2019-06-15

 

De la SFCF juridique (et sexiste) en 1917


(Au Québec, le Barreau a longtemps refusé d'intégrer les femmes.  Alors que l'Ontario avait donné l'exemple dès 1897, le Québec ne permettra pas aux femmes d'exercer comme avocates avant 1941.  Toutefois, en 1914, Annie Macdonald Langstaff, diplômée en droit de McGill, avait réclamé en vain l'autorisation de passer les examens du Barreau.  Les tribunaux confirmant que la loi qui régit le Barreau doit être changée d'abord pour le permettre, un premier projet de loi en ce sens est soumis dès 1916, qui échouera mais qui explique la création de ce texte futuriste sous pseudonyme dans un journal étudiant du Quartier Latin de Montréal, L'Escholier, le 2 mars 1917.  Et cette anticipation farouchement conservatrice, sans doute signée par un futur avocat, illustre bien les résistances profondément enracinées dans les mentalités de la profession.)


SIMPLE HISTOIRE DES TEMPS FUTURS 


Humblement dédié à Jean Rit



Louise était jolie..., les examinateurs, ignorants comme des... exa­minateurs.  Toutefois, pour faire oublier leur ignorance du Droit Civil et Romain, ces messieurs avaient tous appris le Code Galant par cœur.  Ceci explique que, s’autorisant de la nou­velle loi qui admettait les femmes au barreau, ils furent unanimes à recon­naître à la candidate...  beaucoup de charme, et le droit de chicaner tout comme un homme.  En vertu de quoi, ils lui donnèrent un grand papier couvert de signatures, quelques bons conseils, et la renvoyèrent toute heureuse à ses parents.

Mise en possession de son certificat, Louise aussitôt se commande une toge; non pas une de ces robes vulgaires, noires et tristes, qui donne aux avo­cats, un air de corbeau volé; mais une toge, très chic, une vraie “création”, tout soie et dentelle.  Un amour de toge, quoi !  Il va sans dire qu’une toque (russe), non moins “création”, paraissait, sur la facture qui fit grimacer le papa de Louise.

La modiste lui ayant rendu la liber­té, notre avocate ouvrit sa porte aux reporters.  Avec une grâce assez naturelle, elle se prêta à tous les ca­prices de ces messieurs, se laissa photographier dans toutes les poses, et consentit même à dire son âge, (pas le vrai, s’entend) à un petit journaliste de rien du tout, qui voulait écrire sa biographie.  Quand le défilé des calepins et crayons, fut terminé, la nouvelle disciple de Thémis, se prit à goûter  à la gloire.  Huit jours durant elle collectionna les découpures de journaux, des photographies d'elle-même, et reçut avec son air le plus modeste, les éloges envieux de ses amies.

Jeunes avocats qui me lisez, vous comprendrez facilement, qu'après une telle réclame, la clientèle ne se fit pas attendre, et vous serez encore moins surpris d’apprendre, que le premier client de Louise, fut du sexe féminin.   Les femmes ne sont-elles pas solidaires dans leur rancune?  Et il s’agissait de rancune.  Voici l’affaire.

La cliente, que nous appellerons Sophie, si vous le voulez bien, désirait tout simplement intenter une action en dommages, contre un certain jeune homme, qui, après lui avoir  juré une foi éternelle, promis deux prie-Dieu à l’église et un bonheur durable, l’avait lâchement abandonnée (c'est Sophie qui parle) sans dire pourquoi ni pour qui.

Premier grief.  Et conséquence de cet abandon, Sophie avait raté deux partis très riches.  Second grief, plus sérieux.  D’où poursuite. (1).

Louise, à qui pareille aventure était, paraît-il, déjà arrivée — ce qui aurait, (au dire de ses bonnes amies) motivé  le choix de sa nouvelle carrière — accepta avec enthousiasme cette cause qui permettait, selon elle, de s’étendre longuement sur l’injuste situation où se trouve la femme vis-à-vis de l’homme, et sur le martyre enduré par son sexe trop faible, trop con­fiant, toujours méconnu et abusé.

