2016-11-25

 

Dernières photos du pavillon MacDonald de l'Université d'Ottawa

En septembre 1986, j'arrivais à l'Université d'Ottawa pour étudier la physique, ce qui m'amènerait à passer beaucoup de temps dans le pavillon MacDonald, vingt ans après son inauguration en avril 1966 par Pauline Vanier, première femme chancelier de l’Université (1966 à 1972).  Le pavillon MacDonald hébergeait le département de physique et prit le nom du professeur David Keith Chalmers MacDonald (1920-1963), fondateur du département de physique.  Celui-ci avait également été directeur de la section de physique des solides et de la section de physique des basses températures au Conseil national de recherches. Atteint de dystrophie musculaire, il était mort quelques années avant l'ouverture du pavillon qu'on écroulait cette semaine (de manière écologique, car les matériaux seront recyclés).

L'Université d'Ottawa avait jeté les bases dès 1874 d'un programme d'études en génie civil qui profitait de l'accent accru mis dès cette date sur l'apprentissage des sciences et des mathématiques.  Un incendie destructeur en 1903 avait obligé toutefois l'administration à s'installer pour plusieurs années dans les locaux affectés aux sciences tandis que l'université repartait presque de zéro.  Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que l'établissement s'adjoint une école de médecine et une École des sciences appliquées, celle-ci devenant une école des sciences pures et appliquées en 1953.

Les cours de physique étaient alors logés dans les anciennes baraques de l'armée le long de King Edward.  Parmi les professeurs de l'époque, il y avait Jacques Hébert, ancien élève de Pierre Demers à l'Université de Montréal, qui avait participé aux travaux de développement de la bombe atomique durant la guerre et qui fut un de mes professeurs durant mon baccalauréat en physique.  Arrivé au début des années 1950, Hébert « assemble, dans un local qui n'avait rien d'un laboratoire de recherche, l'équipement basique essentiel pour étudier les rayons cosmiques dans les émulsions ionographiques.  Par la suite, cet embryon de laboratoire se développera et deviendra un véritable centre pour la recherche en physique des hautes énergies », pour citer l'histoire du département de Gilles Lamarche dans Physics in Canada en 2001.  Je me souviens d'ailleurs d'avoir travaillé durant les années 1980 avec ces émulsions que le professeur Hébert utilisait encore, mais en les faisant irradier dans des accélérateurs de particules et non plus avec des rayons cosmiques.

C'est en 1955 que Pierre Gendron, le doyen des sciences pures et appliquées, convainquit MacDonald de prendre la direction du nouveau département de physique.  Un noyau de professeurs se constitue alors en 1957-1958 avec l'embauche de Cyril Benson, Gilles Lamarche et Robert Benson, sous la direction de MacDonald dont la santé se détériore, l'obligeant à céder son poste en 1960.  La grande affaire de la décennie sera le déménagement dans le nouveau pavillon MacDonald.  Au petit générateur de neutrons déjà utilisé devait succéder un accélérateur de particules, le Dynamitron, qui était censé développer des énergies de 3 MeV mais qui ne remplirait pas ses promesses.  Vingt ans plus tard, on désignerait encore au département le niveau souterrain aménagé pour recevoir cet accélérateur sous le sobriquet de « fosse à neutrons » (neutron pit), en suggérant quelque peu qu'il avait été une fosse à dollars puisque l'accélérateur installé en 1966-1967 en collaboration avec l'Université Carleton allait s'avérer un fiasco presque complet...

Il y a quelques semaines encore, le pavillon conservait encore sa façade d'origine, même si les palissades des démolisseurs l'avaient désormais ceinturé.

Mercredi soir, par contre, la démolition avait commencé et cette dernière photo, prise de nuit, illustre l'avancement des travaux.  Non seulement le revêtement du mur arrière avait disparu, mais l'aile ouest de l'édifice était déjà à terre.



Le pavillon MacDonald aura donc existé pendant cinquante ans.  Une partie de l'ancien sous-sol servira à la future ligne de train léger.  Le reste de l'espace libéré servira à la « construction d’une nouvelle installation qui révolutionnerait les études au premier cycle [en sciences, technologies, génie et mathématiques],dont les espaces consacrés à l’enseignement seraient radicalement différent des installations existantes et seraient à la fine pointe des nouvelles tendances en éducation. »

Libellés : , , ,


2016-11-11

 

Souvenirs de guerre

En 1931, le Canada a fait du jour de l'Armistice, le 11 novembre, le jour du Souvenir des morts, non pas seulement des victimes de la Grande Guerre, en fait, mais de toutes les guerres.  Aujourd'hui encore, c'est l'occasion pour moi de songer aux vétérans de la guerre dans ma propre famille.  J'ai déjà évoqué les expériences de mes grands-parents paternels durant la Première Guerre mondiale.  Mon grand-père et ma grand-mère n'avaient pas encore fait connaissance.  Tandis que mon grand-père pratiquait la médecine de guerre en France, non loin du front, ma grand-mère terminait ses études dans une académie de Winnipeg.

