2008-10-30
L'été, un si bref plaisir
La neige d'hier a fait mal. Ce qui a fait le plus mal, c'est le sentiment de familiarité que j'ai ressenti, comme s'il était parfaitement naturel de retrouver un paysage
blanchi par la neige. Dans un sens, c'est évidemment naturel au Canada, pendant au moins trois ou quatre mois. Mais que ce soit l'état naturel d'un paysage ou d'un décor urbain, et que la verdure de l'été n'ait été qu'un songe d'une nuit... non, ce serait trop cruel, je refuse! Toutes les saisons sont nées libres et égales en droit, et aucune ne doit primer sur les autres. L'automne est né il y a quelques semaines à peine; il est beaucoup trop tôt pour que l'hiver tyrannique étouffe sa rivale au berceau — l'automne devrait au moins avoir le droit de durer jusqu'à Halloween! Les feuilles ne sont pas toutes tombées et les rayons du soleil conservent encore une ombre de leur ardeur passée... Mais je ne peux pas nier l'évidence. Hier soir, la neige tapissait les chaises empilées de ce café de mon quartier. Ces tables et ces chaises qui s'étalaient sur le trottoir il n'y a pas si longtemps n'avaient pas encore été rangées, la preuve que je n'étais pas le seul à refuser ces jours-ci l'imminence de la saison froide...
2008-03-10
Elle était haute comment?
La neige était haute comment? Après l'intervention des pelles et des souffleuses, elle était si haute
— qu'un joueur de basket aurait eu du mal à voir par-dessus
— qu'elle bloquait toute la vue de la fenêtre du salon
— qu'on aurait pu sortir de la maison par une fenêtre... à l'étage (pratique en cas d'urgence!)
— qu'en grimpant sur le banc de neige, on n'aurait eu qu'à sauter pour s'accrocher aux fils électriques
— qu'en creusant l'intérieur, on aurait pu garer trois MINI Cooper ou quatre Smart...
Quelques photos prises avant et après la chute de neige samedi en fin de semaine, quelque part dans la banlieue d'Ottawa...


Ou encore...

— qu'un joueur de basket aurait eu du mal à voir par-dessus
— qu'elle bloquait toute la vue de la fenêtre du salon
— qu'on aurait pu sortir de la maison par une fenêtre... à l'étage (pratique en cas d'urgence!)
— qu'en grimpant sur le banc de neige, on n'aurait eu qu'à sauter pour s'accrocher aux fils électriques
— qu'en creusant l'intérieur, on aurait pu garer trois MINI Cooper ou quatre Smart...
Quelques photos prises avant et après la chute de neige samedi en fin de semaine, quelque part dans la banlieue d'Ottawa...
Ou encore...
Libellés : Hiver
2008-02-01
L'imprécation contre la garnotte
Tout Montréal peste : Maudite garnotte !
Ils se glissent partout, ces vils gravillons noirs
répandus sans lésiner sur tous les trottoirs,
qui se collent et s'amassent sous nos bottes,
souillant nos parquets comme d'infimes crottes :
ils sont le prix que nous payons pour ne pas choir
et sur la glace des rues brusquement s'asseoir,
ou sur la voie gelée danser la gavotte.
Mais la ville enneigée que la garnotte accable
rêve de vivre sans ces méchants grains de sable
arrêtant jusqu'aux escalators du métro
Las! Ces cailloux infernaux, trous noirs sur fond blanc,
nous hanteront dans nos foyers, toujours de trop,
et râperont nos semelles jusqu'au printemps
Ils se glissent partout, ces vils gravillons noirs
répandus sans lésiner sur tous les trottoirs,
qui se collent et s'amassent sous nos bottes,
souillant nos parquets comme d'infimes crottes :
ils sont le prix que nous payons pour ne pas choir
et sur la glace des rues brusquement s'asseoir,
ou sur la voie gelée danser la gavotte.
Mais la ville enneigée que la garnotte accable
rêve de vivre sans ces méchants grains de sable
arrêtant jusqu'aux escalators du métro
Las! Ces cailloux infernaux, trous noirs sur fond blanc,
nous hanteront dans nos foyers, toujours de trop,
et râperont nos semelles jusqu'au printemps
2008-01-11
Souvenirs du verglas
Maintenant que la correction des travaux du semestre dernier est finie, je peux envisager le nouveau semestre... ou me pencher sur le passé.