Les procédures allèrent grand train, et le jour fixé pour les débats, grâce aux journaux, qui, sous des manchettes énormes avaient commenté l’affaire, n’oubliant ni les noms, ni la situation très fashionable des intéressés ; une foule choisie, en presque totalité féminine, garnissait la salle.  (Non, mesdemoiselles, je ne décrirai point les toilettes, je ne les décris jamais et pour cause).

Une fois le juge installé en bonne position pour dormir et le jury attentif, on procéda à l’interrogatoire des  témoins.  Pendant que l’avocat de la partie adverse s’ingéniait à embêter ces braves gens, notre héroïne parcourait fièvreusement [sic] les notes qui  serviraient tantôt à sa plaidoirie.  Toutes les souffrances endurées par la femme, depuis l’enfance de la race Boréenne jusqu’aux Romains : escla­vage, sacrifices humains, humiliations (sans mettre le déluge, et la réclusion forcée de la femme de Noé), toutes ces misères, dis-je, y étaient mises à jour étalées complaisamment.  Par contre, soit oubli volontaire, soit ignorance, il n’était fait aucune mention de l’émancipation de la femme par le christianisme, du magnifique rôle que la religion l’avait appelée à jouer, et dans la famille et dans la société.  La roublarde comptait sur l’effet produit sur le juge et les jurés, par ce tableau touchant, sur l’immense pitié qu’ils ne pouvaient manquer de ressentir, et sur l’émotion qu’elle feindrait elle-même, pour conclure à l’égoïsme et à la tyrannie des hommes, réclamer la liberté totale pour la femme, et dé­montrer clairement le bon droit de sa clientèle.  (Si ce plaidoyer est un peu obscur et embrouillé, ne vous en prenez qu'à la conformation psycho­logique de la femme).

Enfin, on amène l’accusé ; un joli garçon, ma foi.  L’avocate se lève.  Un frisson saisit l’auditoire.  Elle n’y prend garde.  Son regard se promène fièrement sur ce public, et, dur, vient s’arrêter sur le coupable...

Mais qu’arrive-t-il ?  Pourquoi la physionomie de Louise, subit-elle, en quelques secondes, toutes ces trans­formations?  Sous la légère couche de poudre, on la voit, pâlir, rosir, se crisper, sourire...  Pourquoi ce cri de bonheur?  Cet élan en avant, les bras ouverts?...  Serait-ce que... ?  Mais oui,  c'est bien cela, Louise, vient de reconnaître dans l’accusé, son ancien amoureux (vous ai-je dit, que ce dernier s’était présenté à Sophie sous un faux nom?)

Vous devinez ce qui s’ensuit.  Ce fut un beau scandale.  L’huissier y ga­gna une extinction de voix, sans grand résultat d’ailleurs ; et le juge en resta estomaqué, cinq jours durant.

Et Sophie, dites-vous, que fit-elle ?  Ce qu’elle fit ?  Elle intenta une nouvelle action pour détournement, contre son avocate cette fois, et elle confia sa cause à Me X, jeune avocat de grand talent, qu’elle épousa, peu après, sans doute pour mieux suivre ses intérêts.

Jean PLUME

(1)  Vous objecterez peut-être, que le cas est rare : à ceci je crois devoir répondre qu’il peut exister et que par conséquent...  J. P.

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2019-05-22

 

Une fable de science-fiction en 1928


(C'est dans les pages du Progrès du Saguenay le 18 février 1928 que j'ai retrouvé cette petite fable de science-fiction anti-laïque apparemment composée par un politicien français de gauche modérée, Raoul Péret, pour un discours dans son fief poitevin, peut-être publié précédemment dans la Revue du Livre catholique.  Je reproduis l'entièreté du texte ci-après.)


À l'Académie des sciences d'Ichtyopolis


« Être laïque, c'est ne pas consentir l'abdication de l'esprit humain devant l'incompréhensible.