Parmi les souvenirs ramenés par mon grand-père, j'ai retrouvé cette semaine une médaille qui semble avoir été distribué à de nombreux soldats et officiers (jusqu'à 200 000) par la ville de Verdun en reconnaissance pour leur contribution à la défense de la ville.  En principe, seuls «  ont droit à cette médaille les anciens combattants des armées françaises ou alliées qui se sont trouvés en service commandé entre le 31 juillet 1914 et le 11 novembre 1918, dans le secteur de Verdun, compris entre l'Argonne et Saint-Mihiel, dans la zone soumise au bombardement par canon. »  À ma connaissance, pourtant, mon grand-père n'a pas été présent dans ce secteur.  À Valmy, en juin 1917, il n'est toutefois pas loin de l'Argonne.  A-t-il poussé un peu plus loin ?  Était-il en service commandé ?  Est-il retourné plus tard, dans d'autres circonstances ?  Ou bien, a-t-il récupéré la médaille d'un patient qu'il aurait traité ?
  


Le côté face de la médaille porte un buste du sculpteur Émile Séraphin Vernier (1852-1927), qui intervertit ses initiales pour signer, semble-t-il.  Vernier était un spécialiste de la taille pour les médailles.  Bien avant le siège de Madrid, le message de la médaille est clair : « On ne passe pas ».



Le côté pile de la médaille est moins belliqueux.  Tout ce qu'on découvre, ce sont des fortifications historiques de la ville et une date : « 21 février 1916 » (qui correspond au début de la bataille).  La couronne de lauriers renvoie sans doute à la couronne des triomphateurs romains pour bien marquer un affrontement qui sera perçu comme une victoire défensive des Français.

Quant à mon père, enrôlé dans l'armée canadienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a conservé jusqu'à sa mort une médaille sans doute remise à tous les soldats canadiens qui avaient servi durant ce conflit.  Lui-même n'avait eu dix-huit ans qu'en 1944 et il n'a jamais combattu.  Le temps de compléter sa formation, la guerre s'achevait et il est resté au Canada pour agir comme instructeur des nouvelles recrues.
Ces deux grandes guerres ont marqué l'histoire du siècle dernier.  Si le Canada a, pour l'essentiel, échappé à la violence sur son territoire, les Canadiens ont été touchés par les affrontements.  Il est tentant de faire un parallèle avec les expériences de mon père et de mon grand-père paternel, qui ont été au cœur de l'aventure militaire sans être sur le champ de bataille.  Dans le contexte des guerres totales du vingtième siècle, les combattants n'ont été qu'un rouage des gigantesques machines déployées, de l'usine aux lignes de front, pour emporter la victoire.  S'il convient de rappeler aujourd'hui le sacrifice suprême des morts, il ne faut pas oublier non plus tous les autres sacrifices, consentis ou non, des peuples en guerre.

Libellés :


2016-11-09

 

Les Clinton, fossoyeurs du New Deal

Le progressisme étatsunien — né à l'aube du XXe siècle, à l'époque des trusts, de l'urbanisation, de l'immigration massive et de la ségrégation — a vécu. 

Déterminer qui l'a tué ne sera pas facile.  De nombreux coups lui avaient été portés au fil des ans, mais leurs effets mortels ont mis du temps à se faire sentir.  Si on veut blâmer les médias pour la victoire de Trump, il faut alors se pencher sur le principe d'impartialité (Fairness Doctrine) qui avait été imposé aux médias étatsuniens en 1949 et qui avait été essentiellement abrogé par le gouvernement Reagan en 1987 — et finalement liquidé sous Obama.  Son abrogation avait permis aux médias de droite (Fox News) de défendre une vision du monde de plus en plus partiale, voire carrément divorcée de la réalité, qui semble bien avoir fait le lit de Trump.