Ces jours-ci, les ondes de Radio-Canada étaient saturées de nostalgie (mautadits baby boomers!). Quand ce n'était pas les Lavigueur, c'étaient les sœurs Lévesque que l'on évoquait à la radio vingt-deux ans après. (Pourquoi vingt-deux ans plus tard?) Ou le premier film étudiant de la province, par Denys Arcand, Denis Héroux et Stéphane Venne...
Ou bien c'était le verglas, dix ans après.
J'ai mes propres souvenirs, qui sont nettement moins dramatiques que ce qu'on nous montre ou raconte. (Heureusement pour moi, mais sans préjuger du malheur des autres, hein!) Pour moi, le verglas, c'était il y a trois ordinateurs portables, puisque j'ai acheté mon premier portable pour ne plus jamais être l'esclave de l'alimentation en électricité de mon appartement par Hydro-Québec...
Sinon, comme j'avais la chance d'habiter à proximité d'hôpitaux et d'intersections majeures au cœur de Montréal, je n'ai pas manqué d'électricité très longtemps. Deux ou trois jours tout au plus, et j'avais la ressource d'aller au café pour avoir de la chaleur et de la lumière, voire à l'UQÀM, qui était également assez bien approvisionnée puisqu'elle était sans doute sur le même secteur que la station Berri du réseau de métro.
Bref, pendant deux ou trois jours, j'ai campé dans mon appartement en accumulant les duvets, couvertures et sacs de couchage sur mon lit, et en lisant plusieurs romans à la lumière du jour, ou des chandelles que j'avais reçues pour Noël, comme il se trouve... (Ou peut-être pour un Noël antérieur, n'enjolivons pas trop...) Entre autres, j'avais lu Trader de Charles de Lint (fort bon) et les derniers romans dans la série de l'Élévation de David Brin (oubliables). Me restait-il assez de piles pour écouter les nouvelles à la radio? Franchement, je ne sais plus.
Au supermarché, au moment où il était question que l'eau soit coupée, j'avais réussi à mettre la main sur une ultime bouteille d'eau... Les tablettes étaient vides et les clients raflaient tous les autres liquides embouteillés, mais un employé était sorti de l'entrepôt avec un chariot rempli de bouteilles d'eau dans le genre de celles qu'on distribue aux conférenciers invités à des congrès... J'avais pris ma part dans la mêlée.
Je m'en étais surtout servi pour me laver les dents, puisque j'avais d'autres boissons dans mon réfrigérateur, y compris du lait que j'avais déplacé dans le réfrigérateur naturel de mon rebord de terrasse. J'avais aussi rempli une bouteille d'eau et entrepris de préparer mon sac à dos pour faire face à une évacuation, mais, comme tout le monde le sait, la dernière ligne a tenu et rien de tout cela n'a été nécessaire.
Sinon, je me souviens surtout du soir de la fermeture de l'UQÀM, quand un gardien de sécurité m'avait mis à la porte de mon bureau et que j'étais rentré en métro, émergeant de la station Guy-Concordia dans une ville complètement enténébrée, à l'exception de l'étroit espace éclairé par la sortie du métro. Tous les édifices environnants étaient complètement noirs et, comme il n'y avait presque pas de voitures dans les rues, il régnait une atmosphère de fin du monde...
... au moins jusqu'à l'arrivée de l'autobus, qui allait gravir la côte de Côte-des-Neiges en patinant dans la sloche, de peine et de misère. Une fois rentré chez moi, j'avais reçu quelques appels et rassuré mes proches que la vie continuait, même dans le noir et dans le froid.
Je me souviens aussi des jours suivants, quand il y avait de nouveau du courant chez moi et que les commerces avaient rouvert leurs portes, mais que des milliers de Montréalais devaient encore se passer de courant. Le métro fonctionnait par à-coups et m'avait largué à mi-chemin du centre-ville, une fois. Je m'étais rendu au centre-ville, mais on nous avait forcé à faire un détour par l'intérieur d'un gratte-ciel parce que la glace fondait et tombait du haut des plus hauts bâtiments, pilonnant la rue comme un barrage d'artillerie à Sarajevo. Le soir venu, j'étais monté sur une des terrasses de l'Oratoire Saint-Joseph et j'avais contemplé les quartiers aux contours dessinés par les lampadaires rallumés le long des grandes artères, tandis que les rues transversales étaient toujours plongées dans le noir. Et j'avais eu l'idée d'un poème, « Holes in the Night », qui est paru ensuite dans un volume de la série des Tesseracts...
