2009-04-09

 

Le goût des ruines modernes

Le goût des ruines est fort ancien, mais l'accélération des rythmes économiques modernes engendre son lot d'édifices abandonnés ou condamnés, sans qu'on ait besoin d'imaginer le monde sans nous. Et on peut les explorer, comme je l'évoquais dans ce billet et comme le décrit plus longuement Mario Tessier dans son article « Les ruines du futur », dans Solaris 169. Ces ruines modernes sont partout... À Blackburn Hamlet, en banlieue d'Ottawa, l'exploitation d'une série de serres a cessé il y a déjà un moment. Ayant manqué l'autobus pour me rendre à l'université, j'ai profité de l'attente de l'autobus suivant pour aller prendre quelques photos de ces serres dont la couverture (en verre ou en plastique) a disparu, et qui émergent de l'hiver finissant dans un état pitoyable. Et comme la végétation n'a pas encore commencé à bourgeonner, la nudité des lieux abandonnés est d'autant plus soulignée. Cette porte qui donne sur une serre ouverte à tous vents et des pavés descellés ne vaut-elle pas les entrées de certaines ruines antiques, du moins pour ce qui est de l'atmosphère d'abandon et d'oubli?Et pourtant, l'existence même d'une ruine ne témoigne-t-elle pas d'une espérance encore vivace? Si les propriétaires de ces serres se résignaient à admettre qu'il n'y a plus aucune espoir de relancer leur exploitation (commerciale ou autre), ne les abattraient-ils pas? Mais pour détruire, il faut aussi avoir une idée en tête et avoir conçu une utilisation nouvelle du site. Paradoxalement, donc, l'existence de ruines est aussi le signe d'une impossibilité de concevoir une espérance quelconque face au futur. Espoir dans le passé, désespoir face au futur : voila une alternative qui contient toute la décadence des civilisations.

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