Ce qui est certain, c'est que la victoire de Trump menace de renverser les acquis progressistes des quarante dernières années — voire depuis l'époque de la Reconstruction après la Guerre civile.  Ceci concernerait, pour les progrès les plus récents, le droit à l'avortement, les reculs de la peine capitale, l'assurance-santé (plus précisément l'Obamacare) et le mariage homosexuel.  Un gouvernement Trump cherchera sans doute à renverser aussi certains acquis remontant parfois jusqu'au New Deal de Roosevelt : salaire minimum, protection de la syndicalisation, réglementation des activités boursières (par la Securities and Exchange Commission) et protection de l'environnement.  Ajoutons que le cercle de Trump a même évoqué la révocation du 19e amendement de la constitution qui a donné le droit de vote aux femmes en 1920 et qui a représenté une des grandes percées progressistes de l'époque.  Quant au droit de vote des minorités non-blanches, en particulier les plus pauvres, il était déjà battu en brèche dans plusieurs États grâce à l'affaiblissement du Voting Rights Act de 1965 par les tribunaux et par des mesures législatives ces dernières années.

C'est une contre-révolution annoncée, mais devenue possible parce que les élites du parti Démocrate avaient depuis longtemps cessé de croire à ce progressisme.  Bill Clinton avait resserré l'accessibilité au système de sécurité sociale mis en place par le gouvernement de Franklin D. Roosevelt, puis renforcé sous Lyndon B. Johnson.  Le gouvernement de Bill Clinton avait également misé sur la loi et l'ordre, le libre-échange, la spéculation boursière et surtout la déréglementation banquière, abolissant un des ultimes garde-fou créés sous Roosevelt.  Obama, partisan acharné de la négociation et du compromis, a investi ses énergies dans un système d'assurance-santé bancal, a soutenu un encadrement des institutions financières plutôt qu'un retour aux règles de 1933 et a fini par soutenir, certes, les droits des homosexuels, essentiellement quand les tribunaux lui ont forcé la main.

Il faut rappeler que le New Deal de Roosevelt était l'aboutissement au niveau fédéral de l'activité militante des Progressistes étatsuniens depuis le tournant du siècle.  C'est donc plus d'un siècle de luttes progressistes que les succès électoraux des Républicains mettent en danger aux États-Unis. 

Le programme de Hillary Rodham Clinton incarnait ce long siècle de progressisme sur tous les points importants, y compris un resserrement des règles pour Wall Street — à l'exception de l'encadrement des médias.  Ce programme devait beaucoup aux pressions de Bernie Sanders et c'est peut-être pour cette raison, ou parce qu'elle était trop associée à des centristes plus ou moins progressistes, comme Bill Clinton et Barack Obama, ou parce qu'elle semblait incapable d'en parler avec passion et sincérité (et peut-être un peu de haine), que Hillary n'était pas une porte-parole entièrement crédible pour son propre programme.  Sans parler de son association aux élites gouvernementales et financières des États-Unis depuis vingt ans... 

Si elle a réellement été une progressiste obligée d'avancer masquée (presque) toute sa vie parce qu'elle était une femme, et surtout la femme de Bill Clinton, l'histoire de Hillary Rodham serait une des grandes tragédies politiques modernes.  Toutefois, la question de ses convictions réelles se pose en raison de son appui de jeunesse au candidat ultra-conservateur Barry Goldwater, de son appui apparemment sincère à certaines des mesures les moins progressistes de Bill Clinton et de sa politique comme Secrétaire d'État.  L'ensemble de l'œuvre la classe plutôt dans la catégorie des prétendus « modernisateurs » du progressisme, comme Tony Blair au Royaume-Uni ou Paul Martin au Canada.

Ce qu'il est maintenant possible de conclure, c'est que face aux ennemis du progressisme aux États-Unis, dans un contexte où le statu quo était discrédité à droite comme à gauche, la candidature de Hillary a représenté un geste empreint d'arrogance.  Les soi-disant « scandales » qu'on lui reprochait n'étaient pas graves en soi, mais, chaque fois qu'on les réveillait, ils la rattachaient au système dont elle était l'émanation et c'est peut-être bien ce qui lui a nui le plus jusqu'aux dernières heures de la campagne.  Une partie de la population des États-Unis a préféré voter pour l'homme qui achète les politiciens que pour la politicienne qui se vend à Wall Street.