Ces jours-ci, les ondes de Radio-Canada étaient saturées de nostalgie (mautadits baby boomers!). Quand ce n'était pas les Lavigueur, c'étaient les sœurs Lévesque que l'on évoquait à la radio vingt-deux ans après. (Pourquoi vingt-deux ans plus tard?) Ou le premier film étudiant de la province, par Denys Arcand, Denis Héroux et Stéphane Venne...
Ou bien c'était le verglas, dix ans après.
J'ai mes propres souvenirs, qui sont nettement moins dramatiques que ce qu'on nous montre ou raconte. (Heureusement pour moi, mais sans préjuger du malheur des autres, hein!) Pour moi, le verglas, c'était il y a trois ordinateurs portables, puisque j'ai acheté mon premier portable pour ne plus jamais être l'esclave de l'alimentation en électricité de mon appartement par Hydro-Québec...
Sinon, comme j'avais la chance d'habiter à proximité d'hôpitaux et d'intersections majeures au cœur de Montréal, je n'ai pas manqué d'électricité très longtemps. Deux ou trois jours tout au plus, et j'avais la ressource d'aller au café pour avoir de la chaleur et de la lumière, voire à l'UQÀM, qui était également assez bien approvisionnée puisqu'elle était sans doute sur le même secteur que la station Berri du réseau de métro.
Bref, pendant deux ou trois jours, j'ai campé dans mon appartement en accumulant les duvets, couvertures et sacs de couchage sur mon lit, et en lisant plusieurs romans à la lumière du jour, ou des chandelles que j'avais reçues pour Noël, comme il se trouve... (Ou peut-être pour un Noël antérieur, n'enjolivons pas trop...) Entre autres, j'avais lu Trader de Charles de Lint (fort bon) et les derniers romans dans la série de l'Élévation de David Brin (oubliables). Me restait-il assez de piles pour écouter les nouvelles à la radio? Franchement, je ne sais plus.
Au supermarché, au moment où il était question que l'eau soit coupée, j'avais réussi à mettre la main sur une ultime bouteille d'eau... Les tablettes étaient vides et les clients raflaient tous les autres liquides embouteillés, mais un employé était sorti de l'entrepôt avec un chariot rempli de bouteilles d'eau dans le genre de celles qu'on distribue aux conférenciers invités à des congrès... J'avais pris ma part dans la mêlée.
Je m'en étais surtout servi pour me laver les dents, puisque j'avais d'autres boissons dans mon réfrigérateur, y compris du lait que j'avais déplacé dans le réfrigérateur naturel de mon rebord de terrasse. J'avais aussi rempli une bouteille d'eau et entrepris de préparer mon sac à dos pour faire face à une évacuation, mais, comme tout le monde le sait, la dernière ligne a tenu et rien de tout cela n'a été nécessaire.
Sinon, je me souviens surtout du soir de la fermeture de l'UQÀM, quand un gardien de sécurité m'avait mis à la porte de mon bureau et que j'étais rentré en métro, émergeant de la station Guy-Concordia dans une ville complètement enténébrée, à l'exception de l'étroit espace éclairé par la sortie du métro. Tous les édifices environnants étaient complètement noirs et, comme il n'y avait presque pas de voitures dans les rues, il régnait une atmosphère de fin du monde...
... au moins jusqu'à l'arrivée de l'autobus, qui allait gravir la côte de Côte-des-Neiges en patinant dans la sloche, de peine et de misère. Une fois rentré chez moi, j'avais reçu quelques appels et rassuré mes proches que la vie continuait, même dans le noir et dans le froid.
Je me souviens aussi des jours suivants, quand il y avait de nouveau du courant chez moi et que les commerces avaient rouvert leurs portes, mais que des milliers de Montréalais devaient encore se passer de courant. Le métro fonctionnait par à-coups et m'avait largué à mi-chemin du centre-ville, une fois. Je m'étais rendu au centre-ville, mais on nous avait forcé à faire un détour par l'intérieur d'un gratte-ciel parce que la glace fondait et tombait du haut des plus hauts bâtiments, pilonnant la rue comme un barrage d'artillerie à Sarajevo. Le soir venu, j'étais monté sur une des terrasses de l'Oratoire Saint-Joseph et j'avais contemplé les quartiers aux contours dessinés par les lampadaires rallumés le long des grandes artères, tandis que les rues transversales étaient toujours plongées dans le noir. Et j'avais eu l'idée d'un poème, « Holes in the Night », qui est paru ensuite dans un volume de la série des Tesseracts...