(Discours prononcé à Mirebeau le 6 novembre 1927, par M. Raoul Péret).

Chacun sait qu'Ichtyopolis est la capitale du Royaume des Poissons.  Le hasard m'a permis de découvrir dans les Archives Océanographiques le procès-verbal suivant que je suis heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs.  Le voici sans commentaires :

« Le quatrième jour du mois de la Baleine, l'Académie d'Ichtyopolis a été appelée à discuter une communication saugrenue émanée d'un soi-disant savant [qui] prétend que les parties solides qui émergent au-dessus de notre Océan sont habitées par des êtres vivants.  Notre illustre collègue Pansophos n'a pas eu de peine à réfuter cette ridicule hypothèse qui sous ses vigoureux coups de nageoires s'est écroulée comme un château de coquillages.

« La perfection de nos instruments, a-t-il fait ressortir, nous a permis d'établir que notre globe est entouré d'un fluide beaucoup plus subtil que l'eau ; il est sans consistance, continuellement agité, au point qu'il bouleverse sans cesse la surface de notre Océan.  Des êtres qui vivraient dans un pareil milieu seraient emportés comme de légères arêtes, à moins qu'ils ne fussent fixés au sol.  De plus nous savons pertinemment que ce fluide est aux quatre cinquièmes formé d'azote, gaz complètement impropre à la combustion et à la respiration.  Comment veut-on qu'on puisse vivre dans ces conditions ?  Et notre propre existence ne démontre-t-elle pas qu'il est impossible de vivre dans un milieu qui n'est pas saturé d'hydrogène ?

« Il y a mieux.  À part ce fluide extrêmement subtil, rien ne sépare la surface du globe des brûlants rayons du soleil ; il n'y a point là cette eau rafraîchissante qui en tempère les ardeurs.  Ou les êtres que l'on prétend vivre ainsi sont privés de la vue, ou ils deviennent aveugles dès les premiers jours de leur naissance, et de toutes façons ils ne peuvent qu'être rôtis.

« Impossibilité de se tenir en équilibre, impossibilité de respirer, impossibilité d'y voir, inéluctable nécessité de succomber rapidement à l'action d'une chaleur desséchante, c'est plus qu'il n'en faut pour démontrer l'absurdité d'une hypothèse qui prétend qu'on peut vivre hors de l'eau.  Et il y va de l'honneur de l'Académie d'Ichtyopolis de ne jamais consentir l'abdication de l'esprit piscinal devant l'incompréhensible.

« D'étourdissants battements de queues accueillirent cette éloquente réfutation et l'on en vota à nageoires levées l'insertion dans les Archives de l'Académie. »

Pour copie conforme :

G. Ramette

Le Secrétaire perpétuel.
Squale ichtyosaure.

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2019-05-15

 

De la SFCF en 1937

(Ce court texte de science-fiction fantaisiste paraît, sous le pseudonyme de Totau, le 16 septembre 1937 en une du premier numéro du journal Le Jour fondé par Jean-Charles Harvey.  De là à conclure que le texte est composé par Harvey, qui avait déjà rédigé plusieurs textes de science-fiction pareillement inspirés par des nouveautés techniques de son temps — il s'agit ici de la cellule photoélectrique appliquée sous ce nom à l'ouverture automatique de portes entre 1931 et 1934 [PDF] pour la première fois —, il n'y aurait qu'un pas...  On notera les allusions à maître Alcofribas Nasier, c'est-à-dire François Rabelais, qui avait taquiné les prétentions des clercs en son temps, et probablement aussi à Duplessis...)

L'Œil magique

Vers 1950, un électricien célèbre, nommé Electrofribas, après de multiples expériences sur l'« œil magique », découvrit le Rayon-Flic ou rayon-détective, qui avait la propriété de détecter les pensées les plus secrètes de l'homme.

Il y avait, à cette époque, au Canada français, un individu puissant, du nom de Micrococus, qui exerçait les pouvoirs dictatoriaux les plus impitoyables.