L'échec de Hillary Rodham Clinton risque de sceller pour longtemps le sort du progressisme étatsunien.  Ce qui aura commencé avec la lutte pour le vote et l'émancipation des femmes se termine avec la défaite de la première candidate sérieuse à la présidence des États-Unis.  Pour des années à venir, la Cour suprême et de nombreuses autres institutions des États-Unis seront contrôlées par une minorité de l'électorat, mais une minorité qui, en raison de la couleur de sa peau, croit avoir le droit de tout faire pour les conserver à sa botte.  Si l'importance de cette minorité est condamnée à diminuer au fil des ans, cela ne signifie pas que ce sera automatique.  Si Trump met à exécution ses projets pour déporter les immigrants illégaux et réduire l'immigration, les tendances démographiques pourraient changer.  Si les États individuels mettent en place des mesures additionnelles pour décourager les votes des plus pauvres, le succès de Trump pourrait se prolonger sur de nombreuses années.  La victoire électorale du Parti national réuni en Afrique du Sud en 1948 a institué un système d'apartheid qui a préservé la suprématie blanche jusqu'en 1994.

Aujourd'hui, le progressisme étatsunien est appelé à renaître.  Des millions de citoyens des États-Unis en ont goûté les fruits et ils goûteront peut-être bientôt l'amertume de son élimination de la vie publique.  Ce sera la clé de sa renaissance, mais qui devra être porté par d'autres personnes que la génération responsable de son naufrage.

Libellés : ,


2016-06-14

 

Retour sur Épinal (1)

Je commence ce récapitulatif d'Épinal avec un peu de vidéo.  La présence canadienne a eu droit aux honneurs de Vosges Télévision, tout d'abord avec un reportage plus général sur les Imaginales d'Épinal qui accordait aussi quelques minutes à la délégation des éditions Alire et de la revue Solaris, en donnant successivement la parole à Jonathan Reynolds, Philippe-Aubert Côté et moi-même (à partir de la douzième minute environ).

Ensuite, une émission de la série culturelle « Des livres et Vous », aussi de Vosges Télévision, accueillait le Belge Stephan Platteau, l'artiste française Hélène Larbaigt (qui a réalisé l'affiche des Imaginales 2016), la grande responsable des Imaginales, Stéphanie Nicot, et moi-même.  L'animation était assurée par Arnaud Toussaint et Sarah Polacci.

Enfin, la table ronde sur la science-fiction francophone en Amérique du Nord, avec Philippe-Aubert Côté, Jean Pettigrew, Jonathan Reynolds et moi-même, le tout animé par Jérôme Vincent, est maintenant disponible sous forme vidéo.  Pour conclure, un avant-goût de mon album de photos d'Épinal en 2016 : un portrait de famille de la délégation québécoise, où on retrouve (de gauche à droite) Jean Pettigrew, Philippe-Aubert Côté, Jonathan Reynolds, Louise Alain et Philippe Turgeon.


Libellés : , ,


2016-05-25

 

De Boréal 33 aux Imaginales 2016

En fin de semaine, le 33e congrès Boréal a eu lieu dans la petite ville de Mont-Laurier, au cœur des Hautes-Laurentides.

Cette fin de semaine qui vient, je serai à Épinal, petite ville au cœur des Vosges, pour le festival des Imaginales.  Entre les deux, j'aurai beaucoup voyagé.  Le voyage en navette du congrès de Québec à Mont-Laurier nous a pris six à sept heures, à l'aller comme au retour.  Le voyage de Québec à Épinal sera un peu plus long...  mais plus en kilomètres qu'en nombre d'heures.

Comme d'habitude, quand j'aide à mettre sur pied le congrès Boréal, je suis le plus mal placé pour en parler.  Cette année, l'organisation d'un congrès à Mont-Laurier par un néophyte, Joris Lapierre-Meilleur, alias Gart Laflamme, qui n'avait assisté qu'à un seul autre congrès, pouvait apparaître comme une gageure.  Le défi a été brillamment relevé, en partie grâce à un apport considérable des profits accumulés du congrès, mais surtout grâce au travail acharné de ce même grand coordonnateur.  (La photo ci-dessous nous montre Joris en pleine action, si je puis dire, devant l'accueil — en béquilles parce qu'il s'était fait mal au pied quelques jours à peine avant le congrès.)


Ce qui était présent à l'esprit de quelques-uns des partisans d'un congrès « dans le nord », d'ailleurs, c'était le souvenir des incursions précédentes du milieu de la SFCF au nord de la vallée du Saint-Laurent.  Le congrès Boréal lui-même a été lancé (par Élisabeth Vonarburg) à Chicoutimi, qui a accueilli plusieurs rassemblements du milieu entre 1979 et 1999.  À la fin des années 1990, Hugues Morin avait également organisé des rencontres du milieu, encore plus au nord, à Roberval.  À Chicoutimi comme à Roberval, l'obligation de voyager, de se dépayser, de se retrouver en vase clos pendant deux ou trois jours, avait forgé des liens solides et créé des impressions durables.  Même si les témoignages sont fragmentaires, j'ai l'impression que la magie de l'éloignement a joué de nouveau pour plusieurs participants.