Libellés : Hiver
2007-12-16
Tempête en décembre
Qui sait? Comme il est permis de croire que les ententes de Bali ne vont pas ralentir le réchauffement climatique de sitôt, ce sera peut-être une grande tempête de neige en décembre qui restera longtemps dans les annales. C'est un phénomène difficile à photographier, mais la photo ci-dessous peut donner une idée de la chose, au moins en partie. Au premier plan, on distingue les couches de neige accumulées sur le rebord de la fenête, comme autant de strates géologiques miniatures. Derrière, c'est un jardin de banlieue à Ottawa, aux contours estompés par les flocons qui tombent et tournoient...
Libellés : Hiver
2007-11-22
Toujours plus blanc
Libellés : Hiver
2007-11-21
Premières neiges
En ce matin sans soleil, une blancheur morbide
comme un lit sans sommeil éclaire un ciel vide
Des morts, le monde a pris la pâleur cette nuit
Oublions l'été — il a neigé aujourd'hui
Mais il pleut maintenant sur le pavé humide;
il n'est pas encore le temps du déicide
et de la mort de l'an, quand plus rien ne luit
Avant la renaissance de la lumière,
La neige enserre la nature tel un suaire
Après, elle offre à l'an nouveau les plus beaux langes
Ce matin, les flocons signent une épitaphe
sur quelques feuilles toujours vertes, qui échangent
l'espoir d'un sursis pour l'éclat des cénotaphes
Libellés : Hiver
2005-11-17
L'hiver est déclaré
À quoi reconnaît-on l'arrivée de l'hiver?
Il y a la silhouette d'Orion, le Chasseur, qui se dessine dans le ciel nocturne de Montréal, foulant de ses pieds les toits de mon quartier quand je descends le chemin de la Reine-Marie en passant devant l'Oratoire.
Il y a le pas précautionneux, mesuré, qui s'impose quand on arpente un trottoir glacé par la neige, le grésil ou la pluie verglaçante, au choix.
Il y a la transparence cristalline d'une nuit froide, quand la lune est pleine et ronde comme un phare un peu encrassé et que les étoiles sont des pointes qui déchirent le velours du pourpoint nocturne.
Il y a ce froid qui pénètre dans les souliers et frigorifie les orteils, la neige qui cache l'asphalte et les irrégularités de la chaussée, mais que les empreintes de pas et de pneus traversent pour révéler les dessous du paysage blanc.
Et il y a encore et toujours la neige qui nappe les surfaces planes, qui poudre les branches des arbres et des arbustes, qui badigeonne les équipements extérieurs, qui forme des agglomérats à demi-fondus dans les encoignures de la carrosserie d'une voiture, qui colmate les plis d'un sac ou d'un manteau, qui tombe doucement, doucement, comme des bouts de plume bercés par les infimes remous de l'air.
Le solstice? Non, ce n'est qu'un point géométrique, mathématique, qui ne correspond à aucune réalité hivernale. Un mois avant le solstice, l'hiver est déjà là.
Il y a la silhouette d'Orion, le Chasseur, qui se dessine dans le ciel nocturne de Montréal, foulant de ses pieds les toits de mon quartier quand je descends le chemin de la Reine-Marie en passant devant l'Oratoire.
Il y a le pas précautionneux, mesuré, qui s'impose quand on arpente un trottoir glacé par la neige, le grésil ou la pluie verglaçante, au choix.
Il y a la transparence cristalline d'une nuit froide, quand la lune est pleine et ronde comme un phare un peu encrassé et que les étoiles sont des pointes qui déchirent le velours du pourpoint nocturne.
Il y a ce froid qui pénètre dans les souliers et frigorifie les orteils, la neige qui cache l'asphalte et les irrégularités de la chaussée, mais que les empreintes de pas et de pneus traversent pour révéler les dessous du paysage blanc.
Et il y a encore et toujours la neige qui nappe les surfaces planes, qui poudre les branches des arbres et des arbustes, qui badigeonne les équipements extérieurs, qui forme des agglomérats à demi-fondus dans les encoignures de la carrosserie d'une voiture, qui colmate les plis d'un sac ou d'un manteau, qui tombe doucement, doucement, comme des bouts de plume bercés par les infimes remous de l'air.
Le solstice? Non, ce n'est qu'un point géométrique, mathématique, qui ne correspond à aucune réalité hivernale. Un mois avant le solstice, l'hiver est déjà là.
Libellés : Hiver