Après avoir ajusté le Rayon-Flic à la mesure exacte de son cerveau et de toutes les choses, petites et grandes, que contenait ce cerveau précieux, il fit poser des appareils dans toutes les villes, tous les villages, toutes les familles, afin de savoir si, dans le peuple qui, sous l’œil bienveillant de la mitrailleuse, se prosternait quotidiennement  devant lui en récitant: « Allah est Allah!... », quelqu'un pouvait commettre le crime de penser autrement que lui.

Comme ce crime était punissable de mort, on munit, chaque appareil d'un dispositif spécial qui provoquait I'électrocution à distance de quiconque ne s'ajustait pas à la pensée d'Electrofribas.

Trois jours plus tard, tous les citoyens, moins les pensionnaires d'asiles d'aliénés, les acéphales dépourvus de tout instrument de pensée, les gens ivres-morts au moment de l'expérience et Electrofribas lui-même, étaient partis pour un monde évidemment meilleur.

Le quatrième jour, Electrofribas mourait de son propre rayon: il ne pensait plus comme lui-même.

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2019-05-01

 

L'étape du mentorat

Au fil des ans, j'ai animé plusieurs ateliers de création littéraire, à Montréal, Longueuil et Québec.  Je me fondais sur ma propre expérience d'apprentissage dans le cadre d'ateliers et de groupes d'écriture (en particulier, Lyngarde à Ottawa et The Commune à Montréal), ainsi que sur mon expérience accumulée en tant qu'écrivain.  Depuis 1984, j'ai fait paraître des dizaines de livres et des centaines de nouvelles, en français comme en anglais, dans plusieurs créneaux.  La science-fiction est depuis toujours le fil conducteur de ma production, mais je ne me limite pas à ce champ.

J'en arrive donc tout naturellement à offrir mes services comme mentor aux nouveaux auteurs dans le domaine de la science-fiction.  Tout d'abord, dans le cadre du programme Première Ovation (mentorat) qui soutient la relève artistique de la ville de Québec.  Ce programme est ouvert aux auteurs de trente-cinq ans et moins, domicilié à Québec ou Wendake, qui ont fait paraître jusqu'à deux livres à compte d'éditeur, mais pas plus.  Il est assorti d'une bourse de 1 800 $ et jumelle les auteurs de la relève à des écrivains expérimentés pour travailler sur un projet personnel de création littéraire.  Le mentorat se déroule sur quatre mois, à raison de quatre heures par mois de rencontre avec le mentors.  Il y a deux dates de tombée par année pour soumettre un projet : le 1er mars et le 1er octobre.

Ensuite, même si mon nom n'apparaît pas encore dans la liste, je suis également disponible pour accompagner des auteurs franco-ontariens qui souhaiteraient être épaulés dans la création d'un ouvrage de science-fiction.  Ce programme de compagnonnage s'adresse soit à des auteurs expérimentés qui souhaitent explorer un autre genre littéraire soit à des auteurs émergents qui souhaitent développer un manuscrit en se faisant épauler par un écrivain-conseil.

Enfin, celles et ceux qui ne sont ni à Québec ni en Ontario peuvent toujours s'adresser à moi pour la lecture critique de manuscrits ou un mentorat à titre privé.  Si on me contacte (en passant par ma page d'auteur sur Facebook, par exemple), je ferai parvenir mes tarifs aux personnes intéressées.





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2019-01-30

 

Mes fictions climatiques

La sortie de ma nouvelle « Losing What We Can't Live Without » dans l'anthologie Everything Change (volume 2), publiée sous forme numérique par l'Université d'État de l'Arizona dans le cadre de son « Imagination and Climate Futures Initiative », m'incite à me pencher sur mes fictions climatiques. 

