2011-11-04

 

Effacer la mémoire d'un pays pour mieux le refaire

Il y a plus de soixante ans, Eric Blair avait mis le doigt sur l'entreprise de réécriture de l'histoire (notamment dans les pays communistes de l'époque) qui passait par un effacement de la mémoire collective.

Au Canada, les Destructeurs de Harper (qui ne méritent vraiment pas le nom de Conservateurs dans ce cas particulier) sont en train de démontrer, une fois de plus, que la science-fiction n'est jamais vraiment étrangère à la réalité, même quand elle semble exagérer à outrance... L'entreprise orwellienne de démantèlement de la mémoire nationale avait commencé par affamer les musées canadiens (déjà plutôt faméliques suite aux coupes des gouvernements précédents) et par faire de la version longue du recensement une coûteuse plaisanterie. En 2010, j'avais pu constater que la Bibliothèque scientifique nationale du Conseil national de recherche avait sabré dans ses services au public sur place à Ottawa, malgré ce que prétend le site de l'Institut canadien de l'information scientifique et technique.

Désormais, ce sont les Bibliothèque et Archives du Canada qui touchent le fond. Là encore, quand j'y suis retourné il y a quelques mois, j'ai pu constater que l'accueil et la capacité de livraison des documents demandés étaient tombés bien bas.

Mais, pire encore, l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université doit maintenant se mobiliser pour sauver Bibliothèque et Archives Canada contre l'administration actuelle de l'institution.

Aussi récemment qu'en 2005, la direction de la Bibliothèque nationale du Canada annonçait que son objectif était clair : « créer une institution vraiment nationale qui permette aux Canadiens d’avoir accès à l’ensemble de leur patrimoine documentaire ».

Maintenant, tout a changé, selon la lettre (.PDF) de l'ACPPU au responsable de Bibliothèque et Archives Canada :
En 2009 et 2010, les libraires qui avaient fait valoir « l’importance de recueillir l’ensemble du contenu canadien, et non pas seulement des œuvres choisies » pour dresser « un tableau complet du Canada», s’étaient fait dire que « tel a peut-être été l’objectif assigné à une époque, mais qu’il est maintenant impossible de recueillir tous les ouvrages canadiens compte tenu du rythme auquel ils sont produits ».
Que ce soit exact ou non, l'exhaustivité n'a sans doute jamais été une possibilité réelle, mais cela n'empêcherait personne de la fixer comme objectif à une bibliothèque qui se veut nationale. Que la Bibliothèque nationale du pays baisse les bras est un très mauvais signe — à moins qu'on tienne à cultiver l'ignorance et l'oubli, bien entendu.

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