Morin, justement, a déjà signé plusieurs billets de blogue au sujet de son exploration de Mont-Laurier qui a commencé le vendredi, s'est poursuivie le samedi et a naturellement pris fin le dimanche, lorsqu'il a aussi offert un petit florilège de choses entendues au congrès.  Pierre-Luc Lafrance, auteur et conteur, a également fait part de son bilan du congrès.  Isabelle Lauzon, écrivaine et ambassadrice désignée du congrès, en conservera un souvenir particulier puisque sa fille Tania a remporté le volet des auteurs montants du concours d'écriture sur place.  Enfin, Geneviève Blouin évoque pareillement l'intensité de ce congrès très concentré dans le temps et dans l'espace.

En ce qui me concerne, j'ai pris quelques photos, où on retrouve par exemple ces deux fidèles Boréaliennes, Francine Pelletier et Julie Martel.  Cette dernière est costumée en samouraï puisque le congrès de cette année faisait une bonne place à la mascarade (ou costumédie).
En arrière-plan, on distingue la table de la Savante Folle, Michèle Laframboise, également sur place grâce à une subvention de l'AAOF.  Un gaminet accroché à la cloison arbore une représentation de la Savante Folle à l'ouvrage...  De nombreux autres écrivains étaient venus, dont Pierre Corbeil, l'auteur du feuilleton uchronique La Concession paru dans la revue imagine... il y a quelques années déjà.
Le congrès était aussi l'occasion de découvrir la véritable identité ainsi que la personnalité de Véronique Drouin, alias M. V. Fontaine, qui a signé chez Québec/Amérique la série en quatre tomes Amblystome, un univers post-apocalyptique aussi dur que les aventures mises en scène par l'écrivaine sont palpitantes.  On la voit dédicacer le dernier volume dans cette photo.
Pour compléter cette galerie des talents présents, voici l'excellente nouvelliste Josée Lepire, deux fois lauréate du Prix Solaris.  Comme plusieurs autres invités et participants, elle avait emprunté la navette spéciale du congrès qui a fait le voyage de Québec à Mont-Laurier, en passant par Trois-Rivières et Laval.  En arrière-plan, on distingue une partie de l'exposition dans le bar-foyer, qui comprenait un très bel assortiment de trophées (prêtés par René Walling et ses amis) qui correspondaient à plusieurs prix décernés dans le domaine de la SF (Hugo, Aurora, etc.).
Le dimanche 22 mai, je retiens que le Prix Aurora-Boréal de la meilleure nouvelle a été décerné à un texte de ma plume, « Garder un phénix en cage », paru dans Solaris et déjà récipiendaire du Prix Solaris.

Les autres gagnants des Prix Aurora-Boréal sont Philippe-Aubert Côté pour son roman Le Jeu du Démiurge (Alire) et la revue Solaris, dans la catégorie du meilleur ouvrage connexe, ce qui rend hommage au travail de Joël Champetier, Pascale Raud et Jonathan Reynolds en 2015.  Le Prix Boréal de l'illustration a été remis à Grégory Fromenteau pour ses couvertures (Le Jeu du Démiurge, Les Marches de la Lune morte) ainsi que ses autres créations.  Le Prix Boréal de la fanédition est allé à Alain Ducharme pour La République du Centaure.

Lundi, il était déjà temps de partir pour la France afin de commencer à me faire au décalage horaire avant le début des Imaginales.  J'ai donc pris cet avion à Québec...
Évidemment, ce n'est pas ce petit appareil qui a traversé l'Atlantique, mais un engin plus gros d'Air Canada qui m'a embarqué à Montréal, où l'avion ci-dessus m'a conduit.  Et c'est ainsi que j'ai pu me réveiller ce matin sur cette vue des toits du Grand Paris...