Mon premier texte dans cette veine, longtemps avant qu'il soit question de cli fi (climate fiction), c'est sans doute une nouvelle en anglais, « Remember, the Dead Say » (dans l'anthologie Tesseracts 4, Beach Holme Publishers, 1992, puis réimprimée dans l'anthologie Northern Stars, Tor, 1994).  Je l'ai traduite des années plus tard pour la faire paraître dans Galaxies 42, n.s., sous le titre « Se rappeler les morts parce qu'ils le veulent » en 2016.

Je m'intéressais au sujet depuis la fin des années 1980.  Comme journaliste étudiant à La Rotonde de l'Université d'Ottawa, j'avais publié en février 1988 le compte rendu suivant d'une conférence sur le sujet.


(Oui, le Guy Caron qui signe l'article coiffant le mien est bien le chef parlementaire actuel du NPD fédéral.)

Un an plus tard, en décembre 1989, je signais l'article suivant pour un journal éphémère d'Ottawa, The Ottawa Orator.


J'étais donc bien informé au moment d'écrire cette nouvelle parue en 1992 où il était question de réchauffement du climat et de feux de forêt, entre autres.  Pourtant, un long hiatus a suivi, parce que le protocole de Kyoto était censé nous mettre sur la bonne voie et qu'on pouvait encore espérer que les efforts conjugués de l'Europe et de quelques autres pays allaient nous éviter les scénarios du pire dans le cas du réchauffement.  De fait, je ne peux identifier aucun autre texte dans cette veine avant la nouvelle « Les noms de la proie » parue dans Solaris 160 en 2006.  Comme plusieurs autres fictions climatiques, elle sera reprise dans mon recueil Les Marées à venir en 2009.

C'est le début d'une période plus féconde.  Également en 2006, ma nouvelle « La goutte d'eau » (dans Brins d'éternité 10 et Géante rouge 5, aussi reprise dans Les Marées à venir) fait état de réfugiés climatiques en pleine mer.  En 2007, ma nouvelle « Les galions de la mer de sable » paraît dans un numéro hors-série sur le thème des « Pirates » dans la revue Phénix, aussi reprise dans Les Marées à venir.  En 2008, c'est au tour de la nouvelle primée « Le dôme de Saint Macaire » dans Solaris 167, reprise dans Les Marées à venir ainsi que dans l'anthologie française Le Nucléaire et après (Arkuiris, 2016) et, en version anglaise, dans l'anthologie Fractured:  Tales of the Canadian Post-Apocalypse (Exile Editions, 2014) sous le titre « St. Macaire's Dome ».  En 2009, ma nouvelle « Soldats des bois, de la mer et du ciel » sort dans Galaxies 3, n.s., tandis que « Qui garde les gardiens », apparaît au sommaire des Marées à venir (Vermillon, 2009).

Si la publication des Marées à venir représente un jalon, elle ne met pas une borne à mon exploration de cette veine.  Le réchauffement planétaire demeure un souci.  Ma nouvelle primée « Le jardin des derniers humains » sort dans Solaris 183 en 2012 tandis que sa version anglaise, « Watching Over the Human Garden », est publiée dans l'anthologie Blood and Water (Bundoran Press, 2012).  En traduction italienne par Alda Teodorani, sous le titre « Custode del giardino umano », elle fait partie de mon mini-recueil numérique Le Nevi del tempo che fu (Future Fiction, 2017).  De même, ma nouvelle « Trois relations de la fin de l'écrivain », sortie dans l'anthologie Utopiales 13 (ActuSF, 2013), connaît une traduction catalane de Clara Boia, sous le titre « Tres apunts sobre la mort de l'autor », dans Catarsi 18 en 2016 et une traduction italienne de Teodorani sous le titre « Tre resoconti sulla morte dello scrittore » dans Le Nevi del tempo che fu.

