Singh et Cullen) et quatre candidats boomers (Saganash, Topp, Mulcair et Nash). Jusqu'à maintenant, le Canada n'a eu que deux premiers ministres boomers, soit Kim Campbell et Stephen Harper (ce qui n'est pas pour rehausser la crédibilité de cette génération). Lorsque Harper aura épuisé la patience des Canadiens, ceux-ci seront-ils ouverts à l'élection d'un autre boomer en 2015 ? Comme les boomers votent plus que les jeunes, ce n'est pas exclus.
Néanmoins, il est clair qu'un des principaux défis de Thomas Mulcair, c'est désormais son âge. Les deux candidats à la chefferie qui sont dans la moyenne de l'âge initial des premiers ministres (56 ans environ), ce sont Roméo Saganash et Brian Topp. Évidemment, les candidats ne seront pas jugés uniquement sur cette base, mais cela risque de peser quand même...
2011-12-05
Aristote et Galilée sur la Lune
Un ami qui enseigne la physique au cégep m'a récemment fourni le lien de cette vidéo tournée sur la Lune en 1971, dont j'avais beaucoup entendu parler mais que je ne me souvenais pas d'avoir vue. Il s'agit d'une version de l'expérience qui, selon la légende, aurait été complétée par Galilée à Pise en libérant du haut de la célèbre tour penchée deux objets de masses distinctes. Avant Galilée, les savants acceptaient le plus souvent qu'un objet plus lourd devait tomber plus vite. L'expérience de Galilée avait pour but de démontrer que les objets tombent à la même vitesse, quelle que soit leur masse — si on fait abstraction de la résistance de l'air. Dans les faits, l'expérience semble avoir été réalisée par Simon Stevin dès 1586 (trois ans avant que Galilée ait été en mesure de la tenter) et il existe des allusions antérieures à des expériences antérieures de mettre Aristote à l'épreuve. De fait, sous la forme d'une expérience de pensée, l'expérience était discutée par des philosophes depuis la fin de l'Antiquité. Sur la Lune, toutefois, on n'a pas besoin de se jucher au sommet d'une tour ou d'un clocher, ou de jouer avec la densité d'objets de même taille. Il suffit de laisser tomber, côte à côte, un marteau et une plume.
Pour ceux qui préfèrent se laisser convaincre par des simulations informatiques, il y a aussi ce petit site de l'Université du Colorado où l'on peut s'amuser à dresser un canon à 90 degrés et propulser vers le haut un objet — une boule de bowling, par exemple — avec ou sans la résistance de l'air afin de constater que, sans la résistance de l'air, la boule monte plus haut...
Pour ceux qui préfèrent se laisser convaincre par des simulations informatiques, il y a aussi ce petit site de l'Université du Colorado où l'on peut s'amuser à dresser un canon à 90 degrés et propulser vers le haut un objet — une boule de bowling, par exemple — avec ou sans la résistance de l'air afin de constater que, sans la résistance de l'air, la boule monte plus haut...
Libellés : Sciences