À Épinal, dès demain, je serai un des invités au sein de la délégation québécoise et je suis programmé pour

— un entretien avec Jean-Claude Dunyach le jeudi 26 mai à 16 h dans le cadre d'un Café littéraire (Magic Mirrors 2)

— une table ronde sur le space-opéra animée par Jean-Claude Vantroyen, « Space opera, planet opera... Rêver de demain, rêver d'ailleurs ! », avec Philippe-Aubert Côté, Jean-Claude Dunyach et Christian Léourier, le vendredi 27 mai à 14 h dans le cadre d'un Café littéraire (Magic Mirrors 2)

— une table ronde sur la SF francophone d'Amérique du Nord animée par Jérôme Vincent, « Nord-Américains et francophones : voix de l'imaginaire québécois ! », avec Philippe-Aubert Côté, Jean Pettigrew, Jonathan Reynolds et Élisabeth Vonarburg, le samedi 28 mai à 10 h (Espace Cours)

Libellés : , ,


2016-01-24

 

David G. Hartwell (1941-2016)

Un grand monsieur de la science-fiction nous quitte.  Non, ce n'était pas un auteur ou un cinéaste à succès, un acteur légendaire ou un scénariste connu de tous.  David G. Hartwell était avant tout un connaisseur : un lecteur de longue date, un médiéviste patenté (doctorat en littérature médiévale de Columbia), un critique qui avait soutenu le lancement de la New York Review of Science Fiction, un anthologiste responsable entre autres d'une série de sélections annuelles de nouvelles triées sur le volet dans le cadre du Year's Best SF, ainsi qu'un directeur littéraire qui était ouvert à de nouvelles voix, et pas seulement aux États-Unis.  Et je n'aborderai même pas dans ce billet sa maîtrise des champs du fantastique et de l'horreur en anglais...

1997 : David Hartwell, anthologiste (Year's Best SF 2), incluant la nouvelle « Tobacco Words » d'Yves Meynard

1999 : David Hartwell, anthologiste (Year's Best SF 4), incluant la nouvelle « Unraveling the Thread » de Jean-Claude Dunyach (traduction d'Ann Cale et Sheryl Curtis, avec un coup de main de Brian Stableford)

2005 : David Hartwell et Kathryn Cramer, anthologistes (Year's Best SF 10), incluant la nouvelle « Time, as It Evaporates... » de Jean-Claude Dunyach (traduction de Jean-Louis Trudel)

Ce qui en faisait un géant dont je ne vois pas l'équivalent actuellement aux États-Unis, voire ailleurs, c'était son action protéiforme au service d'un amour profond de la science-fiction dans ce qu'elle avait de plus rigoureux et de plus savant, mais aussi dans ce qu'elle avait de plus populaire, et donc d'un attachement aux éléments constitutifs de la sf qui fondent également l'esprit de la démocratie.  Sa contribution ne se borne pas à ses labeurs comme anthologiste, au nombre d'auteurs qu'il avait lancés ou relancés, et aux milliers de livres qu'il avait façonnés comme directeur littéraire.  Nous étonnant par son ampleur, elle s'étend au soutien du démarrage, de l'existence ou de l'animation de revues comme The Little Magazine (1965-1988) et The New York Review of Science Fiction, qu'il avait co-fondée en 1988, ainsi que de congrès de science-fiction et de fantastique, telles la World Fantasy Con (dont il présidait le conseil d'administration) et Readercon.  Enseignant à l'occasion (à Harvard et NYU, mais aussi pour les ateliers d'écriture de Clarion South et Clarion West), il était également micro-éditeur, collectionneur et bouquiniste.  Sans être universitaire de profession, il fréquentait aussi régulièrement le colloque annuel de l'IAFA : the International Conference on the Fantastic in the Arts (ICFA).  Avec Gordon van Gelder, il administrait le prix Philip K. Dick, qui avait accordé une mention spéciale au roman In the Mothers' Land (Chroniques du Pays des Mères) d'Élisabeth Vonarburg en 1992.

Il avait démarré dans l'édition avant même de terminer son doctorat en 1973.  Embauché par Signet comme conseiller éditorial pour la sf, il avait rejoint Berkley en 1973 et dirigé l'édition des ouvrages de science-fiction.  En passant chez Pocket Books en 1978, il lancera la collection « Timescape » (qui rendait hommage au roman du même nom signé par Gregory Benford en 1980).

Où ai-je rencontré David Hartwell pour la première fois ?  Peut-être bien qu'il faudrait remonter au congrès Readercon 3 en avril 1990, mon premier d'une longue série.  Je me souviens d'une cérémonie de remise de prix pour les petits éditeurs où sa future seconde épouse, Kathryn Cramer, se baladait en bikini. Je ne peux pas être certain que nous avions été présentés ou que j'avais eu l'occasion de lui parler, toutefois.