Parue en 2014 dans l'anthologie Carbide-Tipped Pens chez Tor, ma nouvelle en anglais « The Snows of Yesteryear » connaît une carrière exceptionnelle.  Reprise dans les anthologies Loosed Upon the World (Saga, 2015) et Imaginarium 4 (ChiZine Publications, 2016), elle est traduite en italien par Teodorani sous le titre « Le Nevi del tempo che fu » dans le recueil du même nom, et rééditée dans la version anglaise de ce recueil, The Snows of Yesteryear (Future Fiction, 2017).  Enfin, en 2018, la traduction italienne est rééditée dans l'ouvrage Antropocene.  L'umanità come forza geologica (Future Fiction, 2018).  Une parution en français ne saurait tarder, mais aura-t-elle lieu avant une parution en chinois ?

En 2016, je reviens à la charge avec la nouvelle « Les mamans d'Ibadan » dans l'anthologie française Rêves d'Afrique (Voy'el, 2016), puis « Le matin, les arbres et leurs cadeaux » dans une autre anthologie française, Dimension Avenirs radieux (Hollywood Comics.com/Black Coat Press, 2016).  Enfin, j'enchaîne l'année suivante avec « Dans les dents de l'ours abstrus » dans l'anthologie française Les OGM et après... (Arkuiris, 2017).

Il y aurait de quoi constituer un recueil à part entière, un projet à réaliser un de ces jours.

Par thèmes :

Les feux de forêt — « Remember, the Dead Say »
La montée des océans — « Les noms de la proie », « La goutte d'eau », « Soldats des bois, de la mer et du ciel », « Le dôme de saint Macaire », « Qui garde les gardiens », « Le jardin des derniers humains »

Les ouragans (et autres changements du régime pluvial) — « Les galions de la mer de sable », « Le jardin des derniers humains »

Le réchauffement — « Trois relations de la fin de l'écrivain », « Les mamans d'Ibadan », « Le matin, les arbres et leurs cadeaux »

La fonte des glaces — « The Snows of Yesteryear », « Dans les dents de l'ours abstrus »

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2018-10-11

 

Science-fiction franco-ontarienne, inflation et anti-sémitisme

Dans un article de 2013, j'avais exploré l'histoire de la science-fiction et du fantastique d'expression française en Ontario.  J'y signalais entre autres une nouvelle de l'auteur franco-ontarien Sylva Clapin, « Le roi de l'or », parue en 1911.  Dans ce texte tout à fait singulier pour son époque au Canada, la fabrication alchimique de l'or est maîtrisée — au grand dam de la finance juive — par un inventeur canadien-français.  Si on envisage d'affecter cette richesse inopinée à l'endiguement du détroit de Belle Isle pour réchauffer le golfe du Saint-Laurent et transformer le climat, la surabondance d'or entraîne une inflation galopante qui ruine l'économie.

Clapin admettait fort honnêtement qu'il s'était inspirée d'une nouvelle parue en France, « Le déluge de l'or », dix ans plus tôt environ, mais il n'indiquait rien de plus.  De fait, il s'agit d'une nouvelle publiée en une dans Le Journal de Paris le 21 mars 1902.  Le nom du héros, Julius Leroy, a sans doute inspiré le titre de Clapin.  Leroy fabrique également de l'or, dont il fait bénéficier la France.  Toutefois, comme dans le texte de Clapin, l'inflation déchaînée entraîne la ruine économique du pays, malgré une tentative d'utiliser l'argent comme étalon métallique des valeurs.

Ce qui ne se trouve pas dans la nouvelle d'Edouard d'Houghe (ou d'Hovghe), de Douai, qui avait obtenu la sixième place du concours littéraire du Journal (et un prix de 200 francs annoncé dans le numéro du 21 février) : l'anti-sémitisme et le réchauffement climatique du golfe du Saint-Laurent.  Il faut donc déplorer que Clapin ait succombé à l'humeur anti-sémite de l'époque répandue dans certains cercles canadiens-français (plus ou moins inspirés par l'antidreyfusisme français).