Ce qui est sûr, c'est qu'au cours des années subséquentes, entre ses présences au congrès Con*Cept à Montréal et au congrès Can-Con d'Ottawa, je l'avais croisé plusieurs fois. Quand nous avons fait connaissance, Hartwell travaillait encore chez Tor dans un rôle de conseiller éditorial (depuis 1983). Même si je ne l'ai pas nécessairement compris sur le coup, il était encore en train de faire ses preuves afin d'acquérir plus de pouvoirs et de responsabilités, ce qui arriverait enfin en 1995 avec son accession au rang de directeur littéraire à temps plein. Je crois que c'est à cette époque qu'il a exposé à plusieurs personnes la théorie qui informerait son fonctionnement éditorial : au lieu de tenter de mettre la main sur un best-seller qui rapporterait gros, il chercherait à s'assurer que sur une dizaine de livres édités, une majorité ferait mieux que rentrer dans leurs frais (parce qu'il miserait sur une qualité moyenne supérieure), même si aucun des ouvrages qu'il aurait choisis ne se transformait en locomotive des ventes...
Il s'intéressait à la sf canadienne et à ses auteurs montants (comme Robert J. Sawyer) ou établis (comme Phyllis Gotlieb).  Durant un Con*Cept, nous l'avions sagement laissé discuter avec Glenn Grant dans un coin et il en était résulté l'anthologie Northern Stars (1994), la première anthologie de science-fiction canadienne (d'expression anglaise et d'expression française) à sortir aux États-Unis et la bénéficiaire d'un effort publicitaire majeur durant la convention mondiale de Winnipeg la même année.  (Ma nouvelle « Remember, the Dead Say » figure dans ce volume.)  En 1999, Hartwell et Grant avaient récidivé pour la publication de l'anthologie Northern Suns, qui incluaient une brochette d'auteurs entièrement renouvelée, dont les écrivains québécois Jean-Pierre April, Alain Bergeron et Charles Montpetit.

David Hartwell et Glenn Grant au congrès Boréal 2007 (photo prise le 28 avril par Charles Mohapel)

Durant un Can-Con, j'avais entretenu Hartwell de la possibilité d'une traduction du roman La Taupe et le dragon de Joël Champetier et il en avait résulté la parution chez Tor d'une nouvelle version intitulée The Dragon's Eye, en 1999.  Il faudra que j'écrive un jour comment le roman a été légèrement transformé par cette entreprise, d'autant plus que les deux autres acteurs sont désormais disparus.  De mémoire, c'était à mon instigation que le début avait été révisé tandis que c'était à celle de Hartwell que la fin avait été modifiée, mais il faudrait que je me replonge dans ma correspondance avec Joël pour en avoir la certitude et je n'ai pas encore le cœur à le faire.

Yves Meynard avait ouvert la voie en faisant accepter par Hartwell son roman The Book of Knights, rédigé en anglais, pour une publication l'année précédente en 1998.  David G. Hartwell était demeuré ouvert à la publication d'auteurs canadiens, dont Candas Jane Dorsey, Phyllis Gotlieb, Terence M. Green, Robert J. Sawyer, Peter Watts et plusieurs autres. Ce défricheur de talents qui transcendait les frontières allait aussi faire la promotion des auteurs australiens dans une moindre mesure, mais il a continué à fréquenter des congrès de science-fiction au Canada, y compris d'ailleurs le congrès Boréal, au minimum en 2007, 2008, 2009 (peut-être pour une simple visite entre deux événements à la Convention mondiale qui se tenait en même temps) et 2013.

Dans la photo ci-dessous (prise le 28 avril 2007 par Charles Mohapel), on le voit avec sa benjamine, Elizabeth, et une jolie cravate eschérienne.
Dans la photo suivante (prise le 29 avril 2007 par Charles Mohapel), on le voit assister à une table ronde avec plusieurs personnes qui se reconnaîtront.
Enfin, ce joli portrait de famille (croqué le 29 avril 2007 par Charles Mohapel) nous le montre en compagnie de Geoff Ryman, sa femme Kathryn Cramer et leur fille Elizabeth.
Entre temps, la famille avait acquis une résidence à Westport, dans l'État de New York, au bord du lac Champlain, alors que David Hartwell était basé, depuis que je le connaissais, à Pleasantville, dans la banlieue éloignée de New York, mais suffisamment proche pour que, le 11 septembre 2001, les colonnes de fumée qui montaient des ruines des tours jumelles eussent été visibles d'une crête à proximité.  En octobre 2008, sur le chemin d'une convention à Albany, Yves Meynard, sa compagne à l'époque et moi-même avions fait escale à Westport pour découvrir les lieux, mais sans oser frapper à la porte.  Il faisait un temps splendide, qui permettait de comprendre l'attrait de cette petite ville pour la famille...
En juillet 2008, à Readercon, j'avais photographié moi-même David Hartwell et les siens (ainsi que Geoff Ryman, qui se retrouvait encore une fois en leur compagnie).
Qui était David G. Hartwell ?  Un homme au sourire infectieux, qui savait mettre les gens à l'aise tout en conservant une certaine réserve propre à son ascendance en Nouvelle-Angleterre...  Un grand amoureux de la science-fiction, qui avait signé un essai, Age of Wonders, qui commençait par établir qu'on ne pouvait réellement saisir l'attrait de la science-fiction sans garder à l'esprit une observation essentielle : « The Golden Age of science fiction is twelve » (attribuable à un fanzine de Peter Graham)...  Un fin stratège éditorial qui avait réussi à tirer son épingle du jeu malgré toutes les transformations du marché de la science-fiction écrite depuis quarante ans...  Un fan qui avait compris que la  meilleure façon de continuer à lire la science-fiction telle qu'il l'amait, c'était de soutenir l'écotope éditorial et fanique indispensable à sa survie...  Un homme dont la culture de la science-fiction était encyclopédique et mondiale — en tant que bouquiniste, il m'avait vendu un exemplaire d'un ouvrage de science-fiction hongroise traduit en anglais et paru en 1966 aux États-Unis, Voyage to Faremido/Capillaria de Frigyes Karinthy, mais je soupçonne qu'il avait conservé un exemplaire du même titre pour sa propre collection...  Un bibliophile dont la collection — que je n'ai jamais vue — était légendaire...  Un homme qui avait le même anniversaire que moi et qui l'a si souvent célébré en grande pompe à Readercon quand j'y étais que j'ai perdu l'habitude d'en faire grand cas...  Un bon vivant qui m'a payé quelques verres ou repas (le plus souvent aux frais de Tor, sans doute), et à qui je ne rendrai jamais la pareille...  Bref, quelqu'un à qui je pouvais expliquer que mon français s'était détérioré à force de lire des romans de chevalerie en ancien français durant mon doctorat et qui pouvait comprendre tout aussi bien les enjeux si la conversation dérivait du côté de l'astronomie ou de la physique...
C'était aussi l'homme aux mille et une cravates, dont l'assortiment était devenu une attraction en soi durant la convention mondiale de la science-fiction à Montréal en 2009.  Il avait d'ailleurs sa propre théorie du style vestimentaire.  En 2007, à la World Fantasy Convention de Saratoga Springs, où je lui avais acheté un volume d'une revue italienne du XIXe siècle et peut-être aussi une anthologie de sf en italien avec une nouvelle d'Yves Meynard, il avait coiffé une calotte à tentacules qui valait bien la casquette à hélice qu'il arborait dans la photo de 2008 ci-dessus...

Eh oui...

En 2015, je l'ai rencontré pour la dernière fois à Ottawa, durant Can-Con, et nous avons partagé un repas en compagnie de John Park, de René Walling et de Melissa Yuan-Innes.  Il était plus fatigué, mais il conservait encore beaucoup d'allant.  Mon ultime photo de lui (ci-dessous), prise le 31 octobre dernier, le montre en compagnie d'un jeune auteur d'Ottawa, Derek Kunsken.  Notre ultime conversation, au milieu d'un couloir d'hôtel, a concerné le roman Anamnèse de Lady Star de Kloetzer, que j'étais en train de lire.  Je lui ai expliqué qu'il s'agissait d'un des romans marquants de la sf française récente, que j'avais trouvé le début excellent, mais que ça ralentissait ensuite.  « Middles are hard», a-t-il commenté.

Les fins également.  Il est mort la semaine dernière, des suites d'une chute mardi, du haut de l'escalier de sa résidence alors qu'il déménageait-il, semble-t-il, une étagère de sa bibliothèque.

Libellés : ,


2016-01-23

 

Fragilité

Nos crânes sont de cristal, nos vies de papier
ce qui ne brûle pas volera en éclats
ce qui ne tombe pas se déchiquettera
Rien de nos corps n'échappera au bourbier

Du rang, aînés, maîtres et proches sont radiés
leurs rires se taisent et résonnent le glas,
leur savoir ou leur sagesse s'effacera.
Retenons néanmoins que la mort a pitié :

ce que nous aurons aimé ne périra pas
parce que nous aurons tenu à bout de bras
et transmis aux prochains les plus beaux de nos rêves

Blessés, ne pleurons plus notre stature infime
Recommencer, c'est le défi qui nous élève
Continuer, c'est le plaisir qui nous ranime

Libellés :


This page is powered by Blogger. Isn't yours?