Toutefois, Edouard d'Houghe semble avoir été moins honnête que Clapin en ce qui concerne ses propres sources.  Dans le supplément du 10 ou 18 février 1849 de la revue La Sylphide, fondée en 1840, un dénommé Courtois signe un article intitulé « Les mines d'or de la Californie ».  Il décrit les conséquences d'un afflux d'or californien, obtenu au moindre effort et en quantités illimitées : « L'effet désastreux de cette surabondance ne saurait se faire longtemps attendre.  Le blé, la propriété, les salaires, toutes les choses usuelles pourront décupler, centupler de valeur, sans rien ajouter à la fortune publique, et en jetant en Europe une perturbation, sans exemple encore dans l'histoire du monde. La surcharge de l'or fera ce qu'a fait la surcharge des assignats, qui, accueillis d'abord avec confiance, s'élevèrent promptement au taux de quarante milliards et devinrent pour le pays une effroyable Calamité.  La propriété était nulle, et les moindres choses avaient centuplé de prix.  Tout signe représentatif étant anéanti, la misère devint universelle.  Le même agiotage se reproduira, mais grandissant avec l'événement, il s'étendra au monde entier.  D'année en année, plus fréquemment encore, se produira l'échelle de dépréciation comme au temps des assignats, selon le plus ou le moins de métaux qui arriveront sur le marché. La crainte devancera l'événement, et de toutes parts on fera effort pour rejeter sur ses voisins le numéraire déprécié. »

Comme le phénomène de l'inflation par faute d'un excès de liquidités n'était pas inconnu, ce passage ne prouve rien.  Cependant, quelques lignes plus loin, les lecteurs tomberont sur ce paragraphe :

« Si, au milieu de ce déluge de l'or, la production de l'argent n'augmentait pas, le mal serait en partie conjuré, mais ce ne serait que pour bien peu de temps, car l'abondance de ce métal est de beaucoup supérieure à celle de l'or, et l'accroissement de valeur qu'il recevrait pousserait bientôt à une exploitation sans mesure. » 

C'est moi qui souligne l'expression qui fournit à Édouard d'Hovghe un titre.  De plus, ce paragraphe lui fournit aussi un rebondissement.  Dans la nouvelle, les gouvernements européens tentent bel et bien de faire de l'argent le nouvel étalon monétaire, mais Julius Leroy a plus d'un tour dans son sac : « Alors, implacablement, Julius Leroy révéla que la « pierre au blanc » transmuait les métaux en argent. »  Dans ce cas, les parallèles semblent révélateurs et emportent la conviction.

Ainsi, la nouvelle de proto-sf de Clapin s'inspirerait en définitive d'un texte sur des mines d'or nord-américaines...  La boucle est bouclée.

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2018-09-01

 

Quand la recherche inspire la science-fiction

Il est désormais possible de se procurer en format numérique l'anthologie Dimension Technosciences @ venir chez Rivière blanche.  Réunie par Thierry Bosch et Jean-Claude Dunyach, elle inclut des nouvelles et des essais.  Les nouvelles s'inspirent des domaines de recherche explorés par les scientifiques et technologues du Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (LAAS) du CNRS à Toulouse, tandis que la plupart des essais sont signés par des chercheurs du LAAS.  Un article de Francis St-Martin et une postface de Roland Lehoucq complètent le sommaire, pour l'essentiel.
Cette publication s'inscrit dans les festivités organisées pour célébrer les cinquante ans du LAAS.  On retrouve au sommaire une jolie brochette d'auteurs francophones, dont Pierre Bordage, Lionel Davoust, Sylvie Denis, Catherine Dufour, Silène Edgar, Raphaël Granier de Cassagnac, Xavier Mauméjean et Olivier Paquet pour ce qui est des nouvelliers.  Liste à laquelle je suis honoré de m'ajouter en signant la nouvelle inédite « Semeuses d'amour en orbite instable », qui porte — entre autres — sur les générations futures de satellites miniaturisés, dont les plus petits se mériteront le nom de femtosatellites pour désigner leur poids extrêmement réduit (100 grammes ou moins).

L'exemplaire papier de l'anthologie sera disponible en octobre et elle sera en vente, par exemple, aux Utopiales de Nantes.

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